Formidable crise au sommet aux États-Unis.

La crise au sommet de la première puissance mondiale ne s’atténue pas mais s’amplifie formidablement. Cela alors que ni la lutte sociale directe d’en bas, ni les cours boursiers, n’en ont encore répercuté l’écho.

A quelques jours de l’entrée en fonction de Donald Trump, les services «spéciaux» de l’appareil d’État nord-américain, CIA, NSA et FBI, notoirement divisés entre eux et en leur sein, se sont, dans leurs sommets, alignés pour diffuser des extraits (25 pages sur 50, disent-ils) du rapport sur l’espionnage et le piratage massifs de l’appareil démocrate par le GRU russe pendant la campagne (des données qui semblent reposer elles-mêmes sur l’espionnage des services russes par les services US), faisant de Trump l’élu de Moscou. A ce sujet, faisons trois remarques.

La première est qu’une explication complotiste de la crise implosive de l’impérialisme nord-américain ne tient pas: ses racines sont internes. Le coup de pied de l’âne final à Hillary Clinton a été donné par le FBI.

La seconde est qu’il ne saurait, sur cette base, faire de doute que les services russes sont intervenus. Il aurait d’ailleurs été étrange, et même peu «professionnel» de leur point de vue, qu’ils se privent de ces opportunités. Le fond idéologique et les orientations géostratégiques de D. Trump confortent Poutine, tout en reposant, eux aussi, sur les évolutions et contradictions internes à l’impérialisme US.

Troisième observation: dans le peuple américain, ce n’est pas la dénonciation du grossier Trump vendu aux Russes par des stars hollywoodiennes qui fera mouche. Elle ferait plutôt son jeu. Autrement plus importante est la lame de fond que son élection a produit dans la jeunesse, prolongeant la lame «Sanders», et la volonté de résistance qui fermente dans le monde du travail et parmi les noirs.

Trump, destinataire du rapport des trois agences de «renseignement» également communiqué aux services des pays alliés, a réagi de façon contradictoire en combinant mépris et reconnaissance d’une intervention russe.

C’est dans cet entre-deux que le 10 janvier, à la veille d’une importante conférence de presse annoncée pour «lever les malentendus» sur les risques de confusion d’intérêt le concernant, le site BuzzFeed a produit un document «non vérifié» censé provenir des services britanniques, dont la substantifique moelle, pour la résumer directement, consiste à exposer que les services russes disposent des vidéos d’ébats de l’intéressé avec des prostituées dans la suite du Ritz Carlton de Moscou (plusieurs années de suite), ce qui serait censé accréditer la thèse que Poutine peut le faire chanter.

Trump va donc être le président investi cumulant le plus grand nombre de casseroles de l’histoire des États-Unis, ce qui n’est pas peu dire … à condition de préciser qu’il en serait allé de même pour Clinton!

Il a d’ores et déjà l’équivalent de plusieurs Watergate sur le dos.

Lors de sa conférence de presse du 11 janvier, il a réagi en attaquant, ce qui aggrave encore la crise. Il a accusé les services de renseignement US d’être à l’origine des «révélations» de la veille, interdit au journaliste de CNN (qui les avaient répercutées) de le questionner. Il n’a en rien réglé la question constitutionnelle des conflits d’intérêts en confiant ses entreprises à ses fils, disant qu’il les «virerait» s’ils faisaient mal le job. Et il a annoncé, revenant sur des propos plus «modérés» de fin 2016, que l’Obamacare serait liquidé, et que le mur avec le Mexique serait bien construit, et bien payé par le Mexique …

Réaction infantile, fuite en avant stratégiquement pensée, ou les deux à la fois, peu importe au fond: nous assistons au troisième acte de l’implosion d’une institution clef pour l’ «ordre mondial», qui s’appelle la présidence des États-Unis d’Amérique, instituée en 1789 par Hamilton et Madison pour remplacer le roi et maîtriser les élans dynamiques de la grande République. Bush junior fut le premier acte: mal élu, mais véritablement élu par le 11 septembre, il lance le pays dans une fuite en avant militaire mondiale financée à crédit, jusqu’au krach. Obama fut le noir progressiste, signe d’une immense volonté de changement, qui n’a rien changé, actant l’impuissance à continuer de gendarmer le monde, sans avoir pour autant d’alternative.

Trump … est Trump. Ni la bourse, ni la Fed, d’une part, ni la rue et les luttes sociales, montantes, d’autre part, n’ont encore embrayé. Mais l’appareil d’État ne reconnaît pas son président, et réciproquement. Les brèches ainsi ouvertes ne peuvent plus être colmatées. L’appel d’air vers l’intervention directe de celles et ceux d’en bas est inéluctable. Il convient d’ailleurs de prévenir un scenario où cet appel serait le fait du président, scenario «fasciste» effectif qui ne s’est pas produit à ce jour. «Nous, le peuple», c’est la jeunesse qui a manifesté en novembre, ce sont les grèves pour le salaire minima, c’est la force qui monte et qui doit avoir représentation et organisation politiques.

 

13-01-2017

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Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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