Une République catalane ne saurait nous effrayer !

« Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une république ? »

Telle est la question posée au référendum organisé en Catalogne le 1° octobre prochain – en trois langues : catalan, espagnol et occitan-, à l’initiative du gouvernement régional entraîné et appuyé par la coalition politique de courants nationalistes bourgeois flanqués de courants issus du mouvement ouvrier et de la « gauche radicale ». Tous les habitants du pays, Catalans ou non, plus les Catalans vivant ailleurs en Espagne ou dans le monde, sont appelés à voter.

Cette simple question, en cas de réponse positive, fait voler en éclat l’édifice de l’État espagnol monarchique mis en place lors de l’effondrement de la dictature franquiste.

Le droit de la population de Catalogne à l’auto-détermination, pour tout partisan de la démocratie, ne souffre aucune discussion. Et l’exercice de l’auto-détermination en lui-même pose la question de la souveraineté effective, comme on est en train de le voir.

On est en train de le voir, puisque l’État espagnol par le biais de sa Cour constitutionnelle a déclaré illégal ce vote, qu’il menace de poursuivre en justice les maires qui l’organiseraient, de les destituer et de les arrêter, qu’il menace d’employer la force et enjoint les Mossos d’Esquadra, police civile régionale créée en 1982, de lui obéir. Bref : il y a des bruits de bottes. Des bruits de bottes en Europe occidentale. Le roi, Felippe VI, a déclaré que « la constitution primera »

Le rapport de force est précaire et il comporte deux phases. Premièrement la tenue même du référendum, deuxièmement ce qui se passe si le Oui l’emporte.

Concernant la tenue du référendum, les menaces de Madrid ont produit le rassemblement de plus de 700 maires de Catalogne sur 940, défiant le pouvoir exécutif central et la monarchie post-franquiste. Mais le facteur central réside dans la position du plus important maire du pays : Ada Colau à Barcelone.

Animatrice de mouvements pour le logement et la défense des victimes de prêts immobiliers, Ada Colau a gagné la mairie de Barcelone en 2015 avec le soutien des forces de gauche autres que le PSOE et, nationalement, de Podemos, mouvement auquel elle s’apparente. Selon le théoricien du « populisme » de Podemos, Inigo Errejon, il convient, pour « construire un peuple », de ne plus parler d’ « État espagnol » comme on le faisait dans sa propre tradition familiale de gauche, mais bien d’ « Espagne », et de laisser de côté la question de la monarchie. Et voilà que la bourgeoisie barcelonaise, non sans se déchirer – le conseiller régional aux Entreprises a démissionné contre le référendum-, mais appuyée par une lame de fond dans la société, envisage l’indépendance, parce que l’État espagnol en crise chronique est redevenu pour elle une pompe à finance et non un point d’appui. Et voilà que, du même coup, la question de la République et celle de l’auto-détermination de tous les peuples d’Espagne reviennent à la surface, ces questions que le « populisme de gauche » avait voulu enfouir et oublier, alors même que ceci explique le piétinement depuis maintenant deux ans de Podemos, qui se voyait un peu rapidement accéder au pouvoir.

Ada Colau, nullement préparée à cette épreuve pourtant facile à anticiper, a d’abord refusé d’organiser le référendum à Barcelone. Ce fut là un soutien décisif à l’État central, sa police et sa monarchie, ce qui lui a permis de se montrer très menaçant. Mais devant l’effondrement politique que ceci peut signifier pour elle, de la part de sa base électorale aussi bien indépendantiste que celle attachée simplement aux libertés démocratiques, elle vient de déclarer que le référendum aurait bien lieu à Barcelone, mais que ses fonctionnaires n’y seraient pas impliqués. Cette position à la Ponce Pilate, dont le président de la Généralité de Catalogne s’est satisfait, prenait acte du fait que, sauf à agir de concert avec la police voire l’armée centrales, la mairie de la capitale ne pouvait en aucun cas empêcher le scrutin. Reste qu’un engagement démocratique ferme aurait interdit les menaces de l’État central, et que la mouvance Podemos s’est située à côté ou contre les aspirations démocratiques du plus grand nombre.

La Commission européenne, par la voix de M. Juncker, s’est montrée très prudente : pour elle, le référendum aura lieu, et si le Oui l’emporte, on ne pourra pas s’y opposer, mais le nouvel État devra candidater pour appartenir à l’UE (en sachant qu’il faut pour cela l’unanimité des pays déjà membres et que Madrid a priori refuserait). Manifestement M. Juncker ne souhaite pas ces ennuis supplémentaires, mais ne voit pas bien comment les empêcher.

Les partisans de l’émancipation du prolétariat et de la démocratie, qui combattent le capitalisme catalan aussi bien que tout autre, n’ont rien à craindre d’une indépendance qui se ferait contre l’État espagnol monarchique et post-franquiste. Au contraire, l’indépendance permet de tout remettre dans la balance et de combattre pour une union réelle des peuples, laquelle n’est pas et ne sera pas l’UE, et qui n’est possible que sur la base de leur souveraineté.

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A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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2 commentaires pour Une République catalane ne saurait nous effrayer !

  1. dan29000 dit :

    Salut, j’aime bien votre article, je voudrais le publier dans les jours prochains, est-ce possible, avec un lien de source bien entendu, voici mon blog existant depuis neuf ans : http://danactu-resistance.over-blog.com/

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