Battre Macron aux législatives ?

Nous l’avons déjà dit : en soi battre Macron aux législatives, comme battre Macron, Fillon et Le Pen aux présidentielles, est et était possible par l’unité sur la base du refus des contre-réformes (abrogation de la loi El Khomri). Si les conditions politiques de cette victoire ne sont pas réunies, c’est en raison des choix politiques des dirigeants.

Soyons clairs et simples : le fil conducteur qui va de J.C. Cambadélis à J.L. Mélenchon est le soutien politique de fait à la présidence Macron. On entend, certes, d’ici les hurlements des thuriféraires de ce dernier, les néo-convertis en tête comme notre ami Jacques Cotta sur le site de la Sociale : mais voyons, ce qui compte, nous explique-t-il, c’est le programme ! Vaste plaisanterie. Ce qui compte aujourd’hui, c’est comment on va empêcher Macron de nuire (1). Quant au « programme » de la « France insoumise », il se veut celui d’un président de la V° République, pas d’une majorité parlementaire défiant le dit président, en l’occurrence Macron, cette majorité dont nous aurions besoin.

Ce n’est pas une « union de la gauche » que pour notre part nous défendons, c’est le front unique contre Macron, pour le code du travail.

Ceux qui rallient Macron ou qui penchent forcément vers ce ralliement à partir du moment où ils ne rejettent pas le bilan des gouvernements Hollande, d’une part, ceux qui exigent le ralliement au « programme de la France insoumise » quitte à faire élire des députés de droite et/ou macronistes, d’autre part, sont ceux qui protègent le capital et la V° République.

Par contre, tous les candidats, indépendamment de leur parcours et de leur plus ou moins grande « pureté idéologique », qui représentent un vrai regroupement contre ce que veut faire Macron, s’appuyant sur l’unité contre la loi El Khomri, et surtout ceux qui ont des chances de gagner, doivent être soutenus.

Nous invitons nos lecteurs à nous faire parvenir les informations, témoignages et analyses allant dans ce sens, car notre liste ne saurait être exhaustive.

Citons donc :

François Rufin, de la revue Fakir, et de Nuit debout, dont on peut et doit critiquer bien des positions, est soutenu de manière unitaire dans la Somme par le PCF, la FI à l’encontre de l’orientation nationale de celle-ci (et même si dans ce cas là c’est une concession décidée nationalement par ses chefs, car il n’a pas signé la « charte » de soumission), par des syndicalistes et de larges secteurs du PS (nationalement, par G. Filoche et ses camarades).

Caroline de Haas, dont on peut et on doit également critiquer bien des positions, sauf qu’elle représente quelque chose : la pétition qui, recueillant deux millions de signatures en mars 2016, contribuait à réaliser l’unité CGT-FO-FSU-Solidaires-UNEF pour le retrait de la loi E Khomri, à l’encontre de « l’unité » initialement annoncée, avec la CFDT, pour amender et donc accepter celle-ci. On peut nous dire qu’elle a été « proche de Duflot » et autres péchés, ceci est secondaire par rapport à cela, soit dit sans cultiver la moindre illusion. Elle est candidate dans le XVIII° arrondissement contre Mme El Khomri que soutient Macron. La «France insoumise » a centralement décidé de l’affronter, de faire le jeu de Mme El Khomri : quelle leçon de choses !

Isabelle Attard, dans le Calvados, le Bessin-côte de Nacre, a été élue comme député EELV soutenue par le PS et a fait un bref passage à « Nouvelle Donne ». Là encore, la pureté idéologique n’est pas la question ! Mais elle s’est opposée de bout en bout tant à la loi El Khomri qu’à l’état d’urgence, au nom du droit du travail et des libertés publiques. Voila. Et, après avoir soutenu B. Hamon et appelé de ses vœux une alliance avec Mélenchon à la présidentielle, elle est soutenue dans sa circonscription par le PS, le PCF, le NPA, la FI (à l’encontre de l’orientation systématique de celle-ci), sans être membre d’aucun de ces partis.

Barbara Romagnan, dans la 1° circonscription du Doubs, député PS sortante, a voté contre le pacte de stabilité budgétaire en 2012, et, comme la précédente, contre la loi El Khomri et contre l’état d’urgence. Le PCF a décidé de la soutenir. De la part de certains de ses partisans et de la part de la « France insoumise » qui présente une candidature contre elle, c’est là la maudite « union de la gauche » qu’il ne faut plus refaire. De la part des militants qui prennent en compte le réel, c’est une unité permise seulement par ses positions sur la loi El Khomri et sur l’état d’urgence, susceptible de la faire gagner contre Macron. Il faut donc voter pour elle.

Un camarade nous signale la candidature d’Arnaud Levitre à Louviers, dans l’Eure, dont le comité de soutien est présidé par un syndicaliste de l’entreprise M-Real, et qui est soutenu par le PCF, le NPA, la FI (là encore à l’encontre de son orientation nationale), Ensemble et le groupe « Gauche de combat rassemblée ». Voila donc une autre candidature répondant à la définition : candidature unitaire et démocratique contre Macron, la loi El Khomri et ses ordonnances, qui en l’occurrence réunit toutes les forces politiques de « gauche » sauf le PS, et pour laquelle il faut voter.

Dans l’Allier, dans les jours ayant suivi le débat démocratique vigoureux organisé par le Groupe d’Avril Lutte sociale et Débat démocratique le 9 mai, la candidate EELV qui avait soutenu B. Hamon à la présidentielle, et le candidat FI (véritable défaite politique pour ce groupe ici, qui s’apprêtait à faire campagne en tant que « vierge de tout engagement politique ou syndical » – sic!), se sont retirés en faveur de Jean-Paul Dufrègne, présenté par le PCF et par Ensemble ! (2). Ancien président du Conseil départemental, J.P. Dufrègne a été critiqué par les syndicalistes sur les questions de partenariats public-privé, de concession autoroutière de la Route Centre Europe Atlantique et de la « convention ruralité » imposant les regroupements d’écoles. Il n’empêche que, sa candidature reposant sur l’opposition claire à Macron et à la loi El Khomri, il est en mesure de gagner et doit être soutenu.

Dans la circonscription de Montluçon, Sylvain Bourdier a le soutien du PCF, d’Ensemble, et de militants socialistes, ainsi que de la FI bien que des groupes locaux de celle-ci, bien à l’unisson en fait de son orientation nationale, dénoncent agressivement sa candidature. Sans doute parce que l’unité le ferait gagner lui aussi …

Dans la 1° circonscription de l’Essonne, celle de M. Valls, Benoit Hamon a déclaré soutenir, contre lui, le candidat du PCF Michel Nouaille. Ceci fait, de facto, de ce dernier, le candidat unitaire contre Macron et contre ce que représente Valls, à savoir la même chose !

Dans la 3° circonscription de l’Indre-et-Loire, l’ancienne ministre de la casse de l’hôpital public, Marisol Touraine, investie par le PS, a retiré le sigle PS de son matériel de propagande et reçu le soutien de Macron, dont le mouvement ne présente personne contre elle. La fédération PS d’Indre-et-Loire lui a retiré son soutien, appelle à son exclusion et à voter pour tout candidat « de gauche ».

Notons que les partisans de Benoit Hamon, qui préparent un regroupement encore indéfini dans son contenu politique pour le 1° juillet, loin de soutenir les candidats PS pro-Macron (ainsi que des messages « France insoumise » sur les réseaux sociaux l’affirment …), ont diffusé sur le lien suivant leurs appréciations sur les différents candidats PS, rejetant ceux qui ont ait campagne contre Hamon et ceux (parfois les mêmes bien sûr) qui soutiennent ouvertement Macron ou veulent faire partie de la « majorité présidentielle », et soutenant dans ces cas-là des candidats PCF ou EELV : http://glaco.fr/legislatives2017

Le courant de Gérard Filoche, Démocratie et Socialisme, s’élargit sous l’appellation de Gauche démocratique et sociale et organise une réunion nationale fin juin. Ils appellent à ce que Macron « n’ait pas de majorité à l’assemblée en votant pour les candidat-e-s clairement positionnés à gauche contre les attaques contre le droit du travail et pour le social au cœur, la transition écologique et des avancées démocratiques. »

Le POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique), qui tient son congrès fin juin, avait fait campagne avant le premier tour des présidentielles pour l’unité Mélenchon-Hamon sur la base de l’abrogation de la loi El Khomri. Tenant à affirmer la nécessité d’un parti représentant la classe ouvrière, cette organisation semble en outre avoir nettement perçu le danger que comporte la volonté de destruction de tout parti mise en avant par la « France insoumise » (3). Il présente 64 candidatures dans 34 départements « contre toute cohabitation, pour la rupture avec l’Union Européenne et la V° République, pour une assemblée constituante souveraine. » parmi lesquels Christel Keiser, conseillère municipale à Montreuil (6°circonscription de Seine-Saint-Denis), Daniel Dutheil, syndicaliste et animateur de grèves connu à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (5° des Hauts-de-Seine), ou Jean-Michel Boulmé, maire adjoint de Serrières-sur-Ain (5° de l’Ain). Entre fin janvier et le premier tour, le POID a commencé à agir en prise directe sur les besoins de la classe salariale dans la situation politique immédiate. De même, peut-on appeler à un parti ouvrier et une assemblée constituante en faisant abstraction de la question de l’heure : battre Macron aux législatives, préparer l’affrontement contre les ordonnances ? Sans doute ces camarades seront-ils conduits à en débattre.

Ce débat nous concerne tous. N’est-il pas temps de regrouper toutes les forces qui se situent sur le terrain de la représentation politique démocratique du monde du travail ? N’est-il pas temps d’ouvrir le débat entre elles le plus largement possible ? Notre bulletin et notre site y sont disposés, quitte à se transformer et s’élargir, avec d’autres bien entendu. Il ne faut plus perdre de temps !

27-05-2017.

(1) Jacques Cotta, qui avait joué un rôle fédérateur dans la réalisation du meeting de janvier 2016 contre l’état d’urgence, publie sur le site la Sociale un article titré : L’union de la gauche c’est l’union pour faire quoi et avec qui …

La messe est dite dés le titre puisque selon lui il n’y a plus que la « France insoumise » et les partisans de la vieille « union de la gauche ». De fait ce sophisme permet de dénoncer comme « union de la gauche » le combat pour battre Macron aux législatives et préparer l’affrontement contre ses ordonnances.

Connaissant ses classiques, Jacques Cotta évoque le « front unique » en soulignant que c’est non seulement l’unité, mais l’indépendance envers la bourgeoisie. En effet : appliquons ce critère à ses affirmations. Il nous explique qu’avec la « France insoumise » trois choses changent.

La première est qu’il n’est plus question de gauche, mais de « programme ». Cette fétichisation d’un programme par ailleurs fondé sur la défense des rapports capitalistes de production (même s’il hérite de quelques éléments valables, qui datent du Front de gauche, sur les droits sociaux et sur l’école en particulier) fait ici passer un amalgame : en se débarrassant du vocable « gauche », qui est en effet ambigu et recouvre, en France, l’alliance avec la bourgeoisie radicale ou démocrate-chrétienne, ce ne sont pas de ces ambiguïtés que la « France insoumise » (et notre ami Cotta) veut se débarrasser, mais du contenu social, de classe.

Le confirment son deuxième et son troisième points : la « question nationale passerait au premier plan, alors que « certains gauchistes » ne comprennent pas que drapeaux tricolores et Marseillaise n’ont rien d’incompatible avec l’Internationale. Pour Jacques Cotta, oui, mais pas pour Mélenchon : les drapeaux et la Marseillaise, assortis du « Phi », sont bel et bien utilisés par eux contre l’Internationale et contre le contenu de classe, social.

Ce qu’atteste donc le troisième point, auquel Jacques Cotta semble se rallier entièrement : le clivage principal oppose « l’oligarchie et les élites » au « peuple » et « le travail » au « capital et à la finance ». Ne faisons pas l’injure de croire notre ami Cotta inconscient du caractère volontairement confusionniste de ce qu’il écrit là. Il glisse « travail » à coté de « peuple » et « capital » à côté de « finance », d’« oligarchie » et d’ « élites » de façon à donner l’impression qu’il y a de la lutte des classes là-dedans, alors que la ligne assumée de Mélenchon qu’il tente – si peu – de peindre un tantinet en rouge, ce n’est pas le travail contre le capital, mais le « peuple » contre « l’oligarchie », parfois qualifiée de « mondialiste ».

Cette orientation réelle est assumée par les « insoumis de base » tels ceux venus réciter, à la réunion de débat unitaire de Moulins du 9 mai où ils ont découvert que leurs positions ne passent pas dans le monde du travail, que « nous ne raisonnons pas en terme de travail contre capital ». En effet : il s’agit d’union des classes contre « l’oligarchie ». La ligne de la « FI », c’est l’alliance avec le capital national contre le capital « oligarchique » et financier, c’est donc l’alliance avec la bourgeoisie et, en toute logique, c’est la défense de la cohabitation avec Macron contre la constituante et la lutte pour en finir avec la V° République, mais surtout c’est la lutte acharnée contre toute unité effective contre Macron et ce qu’il prépare. Ce qui facilite cette lutte est bien entendu l’héritage du PS et du PCF : il leur faut donc faire passer pour la vieille « union de la gauche » toute unité réelle contre Macron, tache à laquelle l’ami Cotta se plie ici. Mais la lutte des classes reste la réalité quand bien même les joueurs de pipeau macronistes et mélenchoniens essaient de nous brouiller l’écoute …

(2) Nous avons diffusé l’enregistrement de cette réunion importante et très instructive. Nous recommandons les réflexions qu’elle a inspirée à Michel Panthou :

http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article195

La question de la nature de la « France insoumise » est d’une grande importance : d’ici aux législatives, nous y consacrerons un article de fond.

(3) A la différence du POI (Parti Ouvrier Indépendant), qui n’a jamais cherché à se construire comme parti et qui, justement, soutient la « France insoumise », parallèlement à l’alignement politique de ses dirigeants sur l’appareil central de Force Ouvrière. C’est aussi là un développement sur lequel nous reviendrons en traitant de la « France insoumise ».

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A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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