Non à l’ « agenda social » avec Macron et les patrons, unité contre eux !

Macron a refait sa prestation, qu’il veut annuelle, de discours aux députés et sénateurs réunis à Versailles. Il a paraît-il commencé par un acte d’humilité en reconnaissant qu’en un an de pouvoir il ne pouvait faire disparaître les « peurs » et les « colères ». Pour des millions de travailleurs et pour la jeunesse, ces termes dénotent en réalité le mépris. Ce ne sont pas des « peurs » que nous vivons, c’est la conscience que des éléments de civilisation sont attaqués. Par qui ? Par Macron. Et ce ne sont pas « des colères » (toujours mettre le mot « colère » au pluriel quand on est du côté du manche ! ), c’est la volonté de ne pas se laisser faire et de réaliser l’unité pour l’affronter, et donc le battre et le chasser.

Macron sait que les rapports de force réels dans la société, autrement dit la lutte des classes, qui ne se réduisent pas aux mesures votées et commençant à être appliquées mais qui comportent l’état-d’esprit de larges secteurs, n’évoluent pas en sa faveur. Il a intérêt à ce que les forces politiques disant s’opposer à lui n’aient pour toute ligne bleue des Vosges que les élections européennes de 2019 et, dans l’immédiat, il engage les grandes manœuvres pour amorcer une réforme constitutionnelle visant à affaiblir un parlement déjà constitutionnellement faible, mais qu’il faut transformer en autre chose qu’un parlement, lui retirant l’essentiel du droit de parole et d’amendements sur le législatif, pour qu’il serve de chambre de soutien au président et de contrôle administratif sur la bonne application des décisions présidentielles, à la façon des « assemblées » napoléoniennes.

Mais dans l’immédiat, il l’a dit au Congrès, la première étape de la poursuite de son offensive pour réformer la constitution, c’est-à-dire mettre en place une République 5 bis encore plus bonapartiste et présidentielle, et pour « jeter les bases » du « contrat social » du « siècle qui s’ouvre », c’est-à-dire détruire les conventions collectives, le statut des fonctionnaires et la Sécurité sociale, est fixée, par lui et pour lui, au mardi 17 juillet prochain. Ce jour là les confédérations syndicales sont convoquées à un « sommet social » avec le patronat. Ceci fait pleinement les affaires du président, dont on connaît parfaitement les intentions en matière « sociale », et qui a besoin de « rectifier son image » d’autocrate méprisant les « corps intermédiaires ». Pour les organisations syndicales du salariat, être reçus par les représentants du pouvoir est légitime, mais pour présenter leurs revendications et, éventuellement, négocier sur la base d’un rapport de force. Ce n’est pas du tout de cela dont il s’agit : ce « dialogue social » se fait sur la base de l’agenda de l’Etat et du patronat.

Le fait que la presse laisse filtrer que ce « sommet » aurait été demandé et en tous cas souhaité par les dirigeants des confédérations de salariés ne change rien à sa nature, qui n’a pas pour but de parler des revendications, mais de les associer à un « agenda ». « Agenda » : c’est justement là le petit mot magique sur lequel les 4 confédérations de salariés (CGT, CGT-FO, CFDT, CFTC et CFE-CGC) et les trois organisations patronales (le MEDEF qui vient d’investir M. Roux de Bézieux à sa tête, la CPME et l’U2P) doivent discuter ensemble, au Conseil Economique et Social, le mercredi 11 juillet. Elle est pas belle la vie ? Dirigeants confédéraux et patronaux qui se rencontrent pour présenter ensemble un « agenda » au président ?

Il serait nécessaire, tout au contraire, que les confédérations, et d’abord celles qui officiellement se sont opposées aux ordonnances contre le droit du travail et à la loi El Khomri qui les avait préparées, refusent de participer à un tel « sommet », ainsi d’ailleurs qu’à sa préparation avec les organisations patronales, afin de mieux réaliser l’unité contre toute la politique bien réelle de Macron et des patrons.

Ce matin même – le matin du discours de Macron à Versailles – le journal (patronal, et sérieux) Les Échos annonçait un plan de 20 000 suppressions d’emplois aux Finances publiques et aux Douanes (sur 100 000) dans le cadre du fameux plan « Action publique 2022 », avec la fermeture de tous les Trésors publics sauf deux par départements, un pour « les particuliers » et un pour « les entreprises ». Ces chiffres dépassant de plusieurs milliers le nombre de départs en retraite qui ne seraient pas remplacés, il faudra donc pousser vers la sortie pas mal de monde, au nom de la « mobilité ». Cela donne la mesure de la volonté politique de destruction du statut des fonctionnaires.

Mais Macron le sait : le regroupement pour résister et contre-attaquer est en marche, sans jeu de mots. Ce sont les obstacles politiques qui le ralentissent mais ils ne sont pas parvenus à le tuer. Ces obstacles sont ceux de l’attachement des directions syndicales nationales aux fausses négociations telles que celles des 11 et 17 juillet prochains, et de l’alignement politique sur le calendrier électoral officiel et encore très lointain en vérité.

Que l’on nous comprenne bien : nous ne méprisons nullement les enjeux électoraux et nous comprenons profondément tous les camarades qui déplorent à la foi la « division de la gauche » et sa faiblesse globale. Mais soyons réalistes : qu’est-ce qui peut modifier radicalement les conditions de tenue des élections européennes si ce n’est une grève générale contre Macron et le patronat, pour le code du travail, la fonction publique, la sécurité sociale et la démocratie ? Donc quelle meilleure manière de préparer les éventuelles élections que le combat pour l’unité réelle dans la grève tous ensemble ?

Combat dont nous pensons que les évènements des quatre derniers mois, et des trois dernières années, n’a pas démontré qu’il était vain, mais a par contre bien montré qu’il est politique et demande discussion, organisation, argumentation.

La rédaction.

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