Un printemps féministe qui ne finit pas.

Le 8 mars 2018 a vu la mobilisation de toutes les femmes à l’échelle du monde contre le harcèlement et toutes les violences faites aux femmes.

La grève générale en Espagne, le 8 mars et la forte mobilisation de 6 millions dans les rues de Madrid, Barcelone, Valence, Séville ou Bilbao a fait mieux que célébrer la Journée Internationale des Droits des Femmes. La grève touchant le monde professionnel et la sphère privée a montré le poids des femmes dans la société. Ce qui est inédit dans l’histoire espagnole, c’est la nature de cette grève : c’était une grève spécifiquement féministe. Cela a donné lieu à des situations très inhabituelles comme un écran noir, à certains moments de la journée, parce que la présentatrice était en grève, etc. En revanche on pouvait voir dans les manifestations que : « Sin nosotras el mundo no fonciona » (sans nous le monde ne fonctionne pas).

Manifestations contre les inégalités salariales, les emplois précaires et les retraites plus faibles que celles des hommes et contre toutes violences faites aux femmes. Les Espagnoles étaient aussi invitées à une « grève de la consommation », pour protester contre le taux de TVA appliqué à des produits féminins indispensables tels que les serviettes hygiéniques…

En juin 2018, l’Argentine fait un pas de plus vers la légalisation de l’avortement. C’est par la mobilisation de milliers de femmes et d’hommes dans les rues ce jour là pour faire pression sur les députés que le texte de proposition de loi qui permettrait aux femmes d’avorter a été approuvé après 20h de débats. Le texte va être examiné par le Sénat, réputé plus conservateur en septembre. Ce pays reste profondément divisé sur le sujet et le rôle de l’Eglise, qui exerce un contrôle social et politique très fort, y est pour beaucoup. Le pape argentin n’a pourtant pas suffit à empêcher le vote de la loi.

Dans le pays, cela fait plus de trois ans que le mouvement féministe se fait entendre, que les femmes se lèvent pour réclamer leurs droits. Les Argentines se mobilisent sur tous les fronts : lutte contre les féminicides en premier lieu, mais aussi lutte pour plus de droits au travail, à la représentation politique, contre le harcèlement de rue. Droit de disposer de leur corps en réclamant le droit à l’IVG, les cours d’éducation sexuelle, le respect des corps et des droits des femmes…

Mais le féminisme n’a pas commencé en Argentine avec « Ni una menos » (pas une de moins). Il s’appuie sur une lutte historique qui a permis un nombre d’avancées pour les femmes. En Argentine se sont toujours les femmes qui sont sorties dans les rues pour résister : « les Mères de la Place de Mai » qui manifestaient contre la dictature, contre les disparitions. « Ni una menos » a redynamisé ce mouvement, En 2018, foulard vert autour du cou ou dans les cheveux, les jeunes filles sont nombreuses à avoir répondu à l’appel du mouvement féministe « Ni Una Menos, » qui célèbre ses trois ans d’existence. A l’origine dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes, reprenant la parole de Susana Chavez , la poétesse assassinée en 2011 en raison de son combat pour les droits des femmes, le collectif a aujourd’hui étendu ses revendications, notamment à la légalisation de l’avortement.

Au Chili : le Mouvement des étudiantes contre le harcèlement et agressions sexuels et contre l’impunité, manifeste et bloque les établissements universitaires au cri de « No es no » ; « On est tellement en colère que l’on n’a pas d’autres choix que de se mobiliser ».

Après plusieurs cas de harcèlements contre des étudiantes, cas que le règlement d’universités ne permet pas de sanctionner, la situation est devenue inacceptable. « Cela montre ce qui arrive à toutes en tant que femmes depuis des années » Parce qu’au Chili le harcèlement sexuel n’est puni par la loi que dans le cadre des relations de travail, les étudiantes ont décidé d’occuper les universités. Une première depuis 30 ans. Les jeunes chiliennes sont dans la rue, et dénoncent haut et fort les abus sexuels, le sexisme dans l’enseignement supérieur. Elles exigent des mesures concrètes pour en finir « Basta ya ! ». Assez c’est assez ! En finir avec l’indifférence et l’omerta des autorités. Toutes les revendications sont centrées sur la lutte contre la violence sexiste.

Une mobilisation aussi à l’appel de la Confédération étudiante chilienne (Confech) en Mai, à réuni 150 000 personnes à Santiago et plus de 200 000 à travers le pays, mobilisation pour les droits des femmes d’une ampleur inédite depuis la fin de la dictature de Pinochet.

« Ça a été une marche historique du mouvement des étudiants, jamais auparavant ne s’était déroulée une manifestation avec pour objectif une éducation non sexiste, en soutien à toutes les femmes qui aujourd’hui sont mobilisées dans tout le pays. Nous sommes très émues, très heureuses car on voit que quand les femmes s’organisent, elles y arrivent », s’est réjouie dans la presse la porte-parole de la Confech (Confédération des étudiant(e)s du Chili), Paz Gajardo à l’origine de l’appel à manifester le 16 mai 2018.

Depuis le mois de juin, des centaines de milliers de femmes défilent régulièrement dans les rues du pays, têtes cagoulées, seins nus et le corps bardé d’inscriptions féministes pour réclamer une loi globale contre les violences sexuelles. Un mouvement qui a fait tache d’huile en Uruguay, au Pérou et au Mexique.

Aux Etats Unis, la « libération de la parole » a connu une démocratisation de l’expression des femmes. La Women’s March dans différents Etats a été marquée par des mobilisations plus fortes que celles déjà spectaculaires de 2017. Les bonnets roses qui avaient servi au lendemain de l’élection de Trump sont ressortis en masse à Chicago et à San Francisco. A New York 200 000 femmes défilaient dans Central Park et à Los Angeles elles étaient un demi million. Tandis que Trump qui ne pouvait ignorer le succès de leurs marches diffusait ses habituelles « fake news » provocatrices en félicitant les femmes et en les encourageant à célébrer « le taux de chômage féminin le plus bas depuis 18 ans », les femmes s’organisaient contre l’exploitation et le sexisme.

Après avoir donné de la voix dans la rue, elles donnent de la voix dans les médias sociaux. Comme pour d’autres mobilisations, les réseaux sociaux brisent l’isolement. « Me too » a créé une dynamique qui dépasse les frontières et remet le mouvement féministe à l’avant-plan des batailles sociales, donne confiance à des millions de femmes sur la possibilité d’en finir avec les inégalités et les violences. « Times-up » a représenté une étape supplémentaire vers l’organisation en se dotant de moyens financiers, en s’adressant « à toutes les femmes dans tous les domaines professionnels qui sont objet d’indignité et de comportements agressifs, qu’elles sont obligées de tolérer pour continuer à gagner leur vie ».

Et en leur disant « Nous sommes avec vous. Nous vous soutenons.» Paiement des honoraires d’avocats à l’appui…

De nombreuses jeunes femmes ont ressenti le besoin de « s’organiser et de s’unir » non seulement contre le sexisme omniprésent, mais aussi contre le décret anti-immigration, l’expulsion des « dreamers » (migrants arrivés mineurs), c’est à dire…contre la présidence de Trump et sa politique. Et cela dans des manifestations d’une ampleur inédite depuis celles contre la guerre du Vietnam.

De fait, après la victoire électorale de Trump aux États-Unis, les politiques de la droite la plus réactionnaire se heurtent aux aspirations progressistes d’une partie de la jeunesse. Les femmes de tous les horizons sont concernées par cette montée des provocations sexistes qui accompagnent la précarisation de l’emploi comme moyen de baisser le prix de leur force de travail. Le féminisme, qui était revendiqué par des femmes de la classe dominante, devient aujourd’hui un combat de toutes les femmes. Les jeunes étudiantes, les jeunes salariées se tournent vers le féminisme parce qu’elles réalisent qu’il y a entre les inégalités, les discriminations et les violences qui leur sont faites, une relation, des causes, qui doivent être combattues collectivement. « Me too » en favorisant la prise de parole individuelle, a créé un mouvement collectif.

Ce mouvement a fait apparaître aux yeux des femmes la réalité de la plus grande violence. Celle vécue par des Mexicaines des zones franches de Ciudad Juarez ou de Trujillo, harcelées sexuellement, enlevées et assassinées pour que soit maintenu l’ordre de l’exploitation dans les usines des multinationales qui exporteront sans droit de douane.

Celle vécue par les Canadiennes autochtones des territoires du Nord Ouest et du Nunavut où se poursuit en 2018 « l’enquête nationale sur les femmes et filles disparues et assassinées ». Ces féminicides, au delà des différences dans les modes opératoires, ont en commun d’être commis sur des victimes vivant dans des situations d’extrême précarité sociale. C’est aussi la précarité de l’emploi qui permet à des prédateurs sexuels d’exercer une domination violente sur les femmes qui tentent de travailler dans l’industrie du spectacle. Les mots d’ordre contre la politique anti-immigration de Trump, leitmotivs des manifestations des femmes américaines fin janvier 2018, témoignent de cette compréhension que la violence contre les femmes est en rapport direct avec les conditions précaires d’existence révélées par les politiques migratoires abjectes et déterminées par la volonté de la Maison Blanche de rendre à l’industrie américaine une position dominante sur tous ses marchés.

La conséquence la plus immédiate du « America great again », a été de développer chez les femmes, bien au-delà des cercles traditionnels du féminisme, une prise de conscience de la nécessité de défendre leurs droits si elles ne veulent pas que le rétablissement de la compétitivité du capital se réalise, chaque jour, sur leur humiliation, leur oppression et leur peur.

Cette résistance sociale des femmes et leur capacité d’initiative ont parfois poussé le parti démocrate à les utiliser comme levier pour la campagne électorale de mi-mandat de novembre prochain. D’où l’émergence d’un nombre jamais vu de candidates au parti démocrate. Toutes sont loin de porter des revendications féministes. Mais dans le 14ème district, une circonscription populaire de New York (Bronx et Queens), Alexandria Occasio Cortez l’a emporté devant un politicien chevronné pour la primaire démocrate en menant une campagne frontale contre la politique migratoire de Trump, revendiquant une couverture santé universelle, la gratuité des études supérieures et la garantie de l’emploi pour les fonctionnaires… Même si la clé de l’indépendance politique de toutes celles qui se réclament comme Alexandria Occasio Cortez, du socialisme, ne peut se trouver au parti démocrate, elle témoigne que la prise de parole individuelle évolue comme un mouvement de fond à la recherche de son débouché politique.

Les femmes ont des exigences immédiates, des objectifs qui n’attendent ni les élections de mi mandat, ni une éventuelle majorité démocrate au Congrès, ni les présidentielles de 2020. C’est pour elles une question vitale qu’à travers tous le continent américain comme en Europe, leur lutte connaisse des succès immédiats pour mettre fin aux violences mettre fin à la précarité, mettre fin aux inégalités et assurer la libre disposition de leur corps. Times up !

We shall overcome !” (Joan Baez ! )

La lutte des femmes connait une accélération de portée mondiale, porteuse d’émancipation et de démocratie. En France, Macron a décrété « l’égalité Femmes /Hommes grande cause du quinquennat », tout en dénonçant le

«tourbillon» des révélations de violences sexuelles comme faisant courir le risque de passer d’une «société de l’oubli à une société de la délation généralisée» et en confiant aux gangs esclavagistes de Libye la gestion des flux de réfugiées.

En France aussi : Times up !

Nous y reviendrons !

L.N.

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