Quelques mots

Quelques mots à Pierre Rousset et au site Europe Solidaire Sans Frontières.

 

Le site Europe Solidaire Sans Frontières ( http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41624 ) a repris mon article « Quelques réflexions sur la France insoumise (suite) », fort bien, le faisant précéder du chapeau suivant. Il va de soi que c’est parfaitement son droit, comme c’est le mien d’y réagir. Voici ce chapeau in extenso :

L’article de Vincent Présumey que nous reproduisons ci-dessous aborde des questions importantes (comme le sens que peut avoir l’appel aux rassemblements du 23 septembre). Il offre une information peu connue en dehors des rangs initiés sur l’entrée du POI au sein de la FI et sa portée.

Il est cependant lardé de réflexions incidentes assez malvenues. Malgré les explications alambiquées fournies par l’auteur, on se serait bien passé des mises en garde sur de possibles dérives antisémites ou d’extrême droite. Il est en général vain d’invoquer la « logique ultime » de telle ou telle position. « Nous n’en sommes pas là » répète à chaque fois Présumey, après avoir tiré une sonnette d’alarme. Alors, il ferait mieux d’attendre que concrètement de premiers symptômes de dérives se manifestent éventuellement pour que l’alerte prenne sens.

Par ailleurs, lire sous la plume de Présumey que « la fonction de protection de l’Etat capitaliste, longtemps assumée par les ’vieilles organisations’, l’est très largement, en France aujourd’hui, par la FI et ses dirigeants » me rappelle de fort mauvais souvenirs.

Dans les années 60, mon organisation (les JCR, puis la LC-LCR) était dénoncée par les lambertistes comme le « flancs-garde de la bourgeoisie », notre « fonction » étant de faire écran entre la jeunesse radicalisée et les « vrais » révolutionnaires. La « main tendue » envers les militants d’autres organisations était rarement « fraternelle ». Pour ma part, je participais alors à la direction d’un syndicat étudiant (Agedesep, si j’ai bonne mémoire) à majorité lamberstiste. Ce qui n’a pas empêché leur service d’ordre de me boxer parce que j’avais eu l’outrecuidance de vendre ma presse à portée de leurs poings.

Pierre Rousset

 

Il est regrettable que Pierre Rousset présente comme des « réflexions incidentes assez malvenues » des points sur lesquels nous avons sans doute, et c’est tout à fait normal, des désaccords qui exigent une discussion démocratique sereine.

Au début de son chapeau, Pierre Rousset note que mon article « offre une information peu connue en dehors des rangs initiés sur l’entrée du POI au sein de la FI et sa portée. »

C’est quoi, les « rangs initiés » ? Point n’est besoin d’avoir reçu une initiation pour s’intéresser à ce qui se passe dans les syndicats, pour comprendre quelque chose à ce qui se passe dans Force Ouvrière, et pour interpréter la lecture d’un journal (en l’occurrence Informations Ouvrières). Que de tels éléments de réflexion et d’analyse soient reçus par certains comme des révélations faites par des initiés en dit surtout beaucoup sur leur propre ignorance. Non, l’entrée de facto du POI dans la FI et l’évidence qu’un accord au sommet l’organise ne devrait pas être un scoop pour initiés. Mon souhait en en parlant est d’ouvrir les fenêtres sur ce sujet qui, comme tous les sujets, relève du libre débat entre militants ouvriers.

Reproche m’est ensuite fait de « ne pas attendre que concrètement de premiers symptômes de dérive se manifestent éventuellement pour que l’alerte prenne sens. » Apparemment P. Rousset n’a pas lu dans cet article le paragraphe concernant la candidature FI dans le 15° arrondissement de Paris, ni dans mon article précédent les commentaires concernant les interventions massives d’ « insoumis » sur les réseaux sociaux à propos d’Alep, puis entre les deux tours de la présidentielle celles, nombreuses, sur le vote Le Pen. Et je pourrai donner d’autres exemples, dont l’un proche de chez moi – un accord FI/DLF (Debout la France de Dupon-Aignant, localement dirigée par des ex du FN qui un an auparavant appelaient à une manif anti-migrants qui m’a vallue, pour avoir organisé une contre-manif, plusieurs menaces de morts ciblées, sur un site fasciste), accord visant à se respecter mutuellement (FI et DLF) dans les collages électoraux avant le premier tour de la présidentielle. Et d’autres pourraient donner beaucoup d’autres signaux : les clignotants clignotent pour ceux qui prennent la peine de regarder. Les symptômes sont nombreux. D’ailleurs, s’il faut attendre qu’une alerte « prenne sens » pour donner l’alerte, alors il ne sert à rien d’alerter.

Les symptômes sont nombreux, ils sont à mon avis, comme je l’écris, explicables par l’orientation de la FI, et par son projet, ils cristallisent des dérives pas nouvelles hélas, mais ils ne me conduisent pas à caractériser comme … fasciste, cette organisation qui essaie, difficilement, de rompre avec le mouvement ouvrier en étant « populiste ». Je précise même, dans une note, que je pense que les relations que J.L. Mélenchon voudrait avoir avec les syndicats, cette sorte de division du travail décrite dans mon article, font, dans une certaine mesure, obstacle à de telles dérives. On peut trouver cela « alambiqué » : il s’agit de l’analyse concrète du réel, qui n’est pas chose facile et qui est soumise à discussion et critique.

Enfin, Pierre Rousset ne semble pas partager l’idée selon laquelle la FI, de fait, assumerait aujourd’hui dans la lutte des classes en France une « fonction de protection de l’Etat capitaliste ». Je me permets de citer l’entier paragraphe d’où il extrait et isole cette formule :

« Le fait politique central, au delà de cette instabilité – l’élément stable, en somme, de celle-ci – est que la fonction de protection de l’Etat capitaliste, longtemps assumée par les « vieilles organisations », l’est très largement, en France aujourd’hui, par la FI et ses dirigeants, dont l’orientation « populiste », si elle n’a pu faire émerger la soi-disant « construction du peuple », a par contre bel et bien produit la défaite sociale et politique du 23 avril 2017, contribué à l’élection du parlement-croupion introuvable de Macron, et concourt maintenant à contrecarrer la généralisation et la centralisation d’un éventuel et nécessaire mouvement social contre les ordonnances Macron. Le principal rempart de la V° République en crise, concurremment avec les « vieux appareils », est là. C’est avant tout de ce point de vue là que la critique est un devoir. Envers les adhérents, elle est fraternelle même si une certaine vigueur s’impose souvent pour imposer l’apprentissage, ou le ré-apprentissage, de la discussion, mais envers la FI en tant qu’organisation, elle ne peut qu’être sans concession, cette organisation ayant été constituée contre la possibilité d’une représentation politique de la classe des exploités. »

Il ne s’agit pas d’on ne sait quelles accusations, mais d’une démonstration, certes soumise à critique et discussion, à savoir que sans l’orientation « populiste » de la FI et avec à la place de celle-ci une orientation que j’appellerai ici, pour faire vite et être bien compris, je l’espère, de Pierre Rousset, de front unique ouvrier :

  • 1) J.L. Mélenchon aurait gagné la présidentielle au lieu d’avoir réuni les conditions d’un second tour sans candidature « de gauche »,

  • 2) même en l’ayant perdu la victoire de Macron aux législatives aurait été minimisé voire empêchée,

  • 3) et même à présent les conditions d’un mouvement d’ensemble en septembre pour le retrait des ordonnances Macron se trouveraient réunies.

C’est de cela dont il est question et de rien d’autre : du combat des salariés, actifs, chômeurs, retraités, jeunes, contre le patronat et l’Etat, et des conditions de sa victoire, ou de sa défaite.

C’est d’ailleurs de ce point de vue là et uniquement de ce point de vue là qu’a de l’importance la question des dates des actions en septembre, le fait que le 23 tombe après le 20, toutes choses abordées en détail dans l’article.

Au lieu de comprendre cela, une vision fantomatique s’est imposée à Pierre Rousset : un SO « lambertiste » lui tapant dessus en le traitant de « flanc-garde de la bourgeoisie » ! Je dirai, pour le paraphraser un peu, que voici là une madeleine de Proust « incidente et assez malvenue », que je ressens personnellement comme une grossièreté à mon égard, voici pourquoi et j’espère bien qu’il le comprendra.

Que dirait Pierre Rousset si on écrivait de lui que ce qu’il écrit « rappelle de forts mauvais souvenirs » aux derniers survivants de la majorité de la section française de la IV° Internationale exclus de manière scandaleuse et bureaucratique de celle-ci, en 1951, ce qui fut l’acte fondateur du dit « lambertisme »? Sans doute ferait-il remarquer avec indignation qu’il avait alors, je ne sais pas, 4 ou 5 ans ? Et il aurait bien raison.

Il ne me viendrait pas l’idée, pour ma part, de le traiter avec un tel irrespect. Mais moi, quand il se faisait taper dessus par des « lambertistes » dans l’assoce Unef des étudiants de droit, je n’avais certainement pas 10 ans. Militant à l’OCI « lambertiste » de 1979 à ma « mise en dehors du parti » en 1989, je n’ai jamais tapé sur aucun adversaire politique – j’ai été plusieurs fois menacé par des staliniens ou par des fachos. Et pourtant les traits anti-démocratiques du « lambertisme », je pense avoir eu à les connaître … pour les avoir affrontés.

Tout de même, avec un tel chapeau, le lecteur n’est-il pas prévenu que si ce qu’il va lire est intéressant, il aura à se boucher le nez en le lisant – pensez-vous, un « initié », « lambertiste », qui « larde » (sic ! ) son propos de « réflexions incidentes assez malvenues », relevant du même humus que « les poings » qui ont « boxé » Pierre Rousset jeune ! Si avec tout cela la lecture n’est pas méchamment biaisée …

Que des dizaines d’années après, quand on parle de la lutte des classes en France, des syndicats, de la FI, des enjeux actuels, on se fasse encore traiter d’initié ayant quelque chose à voir avec la violence physique dans le mouvement ouvrier, non, franchement, non ! Il faut en finir avec l’essentialisation des militants et donc aussi avec cet usage stupide du terme «lambertiste », usage qui ne m’évoque d’ailleurs à moi, rien tant que la manière dont certains responsables « lambertistes », justement, expédiaient certaines questions et discussions !

On peut être en désaccord, on a dans ce cas le droit, et souvent le devoir, de le dire, de critiquer, de contredire. Mais estampiller « lambertiste », « initié », en évoquant de mauvais souvenirs de jeunesse dans lesquels la cible n’a pas la moindre once de responsabilité, non, non et non, cela ne se fait pas, et cela ne doit plus se faire, car il serait temps d’apprendre à discuter sur le fond, à confronter démocratiquement les arguments, à contredire, en bannissant le catalogage préalable des interlocuteurs dans une catégorie en « isme » supposée faire peur aux simples !

Voila.
Amitiés,

VP, le 31/07/2017

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Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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