Washington, Brasilia : la gouvernance agonise !

Crise au sommet à Washington : après le Trump en mode « Trump » conseillé par Steve Bannon l’allumé toxique, mais qui n’arrivait pas à expulser les musulmans et liquider le peu d’assurance maladie, on est passé au Trump en mode « Trump » conseillé par les généraux Mattis et McMaster, celui du petit bombardement sur Bachar, de la grosse bombe sur les montagnes afghanes, et des gros mots sur la Corée. Nous voilà maintenant au Trump en mode « Trump » conseillé par … on ne sait trop qui (le gendre Jarred Kushner ?), le Trump « troisième période », lequel a inauguré celle-ci, comme on sait, en virant par surprise et en direct le patron du FBI James Comey, qui avait pourtant donné la chiquenaude décisive à Clinton quelques jours avant le scrutin présidentiel.

La séquence ainsi engagée est spectaculaire et va crescendo.

Quelques jours après avoir viré Comey, on apprend que Trump a fanfaronné devant Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de Poutine en visite impromptue (ce qui est déjà curieux en soi : Poutine aurait appelé Trump en lui disant que Lavrov était dans le coin, à savoir en Alaska …), en lui révélant des données sur Daesh fournies, semble-t-il, par l’espionnage israélien.

Puis, c’est le Washington Post qui publie le procès-verbal d’un entretien entre grands chefs du parti républicain quelques semaines avant l’investiture de Trump où, après avoir évoqué les procédés de corruption de chefs politiques en Ukraine par les services de Poutine, Kevin McCarthy, leader républicain à la Chambre des représentants, affirme que Trump, ainsi que l’élu républicain de Californie Dana Rohrabacher, sont tout simplement « payés » par Poutine, puis se promettent de garder cela pour eux.

Ensuite, pendant que Trump conseille publiquement à Comey de fermer sa grande gueule et que celui-ci l’ouvre de plus en plus, faisant savoir qu’il a pris des notes sur tous ses entretiens avec le président, lequel lui a demandé d’arrêter toute enquête sur la Russie et suggéré d’emprisonner les journalistes gênants, ni plus ni moins, il est contraint d’accepter la nomination d’un procureur spécial pour enquêter sur le fameux sujet « russe », nomination qui est opérée par le ministre adjoint de la justice et non par le ministre en titre car celui-ci est mouillé dans l’affaire !

Et c’est Robert Mueller qui est nommé, c’est-à-dire pas n’importe qui : l’homme qui a pris la tête du FBI une semaine avant les crimes de masse du 11 septembre 2001, qui est réputé avoir résisté à Bush en 2004 dans la fuite en avant sécuritaire et liberticide, auquel Comey avait succédé en 2013. En somme le deep state en personne, la continuité des services spéciaux de l’appareil d’État dans leur autonomie revendiquée envers l’exécutif.

Autant dire que ça chauffe pour Trump, et d’ailleurs tout le courant démocrate-populiste et socialisant représenté par Bernie Sanders est déchaîné contre lui. Ces derniers ont, dans ce contexte, remporté une belle victoire : l’élection comme District Attorney de Philadelphie, au suffrage universel, d’un soutien de Black Lives Matter, adversaire de la peine de mort ayant comme programme le dépeuplement massif des prisons surpeuplées, Larry Krasner. Dans l’autre sens, les rumeurs sur l’organisation d’une marche armée – une marche armée – sur Washington de la part des libertariens, suprématistes blancs et autres en cas d’impeachment de Trump circulent largement sur les réseaux.

L’impeachment – ou le constat d’incapacité – de Trump est donc ouvertement évoqué un peu partout, pour le souhaiter, en menacer, ou le dénoncer par avance. Cela ne veut pas dire qu’on soit à la veille d’un tel événement. Le fait patent, décisif, est le suivant : l’exécutif US est carbonisé. L’autorité du président est tout à fait sapée, au point que la rumeur concernant la tenue des prochaines sommets de l’OTAN en Italie le 25 mai prochain, et du G20 à Berlin début juillet, est que la crainte de Trump et de ses foucades est dépassée, et qu’on doit faire attention de ne pas lui parler trop vite, de ne pas faire de phrase trop longues en sa présence, et de ne pas s’imaginer qu’il connaît sa géographie et son histoire.

Dans l’immédiat, les corps constitués de l’appareil d’État US observent une trêve le temps qu’il fasse son premier périple international, en commençant – tout un programme ! – par l’Arabie saoudite, pour continuer par Israël, les territoires palestiniens, le Vatican, l’UE à Bruxelles et le sommet de l’OTAN. Erdogan, furieux du soutien maintenu et renforcé des forces US au PYD kurde en voie de prendre Rakka – et de s’y confronter à de graves problèmes par refus de prendre en compte les aspirations démocratiques des Arabes et leurs propres organisations opposées à Daesh – s’est vengé en faisant intervenir ses nervis … à Washington, contre une manifestation d’opposants et de Kurdes – autre épisode « sécuritaire » soulignant la crise de l’appareil d’État nord-américain …

Parallèlement à ce qui n’est pas l’impeachment mais bien la paralysie du président des États-Unis d’Amérique du Nord, celui des États-Unis d’Amérique du Sud qu’est le Brésil, se trouve dans une situation similaire ou pire encore.

Michel Temer, installé au pouvoir par un coup d’État judiciaire et mafieux à la place de la présidente PT Dilma Roussef, que sa politique capitaliste avait affaiblie de longue date, a été piégé par un homme d’affaires qui ne voulait pas chanter et a enregistré un entretien avec lui, attestant de corruption, chantage et entrave à l’enquête sur la corruption autour de Petrobras.

Temer tente d’interdire la procédure maintenant engagée contre lui. Il n’a pas été renversé – comme il aurait dû l’être – par la grève générale des ouvriers et fonctionnaires et les manifestations des paysans, mais il est en voie de l’être par ses propres turpitudes.

La crise au sommet à Washington et la crise au sommet à Brasilia ont l’une et l’autre fait plier, pour la première fois depuis l’investiture de Trump, les bourses mondiales, signe de l’importance du problème. Nous assistons à une faillite de ce que le capital appelle sa gouvernance.

Dans cette crise, seule l’intervention des prolétaires, c’est-à-dire de l’immense majorité de l’humanité, peuples nord-américain et brésilien compris, peut imposer un débouché démocratique. Elle peut et doit être un appel d’air pour l’organisation indépendante de tous les secteurs qui, aux États-Unis, ont soutenu Sanders et au delà, et qui, au Brésil, cherchent à se redonner les moyens du combat social indépendant après la paralysie par les sommets des organisations dont ils s’étaient dotés depuis les années 1980 (PT, CUT, Conlutas, Mouvement des Sans Terre).

L’avenir est à eux, car tout autre avenir est bouché.

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A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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