France : la situation au 16 mai

La semaine du 10 mai 2016 a marqué une nouvelle évolution dans la crise politique et la crise de régime montante en France.

Le premier ministre avait depuis le début, l’intention de faire passer la loi El Khomri à coup de 49-3. Son emploi pour le vote en première lecture à l’Assemblée nationale n’était donc pas une surprise, mais il fut quand même un choc. C’est qu’il était dressé, comme une agressive provocation, à l’encontre de la majorité de la population, et des millions de manifestants qui se sont exprimés depuis deux mois. Plus encore : en tant qu’ « acte d’autorité », l’emploi du 49-3 doit être relié, et nul doute que M. Valls ne fasse clairement ce lien, avec le maintien de l’état d’urgence et l’accumulation impressionnante de violences policières, de provocations et de recherche délibérée du désordre qui marque aussi la situation dans notre pays.

Le président s’étant emmêlé les pinceaux dans le projet de révision constitutionnelle, et la jeunesse et les salariés ayant imposé de fait le droit de manifester contre l’état d’urgence, le 49-3 de Valls sonne comme un appel à reprendre et intensifier la course en avant pour renforcer la V° République en tant que régime autoritaire militaro-policier. D’ailleurs, les palinodies au sommet entre sauveurs suprêmes potentiels prospérant sur la déconfiture du président, opposant M. Valls et M. Macron, montrent que cette course en avant est déjà un facteur supplémentaire de crise.

Cette situation sociale et politique a fait que la question du renversement du gouvernement Valls, signant aussi la faillite finale du président Hollande, par le vote de députés élus en 2012 contre Sarkozy, donc de députés PS (au delà du terme journalistique de « frondeurs »), est ouvertement posée. Sur le plan parlementaire, cela passe par le vote d’une motion de censure, d’où qu’elle vienne.

La peur de gagner, à l’instar des dirigeants syndicaux confédéraux, hante aussi ces députés là, qui ont par eux-même « échoué » à renverser le gouvernement, ce coup-ci – car on sait bien d’ores et déjà qu’il y aura un match retour. Leur « échec » ne réside d’ailleurs pas tant dans le fait qu’il leur manquait deux signatures de députés pour atteindre les 58 nécessaires au dépôt d’une « motion de censure de gauche », que dans le fait que l’idée même d’une telle motion supposait de ne pas additionner les votes des différentes motions de censure, et donc de ne pas vouloir renverser un gouvernement, qui, pourtant, même dans ce parlement croupion, est minoritaire (en sachant d’ailleurs qu’on aurait peut-être vu une partie de la droite voler au secours du gouvernement si jamais sa propre motion avait risqué de passer, achevant la démonstration politique en cours!).

La leçon politique de ces événements parlementaires n’est ni que l’heure serait à l’action parlementaire, par elle même totalement stérile, ni qu’il faut se désintéresser du parlement et ne miser que sur la grève et la rue, car les brèches parlementaires proviennent de la lutte sociale. Or, justement, l’annonce du 49-3 le mardi 10 mai a produit une onde de choc dans tout le pays, suscitant des rassemblements et manifestations spontanés, notamment en direction de l’Assemblée nationale, que la police a cerné et dont elle a essayé, en partie vainement, d’interdire le regroupement.

Une fois de plus était démontrée la disponibilité à la base pour l’action, pour une action efficace, déjà mille fois démontrée tout au long des mois de mars et d’avril. « La grève générale ne se décrète pas », répète les dirigeants confédéraux et leurs porte-voix, mais quand les conditions sont réunies, ce sont bien eux qui ont peur d’appeler à l’action efficace.

La révulsion produite dans les profondeurs du pays par ce qui est à juste titre ressenti comme une sorte de « coup d’État » détermine désormais le contenu des manifestations comme celles du jeudi 12 mars, de fortes manifestations militantes, celui des grèves et celui des rassemblements sur les places publiques qui ne sauraient être réduit à la thématique « Nuit debout » et au folklore et autres commentaires qui se sont greffés sur elle.

Les fédérations des chauffeurs routiers FO et CGT et la fédération CGT Chimie ont décidé d’appeler à partir de ce lundi soir à la grève reconductible pour le retrait de la loi El Khomri. Toutes les couches du salariat et de la jeunesse doivent les soutenir. Notons que l’intersyndicale du second degré appelle à rejoindre l’action interprofessionnelle avec la revendication de retrait de la « réforme du collège ». La question de l’action d’ensemble pour le retrait de la loi El Khomri et donc pour faire tomber ce gouvernement et ouvrir la crise de régime est clairement posée dans les jours qui arrivent.

Éditorial du N°45 du 16 mai 2016

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Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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