Parti « Socialiste » : effondrement-mutation confirmé.

 Le parti refondé à Epinay, à partir de la vieille SFIO et d’une grande partie du PSU sur lesquels s’était greffé un habile politicien de la IV° République, en bisbille avec la V° jusqu’à ce qu’il en prenne la tête, s’était développé en assurant de fait la représentation politique, de concert avec le PCF, du salariat, « classe ouvrière » ou « monde du travail ».

L’exercice du pouvoir, consistant, à partir de 1982-1983, non plus à faire quelques réformes mais à initier des contre-réformes à l’encontre des acquis sociaux, a naturellement rongé ce parti de longue date, mais sans qu’il y ait eu d’affrontement central entre le monde du travail et lui-même: on a plutôt eu affaire à une longue érosion. Un tel affrontement se nouait, sur un terrain spécifique, entre l’école publique et le ministre Allègre, lors du gouvernement Jospin cohabitant avec le président Chirac. La défaite de 2002 a toutefois provoqué des remous dans ce qui était encore le « parti d’Epinay », conduisant à la défaite historique de la prétendue « constitution européenne » et de Chirac au référendum de 2005, dont l’élément clef fut la cassure interne à ce parti et la campagne du « Non de gauche » menée par de larges secteurs de celui-ci.

La portée démocratique et par là révolutionnaire de cet évènement fut immédiatement occultée par ses propres promoteurs (dont J.L. Mélenchon), acceptant la « synthèse » qui devait accoucher de la candidature Royal aux présidentielles de 2007, sur une orientation en rupture tant avec ce qui restait de traditions issues du mouvement ouvrier qu’avec les éléments de démocratie bourgeoise parlementaire et municipale portés dans ce parti, une nouvelle génération de technocrates (précisons que ce terme n’implique aucune compétence réelle !) issus non seulement des cabinets ministériels de l’ère Mitterrand, mais des entreprises privées et privatisées à partir de 1986, et des clientèles des conseils régionaux, en prenant les rênes.

Malgré tout, ce parti était ramené au pouvoir par la défaite de Sarkozy en 2012, ce qui l’engageait dans une vérification ultime. Or il se produisit alors un phénomène étrange : un parti revenant au pouvoir ne connaissant aucune dynamique mais continuant à s’étioler. La résistance dans ses rangs et dans son groupe parlementaire à la politique antisociale de Hollande flanqué de M.M. Valls et Macron, appelée la « fronde », n’envisageant d’aller au vote contre et à l’affrontement politique public que lorsque c’était trop tard.

Durant ces années, Gérard Filoche, inspecteur du travail, ancien dirigeant de la LCR, acquit une place spécifique de mauvaise conscience de ce parti, symbolique et populaire, défendant avec obstination le code du travail et les droits sociaux, de toutes les manifestations de l’année 2016.

La base sociale et électorale du PS, tout en s’étiolant, était opposée à la politique de Hollande, de Valls et de Macron. Les « primaires », dispositif visant à diluer le parti en tant que parti, se sont retournées contre eux. La candidature qui en fut issue fut sabotée par le gouvernement et par la couche dirigeante cliéntéliste et affairiste. Ayant sauvé un groupe parlementaire, le PS refusait ensuite de voter contre la confiance au gouvernement Macron-Philippe, s’abstenant.

Toutefois, la pression de ce qui lui reste de base pouvait le pousser à entrer en opposition, notamment sur la seconde loi Travail, portant cette fois-ci le nom de son véritable auteur alors que la première s’était appelée « El Khomri ». Comme il était prévisible il le refuse et fait le choix de l’achèvement de la rupture avec le mouvement ouvrier, avec Epinay, avec la démocratie parlementaire et municipale.

Dans la semaine écoulée ce choix s’est incarné dans deux noms.

Gérard Filoche, alias « la nature ouvrière du PS », celui qui avait été empêché de se présenter à ses primaires de crainte d’une surprise « à la Jérémy Corbyn », a vu le BN de ce parti annoncer ignominieusement son exclusion pour « antisémitisme » suite à cette grosse bêtise reconnue par l’intéressé.

La campagne politique et médiatique lancée à ce propos vise à terroriser : pour M. Apathie critiquer la finance et le capital serait être antisémite. Il y a, de fait, division du travail entre ceux qui mènent cette campagne et les véritables antisémistes : Dieudonné aurait fait 8000 entrées à Marseille.

Olivier Dussopt, qui était le rapporteur de la loi NOTRe, créant les « grandes régions » et accélérant la marche à l’inégalité territoriale devant la loi, l’impôt et le service public, sous Valls, entre au gouvernement Macron avec le titre de « secrétaire d’Etat à la Fonction publique ».

Rachid Temal, qui avait tweeté l’exclusion du prétendu antisémite Filoche trois jours avant, a tweeté qu’O. Dussopt n’est plus membre du PS, mais personne n’est dupe. N’ayant pas de base sociale et politique large, même pas, surtout pas peut-être, parmi les élus locaux, Macron peut puiser dans le réservoir de médiocrités technocratiques que lui offre l’ex-maison Solférino, et ce qui s’appelle encore PS n’a d’autre choix que de jouer le rôle, au centre-gauche, des « constructifs » de service.

Cela fait-il de lui un nouveau « parti radical » (comme l’écrit Philippe Marlière) ? Certes non car le parti radical s’était épanoui dans d’autres institutions que celles de la V° République : celles de la république bourgeoise parlementaire, III° et encore IV°. Il le compare d’ailleurs plutôt au parti radical finissant, qui ne servait plus à rien pour personne, mais qui – avec la démocratie chrétienne – a fourni des notables au bonapartisme gaulliste en 1958. L’on peut ainsi définir la fonction sociale d’un Rachid Temal (cet individu que l’exclusion de G. Filoche suivie de l’ascension d’O. Dussopt a fait connaître, lui même pur produit de la médiocratie clientélaire fabriquée dans les nouvelles collectivités locales instaurées par la V° République depuis les années 1980) : tenir en otage une base étiolée avec des élus locaux attachés, eux, aux services publics et aux libertés publiques, pour former le flanc « constructif » du macronisme en lui refilant des carriéristes tâcherons, « mis en dehors du parti » afin de pouvoir continuer ainsi.

Ainsi est acté le vide politique car, soyons sérieux, aucune force n’a occupé ce vide – et pas la « France insoumise » que l’on ne saurait confondre avec les 19,5% de voix de J.L. Mélenchon au 1° tour de la présidentielle. Il y a donc de nombreux groupes locaux, des réseaux d’exclus par centaines, des élus municipaux, qui sont en déshérence et qui, eux, tout modérés qu’il veuillent être, n’ont d’autre avenir possible que de se fédérer avec tous les courants politiques qui entendent reconstruire dans ce pays, pour imposer rapidement une alternative à Macron, faute de quoi celle-ci s’appellera Marine Wauquiez, une représentation politique organisée, démocratique, du monde du travail et de la jeune génération.

Jamais leur avenir ne se situera avec les Dussopt et les Temal. Il est avec tous les Filoche de 7 à 77 ans.

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