Présidentielles – Billet du 24 février 2016

Emmanuel Macron vient d’engranger le ralliement de Bayrou, ce qui a paraît-t-il plu en bourse et fait monter le CAC 40. Dans la foulée, il a annoncé qu’il faudrait selon lui supprimer 120.000 postes de fonctionnaires. M. Macron est le candidat que le MEDEF espère voir au second tour devant Mme Le Pen afin qu’il soit élu.

Voici un mois, ce candidat était François Fillon. Il est, dit-on, vitrifié. Certes. Mais dans ces conditions le plus remarquable est son maintien : tout en hurlant au « coup d’État », c’est lui qui a fait de sa campagne un coup d’État permanent.

Mme Le Pen au second tour face à M. Macron ou à M. Fillon, peut l’emporter car le vote populaire ne sera tenté de se porter ni sur l’un ni sur l’autre, et parce qu’un second tour excluant tout candidat issu de ce que l’on appelle « la gauche », c’est-à-dire issu, directement ou indirectement, de forces provenant du mouvement ouvrier, serait déjà en lui-même une défaite sociale : ce serait le couronnement du sale travail de tout un quinquennat, son accomplissement.

De plus, les premières semaines de l’expérience Trump aux États-Unis, tout en maximisant l’instabilité et en accélérant mobilisations sociales, réflexions et maturations politiques, ont aussi montré que Wall Street, pour l’instant, s’en accommode bien, et que le capital financier peut envisager de gérer une présidence Le Pen en mode « stratégie du choc ». Jusqu’à présent, le FN, sorte d’institution de la V° République, a toujours servi d’épouvantail et de machine à faire voter, mais un dérapage causé par la crise sociale et la crise de régime est pleinement dans l’ordre du possible.

Ressentant cela, des millions et des millions, de ceux qui ont fait grève et manifesté contre la loi El Khomri, parmi celles et ceux qui ont soutenu jusque là la candidature de JL. Mélenchon, avec le gros million qui a battu Valls à la primaire du PS, et d’autres encore qui jusque là regardaient ces présidentielles avec méfiance, veulent maintenant intervenir : le besoin social majoritaire qui se dessine est celui de l’unité Hamon-Mélenchon pour nos revendications et pour barrer la route à Le Pen et donc au second tour Macron/Le Pen ou Fillon/Le Pen.

Ce mouvement profond, exprimé par quantité de pétitions et d’initiatives mais d’abord et avant tout massivement ressenti dans les conversations, dans la réflexion, dans la maturation collective, n’a sur le fond rien à voir ni avec un réflexe de « vote utile malgré tout » ni avec un quelconque front « républicain » à la façon du vote Chirac au second tour des présidentielles de 2002.

Son contenu est social et son origine immédiate réside dans les grands mouvements sociaux de l’année 2016 qui sont d’ailleurs à l’origine de la non-candidature de François Hollande et de la défaite de son premier ministre Valls aux primaires. Il ne tend pas à rétablir « le PS » ou la gauche traditionnelle, mais à empêcher ce qui serait le fruit final de ce qu’ils ont fait au pouvoir. Du coup, c’est la perception de ce mouvement réel comme une manipulation ou un alignement de type « vote utile pour le PS » par une partie des couches militantes qui soutiennent notamment JL Mélenchon qui est une perception d’appareil s’opposant aux travailleurs.

Le paradoxe de JL Mélenchon est que son capital politique de 2012, lorsque par une campagne unitaire il avait contribué de manière probablement décisive à la défaite de N. Sarkozy, lui aurait permis de s’imposer comme le candidat unitaire du mouvement social et de ce que l’on appelle « la gauche », notamment en investissant la primaire du PS ou en appuyant par avance la défaite de Valls à celle-ci. L’unité qu’il aurait dû préconiser n’est pas cette « unité avec le PS » ou derrière lui contre laquelle il ne cesse de se récrier, mais l’unité pour nos revendications, pour l’abrogation de la loi El Khomri. Il pouvait l’imposer. Ce ne sont pas tant des raisons « d’ego » qui l’en ont empêché qu’une orientation politique consistant à prendre la posture de sauveur de l’impérialisme français dans l’union des classes contre la seule « oligarchie ». Son passage en tête et sa présence au second tour requerraient une orientation unitaire s’appuyant sur la classe salariale, et donc sur le rassemblement de courants divers et les débats entre eux, et pas l’alignement vertical de supporters dans une formation de type bonapartiste – la « France insoumise ». Il a ainsi lui-même créé les conditions politiques de deux autres scénarios :

  • celui par lequel un partage à peu près égal de ses voix avec Hamon conduirait à leur absence à tous deux au second tour et, par cette défaite sociale, ouvrirait la voie à Mme Le Pen.
  • celui où B. Hamon apparaissant comme plus en mesure d’aller au second tour siphonnerait ses voix, tout en récupérant une bonne partie de celles de Macron, ce qui pourrait lui permettre de gagner.

S’il se produit, ce second scénario ne fera pas de Benoit Hamon autre chose que l’héritier politique de Michel Rocard et de Martine Aubry investi par un mouvement qui, lui, voulait rompre avec l’ensemble de la politique de Hollande et Valls. Mais il ne fera pas non plus de la masse de ses électeurs l’équivalent d’un électorat « socialiste » reconstitué. Ceux-ci n’auront guère d’illusions et seront les agents de la défaite de Le Pen, Fillon et Macron, et de la mise en déroute du dernier acte du sale travail de Hollande et Valls, ayant utilisé le dernier instrument à leur disposition.

Dans la présente bataille pour l’unité, et pour barrer la route à Le Pen, Fillon et Macron, la question de l’organisation politique représentant réellement, démocratiquement, les exploités et les opprimés, doit se poser. Rassemblant différents courants, cette organisation doit notamment :

  • préparer les affrontements sociaux les plus immédiats dans la totalité des issues envisageables pour la présidentielles (et la meilleure manière de préparer l’affrontement avec une éventuelle présidence Le Pen consiste donc dans la bataille unitaire actuelle)
  • préparer les élections législatives sur la base de la rupture avec la V° République, pour faire de la prochaine assemblée une constituante véritable n’ayant à obtempérer aux ordres d’aucun exécutif (et, dans l’hypothèse Le Pen, pour priver immédiatement la présidente de toute représentation parlementaire ! )
  • élaborer par la discussion collective les issues positives sortant du capitalisme aux grandes questions actuelles : rupture avec l’Union Européenne certes mais par pour faire un Brexit à la Trump-Le Pen mais pour la vraie union des peuples, rupture avec l’OTAN certes mais aussi avec toute la politique impérialiste française de la bombe à l’Afrique, sujets sur lesquels il faudra revenir.

Dans l’immédiat, exigeons haut et fort :

Hamon, Mélenchon, rencontre immédiate, assez de ronds-de-jambes et pas d’obstacles « programmatiques » : pour battre Le Pen, Fillon et Macron, pour nos revendications et l’abrogation de la loi El Khomri, un seul candidat pour en découdre.

Vincent Présumey.

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A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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