Élections corses

Comme on pouvait s’y attendre, le second tour des élections territoriales corses a donné la victoire à la liste dite nationaliste du pouvoir régional sortant, Talamoni-Siméoni, qui obtient 56,5% des voix sur 50,9% de suffrages exprimés. Ce taux de participation historiquement faible pour des élections régionales ou territoriales en Corse est l’autre fait marquant de ce scrutin, généralement ignoré des commentateurs patentés de tous bords.

Comprendre les élections en Corse exige de ne pas plaquer les analyses « métropolitaines » pour une bonne raison : la question nationale corse est réelle. La nation française a été constituée démocratiquement par la Révolution, mais la Corse n’a pas eu le temps de choisir entre l’intégration à celle-ci ou une indépendance-association qui prolongeait le développement des luttes populaires qu’elle avait connues. Aucun régime capitaliste français n’a, depuis la fin du XVIII° siècle, favorisé ce libre choix, et tous ont, sous des modalités diverses, combiné répression, dépendance et clientélisme.

Les factions Talamoni-Simeoni, au pouvoir en Corse depuis 2015, ont accueilli comme une faveur clientéliste la mise en place de la collectivité territoriale unique, dans le cadre de la loi « NOTRe » de Manuel Valls et Olivier Dussopt, et de la réforme territoriale de Raffarin datant de 2003-2004. En 2003, à l’issue de la poussée vers la grève générale en France en mai-juin, la première tentative de mettre en place des institutions dérogeant à l’égalité territoriale devant la loi, devant l’impôt et devant le service public, avait échoué lorsque le ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy, n’avait pas pu sortir de l’aéroport de Bastia devant les milliers de manifestants.

« Nationaliste » mérite ici des guillemets. La démocratie en Corse comme en France s’oppose aux institutions de la V° République, dans lesquelles ces messieurs se moulent. Assurément, la poussée du vote « corse » traduit à la fois la réalité de la question nationale corse et l’effondrement des partis traditionnels en Corse comme sur le continent. Mais l’exécutif de Talamoni n’a pas pour visée la démocratie permettant au peuple de s’exprimer.

L’on a vu pendant ces élections le leader des « insoumis », J.L. Mélenchon, accuser d’ « usurpation » la section locale de son mouvement pour son choix d’une liste unitaire avec le PCF, éliminée au premier tour avec un peu moins de 6% des voix, soit à peu près le score antérieur du Front de gauche en Corse. J.L. Mélenchon s’est ensuite bruyamment réjoui de la victoire des « nationalistes » qu’il a présenté comme un succès pour le « dégagisme », qui veut rompre avec le « vieux monde » qui serait celui des « usurpateurs » ayant fait liste commune, pardon « tambouille », avec le PCF. C’est vraiment faire grand honneur à M. Talamoni qui entend négocier avec Macron la répartition des pouvoirs dans le cadre de la V° République, après avoir défendu l’unité de la « nation espagnole » contre les revendications démocratiques catalanes qui, elles, veulent réellement dégager la monarchie post-franquiste de M. Rajoy !

Mais sans doute l’affirmation de la nécessaire liquidation de toute forme politique organisée relevant du mouvement ouvrier valait bien ces palinodies, qui nous en apprennent plus sur la décomposition politique de leur auteur que sur les aspirations du peuple corse.

En Corse comme en France, un véritable processus constituant, rompant véritablement avec la V° République, demeure l’objectif sérieux de tout militant ouvrier attaché à la démocratie.

10-12-2017.

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A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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