Au Venezuela, ce sont les travailleurs qui ont le droit de dire à Maduro : dégage !

Ce dimanche 30 juillet ont eu lieu de prétendues élections à une prétendue assemblée constituante au Venezuela. Il est important, pour l’avenir, la révolution et la démocratie, de savoir ne pas prendre des vessies pour des lanternes. Pour tout vénézuélien il n’y a pas de doute possible : la chose élue ce jour n’a strictement rien à voir avec une assemblée constituante souveraine. Une assemblée constituante souveraine cela veut dire qu’elle exerce le pouvoir. Afin de soumettre souverainement la constitution de l’ensemble de l’État au peuple, il est nécessaire qu’elle soit au dessus de tout président, toute tutelle intérieure ou extérieure, toute pression militaire ou bureaucratique, autrement dit que l’appareil d’État capitaliste ait été défait ou ébranlé. Parce qu’il est pleinement démocratique, le mot d’ordre d’assemblée constituante souveraine est révolutionnaire. Les soviets et les conseils ouvriers sont en fait des organismes de même nature qui exerce un pouvoir au niveau de la production ou sur un échelon territorial plus réduit.

L’assemblée de Maduro est convoquée par un président aux pouvoirs disproportionnés, sous la tutelle et la menace de l’armée, elle doit comporter 364 élus par circonscriptions municipales (première magouille qui permet de faire jouer le clientélisme dans des territoires ruraux peu peuplés contre la population urbaine sous-représentée, y compris le « peuple chaviste » métissé de Caracas), 173 désignés par les « groupes sociaux » accrédités par le pouvoir (syndicats maisons ou liés à l’État, organisations diverses de la nébuleuse chaviste en crise, patrons), et 8 représentants de peuples indigènes ; et le pompom : les candidats ne doivent pas être membres d’un parti politique !

Ni constituante, ni soviet, mais une chambre plébiscitaire et manipulée qui s’apparente beaucoup plus à la Chambre des Faisceaux et des Corporations du fascisme italien.

Ceci étant clairement posé, le récit convenu qui circule sur le Venezuela comporte deux versions opposées comme en un miroir. Les médias dominants dans les pays occidentaux expliquent que l’on a une « opposition démocratique » en butte à la répression d’un pouvoir totalitaire d’inspiration socialiste. Les « anti-impérialistes » aiment à se raconter que l’opposition c’est la CIA et le petit patronat blanc qui veut faire comme au Chili en 1973. Ils plaquent sur la situation concrète présente un faux schéma qui se réfère au Chili via la tentative de renversement de Chavez qui a échoué en 2002 et qui, elle, était bien avant tout une opération impérialiste.

La prédominance de ces mythes et représentations mythiques indique l’état d’abrutissement dont de larges secteurs de « la gauche » sont l’objet, 28 ans après la chute du Mur de Berlin. Il se dit que la gauche latino-américaine a un grand travail à faire après la faillite du pétisme et du chavisme. Sans remettre des repères de classe au cœur de l’analyse du réel, elle ne le fera pas.

Le point de départ de la crise actuelle au Venezuela est l’usure totale du chavisme puisque celui-ci, à aucun moment, n’a menacé le capitalisme (son conflit avec l’impérialisme nord-américain est réel, mais il n’a jamais été question de mettre en cause les relations sociales capitalistes). Chavez mort, Maduro élu d’une courte marge a subi une défaite majeure aux législatives de fin 2015, où l’opposition de droite et du centre groupée dans la MUD (plate-forme d’unité démocratique, qui comporte les restes des deux partis capitalistes historiques d’avant le chavisme qu’étaient la « social-démocratie » et la démocratie-chrétienne, plus le parti Primero Justicia, principale force de droite aujourd’hui et divers petits partis) a fait près de 60% des voix (pour une participation de 74%).

Bref, pour aboutir à un tel résultat il fallait bien que l’électorat de la MUD ne se soit pas limité aux couches bourgeoises « blanches », mais que la majeure partie de la population, y compris des pauvres, paysans et salariés qui avaient appuyé Chavez, soit allée voter contre Maduro et les politiques corrompus et spoliateurs du PSUV (le parti « chaviste »). Pour autant, cela ne signifie pas du tout que la population souhaite mettre la MUD au pouvoir et voir liquider les quelques conquêtes sociales fragiles des années 2000 (essentiellement les distributions alimentaires, bien qu’elles soient insuffisantes, et la cantine gratuite à l’école pour les enfants).

Ainsi désavoué et délégitimé, Maduro, avec la bande de militaires et d’affairistes de la « bourgeoisie bolivarienne » derrière lui, n’a jamais envisagé d’en appeler au peuple et à son auto-organisation démocratique pour faire face aux enjeux, a également écarté les solutions d’ « union nationale » que lui proposent les chefs de la MUD et certains courants « chavistes », et a opté pour la fuite en avant bonapartiste. Il a donc pris l’offensive autoritaire. Cette offensive est dirigé contre le peuple vénézuélien : elle aboutit à confisquer toute élection libre, et bientôt à les interdire.

En même temps qu’il a engagé cette offensive, Maduro (reprenant les âneries des milieux complotistes poutiniens et « anti-impérialistes » qui lui fournissent son pauvre aliment idéologique) a soutenu Trump aux présidentielles nord-américaines (à la différence du PC cubain qui a émis des «signaux » pro-Clinton), il n’a jamais menacé en quoi que ce soit le paiement de la « dette extérieure », principalement aux banques impérialistes US, et n’a pas remis en cause la participation, à un niveau d’environ 40%, des firmes pétrolières US Chevron, Halliburton et Schlumberger dans les pétroles étatiques vénézuéliens (quel anti-impérialisme !).

La victoire de Maduro à travers sa fausse constituante et par la grâce de l’armée ne constituerait donc en rien la préservation, non pas des « acquis du socialisme », mais des quelques conquêtes sociales de la période chaviste. Au contraire, la logique la plus élémentaire permet de se douter que la victoire des pleins pouvoirs à Maduro permettrait leur démantèlement complet.

La victoire de la MUD aurait aussi toutes les chances de se retourner contre la majorité pauvre et laborieuse de la population. Les manifestations à répétition depuis des mois sont suivies par un secteur conséquent de celle-ci, mais pas par les plus larges masses. Lorsque celles-ci interviennent, c’est pour des « pillages », c’est-à-dire des émeutes de la faim. Mais la méthode des « grèves générales » appelées par la MUD, avec l’appui d’une grande partie du patronat privé, consiste à installer des barrages routiers de bandes de jeunes Guarimbas, qui ont brutalisé, assassiné voire brûlé vives plusieurs personnes ayant des « gueules de chavistes », c’est-à-dire des métis un peu trop foncé. D’autre part, le régime a lancé depuis l’été 2015 une « Opération de Libération Populaire » (OLP) constituée de groupes armés arborant un masque à tête de mort, qui vont tuer les délinquants ou supposés tels, à la façon de ce qui se passe aux Philippines et en Indonésie. La répression la plus sanglante est celle-ci et elle ne fait pas les Une de la presse internationale. De part et d’autre, dans les bandes de petits-bourgeois « blancs » dressés contre les « faciès de chavistes », et dans les bandes de flics et de lumpens « chavistes », on a donc des aspects qui tendent à la formation de bandes fascistes, qui d’ailleurs ne s’affrontent pas, mais que la masse de la population subit, craint et méprise les unes comme les autres.

Sur les sentiments populaires majoritaires nous avons une indication certaine dans un article de Zoila Mara publié sur http://www.socialismo-o-barbarie.org/?p=10021, article qui prétend que le courant du Parti du Socialisme et de la Liberté, d’Orlando Chirino (l’un des rares à s’être battu de manière ininterrompue depuis trois décennies contre la répression et pour l’indépendance du mouvement syndical et ouvrier, [ pour voir son positionnement : Venezuela: Coup d’État ou révolte populaire? ]) aurait « perdu la boussole de classe » parce qu’il dit « dehors Maduro », ce qui d’après le courant qui s’exprime ici (Nuevo MAS argentin) revient à vouloir mettre la MUD au pouvoir. Or, dans le même article, il est écrit un peu plus haut de la population : « ils n’en veulent plus de ce gouvernement ». Si un article venant du Venezuela, qui, pour des raisons politiques, condamne un courant qui préconise le renversement du gouvernement, nous indique pourtant, en même temps, que la masse populaire qui fut chaviste n’en veut plus, de ce gouvernement, c’est que ça doit être vrai …

Mais naturellement c’est aux prolétaires et à la nation vénézuélienne de se débarrasser de celui qui, au moment présent, représente la pointe avancée des intérêts capitalistes semant famine, meurtres et corruption : Nicolas Maduro. Et la question politique à débattre devrait être : comment faire pour l’y aider ?

La quasi certitude d’une abstention majoritaire à la « constituante » donne une indication. Remédier à la catastrophe demande l’organisation indépendante des travailleurs. Et ils ont le droit de dire à Maduro, de leur point de vue, pour leurs droits et leurs intérêts, et sans que cela n’entraîne le moindre soutien à la MUD, ce mot simple : dégage !

30-07-2017.

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Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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