Forte séquence diplomatique mondiale, avivant toutes les contradictions

Ce fut d’abord la « tournée pour oublier » de Donald Trump. Oublier la crise et l’affaiblissement de l’exécutif aux États-Unis par une promenade internationale, laquelle débuta significativement par l’Arabie saoudite, avec force salamalecs, danse du sabre et autres gesticulations pour décorer d’énormes contrats de ventes d’armes et réaffirmer l’alliance organique de l’impérialisme nord-américain et du totalitarisme sunnite rentier, en dénonçant un ennemi commun, l’Iran chiite.

Après cette entrée en matière qui vaut tout un programme, M. Trump a continué par Israël, les territoires palestiniens, le Vatican et les sommets de l’OTAN et du G7. Sommets de crise, et crise incarnée par le président des États-Unis. A l’OTAN, dont aucune contradiction stratégique n’est résolue (1), M. Trump fit un numéro digne du FMI tançant un mauvais payeur du tiers-monde, exigeant les 2% de PIB pour les armées, partout, tout de suite et que ça saute, mais le tout sans prononcer « la » petite phrase, à savoir une référence à l’article 5 des statuts de l’organisation, celui qui stipule que les États membres interviennent quand l’un des leurs est attaqué. En clair (ceci fut bien entendu non dit, mais tout le monde y pensait), si les pays baltes, membres de l’OTAN, connaissent une attaque du genre « guerre hybride dans le Donbass », nulle obligation à réagir, mais par contre, les gars, faut payer cash, et vite. Dans la foulée le sommet du G7 en Sicile, terre de naufrage des réfugiés ignorés par le sommet, vit une opposition frontale entre le président US et les 6 autres pays sur la question de la mise en œuvre des accords de Paris sur le climat (COP 21, fin 2015).

S’il est clair que ces accords ne permettent pas et ne visent pas à permettre un évitement de la catastrophe climatique dont le processus est engagé et peut s’emballer en raison de la combustion des hydrocarbures pour valoriser le capital et le faire circuler le plus vite possible, il doit être clair aussi que le blocage de Trump sur ce sujet est devenu l’abcès de fixation des relations transatlantiques, et partant, des relations mondiales dans la mesure où la Chine a beau jeu de venir soutenir « l’Europe ». A l’issue du sommet, Trump était isolé bien que M. Macron disait qu’il avait commencé à évoluer dans le bon sens, sans doute en raison de la fameuse poignée de main crispée l’ayant opposé à Trump.

En attendant la réponse de Trump, Angela Merkel déclarait à une assemblée de la CDU-CSU à Munich que désormais il allait falloir ne plus se fier aux anglo-saxons (elle ne l’a certes pas dit dans ces termes, mais là encore tout le monde a compris). Cependant, Macron complétait la résurrection en grande pompe de l’axe franco-allemand qui constitue pour l’heure l’axe de sa politique, par une petite dose d’alliance franco-russe, recevant Poutine à sa demande et au château de Versailles, s’il vous plaît. Si médias et partisans retiennent ses propos sur les médias gouvernementaux russes (Sputnik et Russia Today) et les libertés en Tchétchénie, qui, prononcés à côté du Bonaparte russe, jouent le rôle de la poigne supposée de fer répondant à celle de Trump, les partisans de la souveraineté nationale de l’Ukraine ou de la Biélorussie ont quant à eux bien noté que rien de fondamental n’a changé, que pas un mot n’a été prononcé sur la Crimée, et que le « format Normandie » c’est-à-dire le cadre diplomatique officiel qui de fait cautionne la poursuite ad infinitum de la guerre hybride russe dans le Donbass, reste plus que jamais le cadre de référence pour M. Macron.

Sur ce, D. Trump rendit sa petite fumée, non sans ménager une journée de plus d’attente. Comprenons bien qu’avant même qu’il ait accouché, il était acquis que dans un cas comme dans l’autre la puissance nord-américaine allait par son entremise se tirer une balle dans le pied. S’il ratifiait les accords de Paris, il se déculottait et devenait comme président aussi faible à l’international qu’à l’intérieur. S’il ne les ratifiait pas, il symbolisait, proclamait, consacrait, pérennisait et démultipliait le nouvel isolement mondial des États-Unis, en affirmant sa position d’incendiaire avéré. Ce qui fut donc le cas.

On notera que juste avant ce brillant exercice, son ennemi intime John McCain, le sénateur de l’Arizona et chef de la commission sénatoriale sur les questions militaires, en visite en Australie devant un parterre d’officiels et de militaires, y a ouvertement expliqué que la question de la « place de l’Amérique dans le monde » est en débat, que ce débat sera tranché (selon lui), aux États-Unis par, implicitement, la liquidation du président (et il n’a pas mentionné le vice-président Myke Pence en listant les hommes encore sensés, selon lui, de la Maison Blanche, tels que les généraux Mattis et MacMaster), et que dans ce but il invitait l’Australie à relancer les négociations sur le partenariat trans-pacifique que Trump a stoppées. Autrement dit, la crise au sommet de l’État US commence à s’exporter. On notera d’ailleurs qu’alors que le Financial Times semble soutenir Trump, le New York Times (31 mai) compte sur Merkel et Macron pour garder la maison OTAN en attendant que soit réglé le problème au centre …

Ce que McCain et l’éditorialiste du New York Times n’osent pas ajouter, c’est qu’une éviction ou une vitrification du président Trump ne serait absolument pas une issue politique reconstituant les forces de l’impérialisme US, mais une nouvelle étape majeure de la culbute !

De cette séquence, retenons trois leçons.

Premièrement, le capital ne porte ni la volonté, ni la possibilité, de stopper le processus qui mène à la catastrophe climatique (2).

Deuxièmement, la tournée internationale de Trump n’a pas atténué la crise au sommet de l’État US, mais l’a exportée et en a fait un facteur de crise planétaire.

Troisièmement, au niveau français, attention.

E. Macron entre la « poignée de main », le Poutine Circus à Versailles et son intervention télévisée paraissant défier Trump au nom de l’humanité, allant jusqu’à appeler à inverser le braindrain (fuite des cerveaux) vers la France ( ! ), a réussi à apparaître comme l’incarnation de « la France ». Bien entendu, nous ne sommes pas dupes. Mais il ne faut pas être dupe non plus de ce résultat politique. D’un côté, avec le FN, et de l’autre avec la FI (« France insoumise »), ses opposants officiels se réclament de la « grandeur de la France » et jouent à De Gaulle et Napoléon. Mais maintenant, et en partie grâce à eux, De Gaulle et Napoléon, c’est lui.

La complicité de la direction du PS avec son objectif d’une « majorité gouvernementale » et le combat de l’appareil de la FI pour la destruction de tout courant politique issu du mouvement ouvrier et pour faire gagner droite et macronistes dans un maximum de circonscriptions, ont créé les conditions politiques de ce succès.

Seul le regroupement des forces qui veulent des partis démocratiques sur le terrain du mouvement ouvrier, dés maintenant d’ailleurs en agissant dans la campagne tant contre les macronistes que contre les éradicateurs « insoumis », pour imposer l’unité contre Macron et ses ordonnances, peut et doit rouvrir une perspective.

03-06-2017.

(1) https://blogs.mediapart.fr/vincent-presumey/blog/120716/la-situation-internationale-la-lumiere-du-sommet-de-lotan-de-varsovie

(il y a un an).

(2) Voir François Chesnais : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41154

et Daniel Tanuro : http://www.lcr-lagauche.org/climat-trump-fuit-en-avant-et-joue-son-va-tout-national-populiste/

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