Après la renonciation de Hollande : The game is open.

C’était un article non écrit de la constitution de la V° République : De Gaulle, Mitterrand et Chirac avaient été réélus pour leur second mandat, Giscard et Sarkozy ont été battus, un seul ne l’avait pas tenté puisqu’il était mort avant, Pompidou. François Hollande, par ce qui fut probablement son meilleur discours du quinquennat, vient de déchirer cet article. Il l’a fait tout en présentant les objectifs de M. Fillon et de Mme Le Pen comme visant à détruire notre « modèle social », alors que c’est sa politique consciemment et sciemment menée qui leur a mis le pied à l’étrier.

Cette renonciation est une victoire démocratique, car le président Hollande a perdu toute légitimité non pour des raisons personnelles (les traits de personnalité, à ce niveau, reflètent les logiques institutionnelles et politiques, et non l’inverse), mais parce que, élu en 2012 contre Sarkozy, certes pas pour en finir avec le capitalisme mais avec l’espoir qu’il arrêterait ou ralentirait les attaques contre les droits sociaux, les droits démocratiques et la culture, il les a intensifiés. Il a déclaré avoir commis une erreur, celle concernant la double nationalité, sans présenter celle-ci comme une « erreur » de fond, comme l’atteinte aux principes démocratiques fondamentaux qu’elle était, mais comme une erreur d’appréciation tactique. Mais c’est bien dans l’année qui a suivi les crimes islamistes de masse du 13 novembre 2015, l’année de l’état d’urgence et de la loi El Khomri, que le cœur, le socle, la base, la masse du monde du travail et de la jeunesse se sont frontalement opposés à lui, à son gouvernement, à son régime.

Sa non candidature vient de cet affrontement. Les développements de la crise du régime dans les tous derniers jours ont déterminé cette impossibilité. Le président de l’Assemblée, M. Bartolone, a appelé à ce que le premier ministre se présente à la primaire dite socialiste au besoin contre le président, et le ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, appelait de fait le président à se présenter en dehors de la primaire. Hollande et Valls avaient théoriquement signé un traité de paix lundi dernier, Valls répétant quatre fois – quatre fois ! – à l’Assemblée qu’ « il n’y a pas de crise institutionnelle », confirmant donc qu’il y en a une. J.C. Cambadélis en arrivait à se trouver malgré lui en posture d’arbitre de l’exécutif plus bicéphale que jamais en affirmant que primaires il y aurait avec une seule des deux têtes candidates. La mise en œuvre de la logique du régime par F. Hollande aurait voulu qu’il viole la primaire, inaugurant sa campagne par la mise à mort finale du Parti socialiste : ceci aurait fini par un score à un chiffre achevant non seulement de le liquider politiquement, mais d’essorer cette « fonction présidentielle » que tous les « grands candidats » veulent rétablir dans sa plénitude.

Les rapports sociaux résultant des affrontements de l’année 2016 ont ainsi annulé la candidature du président de la V° République. L’existence même de la primaire dite de la « Belle Alliance Populaire », de fait primaire du PS, a été l’embûche témoignant de la crise du régime et mettant en œuvre, avant même d’avoir eu lieu, cet empêchement.

Or, ce n’est pas à proprement parler un vide politique que laisse béant la non candidature du président. Il y a résorption, destruction de la ligne politique qu’il a représentée, en raison de la politique capitaliste et antisociale qu’il a menée. Un tel affaissement de légitimité de la tête de l’exécutif affecte la tête n° 2 et candidat putatif de substitution qu’est Manuel Valls. Dans ces conditions, défaire cet éventuel candidat, et imposer le droit à candidature de Gérard Filoche à cette primaire pour laquelle, si on est membre du Parti socialiste, le parrainage d’un nombre d’élus est exigé, constituent un enjeu social et démocratique.

Non, décidément, la campagne ne se déroule pas comme prévu. Il était prévu depuis début 2016 qu’elle se déroule sans encombre. La poussée de grèves et de manifestations contre la loi El Khomri a bousculé la situation, attestant de ce que larges couches n’attendent pas le changement des institutions existantes. Forte de la résistance de l’exécutif Hollande-Valls à ce mouvement de fond, la droite a amorcé, sous l’égide de Donald Trump et de Vladimir Poutine, sa recomposition autour de F. Fillon, seconde surprise par rapport au scenario « prévu ». Dans l’ordre institutionnel de la façon dont les choses « doivent se passer », ainsi que l’avait exigé J.L. Mélenchon, le président aurait dû se présenter. Il ne le peut. Troisième « accident ». Et ce ne sera pas le dernier. Le scenario n’est pas écrit : les humains feront leur propre histoire, même en 2017.

Le 01-12-2016 à 22h.

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Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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