Rentrée 2016 : quelques mots sur la présidentielle

En cette rentrée scolaire et « sociale » 2016, beaucoup espèrent que la mobilisation contre la loi dite « travail », votée cet été par un parlement minoritaire qui ne représente pas le pays, va reprendre. Seulement, comme c’était d’ailleurs déjà le cas lorsque la mobilisation avait commencé, mais en pire à présent, la situation est surplombée par deux facteurs autoritaires et contraignants : les attentats islamistes et les élections présidentielles. S’il est parfaitement normal et légitime que des millions de salariés, actifs, chômeurs, retraités ou en formation, se mobilisent en toute indépendance sans être tenus d’avoir une position arrêtée sur ces deux graves questions, cette indépendance elle-même réclame de plus en plus leur discussion et leur prise en compte.

Ainsi, l’état d’urgence, officiellement mis en place en réaction aux crimes de masse du 13 novembre et reconduit suite à celui du 14 juillet, a dans les faits servi non à combattre Daesh en France (la participation de la France à une coalition bombardière en Syrie n’étant pas non plus un « combat contre Daesh » mais un positionnement géostratégique), mais à réprimer et tenter d’interdire les manifestations. Pour autant, des mesures de sécurité protégeant les attroupements de toute nature, qu’il s’agisse d’un festival de spectacle comme à Aurillac ou des prochaines manifestations, sont légitimes, mais la confiance n’est pas possible envers un État et un gouvernement qui ont bafoué droits sociaux et démocratie et menacent les libertés publiques. La question de la défense sociale contre l’extrême-droite islamiste est cependant bel et bien posée, et devrait aller de pair désormais avec l’exigence démocratique de levée de l’état d’urgence.

En ce qui concerne les présidentielles, il est clair que si une poussée vers la grève générale et la centralisation contre État et gouvernement s’est produite ce printemps, et continue à marquer toute la situation malgré l’adoption de la loi, c’est précisément aussi parce que, pour les plus larges masses, elles n’offrent pas d’issue, ne comportent pas ce que l’on appelle un « débouché politique ».

Elles ne semblent, de fait, présenter que des dangers. Celui, la masse de l’électorat ouvrier, jeune et traditionnellement « de gauche » s’abstenant, d’une victoire de Marine Le Pen. Celui d’une victoire du candidat LR dont la possibilité du retour de Sarkozy, qui serait alors le premier président de la V° République à « revenir », ce qui signifierait une confrontation sociale et politique rapide dans le pays, visant, comme dans le cas de Marine Le Pen, à faire jusqu’au bout ce à quoi MM. Hollande et Valls ne sont pas arrivés dans la dernière période sans que ce soit faute d’avoir essayé : briser le salariat et abroger ouvertement les libertés démocratiques formelles. Un troisième danger possible serait celui de la réélection par défaut de F. Hollande ou de M. Valls, prolongeant la situation sans issue du moment présent ; cette troisième possibilité est perçue comme peu vraisemblable, tant est grande leur impopularité, mais elle pourrait découler du rejet des deux précédentes possibilités. Il est cependant bien plus probable qu’une candidature de l’actuel président ou de son premier ministre n’aurait d’autre fonction réelle que de terminer leur sale travail effectif en assurant la victoire d’un candidat LR et/ou FN.

La crise de représentation politique des mouvements sociaux, qui ont eux mêmes éclaté massivement précisément à cause d’elle et dans l’espoir de la résoudre par l’action directe, va de pair avec une crise au sommet de l’État et des principaux partis politiques qui va encore s’aggravant en cette rentrée. Le président lui-même permet la publication d’entretiens journalistiques « officieux » dans lesquels il se défausse du 49-3 sur son premier ministre, ou « casse » son premier ministre précédent et actuel ministre des Affaires étrangères, pendant que son ministre des Finances, qui a proclamé qu’il n’était « pas socialiste » (ce dont nul n’a jamais douté) … au Puy-du-Fou aux côtés de la droite chrétienne, semble être parti en campagne en se présentant comme un sauveur de la nation, un de plus. Exactement au même moment, celui qui avait fortement aidé à le faire roi en se désistant en sa faveur lors des primaires socialistes de 2011, puis qui avait poussé à la nomination de l’actuel premier ministre avant de démissionner de son gouvernement quelques mois plus tard, Arnaud Montebourg, se propulse lui aussi comme sauveur de la nation, sur un programme de réforme, et donc de maintien, de la V° République et de l’Union Européenne. La primaire de la droite se développe comme un panier de crabes sanguinaire, Juppé et Fillon étant conduits à s’opposer frontalement à la candidature de N. Sarkozy, axé quant à lui, plus que jamais, sur un programme de synthèse avec le FN.

A « gauche », les candidatures d’Arnaud Montebourg et de Jean-Luc Mélenchon sont à ce stade les deux à apparaître avec la possibilité de défaire une candidature gouvernementale, condition sine qua non pour que la droite et l’extrême-droite puissent être battues aux présidentielles. L’une et l’autre occupent cette place en raison des espoirs que ces candidats ont représenté à tel ou tel moment au cours des années précédentes.

A. Montebourg s’était, sous Chirac, opposé au présidentialisme et avait critiqué le régime de la V° République, se donnant une aura « subversive » sur laquelle il a ensuite marchandé son ascension, aura qu’il a entrepris de retrouver en ayant démissionné du gouvernement Hollande-Valls et pratiqué une petite « traversée du désert » (comme dirigeant dans l’entreprise Habitat ! ).

J-L. Mélenchon, sans revenir ici sur tout son parcours, a un « capital » politique acquis lors de la campagne unitaire de 2012, qui avait une dynamique populaire puissante et avait contribué de manière décisive à la défaite de Sarkozy. « Capital » en grande partie perdu depuis, tant en raison de la direction du PCF qui ne voulait pas combattre frontalement les gouvernements Hollande, qu’en raison de l’orientation et de la pratique de plus en plus autoritaires et solitaires, de facture « gaullienne », de J-L. Mélenchon qui, lui aussi, mais juste avant la poussée sociale de ce printemps, a joué une « réapparition » après une « traversée du désert », et lancé un mouvement d’allégeance directe à sa personne, au dessus des classes et des partis. Sur la base de quoi il annonce que s’il est élu, il en finira avec la V° République : un sauveur suprême pour ne plus avoir de sauveurs suprêmes … Chacun peut voir que la dynamique de 2012 n’est pas au rendez-vous, même si, parmi les couches militantes ayant pris part au Front de Gauche et notamment parmi les communistes, et parmi beaucoup de syndicalistes, sa candidature est celle pour laquelle ils pensent au final probablement voter : mais il s’agit cette fois-ci d’un choix par défaut.

Ajoutons qu’aussi bien A. Montebourg que J-L. Mélenchon se situent dans une perspective internationale qui maintient l’ordre établi sous couvert d’une réaffirmation toute gaullienne de la « grandeur de la France », forçant la réforme de l’UE selon Montebourg, passant de l’alliance atlantique au nouveau front impérialiste avec Moscou selon Mélenchon, et poursuivant par conséquent la même « politique africaine » dans les deux cas. S’il y a une recherche de rupture avec l’ordre établi du capital, de la V° République et de l’UE, elle est parmi les courants et les militants qui les soutiennent, de manière plus ou moins confuse.

Pour être un débouché politique crédible au mouvement social majoritaire qui s’est manifesté et qui va chercher à rebondir, l’une ou l’autre de ces candidatures doit battre au premier tour le candidat socialiste « officiel » et gouvernemental quel qu’il soit, puis grouper au second tour contre FN et LR. Ceci apparaît à ce stade comme une gageure et pour le coup, tous les commentateurs sont plus proches de la réalité en estimant que c’est ainsi la dispersion des voix « à gauche » qui se met en place pour ouvrir la route au « pire ». Cela d’autant plus que ces candidats s’appuyant sur des espoirs similaires, les dispersent déjà en partant séparément (sans parler des autres candidatures plus « petites » qui s’alignent derrière).

Autrement dit, alors que l’espoir compréhensible de leurs partisans est que Montebourg ou Mélenchon deviennent « le » pôle de regroupement, ils sont présentement des pôles de dispersion, faisant ainsi le jeu de Hollande et Valls et risquant de faire celui du FN et de LR. Il y a à cela une raison politique profonde : l’un comme l’autre, les yeux rivés sur la ligne bleue horizon des présidentielles, n’envisagent la mobilisation sociale et populaire, qui existe et s’est déclenché massivement depuis février-mars sans qu’ils n’y soient pour rien, que comme une force d’appoint, alors que la vraie question politique, la plus hautement politique, est que ce mouvement pour l’instant « social » s’organise et réalise, lui, le changement révolutionnaire et démocratique de régime, par sa généralisation, sa centralisation, ses moyens concrets d’action à savoir d’abord et avant tout la grève effective. Pas de réelle assemblée constituante, qui n’ait pas un fil à la patte, ne soit pas octroyée, en dehors de cela !

C’est là, croyons-nous, la question que posent en creux Gérard Filoche et ses camarades, mais d’une façon aujourd’hui inaudible aux plus larges masses. Ils tentent de parler un langage simple et clair et disent en effet avec limpidité que dans de véritables primaires de « toute la gauche », ce que ne sont pas et ne veulent pas être les primaires que prépare J-C. Cambadélis avec quelques groupuscules écolos et centristes sous le label risible de « BAP » (Belle Alliance Populaire, un peu plus et c’était la BAC ! ), Hollande ou Valls n’auraient aucune chance, et qu’il pourrait en sortir un candidat unique, en tout cas seul légitime, capable de gagner, sur la base d’une rupture avec la politique de l’actuel gouvernement. On peut même leur accorder que, dans ce cas de figure, la personnalité et le parcours de Gérard Filoche lui-même, qui n’est pas un ancien ministre et n’a pas considéré la mobilisation sociale contre la loi « travail » comme un élément secondaire ou d’appoint mais s’y est immergé corps et âme, répondrait au mieux au portrait robot du meilleur candidat.

Mais il y a un mais : ces camarades sont seuls à croire à de telles « primaires » massives et honnêtes, et on peut même se demander s’ils n’affectent pas d’y croire, sans y croire vraiment. Ils ont pourtant raison aussi sur un autre point : contrairement à ce que pense la majorité des militants se situant « à la gauche du PS », la décision, prise fin juin, de primaires, par la direction du PS, est un élément de crise car implicitement, mais de façon évidente, elle manifeste le fait que la reconduction du candidat Hollande n’a aucune évidence, aucune légitimité, même pour ses partisans.

Il n’empêche que de telles « primaires » ne mobiliseront pas, non seulement parce qu’elles doivent être organisées par des accords d’appareil, mais parce que la masse du « peuple de gauche », de la jeunesse, des salariés mobilisés, n’y croit pas et ne peut pas y croire, en raison et de la violence sociale qui est maintenant celle de la « gauche au pouvoir »- on est très loin de simples « promesses non tenues », c’est bien pire que cela – et de la faillite politique de tous les partis et organisations ayant quelque consistance.

Par conséquent, la revendication de G. Filoche ne peut aboutir, mais elle indique en creux le besoin social, non pas de « primaires de la gauche » car ce besoin ne peut pas passer par les appareils de la gauche, mais d’une représentation politique issue de l’auto-organisation du mouvement réel, qui est là et qui se cherche. Ce qui rejoint exactement ce que nous disions plus haut sur la possibilité d’une réelle assemblée constituante.

Est-ce à dire qu’en dehors de cette perspective qui peut sembler maximaliste – un mouvement tel que celui de ce printemps allant jusqu’à la grève générale et l’élection de représentants directs, d’une constituante souveraine parce que, et seulement parce que, imposée de façon révolutionnaire – il n’y a rien à faire ? Certainement pas. La lutte immédiate pour l’abrogation de la loi « travail », mais aussi pour l’abrogation de la « réforme du collège », une contre-réforme majeure dont on va à nouveau entendre parler, et les contradictions parmi les secteurs militants confrontés à ce vide -que l’on pense notamment aux militants communistes directement confrontés au vide abyssal de leur propre direction, qui se situe quelque part entre « Jean-Luc » et « Arnaud » ! -, vont nourrir des regroupements et susciter des développements nouveaux, nécessairement, dans les prochains mois. D’autant que, dans ces présidentielles, nous savons ce dont nous ne voulons pas : du FN, de la droite, du président actuel et de son gouvernement. Nous aurons donc l’occasion d’y revenir et, surtout, d’y participer.

29 août 2016

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Déclaration après le crime de Saint-Étienne du Rouvray

Le crime revendiqué par Daesh à Saint-Étienne du Rouvray a tous les attributs d’une infamie de petits lumpen fascistes méprisables : caractère sanguinaire, lâcheté viscérale et objectif politique réactionnaire sur toute la ligne.

Réactionnaire sur toute la ligne

Il s’agit bien d’un crime religieux s’appuyant sur les écrits meurtriers de textes sacrés monothéistes, se vivant comme un acte de guerre religieuse.

Réactionnaire sur toute la ligne

Dans la seconde vidéo diffusée par Daesh après le massacre de Nice , le peuple français est attaqué pour ses manifestations en faveur le contrat de travail. Daesh en veut à la lutte de classe des exploités et ses attentats visent à y mettre fin en France comme partout.

Quand un Nicolas Sarkozy déclare que Daesh n’a aucune morale et qu’il faut donc se montrer impitoyable, autrement dit, faire pareil, au delà de sa propre irresponsabilité, il participe de ce caractère réactionnaire sur toute la ligne et fait pression en ce sens avec toute la droite et l’extrême droite sur François Hollande lequel, tout en faisant mine de résister en invoquant l’état de droit, obtempère.

Il obtempère en proclamant que la réaction de l’appareil d’État consistera à poursuivre la guerre à l’extérieur et à l’intérieur.

A l’extérieur, cela veut dire poursuivre des raids aériens meurtriers pour les civils qui n’ont pas pour fonction de détruire l’État Islamique mais de maintenir une présence impérialiste française derrière les États-Unis et la Russie.

A l’intérieur, cela veut dire État d’urgence et atteintes aux libertés démocratiques et à l’État de droit qui ont largement fait la preuve de leur inefficacité totale envers Daesh. Et pour cause : elles ne visent pas à combattre Daesh mais à mettre au pas la lutte sociale.

Le rassemblement œcuménique des représentants des cultes monothéistes sous l’égide de la 5eme République, ce n’est pas la laïcité, c’est la reconnaissance officielle des cultes.

Une république démocratique, laïque et sociale aiderait les insurrections populaires et les forces démocratiques et syndicales au Proche Orient, elle garantirait la liberté d’action des exploités et la laïcité dans le pays. Forte de sa liberté, elle pourrait mobiliser pour interdire les crimes fascistes de Daesh et de quiconque.

Il faut écraser Daesh et combattre l’islamisme politique qui ne saurait en être dissocié. Les forces impérialistes qui ont nourri Daesh ne peuvent le faire ou ne le feront qu’en reproduisant en pire les mêmes phénomènes. Il appartient au mouvement ouvrier, à la lutte des classes de régler son compte à Daesh.

Ceci exige de ne pas marcher dans l’unité nationale mais de reprendre les manifestations de masse pour l’abrogation de la loi El Khomry.

Ceci exige de lier l’exigence de levée de l’État d’urgence et de défense des libertés au combat pour écraser Daesh.

Le 27-07-2016.

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A propos du coup d’État en Turquie

Moins d’une semaine après l’échec du coup d’État militaire en Turquie, une chose est hélas claire et massive: c’est Erdogan qui mène un coup d’État contre toute démocratie en Turquie.

La purge de toutes les administrations, culminant dans la mise à pied immédiate de dizaines de milliers d’enseignant, sème la terreur, et les vannes de la violence physique et des sévices contre quiconque fait mine de s’opposer ont été ouvertes par les pogroms contre les jeunes soldats, totalement manipulés et boucs émissaires, commencés dés le samedi 17 juillet.

Le fait que de larges masses se soient mobilisées contre le coup d’État, car il est certain que le peuple turc vomit tout retour à la dictature militaire, a totalement été intégré dans une dynamique réactionnaire et pogromiste, menaçant la vie de milliers de Kurdes et de Halévis.

Selon Erdogan, le coup a été le fait de son rival islamiste Fethulah Gülen, en exil aux Etats-Unis depuis 2011.

La confrérie que dirige celui-ci, l’un des rares mouvements islamistes (avec la Jama’a al-islamya au Maroc) a avoir des assises soufies (l’écrasante majorité des islamistes veut supprimer les soufis, mystiques musulmans ayant le tort de préconiser la pensée autonome), a fortement contribué à l’emprise de l’AKP d’Erdogan sur la société et sur l’État jusqu’à leur rupture et son rejet, à travers le mouvement Huzmet (ou Gülen), implanté dans le monde entier, l’organisation Zaman (le journal du même nom est passé sous le contrôle des partisans d’Erdogan suite au putsch manqué), et le syndicat patronal Tüskon, et un réseau d’écoles privées. Dans la mesure où l’islamisme turc passait pour une version musulmane de la démocratie chrétienne, c’était largement sur la base des positions de «dialogue inter-confessionnel» et d’adhésion à l’UE que professe Gülen, le noyau dur de sa doctrine en matière de croyances, de pratiques et de mœurs étant en même temps parfaitement «intégriste».

Il semble étonnant que les réseaux Gülen aient noyauté l’armée au point de fomenter un putsch, le socle des liens et de l’idéologie des nombreux généraux turcs, de souche kémaliste, étant plus opposé encore à Gülen qu’à Erdogan. Mais il est possible que les putschistes aient au moins escompté un soutien actif sinon passif de ces réseaux, le patronat industriel, agricole, des secteurs du transport et du tourisme, largement imprégné par eux, étant mécontent et inquiet de l’évolution du pays ces dernières années. Quoi qu’il en soit, le putsch a été engagé – mal engagé – avec une évaluation biaisée des rapports de force réels, et une inconscience typiquement militaire du rejet que l’idée même de pouvoir militaire pouvait susciter dans les plus larges masses, qui en aucun cas ne pouvaient défendre un tel coup.

Ce qui est le plus significatif dans les accusations d’Erdogan contre Gülen est qu’en fait, elles visent les États-Unis et aggravent un contentieux que l’encadrement militaire des forces kurdes du PYD en Syrie par les services US a puissamment amplifié. John Kerry, dans le New York Times du 17 juillet, a curieusement éprouvé le besoin de démentir toute implication nord-américaine dans le putsch manqué, dénonçant des propos d’officiels turcs alors qu’aucun communiqué gouvernemental turc n’est allé jusque là. La CIA aurait-elle pour le moins encouragé les putschistes? Si tel est le cas, le crédit des experts de la plus grande puissance impérialiste du monde en aura pris pour son grade …

Un coup d’œil sur la blogosphère poutinienne et complotiste, dans ces conditions, n’est pas sans intérêt. On y trouve trois types de commentaires.

Ceux qui continuent sur leur trajectoire: Erdogan finance et arme Daech et seul Poutine peut ramener l’ordre à grands coups d’orgues de Staline et de bombardements à l’américaine, car c’est un homme un vrai!

Ceux qui ont amorcé le tournant: les peuples russe et turc ont vocation à s’entendre pour faire régner l’ordre au Nord et au Sud de la mer Noire, Ukrainiens, «islamistes du Caucase», Syriens, n’ont qu’a bien se tenir, la réconciliation arrive entre Poutine et Erdogan, des hommes des vrais!

Entre les deux les organes officieux du Kremlin ne prétendent pas que la réconciliation est là, mais que Poutine (un homme un vrai) veut l’ordre et est le seul facteur d’ordre, et qu’il peut aider à ce que l’ordre règne en Turquie, la preuve il n’a pas soutenu le putsch alors qu’il avait des raisons d’en vouloir à Erdogan, mais il a le sens suprême des responsabilités, montrant que, là où l’OTAN sème la panique, la Russie assure l’ordre (fut-ce celui des cimetières …).

Un élément nullement anecdotique mérite d’être ici pointé du doigt: Douguine, l’idéologue de l’ «eurasisme» (alliance des slaves et des touraniens contre les anglo-saxons judéïsés, liquidant au passage Ukrainiens et Tatars car ces derniers ne sont pas de vrais «turcs» mais des «khazars» judaïsants …) a fait savoir, via des sites d’ultra-droite dont on ne donnera pas le lien, qu’il était à Ankara la nuit du putsch, côté Erdogan. Douguine écrit s’être trouvé «par coïncidence» (ce qui veut dire, chacun le comprend et il le sait, par bénédiction du FSB et des services turcs) à Ankara, en compagnie du maire de la ville qui lui a expliqué que les Gülen formaient un État dans l’État, que ce sont eux qui avaient provoqué le tir sur un avion russe l’an dernier. Pour Douguine, CIA = Gülen et maintenant que la secte est battue, les vrais kémalistes étant avec Erdogan, plus rien ne s’oppose à la sortie de la Turquie de l’OTAN et à la réalisation du grand dessein eurasien, qui assurera la paix mondiale.

Ce «grand jeu» éclaire rétrospectivement la présence du président arménien Sarkissian dans les coulisses du sommet de l’OTAN à Varsovie, où il a officiellement rencontré John Kerry et François Hollande, alors que l’Arménie est membre de l’Union économique eurasienne depuis 2013. L’exécutif arménien, en proie ces jours mêmes à une prise d’otage menée par des opposants issus du Karabakh, ne peut que voir avec inquiétude tout rapprochement russo-turc, le président de l’Azerbaïdjan, le vieux bureaucrate mafieux Aliev, ayant de son côté manifesté ostensiblement son soutien à Erdogan en fermant une télévision privée qui voulait diffuser une interview de Gülen.

En filigrane, c’est la question de la rupture de la Turquie avec l’OTAN qui est posée, mais pas du tout sous l’angle démocratique, mais sous celui d’un renversement d’alliance entre blocs impérialistes, et la formation d’une alliance Russie-Turquie serait un basculement majeur, confirmant la tendance de l’époque actuelle, non à un «retour à la guerre froide» mais à la formation, la décomposition et la recomposition, d’alliances belliqueuses – toutes belliqueuses- entre puissances mondiales et régionales. Toutefois, c’est évidemment loin d’être fait, y compris, n’en doutons pas, dans la tête d’Erdogan. Lequel se voit sans doute mieux en président-sultan qu’en un super-Kadyrov …

La question réellement la plus urgente est celle de la défense de la démocratie en Turquie. Une Turquie démocratique quitterait peut-être bien l’OTAN, mais pas pour une alliance avec Poutine. Et, surtout, une Turquie démocratique est un besoin vital aussi pour les peuples kurde, syrien, arménien.

Le 20-07-2016

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A propos du vote sur la prolongation de l’état d’urgence

A quoi a servi l’état d’urgence depuis le 13 novembre ? A interdire et expérimenter une répression de masse contre les manifestations au moment de la COP21, puis à multiplier provocations, situations de danger, « nassage », tentatives d’interdiction de manifester, avec de claires velléités de coup de force d’une partie de l’exécutif fin juin. Par contre, nulle mesure de protection d’une ampleur comparable à ces mesures de répression et de provocation, au soir du 14 juillet. Et ce fut Nice …

Même dans le cadre de cette Assemblée nationale qui ne mérite plus ce nom, on peut voir que les conditions politiques du renouvellement de l’état d’urgence diffèrent radicalement de celles qui avaient été imposées au lendemain des crimes de masse du 13 novembre 2015.

Le texte mis au point par le gouvernement aggrave encore l’état d’urgence existant en permettant au juge d’autoriser l’inspection des données informatiques saisies lors des perquisitions, rendues possible à tout moment. Mais la droite et le FN ont obtenu de lui et du groupe PS le passage de la prolongation de trois à six mois, l’autorisation de la fouille des bagages lors des contrôle d’identité sans autorisation du procureur et accord des intéressés, et (demande d’Eric Ciotti) la suppression de toute automaticité de réduction de peine « en matière de terrorisme ». Ces mesures visant, non pas Daech, mais bien les libertés publiques, peuvent encore être aggravées par le Sénat.

La majorité des élus Front de Gauche ont cette fois-ci voté contre ainsi que les élus EELV après une intervention d’Isabelle Attard, qui faisait partie des 6 ayant voté contre en novembre, ainsi que le socialiste, qui n’est plus au PS, Pouria Amirshahi.

Les « échanges musclés » entre matamores, façon Valls-Wauquiez, ne font qu’illustrer la réalité politique : c’est un gouvernement aux abois soumis à la pression de la droite et du FN qui n’a d’autre objectif que de tenir la place, comme le lui demandent d’ailleurs la même droite et le même FN, pour qu’elle soit chaude pour eux en 2017. Mais le cirque de la droite ne trompe personne. M. Estrosi (pour lequel MM. Valls et Cambadélis appelaient à voter fin 2015!) ne saurait par ses trépignements masquer le fait que sa responsabilité, ainsi que celle de l’inexistant maire de Nice (il s’appelle comment, celui-là ? ), est elle aussi engagée dans les conditions n’ayant pas empêché le massacre. Au yeux de la population, cet état d’urgence est le leur, celui de F. Hollande et de M. Valls comme celui de N. Sarkozy, et il a fait faillite à Nice.

Cette réalité politique infirme les visions complotistes selon lesquelles le massacre de Nice arrangerait bien le gouvernement. Au contraire, il étale de manière sanglante et horrible le fait que l’état d’urgence ne visait pas Daesh. De même d’ailleurs que les « frappes » aériennes opérées autour de Rakka (Syrie) et de Mossoul (Irak), qui frappent aussi des civils, ne visent pas à « combattre Daesh » mais simplement à tenir la place, secondaire, de l’impérialisme français dans la « coalition ».

Cette réalité politique résulte de ce que, depuis maintenant cinq mois, grèves et manifestations, malgré et contre l’état d’urgence, malgré et contre Daech, se sont succédées dans notre pays pour exiger le retrait de la loi « El Khomri » et donc battre ce gouvernement et ouvrir la crise de régime avant les présidentielles et indépendamment d’elles. La CGT s’est prononcée le 18 juillet contre le renouvellement de l’état d’urgence.

Il y a plus qu’un symbole dans le fait que le vote définitif de cette loi « Travail » intervient précisément maintenant, et sera assurément facilité par le massacre islamiste de Nice. Il va se faire avec l’opposition de la très grande majorité du pays. Et cette opposition compte bien se manifester à nouveau.

Contre Daech, contre l’état d’urgence, contre la loi El Khomri : la sécurité et la démocratie gagneront par la lutte de classe !

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A propos de certaines réactions à la suite du massacre de Nice

Nous avons publié vendredi le communiqué de Farook Tariq, dirigeant politique du mouvement ouvrier au Pakistan, qui organise ou aide à l’organisation de milliers de travailleurs musulmans, femmes et hommes. Il n’y a pas eu de sa part une seconde d’hésitation sur le caractère islamiste du crime de masse de Nice.

84 morts (pour l’instant), un 14 juillet, avec un mode opératoire recommandé par Daech, une revendication de Daech, un contexte global dans lequel Daech occupe une place centrale, de premiers éléments d’enquêtes qui indiquent que le tueur n’a pas agi seul, et des conséquences politiques qui ne sont pas favorables à l’exécutif Hollande-Valls (soit dit pour ceux qui voudraient y voir un « complot » de celui-ci …) même si bien sûr il peut sous la pression de la droite et du FN reconduire l’état d’urgence. Ce sont là des faits, beaucoup plus importants que les frasques de l’assassin, buveur, violent, psychotique, bisexuel nous dit-on aussi, toutes choses qui n’ont rien d’incompatible avec le djihadisme !

Pourtant, voici le communiqué, pour commencer, du NPA :

Le NPA tient à exprimer sa solidarité totale avec les victimes, et leurs familles, du massacre perpétré cette nuit à Nice. Une fois de plus ce sont des hommes des femmes des enfants qui sont frappés, victimes innocentes et expiatoires de crimes qu’ils n’ont pas commis. Cette violence aveugle vise à créer un engrenage irréversible de terreur et de violence en semant la haine et la peur.

La seule réponse qu’envisage le gouvernement c’est l’escalade sécuritaire : la prolongation de 3 mois de l’état d’urgence, alors que celui ci était déjà en vigueur et qu’il n’a rien empêché. Sa seule utilité a été d’exercer une pression policière sur les mobilisations contre la loi El Khomri. Malgré cela Valls ose appeler à l’unité nationale.

Hollande veut mobiliser les réservistes et prévoit une intensification de la guerre en Syrie. Mais n’est-ce pas la barbarie des guerres d’Afghanistan, d’Irak, de Syrie ou d’Afrique qui a engendré le chaos social et politique, la misère sociale dont se nourrit Daech, et qui met en mouvement des tueurs animés de son idéologie apocalyptique et meurtrière?

Ces attentats vont justifier tous les discours anti immigrés, anti réfugiés, anti musulmans, racistes, nationalistes et xénophobes. Le NPA s’y opposera et continuera à défendre des solutions internationalistes contre les guerres impérialistes, l’accueil des réfugiés qu’elles produisent, et la mobilisation des peuples pour un monde progressiste et solidaire débarrassé du capitalisme fauteur de barbarie.

Montreuil, le 15 juillet 2016.

A aucun moment dans ce communiqué la responsabilité du massacre n’est attribuée à qui que ce soit. En fait, le fait que Daesh le revendique (NB : le communiqué a été réactualisé depuis cette revendication, sans plus la signaler) est soigneusement tu.

Dans le première paragraphe, il est affirmé que des victimes innocentes ont payé pour des crimes qu’elles n’auraient pas commis. Ceci sous-entend que le massacre visait à faire payer des crimes. Lesquels ? Les crimes de l’impérialisme français ? Daech combattrait donc, mais avec de mauvaises méthodes, l’impérialisme en général et l’impérialisme français en particulier ? Ce n’est pas ce que dit Daech, qui déjà dans son communiqué revendiquant le massacre du 13 novembre, dénonçait la population cosmopolite et libre de Paris comme son ennemi à massacrer. Dans le bref communiqué revendiquant le massacre de Nice, Daech présente le tueur comme un « soldat » qui combat les pays ayant attaqué Daech, sans la moindre dimension « anti-impérialiste » fut-elle mal placée. Forcer les femmes au confinement et au voile, vendre comme esclaves les chrétiennes et les Yézidis, détruire toute organisation sociale indépendante, assurer la hausse du temps de travail pour des salaires de misères dans les zones pétrolières et textiles sous son contrôle, faire des affaires avec les ciments Lafarge et bien d’autres, tuer à Paris, Orlando, Nice, ce n’est ni de l’anti-impérialisme, ni des actions mal ciblées pour faire expier des « crimes » à qui que ce soit. Le fascisme religieux apocalyptique de Daesh est très clair : la liberté, les femmes, l’organisation indépendante du pouvoir religieux, sont ses ennemis.

Le second paragraphe dénonce l’état d’urgence, mais en se privant d’un argument décisif : avec ce massacre est démontré le fait que l’état d’urgence ne sert pas à combattre Daesh, mais les libertés démocratiques et syndicales. Mais comme le NPA s’interdit de dire qu’il faut combattre le fascisme de Daesh, il se prive de cet argument clef.

Que feraient un régime et un gouvernement démocratiques, qui affronteraient Daesh tout en satisfaisant, contre le patronat, les exigences sociales les plus urgentes ? Il prendrait des mesures anticapitalistes telles que la rupture avec les régimes saoudien et qatari et la séquestration immédiate de tous les biens des émirs du pétrole et de leurs fonds spéculatifs dans les banques, paradis fiscaux et sous leur forme immobilière (on pourrait y loger des réfugiés). Il retirerait les troupes françaises de leurs zones néocoloniales d’intervention mais armerait, formerait, et aiderait matériellement, les organisations sociales et laïques qui luttent dans tout le Proche et Moyen Orient, notamment les organisations nationales kurdes, les syndicats indépendants, les organisations de défense des femmes, et y compris les organisations « communautaires » de minorités opprimées telles que les chrétiens et les Yézidis. L’état d’urgence social à l’intérieur serait prolongé d’une politique étrangère démocratique et transparente à l’extérieur, sous le signe, soyons clair et disons-le, de la guerre à une organisation fasciste qui a déclaré, elle, très clairement la guerre aux peuples, aux femmes et aux libertés.

Le dernier paragraphe annonce qu’on va avoir une vague raciste et chauvine. C’est à voir. Les crimes de janvier et novembre 2015 n’ont pas produit de telles vagues en France. Quoi qu’il en soit il faut combattre racisme et xénophobie. Mais comment combattre efficacement cette éventuelle vague si l’on semble accorder des motifs à la seule et unique vague meurtrière d’attentats racistes, antidémocratiques, anti-féminins et antisémites que la France connaît réellement, à savoir les crimes de masse commis par l’extrême-droite islamiste depuis début 2015 ? Pour être efficace contre le racisme « français » il faut commencer par dénoncer les principaux crimes racistes de masse qui se produisent aujourd’hui en France : les crimes djihadistes. Sinon on s’impuissante et, pire, on fait le jeu des uns et des autres.

Le communiqué du NPA résulte de la neutralisation mutuelle de différentes positions. Il évite de nommer la responsabilité de Daesh tout en évitant aussi le mot « islamophobie », remplacé dans le dernier paragraphe par « anti-musulman » (mais oubliant, c’est dommage, l’antisémitisme qui a à son compte plusieurs assassinat en France ces deux dernières années). Ceci aboutit à une énumération de bons sentiments : compassion pour les victimes, souhait que le racisme et, en somme, la méchanceté humaine, ne progressent pas, et défense des libertés démocratiques contre l’état d’urgence. Ce dernier point est neutralisé par l’impuissance globale qui résulte du reste.

Les non-dits de ce communiqué apparaîtront mieux avec l’examen de celui du groupe la Commune. L’autre raison pour laquelle nous analysons celui-ci est que nous avons eu jusque là des relations fraternelles avec ce groupe et ses membres.

A qui profitent les crimes ? A qui profite l’horreur ?

Les faits :

Un camion fou, conduit par un fou, a tué près de cent personnes à Nice. Ce n’est que 36 heures plus tard que Daesh « revendique » ce crime de masse monstrueux. Selon Cazeneuve, le criminel se serait « radicalisé très rapidement ».

Le profil du criminel

Chemceddine Hamouda, un psychologue qui l’avait rencontré en 2004, a expliqué à L’Express que le tueur présentait à l’époque un « début de psychose ». « Il souffrait d’une altération de la réalité, du discernement et de troubles du comportement, a-t-il indiqué.

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel n’était pas connu des services antiterroristes et n’avait jamais été signalé pour radicalisation. « Il ne s’était pas distingué, au cours des années passées, soit par des condamnations soit par son activité, par une adhésion à l’idéologie islamiste radicale », a précisé le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, samedi 16 juillet.

La manipulation sadique des faits

Aussitôt, nous avons assisté à l’un des pires déchaînements politico médiatique qui soit et de haine contre les musulmans, dont nous épargnerons l’inventaire ici. Valls, l’homme qui a prédit la victoire de la France à l’Euro, juste avant le match a tout de suite montré la « piste terroriste ». Plus roué, Hollande a déclaré « on ne peut nier que ce soit un attentat terroriste », ce qui veut aussi bien dire : « on ne peut l’affirmer ». L’exploitation cynique de la douleur des familles, de la souffrance des survivants et de leurs proches, de l’émotion et de l’indignation de la population, est sans borne, sans retenue aucune du côté de la dite « classe politique » et de journalistes de pacotille, ivres de « sensationnel »

La piste terroriste

« On ne doit négliger aucune piste » dit un vieil adage policier. Le fou criminel aurait pu « se radicaliser très rapidement » et plus rapidement encore, être missionné par l’Etat Islamique. Pour rocambolesque que cela puisse paraître, cette hypothèse ne peut être écartée. Nous serons alors tenter de dire : qui sont donc ces terroristes, guerriers contre « le monde libre » qui attendent la fin de l’Euro 2016 et la date de fin d’Etat d’urgence pour frapper de façon ignoble la population ? A qui profitent leurs crimes barbares ?

A Hollande le chauvelu qui fait ainsi passer à l’arrière-plan le scandale qui l’éclabousse et mettant en relief ses caprices royaux digne d’un Louis XIV.

A l’exécutif tout entier qui va prolonger l’Etat d’urgence face à la révolte sociale, avec son cortège de violations des droits de l’homme, d’assignations à résidence et d’arrestations et poursuites judiciaires arbitraires.

Aux racistes antimusulmans de tous bords faisant œuvre de haine contre les musulmans (ou contre ceux qui dénoncent l’islamophobie), avec pour seul résultat : la division, au compte du gouvernement et du régime en place.

Au gouvernement qui soutient les régimes qui trafiquent ou ont trafiqué avec Daesh, leur vend des armes qui sèment les destructions et la mort

Levée immédiate de l’état d’urgence !

Halte à l’islamophobie !

Halte aux interventions militaires française, américaines et russes au moyen et proche orient !

17-07-2016

Pour le ou les auteurs de ce communiqué, ce qui était implicite dans le communiqué du NPA devient quasi explicite : Daesh n’y est certainement pour rien. Il est même écrit en toutes lettres que c’est un « camion fou » qui a fait le coup ! Ce serait risible si ce n’était odieux. Qu’un camion soit le criminel permettrait certes d’exclure qu’il ait eu une idéologie, religieuse ou autre ! A défaut de pouvoir continuer dans ce registre, ce texte accablant et grossier s’engage donc dans des considérations confuses sur la personnalité de l’assassin.

La méthode marxiste dont on se réclame à la Commune impose d’analyser les faits dans le cadre de la lutte des classes, au niveau international et national. Au niveau international, ceci demanderait une analyse des guerres impérialistes, des révolutions et contre-révolutions au Proche-Orient incluant une compréhension du caractère fasciste de Daesh, bien évidemment pas identique au fascisme des années 1930 mais reposant sur quelques traits fondamentaux : programme totalitaire, financement capitaliste, recrutement de hordes petites-bourgeoises et lumpen.

Rien de tout cela ici: l’analyse donnée dans ce communiqué, si tant est qu’on puisse appeler cela une analyse, est strictement nationale et se réduit à la forte suggestion, entre les lignes, que le massacre serait le fruit d’un complot de Hollande et de Valls. L’hypothèse que ce serait Daesh est qualifiée, sic, de « rocambolesque » : là encore, risible si ce n’était odieux.

Du coup, les données de la lutte des classes dans le cadre national sont elles aussi tout à fait incomprises, car remplacées par une vision complotiste et sectaire. Remarquons, en plus, que pour étayer cette vision complotiste dans laquelle la réalité comprise, elle, par les plus larges masses, est traitée de « rocambolesque », nos camarades avancent comme « preuves » … les propos du ministre de l’Intérieur, M. Cazeneuve !!!

Alors que les crimes de masse du 13 novembre avaient pu être immédiatement, et cyniquement, utilisés par l’exécutif (et lui avait d’ailleurs valu un bref regain de popularité que l’on ne retrouve pas du tout cette fois-ci), il est aujourd’hui dans une position beaucoup plus faible, précisément parce que, malgré et contre l’état d’urgence et malgré et contre Daesh, la lutte des classes s’est développée en France depuis 4 mois.

Bien entendu, il essaie d’exploiter ce massacre qui tombe mal pour lui. La principale aide qu’il conviendrait de ne pas lui apporter serait d’accréditer l’idée qu’il combat Daesh et de ne pas exploiter la Bérézina de l’état d’urgence officiel que signe le massacre du 14 juillet. Le communiqué de la Commune est donc sur une orientation qui affaiblit la lutte contre ce régime et ce gouvernement, comme celui du NPA mais en bien pire.

Mais en bien pire : il y ajoute une dénonciation des ennemis à combattre, dans lesquels on ne trouvera pas Daech ni le djihadisme en général, mais au premier rang desquels figurent ceux-ci : les « racistes antimusulmans de tous bords faisant œuvre de haine contre les musulmans (ou contre ceux qui dénoncent l’islamophobie) »

Dans les « racistes antimusulmans » on peut sans doute reconnaître, en première approximation (nous y reviendrons …) le FN, encore que celui-ci est de longue date raciste anti-arabes, et non pas antimusulmans, même si pour le « raciste de base » c’est pareil.

Mais il y a cette parenthèse : amalgamés de fait au FN, sont dénoncés ceux qui (reconstituons la phrase) feraient « office de haine », cela contre qui ? Contre « ceux qui dénoncent l’islamophobie ».

Que ceci est lourd de sous-entendus ! Le ou les auteurs de ce communiqué ne peuvent pourtant pas ignorer que c’est « à gauche » et dans les rangs du mouvement ouvrier que l’on a une critique de la notion d’ « islamophobie ».

Aucune religion ne saurait avoir de droits particuliers, du point de vue de la démocratie qui est celui du prolétariat. Les persécutions contre les religions existent, par exemple du fait de Daesh et des djihadistes, et à l’encontre des musulmans en tant que musulmans les pires se produisent du fait de courants hindouistes et bouddhistes, en Inde, Bangladesh, Sri Lanka, Birmanie, Thaïlande. Ces persécutions de masse sont le dernier des soucis des organisations qui prétendent qu’en France l’islam serait persécuté. Bien entendu, en France, beaucoup de personnes musulmanes sont victimes d’actes racistes et le régime de la V° République entend encadrer l’islam, dans une logique concordataire et autoritaire non laïque (qui peut lui concéder d’ailleurs aussi des privilèges).

Ce n’est pas cela que dénonce le communiqué de la Commune. Relisons-le :

« Aussitôt [après le massacre de Nice, NDR], nous avons assisté à l’un des pires déchaînements politico médiatique qui soit et de haine contre les musulmans, dont nous épargnerons l’inventaire ici. »

Les mosquées sont-elles attaquées ? Les musulmans (dont plusieurs ont été massacrés à Nice) sont-ils victime d’une vague d’agression ? Non. Donc, quel peut bien être ce « pire déchaînement politico-médiatique  qui soit », cette pire des haines que l’on aurait vu éclater suite au massacre de Nice, qui visait, en somme, à la provoquer ?

Soit ce qui est écrit là n’a aucun sens, soit ce terrible déchaînement consiste dans le simple fait de dire que Daech est responsable de ce massacre, Daech, qui l’a revendiqué. Les plus larges masses, quant à elles, à Tunis aussi bien qu’à Paris ou à Nice, comme le traduit le message de notre camarade pakistanais Farook Tariq, en sont quant à elles tout à fait convaincues. Selon le communiqué de la Commune, c’est là un « déchaînement » de « haine » « contre les musulmans ». Notons comment cette vision absurde contribue à amalgamer « les musulmans » à Daech …

Donc, nous devons rectifier notre supposition faite ci-dessus : si toute personne qui dénonce Daech, car c’est cela qui est en cause ici, est un « raciste anti-musulman », alors ce racisme est loin de se limiter au FN (il englobe même, mais cela l’auteur de ce communiqué ne s’en est pas encore aperçu, la majorité des musulmans eux-mêmes ! ). Et tout particulièrement ceux qui sont supposés attiser la haine contre « ceux qui dénoncent l’islamophobie », c’est-à-dire les militants qui oseraient critiquer ce communiqué, ni plus ni moins : qui n’est pas d’accord avec nous est donc un raciste, CQFD.

A travers ce communiqué, une camisole de force est construite à l’encontre des militants de la Commune en tant que militants ouvriers : ils sont impuissantés pour tout combat sérieux contre l’état d’urgence, il leur est interdit de réfléchir au fascisme présent dans certains courants djihadistes, Daech en tête, car sinon ils deviennent des « racistes anti-musulmans », et ils sont invités à adopter une vision complotiste et paranoïde des derniers événements, totalement antagonique à la compréhension marxiste des événements et des taches fondées sur la reconnaissance du réel et sa discussion rationnelle.

En espérant qu’un jour prochain, et pas lointain, ils nous remercieront de notre avertissement, concluons plus généralement : tout militant attaché aux libertés démocratiques doit faire de la lutte contre Daech un thème central, et ne doit pas laisser cela à l’exécutif de la V° République.

Le 18-07-2016

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Turquie, après le putsch manqué des militaires

Le coup d’État militaire manqué en Turquie reste en partie mystérieux, et ce n’est pas Erdogan qui aidera qui que ce soit à y voir clair. Il en est finalement le principal bénéficiaire (ce qui ne veut pas dire qu’il était derrière, nous n’en savons rien). Ni la victoire des militaires, ni celle d’Erdogan, ne pouvait être une bonne chose pour la population et pour la démocratie. Assurément, il y a eu dans la soirée du vendredi 15 juillet et depuis, un mouvement populaire contre ce coup, mais ce mouvement n’a rien de démocratique. Il a aidé à l’arrestation d’une grande partie du personnel judiciaire du pays, purge de l’État au service du régime. Les sévices commis ouvertement contre les soldats – souvent de jeunes hommes pas au courant de ce à quoi les uns ou les autres ont voulu les utiliser- ouvrent les vannes d’un possible déchaînement. Les Kurdes et les Halévis sont directement en danger. Dans un État qui repose sur la négation des génocides des Arméniens et des Assyriens, ceci est à prendre au sérieux.

Le 18-07-2016

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Grande-Bretagne : regroupement de classe dans le Labour pour maintenir Corbyn et chasser Theresa May !

La crise politique implosive qui gagnait le parti conservateur britannique après le vote pour le Brexit devait être stoppée, ou plutôt suspendue. Il n’était plus possible de reporter le changement de premier ministre à l’automne comme J. Cameron l’avait d’abord annoncé. Après quelques règlements de comptes sommaires en public, sans compter ceux qui ont dû se dérouler dans les coulisses, le premier ministre britannique est donc Mme Theresa May, fille de pasteur anglican, député depuis 1997, ministre de l’Intérieur depuis 2010. La presse continentale, qui a pleuré des larmes de sang à l’annonce du Brexit, trouve quelques consolations à l’idée de la promotion d’une femme, qui, espère-t-elle, sera digne de Maggy Thatcher !

C’est bien là la question : T. May est mandaté pour le Brexit et en même temps mandatée par la City, qui aurait voulu éviter le Brexit, pour que la facture soit intégralement payée, et au delà, par les salariés, les jeunes et les immigrés. Son gouvernement est, plus que jamais depuis Thatcher justement, celui de l’affrontement social.

C’est du même coup un gouvernement violemment antidémocratique par son existence même, car la démocratie aurait exigé, et exige, de nouvelles élections aux Communes, ainsi que le respect du droit à l’auto-détermination de toutes les nationalités britanniques, que T. May entend également combattre.

Et voilà précisément pourquoi il faut, pour la City et pour toutes les factions du capital britannique, que soit défait le point d’appui pour la résistance et la contre-attaque sociales que constitue la présence de J. Corbyn, mis à la tête du Labour party par un puissant mouvement de classe. La majorité des députés de ce parti et ses secteurs directement liés à la City sont donc passés à l’offensive. Pour l’instant, ils ont connu de sérieuses déconvenues : il leur a fallu accepter que Corbyn puisse se représenter sans disposer de signatures (censitaires) de parlementaires pour éviter une scission dans laquelle ils n’auraient rien emporter, et surtout, surtout, on compte déjà 160.000 adhésions depuis le Brexit, pour les affronter, pour confirmer Corbyn, pour affronter le gouvernement T. May.

Ces adhésions d’ouvriers, d’employés et de jeunes font approcher les 700.000 adhérents directs au Labour party qui devient le premier, et peut-être le seul aujourd’hui, parti de masse en Europe. Bien au delà de tout ce qui a pu être rêvé sur Syriza ou sur Podemos, voici le plus grand regroupement des exploités et des opprimés, depuis Solidarnosc en Pologne en 1980, sur ce continent !

Le mouvement pour confirmer Corbyn, c’est le même mouvement que celui qui va affronter le gouvernement T. May, exiger la démocratie dans le Labour party comme dans le pays en posant la question du renversement de ce gouvernement, et combattre pour l’action commune des peuples d’Europe, que ce soit contre la City ou contre la BCE.

Le 18-07-2016

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