Semaine internationale – Chronique du 21 janvier 2017

La prise du pouvoir par Donald Trump s’accompagne donc de la réaffirmation par celui-ci des objectifs les plus brutaux mis en avant pendant sa campagne, au grand dam de la plupart des commentateurs patentés qui spéculaient sur le « mystère » de ses intentions et supputaient une certaine « normalisation » de sa part.

Il ne sert d’ailleurs pas à grand chose de tenter des explications psychologiques de ce choix politique (est-il bête ? est-il habile ? les deux, mon capitaine!). Car le fond de la question est qu’il n’avait guère le choix.

En effet, il est investi avec l’équivalent de plusieurs Watergate sur le dos, avec un dossier « russe » tout à fait crédible quoi qu’on veuille bien en dire (étant entendu que ce sont les brèches dans l’appareil d’État US qui sont à la base des infiltrations), et une impopularité d’ores et déjà record. Dans ces conditions, une capitulation de sa part, consistant dans une métamorphose douteuse en un président « républicain » ordinaire (celui qu’est censé incarner son suppléant Mike Pence), aurait eu une signification politique allant très au delà de son seul personnage. Elle aurait signifié un nouveau seuil franchi dans l’affaiblissement de l’exécutif présidentiel le plus important du monde. Pour cette raison essentielle, l’intérêt général du capital exigeait un Trump offensif, malgré les contradictions et la crise que cela provoque et va provoquer.

Donc, après une investiture devant une foule clairsemée et alors que les incidents de rue se multipliaient ailleurs dans Washington DC, et un discours commençant par la phrase « Maintenant, c’est l’Amérique d’abord », il est passé tout de suite à l’offensive, le jour même, signant un décret pour que les agences fédérales sabotent l’Obamacare avant son abrogation, supprimant sur le site de la Maison blanche les pages consacrées à la santé, aux LGBT, au changement climatique, annonçant « embrasser la révolution des pétroles et des gaz de schiste » – alors que celle-ci a largement commencé à tousser.

Cette fébrilité vise à créer un effet de choc, alors que ce samedi des centaines de milliers de femmes convergent sur Washington pour ce qui sera la première manifestation centrale affrontant le président Trump.

La combinaison de protectionnisme aux frontières et de déréglementation néolibérale radicale en matière financière que tente la nouvelle administration promet les plus grandes secousses. Elle prend acte de l’affaiblissement de l’impérialisme nord-américain et veut renégocier de manière bilatérale les termes des échanges et de la division internationale du travail, y compris au niveau du continent américain avec la menace de quitter, et donc de détruire, l’Alena.

Les travailleurs, les peuples et l’environnement n’avaient rien gagné de la mondialisation « ouverte », mais ils auront aussi tout à perdre de la mondialisation « fermée » et bilatérale que tente à présent une puissante étasunienne aux abois : libre échange ou protectionnisme, le problème c’est le capitalisme. Et en ce qui concerne les travailleurs aux États-Unis, le programme de Trump conduit à la baisse des salaires réels.

Il veut donc frapper vite tant que les oppositions massives à sa politique sont plus « sociétales » que « sociales ». Il aura peu de temps et pourrait frapper d’abord les couches immigrées de la classe ouvrière.

Au niveau mondial, il a avant même son investiture amorcé ce qui ne constitue pas à proprement parler, par le contenu, un tournant de la politique étrangère US, mais bien plutôt la mise en œuvre effective de la théorie de l’ « axe Asie-Pacifique » formulée par Obama et H. Clinton : agressivité envers la Chine et main tendue à Moscou.

D’où cette scène remarquable : dans un forum de Davos sans président US, trois jours avant son investiture, le premier secrétaire du PC chinois Xi Xinping s’est posé en gardien du commerce mondial, du libre échange et de la « bonne » mondialisation, se faisant le chantre du capitalisme du XXI° siècle …

Lundi 16 janvier dans une interview au Times et au Bild, Trump a attaqué sur la question européenne : en résumé, l’OTAN est « obsolète », l’Allemagne est désignée comme ennemi commercial et critiquée sur l’immigration, le Royaume-Uni non seulement félicité pour le Brexit, mais encouragé à un nouveau partenariat atlantique confortant la City dans le rôle de premier paradis fiscal planétaire – et la France ignorée.

Le lendemain de cette interview, la première ministre britannique Theresa May a prononcé un discours en faveur de la version dite « dure » du Brexit, sans marché unique, avec menace sur les millions de travailleurs émigrés de toute l’Europe qui vivent en Grande-Bretagne. Le souverainisme britannique n’aura pas duré longtemps : de l’interview de Trump au Times au discours de Mme May il se sera écoulé moins de 24 heures !

En Syrie, Trump apporte sa bénédiction au « processus d’Astana » qui sur le terrain se traduit, premièrement par la concentration de millions de réfugiés au Nord-Ouest, à Idlib et autour, seule partie de la Syrie où des élections locales se tiennent, mais qui, désignée comme abri des « terroristes » d’al-Nosra, sera la prochaine cible des bombardements au nom de la « paix », deuxièmement par l’avancée de Daech au Sud contre les forces insurgées de la région de Deraa et à proximité des frontières jordanienne et du Golan occupé par Israël, et troisièmement par un pression croissante, qui porte, sur le parti kurde PYD pour qu’il coopère avec Bachar El Assad. La sous-traitance contre-révolutionnaire est pleinement reconnue à Poutine, mais elle apporte des bombes à retardement par rapport aux positions anti-iraniennes et pro-israéliennes de Trump.

Cette seule troisième semaine de janvier 2017 porte de nombreux risques de guerre et démontre l’incapacité des États européens et de la prétendue Union dite Européenne qui en est l’émanation à unifier réellement, et démocratiquement, ce continent clef sur la base des besoins humains.

Publicités

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans Guerre, Monde, Syrie, USA. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s