Crise politique majeure au Royaume-Uni.

Le Brexit résulte, certes, de l’hostilité légitime contre les institutions dites « européennes » dans la majorité du salariat, actifs, chômeurs, retraités, jeunes, de Grande-Bretagne, mais il n’a pas résulté de la recherche d’une issue positive pour celui-ci et il n’est porteur d’aucune issue : ce qu’il traduit au mieux, c’est l’impasse de la classe dominante elle-même, du capital et des préposés à son accumulation qui vont des traders de la City « mondialistes » aux tout petits patrons xénophobes.

Theresa May avait fait adopter, il y a deux jours, par son gouvernement, ce qu’il est convenu d’appeler un « Brexit mou » : maintien de nombreuses règles de l’UE, « règles communes pour les biens industriels et les produits agricoles » – mais libre fixation des droits de douanes pour les services, autrement dit le Brexit pour la City ! -, union douanière, libre « mobilité » des personnes entre UE et Royaume-Uni (ce qui ne veut pas dire libre circulation), et même respect partiel des décisions de la « cour de justice européenne ».

En gros comment appeler « Brexit » un quasi maintien, sinon dans l’UE, du moins dans la sphère des échanges internationaux telle qu’elle s’est développée dans le cadre de l’UE, en cherchant surtout un avantage au niveau des « services », c’est-à-dire de la finance (alors que beaucoup de partisans du Brexit appelaient à voter « contre la finance » !), que Bruxelles et Francfort ne sauraient laisser passer tel quel, avec une volonté, partagée avec les tenants tories du « Brexit dur », que ce soient les travailleurs qui paient mais pas « les entreprises », comme dirait Macron …

Et tous les braves commentateurs patentés de se féliciter … et puis, ce lundi 9 juillet, voila le ministre du Brexit, David Davis, qui démissionne, suivi quelques heures plus tard de la principale figure politique du dit Brexit (avec Nigel Farrage, de l’UKIP), Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères.

A l’heure où sont écrites ces lignes, il semble bien que ces deux démissions fragilisent plutôt qu’elles ne renforcent la chef de l’exécutif de l’Etat britannique.

Mais il faut souligner le facteur clef qui la pousse à chercher à tout prix un vrai-faux Brexit : l’impasse politique de la classe capitaliste britannique dont le Brexit est l’expression conduit le Royaume-Uni en tant que tel à une crise fondamentale. Si la frontière Royaume-Uni/UE devient une frontière « dure », alors les deux Irlandes sont à nouveau séparées, et cela, même la population « protestante » d’Irlande du Nord ne le veut pas.

Le vote sur le Brexit en Irlande du Nord était conditionné par la question nationale : les « catholiques » ont voté contre pour cette raison, mais une proportion significative de « protestants » aussi. D’où la majorité anti-Brexit en Irlande du Nord, alors que, de plus, les « catholiques » seront démographiquement les plus nombreux dans quelques années. Le « Brexit dur » ou, pour mieux qualifier les choses, un vrai Brexit et pas un faux Brexit, soulevait rapidement la question de la séparation Irlande du Nord/Royaume-Uni et donc celle de la réunification de l’Irlande.

Mais au fait, le Royaume-Uni s’appelle ainsi car il s’agit du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord !

Et l’Ecosse qui a elle aussi voté différemment, ne tient pas à rester à tout prix dans une Grande-Bretagne ainsi redéfinie : en fait, la question irlandaise se combine à celle de la renégociation démocratique des termes de l’unité britannique, entre Angleterre, Ecosse et Pays de Galles (et, au passage, le sort de la monarchie). Cette réalité géopolitique est le grand non-dit, dont Mme May et les autres parlent le moins possible, tout en y pensant toujours.

C’est l’impasse à Downing Street. Aller vers une alternative est possible : la démocratie exige qu’aussi bien les May que les Johnson partent, et que se forme un gouvernement démocratique représentant les travailleurs. Il aurait trois batailles à mener :

  • la renégociation des relations avec les pays du continent européen non sur les bases de l’UE ou celles de la City mais sur la base de la démocratie et des droits des travailleurs partout,
  • l’auto-détermination de toute l’Irlande,
  • la renégociation démocratique des relations entre les nations britanniques.

Dans ces batailles les peuples européens seraient ses alliés, mais pas les gouvernements.

Or, un pas en avant est possible tout de suite : celui d’élections immédiates mettant au pouvoir en Angleterre le Labour de Corbyn.

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