Le «4 août» de Syriza

Étrange lundi ! On nous chante l’accord qui aurait «sauvé la Grèce» comme osent encore le dire bien des journalistes.

Tsipras a proposé déjà la semaine dernière : la retraite à 67 ans, la TVA à 23% et la généralisation des privatisations, en «échange» de l’ouverture de discussions sur la restructuration de la «dette» à l’automne …

Mais l’Allemagne, flanquée de la Finlande et de quelques autres, ont fait de la résistance, proposant de sortir temporairement la Grèce de la zone euro tout en la plaçant sous une sorte de tutelle néocoloniale.

Finalement «l’accord» trouvé prévoit à peu prés ce traitement, mais dans le cadre de la zone euro.

Il reprend bien sûr les propositions de Tsipras en les aggravant de l’annulation de toutes les conventions collectives, du travail le dimanche (coucou Macron …) et on en oublie.
Surtout, il prévoit de créer une caisse spéciale dans laquelle les profits des privatisations seront placés, pour servir en exclusivité aux «créanciers» de la Grèce, reprise aggravée d’une mesure de la «troïka» abolie par les élections de janvier. Il était prévu de l’installer à Luxembourg, elle sera à Athènes, ce qui ne change rien à son sens et sa fonction.
Toutes les mesures sociales prises depuis janvier 2015 doivent être abrogées, sauf celles définies comme «humanitaires», ce qui veut tout dire.

Il n’y aucun engagement réel à ouvrir des discussions sur la restructuration de la dette, de toutes façons conditionnées à la mise en œuvre effective de ce programme barbare, et même le plafond de liquidité censé permettre aux banques grecques de rouvrir n’a pas été relevé !

Bien. Les faits sont les faits ; ce sont les hommes qui font l’histoire ; le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire.

Que vient-il de se passer, en quelques jours ? Le «4 août de Syriza», pouvons-nous dire en référence au 4 août 1914, grande trahison de la social-démocratie votant les crédits de cette guerre qu’elle disait vouloir empêcher. Tsipras et la direction de Syriza (essentiellement composés d’anciens de l’aile eurocommuniste du KKE, le PC grec, d’anciens du PASOK et d’universitaires et experts) n’ont pas dû «céder le pistolet sur la tempe» comme on nous le rabâche, ils ont fait leur choix car ils avaient, s’ils avaient résisté, l’élan des 61% de votes NON le 5 juillet, et la sympathie de tous les peuples européens. Ils sont donc engagés avec armes et bagages dans le camp de ceux qui veulent faire rendre gorge aux prolétaires, au peuple grec.

Cet événement, nous le craignions mais il n’était pas fatal. Un combat affirmé pour que Syriza combatte la bourgeoisie grecque, ses armateurs, ses colonels et ses popes, au lieu de considérer que son gouvernement correspondait forcément à ce que voulaient les Grecs, un combat unitaire et ferme tout à la fois, aurait pu peut-être modifier politiquement un rapport de force auquel la mobilisation populaire n’a pas fait défaut.

Maintenant, cette mobilisation ne peut, et ne va, continuer que CONTRE le gouvernement Tsipras, relais du capital financier, auteur du vol du vote, porteur du déni de démocratie.

Cet événement est advenu et il modifie les données politiques dans toute l’Europe.

Les militants qui plaçaient leurs espoirs dans la montée de cet escalier : Syriza, suivi de Podemos, suivi de «au suivant», se doutaient plus ou moins que ce ne serait pas un long fleuve tranquille, mais là l’obstacle, le contre-feu est installé au cœur de leur espoir.
Certes le sens final de l’événement n’est pas tranché en ce sens qu’on peut encore agir pour contre-attaquer directement.

Mais ce qui est tranché, c’est le rôle de la direction de Syriza, du gouvernement grec et de toutes les forces politiques, dans toute l’Europe et particulièrement en France, qui ont soutenu le processus conduisant à cet accord en prétendant, par exemple, que ce serait une victoire sur «l’Allemagne» que de maintenir la Grèce dans la zone euro avec une vague promesse de restructuration de la «dette». Une victoire sur «l’Allemagne» que d’imposer la retraite à 67 ans en Grèce !

Si l’impérialisme allemand a exigé, et obtenu, la mise de la Grèce en tutelle néocoloniale directe, c’est qu’il n’avait pas confiance, non pas tant en Tsipras comme ses représentants l’ont dit, que dans la capacité de Syriza à contenir et disons-le, à réprimer un peuple qui vient de dire NON et qui dit encore NON.

Et en effet, l’affrontement va se poursuivre en Grèce, et en Europe la masse des travailleurs, particulièrement les centaines de milliers de grévistes allemands de ces dernières semaines, vont poursuivre leur propre mouvement.

La France est au centre de cette situation.

Dans ses sommets, son président et son gouvernement se targuent d’avoir sauvé la zone euro, dans la mesure où l’Allemagne a menacé d’en sortir la Grèce, introduisant ainsi le précédent qui pouvait conduire à en sortir d’autres «PIIGS» comme on dit à Bruxelles et à Francfort (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Spain pour Espagne), supprimant ou fragilisant les contrepoids de l’impérialisme français face à l’impérialisme allemand dans le «couple» qu’ils sont censés composer.

Cocorico ! Pierre Laurent au nom du PCF apporte son soutien à l’accord. J.L. Mélenchon sur son blog, après avoir dit «bravo Hollande», estime qu’il ne faut pas soutenir le dit accord, tout en soutenant Tsipras, une position confuse obligée puisque suivre P. Laurent c’est préparer le «rassemblement autour de François Hollande» voulu par J.C. Cambadélis, de fait : les dynamiques politiques ont leur logique. Ne pas combattre la politique de Tsipras et de son accord avec Hollande et Merkel conduit non seulement à soutenir ce président et ce gouvernement qui, eux, ont piétiné consciencieusement les aspirations de leurs électeurs depuis le début, mais conduit même, dés ce mercredi à l’assemblée national, à l’union nationale avec Sarkozy !

Il faut au contraire agir pour que ce mercredi les députés communistes, Front de gauche, socialistes, en tout cas les «frondeurs», … votent NON à l’accord Hollande-Merkel-Tsipras.

  • Qu’ils disent NON à la retraite à 67 ans et la TVA à 23% où que ce soit !
  • Qu’ils disent NON aux gouvernements qui piétinent le vote des peuples, qu’ils soient dirigés par Merkel, par Hollande et Valls ou par Tsipras !
  • Qu’ils ne communient pas dans l’union nationale avec Sarkozy !
  • Qu’ils cessent par la même occasion de servir la soupe au Front National !
  • Et qu’ils cessent de faire croire que rester dans la zone euro serait une victoire. Le prix que paient les Grecs est d’ores et déjà pire que ce que leur aurait coûté une sortie de l’euro.

Maintenant, la discussion doit s’engager, au niveau national et continental, sur les gouvernements dont nous avons réellement besoin.

Le peuple grec a voulu imposer un tel gouvernement en janvier dernier et a pu penser, lorsque ce gouvernement lui a enfin redonné la parole le 5 juillet, y être parvenu, mais c’était pour déchanter. Il lui faut pourtant, il nous faut:

  • un gouvernement dont le mandat soit de défendre la population et pas le capital financier,
  • un gouvernement qui prenne l’argent aux capitalistes (et en Grèce, aux armateurs, à l’armée et à l’Église orthodoxe),
  • un gouvernement qui n’aurait pas peur de sortir de la zone euro et qui soit réellement capable de le faire parce qu’il affronterait, avec le soutien de l’immense majorité, les capitalistes : donc un gouvernement qui, s’il peut être conduit à négocier, le fasse avec l’objectif de l’abolition de la «dette publique», ce grand mensonge qui ne sert qu’à sustenter la finance.

Car, notons-le, un gouvernement populaire qui quitte la zone euro ne peut le faire qu’en dénonçant la dette publique, en expropriant banques et groupes financiers et en appelant les peuples à la lutte, car sinon il est encore plus pris au piège … devant payer sa prétendue «dette» en monnaie dévaluée !

Le prolétariat et le peuple grecs sont opposés à l’accord. Les grèves sont nombreuses en Allemagne. Le monde du travail en France frémit dans ses profondeurs et commence à ressentir confusément que c’est toute la situation européenne qui a, qui va avoir besoin de son réveil, de son retour sur le devant de la scène !

Il ne peut que se battre, ayant assez reculé. Pour cela il faut la clarté. Aucune illusion n’est de mise, toute illusion doit être réfutée, sur ce qui vient de se passer en Grèce. Nous allons voir qui va voter NON dans deux jours au parlement français. Et, là aussi, il faudra en tirer les conséquences.

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A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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