Chronique des évènements courants (13 janvier 2018)

États-Unis, Iran, Tunisie, Corée, Allemagne.

En ce début d’année 2018, Donald Trump est à la fois la risée de la planète et une menace. Ce sont bien les développements de la lutte des classes, à l’échelle internationale, qui nourrissent cette situation, et non pas seulement le cirque de la Maison blanche en tant que tel.

L’Iran, tout d’abord. Entre le 28 décembre et la fin de la semaine suivante, spontanément et avec une soudaineté puissante et exemplaire, la jeunesse prolétarienne, les couches sociales les plus pauvres, et de larges secteurs de la jeunesse étudiante, ont littéralement déferlé dans les villes petites, moyennes et grandes d’Iran, appelant au renversement du Guide suprême, affrontant police, Bassidjis et autres Gardiens, prenant d’assaut leurs locaux ainsi de que nombreux locaux religieux. La nature « sociale » des revendications (prix, salaires, retraites, emploi) n’a pas fait obstacle mais a au contraire nourri leur nature politique, directement dirigée contre le régime capitaliste des mollahs et toutes ses composantes et factions, « modérées » ou « conservatrices », en portant particulièrement l’accent contre ses interventions armées contre-révolutionnaires en Syrie – « Mort au Hezbollah » scandé par des manifestants en Iran, voila au moins un début de justice pour le peuple syrien !

Trump n’a non seulement été pour rien dans ce mouvement, mais s’il a fait mine de le soutenir, sa politique dite de « fermeté » avec l’Iran et d’appui à la fuite en avant du régime saoudien était en réalité menacée et serait totalement mise par terre en cas de renversement révolutionnaire de la « République islamique ».

La répression, l’absence de représentation politique des manifestants, ont fait refluer le mouvement sous la forme de l’explosion générale, mais nul doute qu’il continue en profondeur. D’après diverses sources les rassemblements surprise visant les locaux officiels continuent dans de nombreuses petites localités. Le syndicalisme indépendant, mobilisé en manifestation à Téhéran deux jours avant les « évènements » pour la libération de Reza Shahabi, victime d’une attaque cérébrale en prison, dirigeant du syndicat indépendant des transports urbains de Téhéran, Vahed. Ce même syndicat, avec celui des industries agro-alimentaires Half Tapeh Sugarcane, ont publié une déclaration de défense des manifestations populaires (1). Le dirigeant syndical indépendant des enseignants, Esmail Abdi, a été libéré provisoirement de la prison d’Evin avec un sursis sur une condamnation à 6 ans de prison pour avoir voulu participer à un congrès syndical international. D’autre part, le mouvement pour l’abolition des contraintes vestimentaires faites à l’encontre des femmes, à savoir le voile, symbole et drapeau contre-révolutionnaire du régime, continue aussi. La première vague de fin 2017-début 2018 en annonce donc d’autres.

Et, au même moment, à l’autre bout d’une chaîne de misère, d’oppression, de corruption et d’obscurantisme religieux entretenus par toutes les forces contre-révolutionnaires et impérialistes, éclate une explosion de la jeunesse et de la pauvreté en Tunisie, affrontant elle aussi la répression d’un régime officiellement démocratique.

La reprise, pour les mêmes causes, des mouvements populaires dans tout l’arc proche et moyen-oriental et nord-africain, ne fait les affaires d’aucun puissant de ce monde, et certainement pas de Trump qui misait sur une agitation militaire dans cette région, de concert avec le prince héritier saoudien, d’une part, et Bibi Netanyahou, de l’autre, pour s’affirmer comme chef en crise d’un exécutif de crise.

Il n’a pas, depuis, mis à exécution sa menace de dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien de fin 2013.

(1) https://www.workers-iran.org/tehran-bus-workers-haft-tapeh-sugarcane-workers-todays-protests-by-workers-and-the-deprived-people-is-the-result-of-injustice/

La Corée, ensuite. Dans ses vœux le dictateur nord-coréen avait parlé de son « bouton » nucléaire, et Trump avait tweeté que son bouton à lui, il est plus gros. Mais Kim-Jong-Un avait aussi proposé des discussions à la Corée du Sud et celles-ci ont officiellement commencé depuis. Le peuple coréen, au Sud comme au Nord, ne veut pas de la guerre de Trump, ni de celle que Kim se déclare prêt à faire.

Il est habile de sa part de jouer cette carte -il révèle d’ailleurs, en tant qu’héritier d’une caste dirigeante corrompue mais formée, plus de « bon sens » que Trump – mais la perspective démocratique de la réunification de la Corée signifie, à terme, la fin de sa caste et de son régime.

Depuis maintenant des mois que Trump amuse la galerie en menaçant du feu nucléaire pour demain matin, et alors que l’état-major stratégique US a fait savoir à mots couverts qu’il ne lui obéirait pas forcément, c’est là un camouflet de grand style.

Il n’est au fond pas fortuit que ce soit à ce moment là que sorte le livre de Michael Wolf sur Trump et son entourage, Fire and Fury, qui contient non pas tant des « révélations » qu’un mélange d’anecdotes accablantes sur la bêtise de l’individu, et de confirmations sur la réalité politique d’un clan, qui ne visait pas l’élection de 2016, ne mesurant pas lui-même l’ampleur de la crise sur laquelle il a cru surfer, ainsi que sur ses liens financiers et crapuleux avec les « services » russes qu’il – le clan – a appelé à a rescousse, et bien entendu ses divisions en sous-clans à géométrie variable.

Ce livre a produit une rupture publique suivie d’un rétropédalage de Bannon, entre ce dernier et Trump, et fait franchir un nouveau cran dans la déconfiture présidentielle de l’exécutif de la première puissance mondiale.

Dans la foulée, sa santé mentale relevant du débat public, il a proclamé être un génie, et, qui plus est, un génie stable !

Apparemment Trump réagit toujours aux coups qui lui sont portés de l’intérieur par une borne de plus franchie dans la dérive raciste et agressive. Ce furent donc les « pays de merde » (la traduction exacte de « shitole countries » serait plutôt « pays de trous à merde », ce qui n’améliore rien), à savoir Haïti et l’Afrique en général. Voila donc la majorité des membres des Nations Unies réduits à demander des excuses …

Que Trump, en même temps, n’ait pas tweeté contre les propos du général John Hyten qui a sous-entendu qu’il n’obéirait pas forcément à un ordre présidentiel de feu nucléaire, et ait (lui ou son entourage) laissé filtrer au Wall Street Journal qu’il a, puis (contre-ordre) qu’il pourrait avoir, une « très bonne relation » avec … Kim Jong Un, pourrait indiquer que la bêtise frénétique n’est pas seule en cause et que le président manœuvre.

Mais si c’est le cas, ça veut dire qu’il manœuvre pour se garder une base radicalisée façon Ku-Klux-Klan.

* * *

Allemagne

Pendant ce temps, en Europe et en Allemagne, une pression considérable s’exerce sur le SPD allemand pour qu’il accepte d’entrer dans une « grande coalition » qui sauverait A. Merkel et permettrait d’espérer remettre à la flot la politique austéritaire imposée à tout le continent. Très clairement et quasi ouvertement, il s’agit d’utiliser l’ancien parti ouvrier allemand comme une vielle chaussette que l’on va presser au maximum afin que la résistance social soit le plus affaiblie possible d’ici à … d’ici à quoi, justement ?

Le fait est que ni Merkel, ni Sigmar Gabriel et les chefs du SPD, n’ont la moindre perspective politique dynamique à offrir à qui que ce soit, cela du propre point de vue du capitalisme « rhénan ». L’utilisation du SPD pourrait conduire à son écrasement complet et à un gouvernement allemand de réaction ouverte, en fausse rupture avec la ligne « Merkel », à la façon des gouvernements néo-conservateurs des pays du groupe de Visegrad et, maintenant, de l’Autriche.

On comprend que dans ces conditions la résistance soit forte dans les rangs du SPD. Elle reflète la résistance sociale.

Or, la bonne nouvelle, c’est que celle-ci revient en force, avec la menace de grève dans la métallurgie et l’électrotechnique lancée par le syndicat IG Metal, ciblant pour l’instant Siemens, Caterpillar, Daimler, Airbus, Mercedes et Miele. Le puissant appareil syndical cherchait à anticiper sur la flexibilité accrue en proposant 28 heures à la carte, « pour ceux qui souhaitent s’occuper de leurs proches », pendant 2 ans, moyennant des compensations salariales partielles, donc baisse de salaires (mais les salariés actuellement à temps partiel gagneraient moins, ce qui les conduirait à réclamer une compensation). C’est le climat particulier créé par l’incapacité au sommet de former un gouvernement, depuis maintenant plus de 4 mois, et la crainte que le SPD n’accepte une grande coalition en faisant un maximum de concessions sur les salaires, donc de nouveaux reculs alors que les revendications salariales remontent de partout en Allemagne, qui a poussé IG Metal à « jouer avec le feu » en revendiquant, en plus de son plan de « flexibilité à 28 heures », 6% d’augmentation pour tous.

Cependant, le premier congrès régional du SPD portant sur la grande coalition, en Saxe Anhalt à l’Est, a repoussé celle-ci par 52 voix contre 51, malgré la présence de Sigmar Gabriel venu mettre la pression.

Dans les syndicats, les délégués discutent ouvertement du fait qu’une grande coalition ne pourra qu’avoir une politique antisociale, et disent souvent souhaiter de nouvelles élections.

La classe ouvrière, dans toute l’Europe, a intérêt à une combinaison entre poussée gréviste et échec de la coalition dans le SPD, ce qui aggraverait la crise politique allemande en indiquant qu’elle ne peut avoir de solution démocratique en dehors de l’intervention du salariat.

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A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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