Les Tartuffes n’émanciperont jamais les femmes.

Il paraît qu’il convient de saluer unanimement le fait que le président Macron a prononcé un grand discours contre les violences faites aux femmes, nous dit la presse. Hé bien non, il n’y a pas à saluer.

Le récent mouvement de fond qui vise la violence masculine, patriarcale ou sexiste, est un mouvement social qui a pour point de départ les plus grandes manifestations de l’histoire des États-Unis, celles qui ont inauguré la présidence Trump. C’est dans ce cadre qu’est tombé le voile qui protégeait un grand patron de l’industrie du spectacle, M. Weinstein, violeur et tripoteur de vedettes et de célébrités, ce qui souligne la généralité de cette forme d’oppression. Et que s’est répandu comme une trainée de poudre le hashtag « me too », dont l’expression française « balance ton porc » est pour le moins une fort mauvaise traduction, car elle convertit subrepticement en une somme de dénonciations individuelles ce qui est en fait un mouvement collectif, ne regroupant pas que des femmes, mais regroupant autour d’elles et par elles. Cette précision étant faite, la décision de parler et de dénoncer participe d’un mouvement collectif d’émancipation qui passe par cette expression individuelle.

En France, cette lame de fond a démoli une icône : l’ « islamologue » Tariq Ramadan apparait comme un probable Tarfuffe auteur de violences sexuelles. Comme dans le cas des évêques pédophiles il s’agit bien de l’exploitation de positions de pouvoirs, en relation avec une idéologie religieuse qui théorise la domination sexuelle. L’opprobre ainsi suscitée ainsi que la honte de messages antisémites accusant « les sionistes » de salir la réputation du tartuffe, et de menaces de mort contre la rédaction de Charlie Hebdo, ont par ailleurs été utilisées pour une offensive accusant le journal en ligne Mediapart de complicité avec Tariq Ramadan jusque sur ce sujet, à travers une couverture de Charlie Hebdo s’inspirant consciemment de la tradition du dessin de presse antisémite, le tout suivi d’appels à la répression, voire à l’agression physique, lancées dans les colonnes de ce journal (qui n’a plus grand chose d’humoristique et instrumentalise la mémoire des Cabu et des Wolinski assassinés par les fascistes islamistes ), et par l’ancien premier ministre M. Valls entreprenant d’occuper un « espace politique », comme on dit, sur ce terreau là.

Ceci n’aurait rien à voir avec notre commentaire du discours de Macron sur les violences faites aux femmes, si toutefois ce discours ne participait d’une communication d’ensemble dont un autre volet est, le même jour, la promotion au gouvernement d’un proche de M. Valls, l’ancien rapporteur de sa loi sur l’organisation territoriale, M. Dussopt.

Le président Macron a donc, bien entendu, proclamé les violences faites aux femmes « grande cause nationale ». La secrétaire d’État aux droits des femmes, le ministère ayant été supprimé, Mme Schiappa, ne disposera pas pour autant d’un budget plus important, mais elle ne se plaint pas – elle est là pour ne pas se plaindre. Sont annoncées des mesures relevant du code pénal et de « l’éducation ».

Rien sur le travail : les ordonnances Macron contre le code du travail viennent pourtant de liquider les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail dans les entreprises, principal cadre légal où les représentants syndicaux pouvaient aborder les situations massives et généralisées de harcèlement et pressions de nature sexuelle et/ou sexiste dans les entreprises, de la part des patrons et supérieurs envers les salariées.

Faut-il s’en étonner ? A l’évidence non, et pas seulement parce que M. Macron veut casser le code du travail, la sécurité sociale et les services publics dans l’année qui vient et à commencé à le faire, mais aussi parce le 22 septembre dernier, le jour même où son gouvernement promulguait ses ordonnances contre le droit du travail, il expliquait (à l’occasion du cinquième centenaire de la Réforme) que son approche n’est en aucun cas de dire que « le politique a une prééminence sur vous » (vous : les dignitaires religieux), et il définissait la laïcité comme « la capacité de faire coexister les religions dans un dialogue permanent », assignant une mission religieuse à l’État.

Le recul en cours pour les droits des femmes au travail comme cette soumission devant les appareils religieux permettent de caractériser d’un seul mot la bienséance macronienne en matière de vertueuse indignation contre les violences faites aux femmes.

Ce mot est : Tartuffe.

Et les tartufferies sont meurtrières. D’ores et déjà : n’est-ce pas le même président Macron qui vient, là encore bien obligé, de dénoncer le « crime contre l’humanité » du retour massif de l’esclavage à l’encontre des migrants et réfugiés en Lybie, et qui organise avec l’Allemagne et l’Italie le soi-disant blocage des flux migratoire, livrant les noirs aux esclavagistes, et qui même, voici quelques mois, nous annonçait qu’il allait mettre en place des camps de tri (« hot spots ») sur le territoire libyen ? Or au premier rang des exaction commises en Libye, bien entendu, qu’avons-nous ? Des viols de masse.

Tartuffe. Et donc : il faut poursuivre le mouvement, car l’émancipation des femmes sera l’œuvre des femmes elles-mêmes.

 

 

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