La poussée vers l’unité d’action contre Macron et les patrons

Portée du congrès FO et du vote à Air France.

Deux votes récents ont donné le ton véritable, par delà les sondages et martelages quotidiens, de ce qui est ressenti et cherche à monter, en bas, dans le pays.

Au congrès confédéral de la CGT-FO à Lille, le rapport d’activité présenté par le dirigeant sortant J.C. Mailly n’a été adopté qu’à 50,54% des mandats. Chacun comprend très bien qu’un tel score signifie en réalité un rejet frontal et largement majoritaire par tout ce que FO compte de syndicalistes authentiques.

Plusieurs interventions ont porté dans ce congrès le souffle de la lutte des classes contre le dialogue social au sommet ayant fait passer les ordonnances de Macron contre le droit du travail et continuant à produire ses effets. Saluons notamment les interventions de Jean-Louis Basset, des Cheminots du Rhône, Alexandre Tott de Florange, Nadine Hourmant, secrétaire de l’UD du Finistère, de la volaillerie Doux en liquidation judiciaire, qui a souligné l’absence d’aide et de solidarité du dirigeant confédéral envers ses collègues et sa section syndicale, et Marc Hébert, animateur de l’Union des Anarcho-Syndicalistes, courant syndical ayant appelé à voter contre le rapport d’activité, seul à condamner, sous le chahut orchestré, le fait que J.C. Mailly est maintenant nanti d’un mandat de représentant de … FO au Comité Économique et Social Européen.

L’absence d’enjeu de pouvoir quant à la « succession », Pascal Pavageau étant pré-désigné sans adversaire – et s’étant prudemment démarqué de la fièvre macronienne de Mailly dans l’année écoulée – a fait que les tensions et clivages de ce congrès confédéral, plus encore que lors de la succession de Bergeron en 1989, ont directement traduit la lutte des classes : il ne s’agissait pas de choisir entre deux fractions de l’appareil (choix parfois nécessaire), mais d’être pour ou contre la collaboration à la mise en place de la casse du code du travail, pour ou contre le « dialogue social’, pour ou contre l’unité d’action syndicale, pour ou contre l’unité des travailleurs contre Macron et les patrons.

Aux interventions signalées ci-dessus et à quelques autres, ont d’ailleurs répondu les traîne-savates soi-disant « métallurgistes » prêts à signer n’importe quoi, chantant la comptine d’un prétendu réformisme qui ne conduit à aucune réforme et uniquement à de la casse.

Cette confrontation traduisant directement la lutte des classes en plein congrès confédéral a été niée, dans une intervention quatre fois plus longue que celle de tout autre délégué avec la connivence de la tribune, par Patrick Hébert, dirigeant du « Parti Ouvrier Indépendant », en fait au nom de ces 35 membres sur 40 de la commission exécutive qui, le 4 septembre, refusaient de condamner Mailly, ce à quoi ils allaient être contraints à la fin de ce même mois de septembre 2017 : certes Mailly depuis un an, on ne peut plus être d’accord, a-t-il expliqué, mais fondamentalement tout le monde est d’accord à FO, pour dire que le droit du travail est menacé, et donc, tremblez bourgeois, il faut envisager de proposer aux autres confédérations une journée de grève interprofessionnelle !

Il s’agissait de ressouder les délégués en niant le clivage radical du congrès, pour protéger l’appareil que la lutte des classes, l’aspiration des syndiqués à se défendre, a mis à mal ces derniers mois parce qu’il a essayé d’aller trop loin, trop vite, dans la complicité avec Macron, menaçant le caractère syndical, donc indépendant, de l’organisation.

Sur la base de la protection ainsi fournie sous la phrase pseudo-tonitruante des protecteurs de l’appareil, celui-ci recommencera, n’en doutons pas ; mais pour l’heure il est sous surveillance et pour les militants, la journée interprofessionnelle cela veut dire la grève tous ensemble pour battre Macron et cela doit se réaliser !

Préservation de l’outil syndical contre ses propres dirigeants, réalisation de l’unité d’action contre Macron et les patrons en défense du syndicat et contre les dirigeants, voila finalement la riche leçon d’un congrès important, leçon qui devra fructifier, tout de suite et pas qu’à FO !

Justement, quelques jours plus tard, les 46.771 salariés d’Air France-KLM, après 13 jours de grèves des pilotes et d’autres catégories, étaient confrontés à une puissante opération : dire Oui au refus des 6% de hausse de salaire immédiate après des années de blocage, réclamé par les grévistes, contre la promesse d’une hausse de 7% étalée sur 4 ans, avec chantage à la démission du PDG Jean-Marc Janaillac et donc d’une « déstabilisation de l’entreprise » menaçant les droits et emplois de tous, soutien – se voulant confiant et certain du bon résultat – du premier ministre, et opération d’isolement du syndicat catégoriel des pilotes, le SNPL, le dirigeant CFDT Laurent Berger montant au créneau, sur le thème facile des pilotes supposés être des privilégiés. Les salaires des pilotes sont élevés comme le sont leur niveau de qualification et leur temps de formation : rapportés à la valeur produite par leur travail, leur niveau d’exploitation est en réalité le même que celui de n’importe quel travailleur. Le chantage, plus la pression et l’espoir de dresser les salariés contre les mieux payés d’entre eux, préparaient une opération plus ample visant à dire que « maintenant, les cheminots sont isolés », à défendre leur « statut ».

Bingo : il y a eu 55,54% de NON pour une participation de 80,33%, acculant M. Janaillac à la démission qu’il avait promise si « l’impensable » se produisait. Ce vote massif ne doit pas être interprété comme le seul résultat de processus se déroulant dans les personnels aériens. En 1994 un référendum sur le « redressement de l’entreprise » avait conduit à des milliers de suppressions d’emplois après avoir vu un vote Oui hélas massif. C’est le climat général qui s’exprime par ce vote. Des pilotes aux balayeurs, les intérêts des salariés, face aux patrons et à l’État, sont les mêmes.

Que ceci soit un message aux dirigeants des Fédérations de cheminots que M.Philippe, sponsor du référendum d’Air France, reçoit demain …

Manifestations et projets de manifestations.

La lame de fond est toujours là, malgré le ressac sensible lors du 1° mai. C’est dans cette situation que s’est déroulée la manifestation pour « faire la fête à Macron » appelée par François Ruffin notamment, lequel, interviewé après l’orchestration des violences des « blacks blocs » du 1° mai, sur la soi-disant « violence » de sa formule, a bien précisé : « On ne veut pas le faire dégager. On veut mettre un coup d’arrêt à sa politique, qui sert chaque jour les plus riches. Si on parvient à le faire reculer sur un point, ça pourra créer un déclic dans la tête des gens. »

Si les mots ont un sens, « on ne veut pas le faire dégager » signifie qu’on veut bien le garder. Mais peut-on ne serait-ce que le faire reculer sans menacer son pouvoir ? Non. Et le faire reculer pour quoi ? Pour « un déclic dans la tête des gens » ?! Il ne faudrait tout de même pas prendre les gens pour des imbéciles ! Le déclic est là, nous sommes en plein « déclic ». La question sérieuse est : comment battre Macron ? Comment réaliser l’unité, en haut, en bas et partout, pour gagner l’affrontement engagé avec lui, à son initiative d’ailleurs ?

Ne prenons pas les gens, manifestants du 5 mai inclus, pour des imbéciles. Si des étudiants votent à nouveau la grève dans de massives AG comme à Nanterre, si le personnel d’Air France a rejeté le chantage du gouvernement, si la base de FO s’est insurgée contre Mailly pote à Macron, si les cheminots et particulièrement les conducteurs tiennent encore, si les grèves locales continuent nombreuses, c’est que « le déclic » est là. Les manifestants du 5 mai étaient là, non pour « faire la fête » à Macron, mais pour avancer vers cet affrontement. C’est une évidence. Et cette évidence appelle, exige la critique et la mise en débat de l’orientation commune à F. Ruffin et J-L. Mélenchon selon lesquels il ne faut pas … dégager Macron !

Selon la « France insoumise », ils étaient 160.000, absurdité qui s’explique par la volonté pathétique de la FI de s’affirmer force dirigeante en dehors et contre les grèves et l’unité syndicale. Selon F. Ruffin, ils étaient 100.000. Selon la police 40.000 et, défense de rire, 38.900 selon la nouvelle mode des « observateurs médiatiques indépendants », qui décidément tombent toujours un peu en dessous des chiffres de la police. Admettons que Ruffin ait raison. C’est évidemment une force, la même d’ailleurs qu’on a vu les 15 et 22 mars et depuis.

De quoi a-t-elle besoin, où va-t-elle ? Elle a besoin de l’unité pour chasser Macron, elle la cherche, elle tend à l’imposer, de même que les salariés d’Air France, les militants de FO, et des milliers d’autres, pèsent pour la lutte commune pour les salaires et toutes les revendications, et donc l’indépendance de leurs organisations syndicales envers les plans gouvernementaux.

Le 13 mai prochain, le POID principalement va réunir des forces sur l’objectif explicite de l’unité pour chasser Macron. Cette force aurait gagné, d’ailleurs, à se porter comme telle auprès des manifestants des 15 et 22 mars, du 1° mai et du 5 mai. Car cette unité ne peut se proclamer, elle va être imposée. Et la manière de l’imposer, c’est la grève unie, ce qui ne veut pas dire que ceux qui ne peuvent pas faire grève, soit à cause de la peur, l’isolement ou la crainte de perdre une toute petite entreprise, soit parce qu’ils ne sont pas salariés mais chômeurs, retraités, en formation …, n’en seront pas : la grève unie permet au contraire de les associer, dans les manifestations et les assemblées générales. Cette initiative politique, initiée de longue date, n’en est pas moins salutaire.

Le 22 mai toutes les fédérations de fonctionnaires appellent à la grève. Il est important de faire connaître aux personnes concernées la teneur de la « concertation » engagée par le gouvernement sous le nom de « Action publique 2022 » : des contractuels et pas des fonctionnaires, casse des instances d’origine paritaire, salaire « à la performance », fin de la garantie d’emploi. Toutes les fédérations devraient donc quitter sans attendre cette « concertation » !

Nul doute que, dans la situation présente, le 22 mai ne puisse être saisi pour construire l’action commune de tout le salariat dans la grève. D’autant que le même jour tomberont les premières réponses de Parcoursup aux jeunes et à leurs familles …

Pour le samedi 26 mai, un appel est lancé à une « marée populaire » qui semble appelée à prendre à nouveau la forme d’une manifestation nationale un samedi. La nouveauté est qu’il est lancé par plusieurs organisations – dont la CGT. Au niveau des appareils des organisations, sans doute résulte-t-il de la volonté d’avoir une manifestation nationale qui implique les syndicats comme tels sans « préemption » par la FI ou telle ou telle de ses composantes. On ne saurait comprendre, en effet, les rapports actuels entre organisations sans prendre en compte les traces profondes laissées par le substitutisme anti-syndical développé par les dirigeants de la FI cet automne lorsqu’avait commencé la mobilisation contre les ordonnances cassant le droit du travail, avec un appel court-circuitant l’unité syndicale du 12 septembre, à une manifestation nationale fixée par avance une fois les ordonnances adoptées … Devant une poussée profonde de la lutte des classes la FI ne peut plus renouveler cette opération telle quelle, et est contrainte, contrairement à sa nature, à s’incorporer à des actions unitaires, tout en tentant de se présenter comme seule au monde. Ce qui conduit d’ailleurs au développement de contradictions en son sein, que l’interdiction de tout mandatement, de tout débat démocratique et donc organisé, et de tout courant autre que pour le décorum ou le ghetto de l’ « espace politique », ne peut que rendre explosive. De ce fait, il n’est pas certain que J-L. Mélenchon ait bien « joué » avec l’opération du « mégabus » le 5 mai. Mais est-ce bien important ?

Le 26 mai peut devenir un point d’appui massif pour la centralisation commune contre Macron. Mais une majorité de militants syndicalistes sont hésitants ou méfiants car ils savent très bien que ce n’est pas « le samedi » que les choses seront réglées. Une « marée populaire », c’est l’unité pour chasser Macron.

Unité pour chasser Macron : soutien au 13 mai !

Unité pour chasser Macron : grève le 22 mai, dans toute la fonction publique et au delà !

Unité pour chasser Macron : défense de la jeunesse attaquée par Parcoursup dans ses droits, ses aspirations et son avenir !

Et c’est ainsi qu’une marée populaire sera possible : unité pour chasser Macron.

Le 06-05-2018.

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A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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