Macron-Philippe-Blanquer engagent la guerre de mouvement.

Après avoir fait passer ses ordonnances contre le droit du travail, qui forment un tout avec la loi El Khomri, l’exécutif, qui sait que les relations sociales sur le terrain n’ont pas encore été détruites en profondeur, et qui sait que le temps lui est compté, engage la guerre de mouvement contre les droits sociaux et démocratiques dans de nombreux domaines.

Le programme général est connu. Contrairement à ce qu’on nous serine, ce ne sont pas les « promesses présidentielles d’Emmanuel Macron ». C’est le contenu des cartons des bureaux d’étude et de conseil du capital financier, et des cabinets ministériels, parfaitement connus depuis des années. Le sieur Blanquer est à cet égard emblématique, lui qui sort tout droit d’un tiroir ministériel dans lequel tous les exécutifs précédents, Hollande comme Sarkozy, puisèrent. Dans le cadre de ce programme général, qui vise à casser le droit du travail, la protection sociale et la fonction publique, pour obtenir ainsi une hausse brutale du taux d’exploitation du salariat, les cibles immédiates de la guerre de mouvement que veut engager le gouvernement sont la jeunesse et les salariés à statut (fonctionnaires, hospitaliers, cheminots).

Première cible, la jeunesse, qui ne doit avoir d’autre avenir que l’enchaînement des petits boulots exploitant un maxima de compétences pour un minima de salaire. La réforme du Bac annoncée par Blanquer le 14 février reprend l’essentiel du rapport Mathiot. Rideau de fumée : là où ce rapport annonçait le remplacement des trois voies du lycée général (S,ES et L) par 9 filières, le ministre annonce un nombre gigantesque de « parcours » possibles par la combinaison de 2 « disciplines de spécialités » sur 11. Mais chacun aura compris que la plupart des combinaisons ne se trouveront pas dans les lycées situés à proximité de chez vous et que quelques unes seulement seront « gagnantes » (« Nous estimons qu’il y a entre 5 et 10 doublettes qui sont incontournables et qui seront proposées dans l’ensemble des établissements. » déclare un gradé du ministère).

Il s’agit de transformer le lycée en plate-forme de tri où chaque heure de cours devient un « investissement » dans la compétition de tous contre tous. Le Bac comporterait 60% de sa notation formée par 5 épreuves encore nationales, dont un « oral » de 20 minutes à forte tonalité idéologique, 30% de contrôle continu organisé dans chaque établissement à partir d’une « banque » (sic) de sujets ministériels, et 10% venant des bulletins scolaires. Ce serait donc un Bac local, de tel ou tel établissement. Cette compétition a commencé avec Parcoursup, tri sélectif à l’entrée des universités.

Simultanément, le gouvernement veut imposer l’apprentissage dans tous les lycées professionnels, le prolonger jusqu’à 30 ans et accentuer l’exploitation. Relevons ces propos cyniques qui se veulent plein du bon sens de l’exploiteur sans scrupule : [cette réforme] permet à l’apprenti de travailler dans les mêmes conditions que ceux qui travaillent dans l’entreprise parce qu’honnêtement [honnêtement !!!] l’hypothèse selon laquelle l’apprenti boulanger ne peut pas apprendre à commencer à faire le pain parce qu’il n’a pas le droit de commencer à travailler assez tôt, ça n’a pas de sens. » Ce qui a du « sens » pour M. Philippe, auteur de ces propos, c’est l’exploitation sans limites.

Pendant qu’une partie, a priori majoritaire, de la jeunesse, roulera pendant 6 années (trois avant le Bac, trois après) en tachant de passer entre les lignes de la sélection et des Bacs locaux, et qu’une autre partie sera soumise à l’alternance apprentissage-sas d’attente, tous se retrouveraient pour un « service national » de 3 à 6 mois visant à leur enseigner les joies du bénévolat, de l’obéissance et de la récitation du catéchisme « citoyen » à la sauce « en marche ».

Quant aux plus petits, ils ne sont pas oubliés. C’est une campagne de destruction des écoles rurales, de beaucoup de classes en zones urbaines aussi, et tout particulièrement des écoles maternelles, qui s’abat en ce moment même sur le pays et suscite des mouvements populaires de résistance partout.

L’argument diviseur, selon lequel tout cela vise à financer, par des fermetures, les dédoublements en zones d’éducation prioritaire, ne tient pas. D’une part, ces dédoublements sont loin de compenser, par les postes qu’ils nécessitent, ceux qui sont supprimés ; eux-mêmes se font souvent à moyens constants (par exemple, dans une même école les personnels sont sommés d’entasser les enfants en cours moyen pour pouvoir « déboubler » les cours préparatoires !), et leur bénéfice est fort douteux. On ne déshabille même pas Pierre pour habiller Paul, selon la formule consacrée : on tente de justifier la casse générale de l’école primaire publique par la médiatisation éhontée d’une mesure artificielle qui ne règle rien par elle-même.

Seconde cible immédiate, le salariat à statut. Qui veut casser le lycée et l’école doit casser le statut des personnels notamment enseignants, qui veut casser l’hôpital et la maternité doit casser le statut de la fonction publique hospitalière, qui veut fermer gares et voies ferrées doit casser le statut des cheminots.

Darmanin, ministre sarkozyste, non de la Fonction publique, mais « de l’Action et des comptes publics » (sic), poursuivi par plusieurs affaires d’abus de pouvoir, a donné le cadre général : sous couvert de « plan de départs volontaires » de fonctionnaires il s’agit de pouvoir licencier les fonctionnaires et les remplacer par des contractuels … et des « services civiques ».

Bien entendu, de même que les médias nous ont soudain annoncé que M. Blanquer était le plus populaire de tous les ministres du monde, et que les sondages montreraient que les fonctionnaires désirent plus que toute chose pouvoir devenir des contractuels précaires, une campagne sur les « privilèges » des cheminots est orchestrée. Le statut des cheminots a historiquement un fondement très simple : faire que les trains arrivent à l’heure, ce qui n’est pas possible dans le cadre de la seule concurrence soi-disant « libre et non faussée » comme la dégradation du service public ferroviaire le montre à tous depuis plusieurs années déjà.

Conséquence de tout cela d’ores et déjà en train de se produire, la baisse des revenus réels de la majorité des salariés de ce pays.

C’est le vrai sujet de bien des conversations. Il y a pourtant reprise économique conjoncturelle. Le taux officiel du chômage, certes sous-évalué, est repassé sous les 9% (proportion déjà élevée par elle-même) pour la première fois depuis 2009. Macron n’y est pour rien (il a plutôt contré cette tendance par le licenciement des contrats aidés). Mais cette conjoncture, ainsi que les mesures de baisse du salaire brut en matière de cotisations sociales, devrait susciter un climat de hausse des salaires, dont le signal a d’ailleurs été envoyé outre-Rhin. Or les feuilles de paie, quand il y a feuilles de paie, stagnent ou baissent, tandis que les prix montent. Les retraités notamment, sont durement frappés via la CSG, ce qui par contrecoup touche toutes les générations souvent aidées par les anciens.

Macron espérait, après avoir fait passer ses ordonnances, pouvoir compter sur la baisse des cotisations sociales pour que se multiplient les accords d’entreprises faisant passer un léger gain du salaire net pour une hausse du salaire réel : c’est très loin d’être le cas.

La conjoncture économique présente est très fragile. S’il y a une reprise cyclique inévitable, celle-ci est surplombée par l’épée de Damoclès de la bulle financière, comme ces dernières semaines l’ont montré sur les bourses.

Et, au niveau européen, le 4 mars prochain, se dérouleront les élections législatives italiennes, qui vont probablement ouvrir une crise politique en Italie alors même que la crise allemande n’est pas terminée, puisqu’il s’avère très difficile, malgré la servilité de ses dirigeants, de mettre à nouveau le SPD en coalition gouvernementale avec Merkel. Le temps est donc compté pour Macron.

Corollaire nécessaire de cette attaque globale, la mise en cause des libertés démocratiques.

Le recul de l’exécutif sur Notre-Dame des Landes venait du rapport de force démocratique : un écrasement militaire de la zone occupée n’était pas une impossibilité technique, mais politique, en raison du risque d’indignation et de mobilisation générale qu’il aurait provoqué.

Ce rapport de force persistant avec la société, représente ce avec quoi Macron est désireux d’en finir. La violence gouvernementale s’abat d’abord sur les couches les plus faibles : les réfugiés. Elle s’affirme dans les projets d’atteinte aux libertés fondamentales sous couvert d’éviter les « fake news », et dans l’ensemble des rodomontades du ministre « socialiste-national » de l’Intérieur, l’équivoque et inquiétant M. Collomb, comme dans la réaffirmation de l’approche bêtifiante et punitive, comportementaliste, du problème social global qu’est la question de la sécurité routière, à travers l’annonce, à juste titre impopulaire – et il ne s’agit nullement de démagogie ! – de la limitation de la vitesse maxima à 80 km à l’heure précisément là où rouler à 90 ne comportait pas de dangers.

D’ores et déjà, le régime de la V° République fonctionne de fait sans parlement. Cette assemblée naviguant entre incompétence proclamée et analphabétisme revendiqué, après avoir voté les ordonnances, laisse passer l’annonce par l’exécutif d’un train abondant de contre-réformes, dont celle contre le droit aux études, dite de « Parcoursup », est appliquée par la caste des présidents d’université avant le vote de toute loi par l’Assemblée nationale.

Nous sommes d’ores et déjà, sur le plan institutionnel, passés de « l’autre côté ». Mais cette situation est très dangereuse pour l’exécutif qui n’a pas d’assise solide sur l’ensemble du territoire et se trouve plus que jamais « hors sol ».

Macron veut une V° République sans « page 2 du Canard Enchaîné » : voila qui donne la mesure exacte, à la fois policière et picrocholine, de la rénovation des institutions à laquelle il veut s’adonner, « en même temps » « girondine » par les pouvoirs destructifs qu’il veut conférer aux régions (et tester en Corse !), et bonapartiste par le renforcement d’un exécutif plus monarchique et versaillais qu’en 1959 …

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