Présidentielles – Billet du 16 février 2017

Jusque là on pouvait déjà dire que la campagne des présidentielles en France ne s’était pas déroulée comme prévu, le poids des luttes sociales (loi El Khomri) et de la crise politique du régime et de l’État se faisant de plus en plus lourd. Mais depuis les primaires de la « BAP » (en fait primaires du PS), les choses s’emballent. Même si la victoire de B. Hamon, en somme fils spirituel de Martine Aubry – mais qui s’est prononcé pour l’abrogation de la loi El Khomri – n’a pas la portée qu’aurait eu une victoire d’A. Montebourg (pour ne rien dire de G. Filoche, interdit de candidater), elle constitue une défaite majeure pour l’exécutif et précipite la crise du PS.

Mais simultanément, démarrait l’affaire Fillon, descente aux abîmes rythmée depuis, chaque mardi soir, par la diffusion de la une du Canard à paraître le lendemain. Et maintenant, éclate un cycle de provocations-répression dans plusieurs villes de la banlieue parisienne, déclenché par un acte de torture à caractère sexuel – hogra !- commis par un policier sur un jeune noir.

Pendant que F. Hollande tente de jouer les patriarches consolateurs, le ministère de l’Intérieur ne contrôle visiblement plus des « troupes » très largement pénétrées par le Front National. Il s’avère que le commissariat d’Aulnay est gangrené par des cow-boys. Jusqu’où s’étend la gangrène ? La seule position républicaine authentique, qui ne soit pas une posture bonapartiste, est d’exiger le châtiment des responsables et une réorganisation démocratique complète des forces dites de sécurité. Mais ce n’est pas cet exécutif, ni, encore moins, celui de Mme Le Pen, de M. Fillon ou de M. Macron, qui ira dans ce sens.

La double crise ouverte au sommet par la tentative de putsch permanent de F. Fillon, qui est en train de cramer LR, le vieux parti de la V° République, et à la base par les provocations visant à incendier les banlieues, aboutirait mécaniquement à ce résultat final de l’action des gouvernements présidés par F. Hollande et de la crise du régime : l’élection de Mme Le Pen.

Devant Fillon elle serait élue, l’électorat de droite passant chez elle, devant Macron aussi, l’électorat populaire issu de la gauche ou de la droite n’allant pas voter Macron. Comme Trump, mais avec une majorité en voix, elle serait élue en étant minoritaire dans le pays. Comme Wall Street se comporte avec Trump, le MEDEF compterait alors sur la stratégie du choc pour appliquer tout son programme avec des attaques contre les libertés démocratiques en prime.

Seul un candidat groupant le potentiel électoral de J-L. Mélenchon et de B. Hamon pourrait l’emporter assurément, car l’électorat populaire issu de la gauche, regroupant plus largement dans la dynamique engagé, se porterait sur lui. Alors Hamon ou Mélenchon ? Si ni l’un ni l’autre ne se retire, celui des deux qui aura l’attitude la plus unitaire et la plus ferme contre la loi El Khomri et contre Le Pen, Fillon et Macron peut siphonner l’électorat de l’autre et du coup aussi celui de Macron. Hamon ayant été investi par plus d’un million de votants à la primaire et ayant, par ailleurs, le plus de chances de capter l’électorat tenté par Macron, il est du coup le mieux placé.

J-L. Mélenchon vient d’annoncer qu’il convoque, en quelque sorte, Hamon et Jadot pour qu’ils se retirent en sa faveur. Il avait initialement tous les atouts politiques pour s’imposer comme candidat unitaire, mais son orientation, qui n’est pas, comme le croient encore la plupart de ses partisans, celle de la «vraie gauche », mais qui consiste dans le regroupement de toutes les classes sociales contre la seule « oligarchie » pour « l’indépendance de la France », l’a systématiquement conduit à ne pas prendre les options qui pouvaient le faire gagner, notamment en souhaitant quasi ouvertement la victoire de Valls à la primaire du PS, et en voulant ignorer la réalité politique du plus d’un million d’insoumis qui sont allés battre Valls.

D’où ces manières de matamore qui ne sont pas une question de personnalité, mais une question politique : s’il voulait gagner, ce n’est pas un retrait immédiat et inconditionnel, insultant au passage le gros million d’électeurs de Hamon à la primaire, qu’il mettrait en avant, mais la proposition d’exiger ensemble, tout de suite, de l’Assemblée nationale, l’abrogation de la loi El Khomri. S’il faisait cela jusqu’au bout, sincèrement et avec la volonté de gagner, il deviendrait le candidat unitaire qu’il n’est pas.

Les présentes considérations ne reposent pas sur les programmes des candidats. Il faut d’ailleurs être naïf pour croire que c’est le programme qui est déterminant, aussi bien dans le cas de Mélenchon que de Hamon. Ce qui sera déterminant, c’est la capacité des travailleurs et de la jeunesse à bloquer l’offensive finale de la réaction permise par le quinquennat Hollande, ouvrant ainsi une nouvelle situation, en se portant en masse sur l’un des deux.

16-02-2017.

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Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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