DSA : Déclaration sur la violence nazie à Charlottesville

[ Présentation : nous reproduisons cette traduction de la déclaration du 13 aout des DSA, les Socialistes Démocratiques d’Amérique, le plus important des groupes social-démocrates des USA qui en quelques trimestres est passé de 5000 adhérents en 2015 à plus de 9000 à l’issue de la campagne électorale présidentielle, puis a bondi à près de 25.000 membres depuis l’élection de Trump et les nombreuses mobilisations que cette dernière a suscitées. Le récent congrès des DSA tenu du 3 au 6 aout 2017 à Chicago avec 700 délégués, a enregistré une nette poussée à gauche, avec notamment la décision de quitter l’Internationale Socialiste considérée comme un simple rassemblement de partis soumis au néo-libéralisme et aux politiques d’austérité. ]

Déclaration du comité intérimaire du Comité Politique National des DSA, 13 août 2017

Les événements d’hier à Charlottesville, Virginie, constituent un rappel brutal que nous devons combattre pour le socialisme ou, sinon, succomber à la barbarie du suprémacisme blanc.

Nous condamnons, dans les termes les plus fermes, l’attaque terroriste raciste, anti-sémite, suprémaciste blanche sur nos camarades des DSA, de l’ISO, des IWW, des Antifa et tous les autres qui avaient joint leurs forces dans les rues de Charlottesville, Virginie, hier.

Le nombre final de victimes demeure inconnu. Néanmoins, les derniers rapports suggèrent qu’au moins une personne a perdu la vie et qu’il y a au moins 19 blessés. Deux membres des DSA ont été hospitalisés et ont depuis été rendus à leur foyer. On rapporte aussi qu’un camarade de l’ISO figure parmi les blessés. Une camarade des IWW ( Industrial Workers of the World ) a perdu la vie en première ligne du combat contre le fascisme.

Face à la violence croissante raciste, anti-sémite, suprémaciste-blanche, des camarades de toute la gauche se sont réunis dans une incroyable démonstration d’unité de la gauche. Ils sont venus de différentes organisations mais ont parlé d’une seule voix, entonnant le chant « Black Lives Matter » et d’autres slogans en faveur de la solidarité. Courageusement, ils ont tenu la ligne et montraient aux fascistes qu’ils ne passeraient pas. La journée s’est achevée avec les rues de Charlottesville libérées de la lie nazie.

Nous appelons toute la gauche à bâtir un solide front unique contre cette droite renforcée. Nous avons besoin d’être clair et de reconnaître que le terrorisme suprémaciste blanc ne s’en ira pas simplement en l’ignorant. Ce mouvement violent et dangereux ne doit jamais être autorisé à avoir une tribune. Nous devons toujours le combattre par la force de notre front uni.

Il est important de reconnaître les façons différentes dont la police répond aux marches et au terrorisme des suprémacistes blancs et ses réactions aux protestations et aux manifestations de Black Lives Matter (BLM). Les protestations de BLM font toujours face à la pire brutalité policière et à la volonté de celle-ci de les interdire tandis que les marches suprémacistes blanches sont autorisées à attaquer librement les contre-manifestants en de multiples occasions.

En agissant ainsi, nous voyons clairement de quel côté se place la police. Dès les premiers jours de la création de la police moderne au 19ème siècle, elle a été utilisée comme une force violente pour la suppression physique de la résistance des travailleurs, des esclaves noirs et des peuples indigènes. Aujourd’hui, son rôle pour maintenir le contrôle social et l’oppression demeure largement le même.

Trump a fourni une déclaration sinueuse et parfois incohérente samedi après-midi. Durant son allocution, à un moment, il a même parlé d’une façon sans aucun rapport « d’un niveau d’emploi record », il a accusé d’une façon prévisible « tous les côtés » pour la violence, comme si la gauche avait une histoire centenaire de violence sociétale, systémique et étatique contre les groupes opprimés. C’est un argument usé auquel la droite recourt pour justifier sa terreur. Trump a aussi évoqué le besoin de « la loi et l’ordre » mais nous savons que cela n’est qu’un signal pour plus de terrorisme policier ou vigilant contre les communautés noires et de couleur et contre la gauche.

Nous croyons que la terreur déchaînée sur nos camarades peut être défaite. Nous croyons aussi que le vaste système d’oppression raciste peut être défait, mais seulement par la fin du système capitaliste qui lui a donné naissance.

Nous vous encourageons tous à contribuer financièrement pour aider à la prise en charge des frais médicaux des camarades blessés durant l’attaque. Les membres de DSA à travers le pays sont en mouvement pour participer aux actions de solidarité dans leurs communautés locales. Contacter votre section locale pour participer à toutes ces actions.

Ensemble, nous combattrons le fascisme et nous construirons un monde meilleur, car nous savons que cela est possible. Solidarité pour toujours.

Source : http://www.dsausa.org/charlottesville_dl

Notes :

  • DSA : Democratic Socialists of America ( Socialistes démocratiques d’Amérique, affiliés à l’Internationale Socialiste jusqu’à la récente décision de rupture adoptée au congrès de Chicago des 3-6 août 2017. Pour une appréciation de ce dernier congrès, voir le bilan qu’en tire Dan La Botz )
  • ISO : International Socialist Organization (Organisation socialiste internationaliste, une des principales organisations de l’extrême gauche,  issue de la tradition de Hal Draper et de la contestation des années 60′, publie le journal Socialist Worker)
  • IWW : Industrial Workers of the World (Travailleurs Industriels du Monde, organisation syndicaliste révolutionnaire dans la tradition syndicaliste de la CGT d’avant 1914)
  • BLM : Black Lives Matter (Les vies noires comptent ) mouvement issu de la radicalisation et de la mobilisation ces trois dernières années face aux nombreuses affaires de meurtres racistes par les polices de différents États ou agglomérations aux USA.

 

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Les leçons du Venezuela

Une semaine après l’élection de la fausse constituante de Maduro, les choses se clarifient pour qui veut encore les voir. L’offensive principale engagée par Maduro et compagnie vise les secteurs chavistes qui résistent à son golpe, à commencer par la procureure générale Luisa Ortega Diaz, nommée par Chavez et chassée par les bandes militarisées de nervis du pouvoir. La chambre des faisceaux et des corporations qu’est en réalité cette « constituante » qui n’a strictement rien d’une constituante, s’est installée dans les locaux de l’assemblée nationale élue, elle, de façon réellement majoritaire, en 2015.

Pendant que dans le monde entier les idiots utiles du golpe de Maduro crient à tue-tête qu’il faut le soutenir contre l’impérialisme nord-américain et la CIA comme il fallait soutenir Allende contre Pinochet, Maduro a préservé le paiement des dividendes aux compagnies étatsuniennes Chevron, Halliburton et autres Schlumberger qui détiennent 40% des pétroles vénézuéliens, le paiement rubis sur l’ongle de la « dette » extérieure, et il a engagé la transformation de tout le Sud du pays, la région de l’Orénoque, en zone franche livrée aux multinationales de la mine et du bois, vouant forêt et indigènes à la destruction.

Chavez, lui, s’était effectivement opposé à l’impérialisme, tout en protégeant le capitalisme – c’est là l’origine de la situation présente. En 2002 le soutien populaire, qui fait aujourd’hui défaut à Maduro, l’avait sauvé d’une véritable tentative de renversement par la droite, les secteurs traditionnels de la bourgeoisie, et la CIA. Mais, pour préserver le capitalisme, il avait bridé, encadré et intégré à l’État les organisations populaires et les syndicats, faisant ainsi, dans la durée, le jeu d’une droite pourtant radicalement discréditée à la fin du XX° siècle.

Les thuriféraires de la « révolution bolivarienne » répètent souvent que Chavez et Maduro sont de grands démocrates puisque les médias vénézuéliens sont restés aux mains de « l’oligarchie ». Effectivement, en même temps que l’organisation ouvrière et paysanne était bridée et encadrée, les riches ont pu garder leurs moyens d’action ! Et cela va jusqu’à l’organisation des élections, confiée en 2004 à l’entreprise britannique SmartMatic (qui vient de se retourner contre Maduro, ne parvenant plus à dissimuler les fraudes et craignant peut-être pour ses royalties) !

A présent, il faut être clair : c’est un nouveau régime que Maduro met en place. La République bolivarienne proclamée en 1999 n’est plus – quelles que soient les critiques nécessaires à son égard, la principale étant qu’en préservant le capitalisme elle a engendré la situation actuelle.

La rente pétrolière a servi à financer les bobos, ce qui au Venezuela veut dire les bourgeois bolivariens, et des mesures sociales larges, par ailleurs comparables à celles prises par Lula au Brésil. La crise financière mondiale depuis 2008 et l’affaiblissement de la pression et de la mobilisation populaire consécutif à l’intégration ou à la répression des formes indépendantes d’organisation, ont conduit à un effondrement de ces aides sociales, à la propagation de la misère et de la famine, et au pire clientélisme, exactement comme dans toutes les républiques non pas bolivariennes, mais bananières, servant de relais à l’exploitation impérialiste, ce qui demeure le cas du Venezuela.

La MUD dans ces conditions a gagné les élections de 2015 et peut se prévaloir de cette légitimité pour susciter manifestation sur manifestation, que la masse de la population ne rejoint absolument pas, sauf à les déborder parfois pour les transformer en émeutes de la faim.

Ce qui fait le plus de morts au Venezuela, ce ne sont pas la répression des manifestations – qui semble pourtant en avoir fait plusieurs centaines en vérité – , ni les dizaines d’assassinats commis par les jeunes racistes Guarimbas mobilisés dans le cadre de la MUD, mais ce sont les dizaines de meurtres commis chaque semaine dans les quartiers populaires au nom de la lutte contre la délinquance, par les groupes parapoliciers de nervis appelés OLP (Opération de Libération Populaire) – sur lesquels Luisa Ortega Diaz voulait justement enquêter. Maduro se rapproche ainsi plus de Dutertre que de Chavez, pour ne rien dire d’Allende. Ils ont d’ailleurs applaudi tous deux l’élection de Trump !

Clairement, la menace principale contre les intérêts sociaux et populaires au Venezuela au moment présent vient du pouvoir. La MUD a une place dans ce dispositif : celle de prétexte, d’épouvantail, de faire-valoir et d’argument ferme-gueule, « si tu râles, la MUD et la CIA vont prendre le pouvoir ». Tous ceux qui, en France, nous disent cela, devraient se souvenir de la révolte qui les a pris peu à peu lorsque les gouvernements formés par des dirigeants du PS leur expliquaient que se mobiliser contre eux, c’était faire le jeu du FN.

La meilleure chose qui pourrait arriver au Venezuela, au contraire, serait une mobilisation indépendante de la classe ouvrière, des pauvres et des paysans, contre Maduro. C’est cela qui affaiblirait réellement, politiquement, la MUD. Le respect de la démocratie n’est jamais une menace pour le prolétariat. S’il renverse Maduro, il saura regagner la majorité dans une véritable assemblée souveraine.

Le camp « chaviste » connaît plus que des craquements : la plupart des anciens ministres de Chavez, le courant Marea Socialista, la procureure générale, et les généraux à la retraite anciens compagnons de Chavez, sont en rupture avec Maduro. Ces craquements au sommet prouvent qu’une force organisée à la base affirmant qu’il appartient aux travailleurs de renverser Maduro aurait pu tailler son chemin. Les seuls courants qui disent cela ouvertement sont à ce jour le Parti Socialisme et Liberté de Orlando Chirino, défenseur depuis trois décennies de l’indépendance syndicale, et les anarchistes. Mais c’est une idée qui ne peut que faire son chemin.

Car cette idée – qu’il appartient aux prolétaires de renverser les tyrans que ceux-ci soient de droite ou de gauche – est le cœur de toute politique prolétarienne. C’est là une leçon qui, bien entendu, va très au delà du Venezuela. De même que celle-ci : le refus de la démocratie est toujours dirigé avant tout contre le prolétariat. Et celle-ci : une constituante véritable est souveraine, élue au suffrage universel réel, elle ne dépend pas de l’État et ne saurait, en aucun cas, être convoquée par un président.

Leçons des réactions politiques en France.

Le gouvernement français a réagi très modérément aux récents événements vénézuéliens (voir le site du Ministère des Affaires Étrangères). Manifestement, les puissances impérialistes attendent de voir ce qui va se passer. Washington souhaite une transition mettant au pouvoir ses représentants directs, soit par une élimination de Maduro, soit par une négociation, mais craint les affrontements politiques et sociaux que la crise peut ouvrir. Nous ne sommes décidément pas au Chili en 1973 comme le répète la moutonnerie « de gauche » (ou, à présent, « populiste »), officielle, mais les prolétaires et les syndicalistes indépendants sont les cibles désignés tant des nervis de Maduro que de ceux de la MUD.

Le PS, quant à lui, appelle à un accord Maduro-MUD qu’une « médiation internationale neutre » pourrait imposer selon lui. Sans commentaire …

Le problème principal, à gauche et dans le mouvement ouvrier, est l’absence de mobilisation en défense du peuple vénézuélien et donc contre Maduro. Se répète l’expérience accablante et tragique de l’Ukraine et surtout de la Syrie.

Le PCF via l’Humanité a pris des positions particulièrement caricaturales, qui ne dénotent pas, d’ailleurs, ses intérêts propres en tant que parti, mais sans doute le lobbying efficace de la diplomatie parallèle.

Du côté de la FI, tout le monde a entendu le silence assourdissant de J.L. Mélenchon. Ce silence laisse parler un Adrien Quatennens ou un Alexis Corbière qui répètent les éléments de langage convenus (« complexité de la situation », « soutien au processus bolivarien », « refus de l’ingérence ») et soutiennent donc le pouvoir en place à Caracas.

Mais J.L. Mélenchon se tait : non qu’il aurait des états d’âme démocratiques. Sa dernière expression publique sur le Venezuela remonte en effet à l’automne dernier, dans une vidéo d’entretiens avec Chantal Mouffe, idéologue du « populisme ». Il y expliquait que Chavez n’était pas allé jusqu’au bout de la « construction du peuple ». Chavez et Correa (en Équateur) ont bel et bien, selon lui, sorti les pauvres de la misère, mais ceux-ci, faute d’une « révolution culturelle », une fois devenus des « classes moyennes », ne pensent qu’à « la consommation ostentatoire »(sic). Le prolétariat vénézuélien, réduit aux pillages pour prendre de quoi manger dans les centres commerciaux, serait content d’entendre cela.

Le fait que ni la FI, ni, par ailleurs, Podemos bien que les possibilités de débat interne y soient incomparablement plus larges, ne portent la moindre parcelle de renaissance de l’internationalisme, est particulièrement mis en exergue par le test vénézuélien. Autre leçon politique majeure : le « populisme » n’est pas la solution au problème des vieux partis « de gauche ». Il fait partie du problème et l’aggrave en combattant pour interdire sa solution qui serait des partis démocratiques s’orientant de ce fait vers la révolution, en affrontant à nouveau la question du pouvoir et celle de la véritable solidarité internationale. Du pire stalinisme d’autrefois à la FI, il n’y a aucune rupture. Le « populisme » n’est pas le renouveau, il est la conclusion.

Dans ce contexte général (où pour le reste, LO n’a fait qu’un communiqué dénonçant « l’opposition » et « les États-Unis », le NPA a été silencieux ces derniers jours puis a repris les déclarations de Marea Socialista, donc du chavisme critique de gauche, le POI a pour mot d’ordre exclusif « Non à l’ingérence impérialiste » et le POID ne se différencie pas de lui sur ce point, découvrant même (dans l’Huma? ) une « participation massive » à la fausse constituante), la prise de position d’Ensemble tranche : https://www.ensemble-fdg.org/content/communique-de-ensemble-venezuela.

En soi ce communiqué n’est pas forcément renversant, mais il procède d’un certain bon sens qui n’était plus très habituel : « Bafouer les libertés démocratiques est incompatible avec les valeurs de la gauche. »

Que n’avait pas fait Ensemble ! Article dans l’Huma et déchaînement dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux, « caniches de l’impérialisme », offensive interne et externe contre ce communiqué : voilà néo-staliniens et populistes réconciliés contre l’infâme démocratie !

L’ampleur de ces réactions – dont plusieurs soulignent que la cause du crime est un « internationalisme » qui doit céder une fois pour toute la place à la « géopolitique »- est complètement disproportionnée par rapport à la portée de ce communiqué en tant que tel et à l’influence de cette organisation. Elle doit nous alarmer. Ensemble est la première organisation à avoir explicitement discuté la question de la dissolution dans la FI et à l’avoir repoussée.

Pouvoir produire un tel communiqué, quels que soient par ailleurs les critiques que l’on peut faire sur l’orientation (ou plutôt sur l’absence d’orientation) d’Ensemble, est à soi seul la justification de l’organisation politique indépendante sous forme pluraliste de courants. Contre Maduro, contre la MUD, contre l’impérialisme, contre le capital, contre l’État, contre le « populisme », contre Macron, c’est cela, et seulement cela, qui est porteur d’avenir !

07-08-2017.

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Quelques mots

Quelques mots à Pierre Rousset et au site Europe Solidaire Sans Frontières.

 

Le site Europe Solidaire Sans Frontières ( http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41624 ) a repris mon article « Quelques réflexions sur la France insoumise (suite) », fort bien, le faisant précéder du chapeau suivant. Il va de soi que c’est parfaitement son droit, comme c’est le mien d’y réagir. Voici ce chapeau in extenso :

L’article de Vincent Présumey que nous reproduisons ci-dessous aborde des questions importantes (comme le sens que peut avoir l’appel aux rassemblements du 23 septembre). Il offre une information peu connue en dehors des rangs initiés sur l’entrée du POI au sein de la FI et sa portée.

Il est cependant lardé de réflexions incidentes assez malvenues. Malgré les explications alambiquées fournies par l’auteur, on se serait bien passé des mises en garde sur de possibles dérives antisémites ou d’extrême droite. Il est en général vain d’invoquer la « logique ultime » de telle ou telle position. « Nous n’en sommes pas là » répète à chaque fois Présumey, après avoir tiré une sonnette d’alarme. Alors, il ferait mieux d’attendre que concrètement de premiers symptômes de dérives se manifestent éventuellement pour que l’alerte prenne sens.

Par ailleurs, lire sous la plume de Présumey que « la fonction de protection de l’Etat capitaliste, longtemps assumée par les ’vieilles organisations’, l’est très largement, en France aujourd’hui, par la FI et ses dirigeants » me rappelle de fort mauvais souvenirs.

Dans les années 60, mon organisation (les JCR, puis la LC-LCR) était dénoncée par les lambertistes comme le « flancs-garde de la bourgeoisie », notre « fonction » étant de faire écran entre la jeunesse radicalisée et les « vrais » révolutionnaires. La « main tendue » envers les militants d’autres organisations était rarement « fraternelle ». Pour ma part, je participais alors à la direction d’un syndicat étudiant (Agedesep, si j’ai bonne mémoire) à majorité lamberstiste. Ce qui n’a pas empêché leur service d’ordre de me boxer parce que j’avais eu l’outrecuidance de vendre ma presse à portée de leurs poings.

Pierre Rousset

 

Il est regrettable que Pierre Rousset présente comme des « réflexions incidentes assez malvenues » des points sur lesquels nous avons sans doute, et c’est tout à fait normal, des désaccords qui exigent une discussion démocratique sereine.

Au début de son chapeau, Pierre Rousset note que mon article « offre une information peu connue en dehors des rangs initiés sur l’entrée du POI au sein de la FI et sa portée. »

C’est quoi, les « rangs initiés » ? Point n’est besoin d’avoir reçu une initiation pour s’intéresser à ce qui se passe dans les syndicats, pour comprendre quelque chose à ce qui se passe dans Force Ouvrière, et pour interpréter la lecture d’un journal (en l’occurrence Informations Ouvrières). Que de tels éléments de réflexion et d’analyse soient reçus par certains comme des révélations faites par des initiés en dit surtout beaucoup sur leur propre ignorance. Non, l’entrée de facto du POI dans la FI et l’évidence qu’un accord au sommet l’organise ne devrait pas être un scoop pour initiés. Mon souhait en en parlant est d’ouvrir les fenêtres sur ce sujet qui, comme tous les sujets, relève du libre débat entre militants ouvriers.

Reproche m’est ensuite fait de « ne pas attendre que concrètement de premiers symptômes de dérive se manifestent éventuellement pour que l’alerte prenne sens. » Apparemment P. Rousset n’a pas lu dans cet article le paragraphe concernant la candidature FI dans le 15° arrondissement de Paris, ni dans mon article précédent les commentaires concernant les interventions massives d’ « insoumis » sur les réseaux sociaux à propos d’Alep, puis entre les deux tours de la présidentielle celles, nombreuses, sur le vote Le Pen. Et je pourrai donner d’autres exemples, dont l’un proche de chez moi – un accord FI/DLF (Debout la France de Dupon-Aignant, localement dirigée par des ex du FN qui un an auparavant appelaient à une manif anti-migrants qui m’a vallue, pour avoir organisé une contre-manif, plusieurs menaces de morts ciblées, sur un site fasciste), accord visant à se respecter mutuellement (FI et DLF) dans les collages électoraux avant le premier tour de la présidentielle. Et d’autres pourraient donner beaucoup d’autres signaux : les clignotants clignotent pour ceux qui prennent la peine de regarder. Les symptômes sont nombreux. D’ailleurs, s’il faut attendre qu’une alerte « prenne sens » pour donner l’alerte, alors il ne sert à rien d’alerter.

Les symptômes sont nombreux, ils sont à mon avis, comme je l’écris, explicables par l’orientation de la FI, et par son projet, ils cristallisent des dérives pas nouvelles hélas, mais ils ne me conduisent pas à caractériser comme … fasciste, cette organisation qui essaie, difficilement, de rompre avec le mouvement ouvrier en étant « populiste ». Je précise même, dans une note, que je pense que les relations que J.L. Mélenchon voudrait avoir avec les syndicats, cette sorte de division du travail décrite dans mon article, font, dans une certaine mesure, obstacle à de telles dérives. On peut trouver cela « alambiqué » : il s’agit de l’analyse concrète du réel, qui n’est pas chose facile et qui est soumise à discussion et critique.

Enfin, Pierre Rousset ne semble pas partager l’idée selon laquelle la FI, de fait, assumerait aujourd’hui dans la lutte des classes en France une « fonction de protection de l’Etat capitaliste ». Je me permets de citer l’entier paragraphe d’où il extrait et isole cette formule :

« Le fait politique central, au delà de cette instabilité – l’élément stable, en somme, de celle-ci – est que la fonction de protection de l’Etat capitaliste, longtemps assumée par les « vieilles organisations », l’est très largement, en France aujourd’hui, par la FI et ses dirigeants, dont l’orientation « populiste », si elle n’a pu faire émerger la soi-disant « construction du peuple », a par contre bel et bien produit la défaite sociale et politique du 23 avril 2017, contribué à l’élection du parlement-croupion introuvable de Macron, et concourt maintenant à contrecarrer la généralisation et la centralisation d’un éventuel et nécessaire mouvement social contre les ordonnances Macron. Le principal rempart de la V° République en crise, concurremment avec les « vieux appareils », est là. C’est avant tout de ce point de vue là que la critique est un devoir. Envers les adhérents, elle est fraternelle même si une certaine vigueur s’impose souvent pour imposer l’apprentissage, ou le ré-apprentissage, de la discussion, mais envers la FI en tant qu’organisation, elle ne peut qu’être sans concession, cette organisation ayant été constituée contre la possibilité d’une représentation politique de la classe des exploités. »

Il ne s’agit pas d’on ne sait quelles accusations, mais d’une démonstration, certes soumise à critique et discussion, à savoir que sans l’orientation « populiste » de la FI et avec à la place de celle-ci une orientation que j’appellerai ici, pour faire vite et être bien compris, je l’espère, de Pierre Rousset, de front unique ouvrier :

  • 1) J.L. Mélenchon aurait gagné la présidentielle au lieu d’avoir réuni les conditions d’un second tour sans candidature « de gauche »,

  • 2) même en l’ayant perdu la victoire de Macron aux législatives aurait été minimisé voire empêchée,

  • 3) et même à présent les conditions d’un mouvement d’ensemble en septembre pour le retrait des ordonnances Macron se trouveraient réunies.

C’est de cela dont il est question et de rien d’autre : du combat des salariés, actifs, chômeurs, retraités, jeunes, contre le patronat et l’Etat, et des conditions de sa victoire, ou de sa défaite.

C’est d’ailleurs de ce point de vue là et uniquement de ce point de vue là qu’a de l’importance la question des dates des actions en septembre, le fait que le 23 tombe après le 20, toutes choses abordées en détail dans l’article.

Au lieu de comprendre cela, une vision fantomatique s’est imposée à Pierre Rousset : un SO « lambertiste » lui tapant dessus en le traitant de « flanc-garde de la bourgeoisie » ! Je dirai, pour le paraphraser un peu, que voici là une madeleine de Proust « incidente et assez malvenue », que je ressens personnellement comme une grossièreté à mon égard, voici pourquoi et j’espère bien qu’il le comprendra.

Que dirait Pierre Rousset si on écrivait de lui que ce qu’il écrit « rappelle de forts mauvais souvenirs » aux derniers survivants de la majorité de la section française de la IV° Internationale exclus de manière scandaleuse et bureaucratique de celle-ci, en 1951, ce qui fut l’acte fondateur du dit « lambertisme »? Sans doute ferait-il remarquer avec indignation qu’il avait alors, je ne sais pas, 4 ou 5 ans ? Et il aurait bien raison.

Il ne me viendrait pas l’idée, pour ma part, de le traiter avec un tel irrespect. Mais moi, quand il se faisait taper dessus par des « lambertistes » dans l’assoce Unef des étudiants de droit, je n’avais certainement pas 10 ans. Militant à l’OCI « lambertiste » de 1979 à ma « mise en dehors du parti » en 1989, je n’ai jamais tapé sur aucun adversaire politique – j’ai été plusieurs fois menacé par des staliniens ou par des fachos. Et pourtant les traits anti-démocratiques du « lambertisme », je pense avoir eu à les connaître … pour les avoir affrontés.

Tout de même, avec un tel chapeau, le lecteur n’est-il pas prévenu que si ce qu’il va lire est intéressant, il aura à se boucher le nez en le lisant – pensez-vous, un « initié », « lambertiste », qui « larde » (sic ! ) son propos de « réflexions incidentes assez malvenues », relevant du même humus que « les poings » qui ont « boxé » Pierre Rousset jeune ! Si avec tout cela la lecture n’est pas méchamment biaisée …

Que des dizaines d’années après, quand on parle de la lutte des classes en France, des syndicats, de la FI, des enjeux actuels, on se fasse encore traiter d’initié ayant quelque chose à voir avec la violence physique dans le mouvement ouvrier, non, franchement, non ! Il faut en finir avec l’essentialisation des militants et donc aussi avec cet usage stupide du terme «lambertiste », usage qui ne m’évoque d’ailleurs à moi, rien tant que la manière dont certains responsables « lambertistes », justement, expédiaient certaines questions et discussions !

On peut être en désaccord, on a dans ce cas le droit, et souvent le devoir, de le dire, de critiquer, de contredire. Mais estampiller « lambertiste », « initié », en évoquant de mauvais souvenirs de jeunesse dans lesquels la cible n’a pas la moindre once de responsabilité, non, non et non, cela ne se fait pas, et cela ne doit plus se faire, car il serait temps d’apprendre à discuter sur le fond, à confronter démocratiquement les arguments, à contredire, en bannissant le catalogage préalable des interlocuteurs dans une catégorie en « isme » supposée faire peur aux simples !

Voila.
Amitiés,

VP, le 31/07/2017

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30 juillet 1914 : le dernier meeting de l’Internationale

Le 30 juillet 1914 se tenait un extraordinaire grand meeting, le dernier meeting de l’Internationale, contre la guerre, à Bruxelles, à l’issue de la « réunion de la dernière chance » du Bureau Socialiste International.

Il en existe un tout aussi extraordinaire récit romancé dans « L’été 14 » de Roger Martin du Gard.

Parmi les orateurs, Jean Jaurès le « réformiste » et Rosa Luxembourg la « révolutionnaire ». Deux vieux adversaires et complices qui se comprenaient intuitivement – traditionnellement elle traduisait en allemand les discours de Jaurès aux congrès internationaux.

Quand vint le tour de parler de Rosa Luxembourg, pour la première fois de sa vie, aucun son ne pouvait sortir de son gosier. Extinction complète de voix.

Nous devons comprendre cette extinction. Dans la journée, à la réunion du BSI, la social-démocratie autrichienne avait donné le ton : la guerre va passer,nous ne l’empêcherons pas. La réunion de la dernière chance devenait la réunion de l’impuissance. Seule la social-démocratie polonaise et lituanienne, celle de Rosa Luxembourg, avec le PPS-aile gauche et le Bund, appellera à la grève générale qui sera balayée sous les mouvements de troupes, de même que les seules grèves anti-guerre à l’entrée en guerre auront lieu à Dublin et Cork à l’appel des syndicats de dockers et de marins liés à James Connoly et Jim Larkin.

Rosa Luxembourg a devant elle des milliers d’auditeurs prolétaires, socialistes, belges et venus de toute l’Europe, qui attendent ses paroles, passionnés.

Elle ne peut pas leur donner ce qu’ils attendent, elle ne peut pas leur dire : « par l’action commune, par la grève générale, par la révolution, nous allons tous ensemble empêcher la guerre et faire la paix entre les humains ».

Elle ne le peut pas, parce qu’elle sait que ce n’est pas vrai, que cela n’aura pas lieu, alors que c’est ce qu’ils voudraient entendre.

Mais elle ne peut pas non plus leur dire ce qu’elle sait, la vérité : « la guerre va avoir lieu, nous allons périr par millions, la barbarie va déferler et peut-être alors la révolution, dans quelques années, mais enlaidie, marquée, frappée par le grand carnage, surviendra pour y mettre fin. Préparons-nous, dans les tranchées, à l’arrière, dans les usines, aux champs, préparons nous au pire, pour tenir, pour une révolution qui ne sera pas celle que nous souhaitions, celle pour faire advenir les temps meilleurs, mais celle pour éviter la mort et sauver ce qui restera à sauver. »

Comment pourrait-elle leur dire une chose pareille ?
Alors, elle est aphone, bloquée. Tout le monde la regarde, inquiets, consternés. Alors, de la tribune, Jaurès, énorme, grandiose, vient lui poser ses grosses mains sur les épaules, il l’étreint, la présente à la salle et appelle à applaudir la « citoyenne Rosa Luxembourg déjà condamnée à la prison en Allemagne pour avoir combattu la guerre qui vient », il salue « la grande révolutionnaire ». Ovation, et Jaurès prend le relais, trouvant les mots chantants qui illuminent la foule sans l’illusionner mais sans la démoraliser non plus.

Le lendemain en fin d’après-midi, Jaurés était assassiné par un détraqué excité à la lecture de l’Action Française. Première victime de la grande guerre.

Quatre ans et demi plus tard Rosa Luxembourg avec Karl Liebknecht étaient assassinés par une bande de détraqués annonçant les bandes nazies, nées de la guerre.
N’oublions jamais.

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London Pride : Soutenir le droit des LGBT ex-musulmans de protester

Auteur : Simon Nelson

La présence du Conseil des Ex-Musulmans de Grande-Bretagne (CEMB – Council of Ex-Muslims of Britain ) lors de la dernière London Pride a suscité une forte réaction politique à gauche et chez d’autres.

Counterfire (1) a commenté que « les pancartes islamophobes n’ont pas leur place lors de la Pride« . Socialist Worker (2) a déclaré qu’ »un petit groupe d’une dizaine de racistes a également rejoint le défilé avec des pancartes attaquant les musulmans« . Cela a été suivi d’une plainte officielle contre eux déposée par la Mosquée de East London.

Counterfire a comparé certaines des pancartes portées par le CEMB à « quelque chose que l’EDL(3) ou un nazi pourrait porter… aussi comment ces gens ont-ils pu être autorisés dans le cortège ? »

Que disaient ces pancartes ? « Fuck l’homophobie islamique ! », « Allah est gay », « Contestons la bigoterie ! Défendons le droit au blasphème ! » « Jetons ISIS (Daesch) du haut des toits (4) » et « La mosquée d’East London incite au meurtre contre les LGBT » parmi d’autres.

Maryam Namazie (5), la porte-parole du groupe, a défendu ainsi leur prise de position : « Nous avons été musulmans autrefois, les proches que nous aimons sont musulmans. Et les fascistes et les bigots ne peuvent pas dire qu’aucun d’entre nous est en dehors (de cette communauté) de toute façon. Nous sommes tous les mêmes pour eux. Mais en tant que minorité au sein d’une minorité, nous faisons face à de sérieuses menaces contre nos vies, à l’évitement, à l’ostracisation, à la discrimination (et seulement cela parce qu’on est en Grande-Bretagne!). Est-il acceptable de nous demander de rester silencieux parce qu’il y a d’autres formes de persécution ou de bigoterie ? »

« Pourquoi ne pourrions nous pas nous confronter au racisme et à l’homophobie, à la bigoterie et à la haine contre les apostats, les femmes et les blasphémateurs ? Pour faire cela, nous devons pouvoir critiquer aussi bien l’extrême-droite ( y compris notre extrême-droite, les islamistes) que la religion et les croyances régressives ! »

La mosquée d’East London dit que les pancartes incitaient à la haine contre les musulmans et que la mosquée a joué un rôle en combattant l’homophobie au sein de la communauté musulmane. Le CEMB réplique que certaines mosquées et universités et même des syndicats étudiants sont heureux d’accueillir des prédicateurs qui appellent à la peine de mort pour homosexualité ou pour apostasie (6).

Bien que nous n’endossions pas nécessairement tous les slogans tels que « Fuck Islam » ou la façon dont la partie « Fuck Islam » était de couleur différente dans le slogan « Fuck Islamic Homophobia », nous soutenons complètement le droit du CEMB de participer à la London Pride et d’avoir leurs slogans. La mosquée d’East London a invité des orateurs sympathisants ou affiliés à Jamaat-e-Islami, le groupe salafiste bangladais, qui n’a aucun scrupule à appeler à la mise à mort des LGBT musulmans.

Le CEMB affirme que sa déclaration considère toutes les religions comme homophobes, et qu’en tant qu’ex-musulmans, ils ciblent de façon tout à fait compréhensible la foi de leur milieu d’origine. L’offense n’est pas une raison valable pour restreindre leur liberté d’expression, mais quand ceux qui se disent offensés choisissent de recourir aux menaces, alors il devient plus important que des groupes comme le CEMB soient capables de se faire entendre.

L’organisation de la Pride a confirmé que la plainte avait été transmise au conseil consultatif de leur communauté, ajoutant que « notre parade a toujours offert un toit pour le droit de protester, ce qui a souvent signifié une situation avec plusieurs points de vue conflictuels, mais la Pride doit toujours rester un mouvement d’acceptation des autres, de diversité et d’unité. Nous ne tolérerons pas l’islamophobie »

Le CEMB a répondu qu’ « Il est certain qu’il y avait des musulmans qui ont été offensés par notre présence mais d’autres nous ont soutenus, de même qu’il y avait certains chrétiens qui étaient offensés par les pancartes se moquant du christianisme et d’autres qui les trouvaient marrantes ».

La critique de l’Islam ou de l’islamisme n’est pas de la bigoterie anti-musulmane, de même que la critique du christianisme ou du DUP (7) ne constitue pas une bigoterie anti-chrétienne.

Le CEMB prévoit d’être à la Pride l’an prochain et chaque année et espère que le conseil consultatif de la communauté gay prendra position du coté des dissidents et de ceux qui combattent pour les droits des LGBT et non du coté de ceux qui incitent à la haine contre les LGBT musulmans ou ex-musulmans.

Notes :

1) Counterfire est un groupe issu de la crise du SWP, le courant d’extrême gauche qui en Grande Bretagne a été le plus loin dans la théorisation d’un front unique anti-impérialiste avec les forces politiques islamistes. Counterfire n’a aucune divergence avec sa maison d’origine sur ce sujet.

2) Socialist Worker est le journal du Socialist Workers Party (SWP), une organisation qui a connu une forte influence dans les années 80-90 mais qui est sur le recul après plusieurs crises internes, notamment dans le contexte actuel marqué par la résurgence de la gauche travailliste autour de la personnalité de Jeremy Corbyn.

3) EDL : English Defence League, équivalent anglais des Identitaires en France ou de Pegida en Allemagne.

4) Par référence à la pratique meurtrière systématique utilisée contre les gays dans les zones occupées par Daesch.

5) Maryam Namazie est une militante féministe et communiste-ouvrière d’origine iranienne. Voir sa fiche biographique sur Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Maryam_Namazie

6) Il y a eu en Grande-Bretagne plusieurs vives controverses sur certains campus ou au sein de certaines sections du syndicat étudiant sur le sujet de l’islamophobie avec une forte tendance à stigmatiser ou à vouloir étouffer les positions laïques ou féministes s’opposant aux islamistes tout en accueillant sans sourciller, au nom d’un anti-racisme fourvoyé, de funestes prédicateurs religieux débordant de haine homophobe ou féminicide.

6) DUP, parti unioniste protestant d’Ulster célèbre pour sa farouche bigoterie religieuse anti-catholique, actuellement promu partenaire gouvernemental de Theresa May dans la situation de crise ouverte par le Brexit.

Source :
http://www.workersliberty.org/node/31315

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Au Venezuela, ce sont les travailleurs qui ont le droit de dire à Maduro : dégage !

Ce dimanche 30 juillet ont eu lieu de prétendues élections à une prétendue assemblée constituante au Venezuela. Il est important, pour l’avenir, la révolution et la démocratie, de savoir ne pas prendre des vessies pour des lanternes. Pour tout vénézuélien il n’y a pas de doute possible : la chose élue ce jour n’a strictement rien à voir avec une assemblée constituante souveraine. Une assemblée constituante souveraine cela veut dire qu’elle exerce le pouvoir. Afin de soumettre souverainement la constitution de l’ensemble de l’État au peuple, il est nécessaire qu’elle soit au dessus de tout président, toute tutelle intérieure ou extérieure, toute pression militaire ou bureaucratique, autrement dit que l’appareil d’État capitaliste ait été défait ou ébranlé. Parce qu’il est pleinement démocratique, le mot d’ordre d’assemblée constituante souveraine est révolutionnaire. Les soviets et les conseils ouvriers sont en fait des organismes de même nature qui exerce un pouvoir au niveau de la production ou sur un échelon territorial plus réduit.

L’assemblée de Maduro est convoquée par un président aux pouvoirs disproportionnés, sous la tutelle et la menace de l’armée, elle doit comporter 364 élus par circonscriptions municipales (première magouille qui permet de faire jouer le clientélisme dans des territoires ruraux peu peuplés contre la population urbaine sous-représentée, y compris le « peuple chaviste » métissé de Caracas), 173 désignés par les « groupes sociaux » accrédités par le pouvoir (syndicats maisons ou liés à l’État, organisations diverses de la nébuleuse chaviste en crise, patrons), et 8 représentants de peuples indigènes ; et le pompom : les candidats ne doivent pas être membres d’un parti politique !

Ni constituante, ni soviet, mais une chambre plébiscitaire et manipulée qui s’apparente beaucoup plus à la Chambre des Faisceaux et des Corporations du fascisme italien.

Ceci étant clairement posé, le récit convenu qui circule sur le Venezuela comporte deux versions opposées comme en un miroir. Les médias dominants dans les pays occidentaux expliquent que l’on a une « opposition démocratique » en butte à la répression d’un pouvoir totalitaire d’inspiration socialiste. Les « anti-impérialistes » aiment à se raconter que l’opposition c’est la CIA et le petit patronat blanc qui veut faire comme au Chili en 1973. Ils plaquent sur la situation concrète présente un faux schéma qui se réfère au Chili via la tentative de renversement de Chavez qui a échoué en 2002 et qui, elle, était bien avant tout une opération impérialiste.

La prédominance de ces mythes et représentations mythiques indique l’état d’abrutissement dont de larges secteurs de « la gauche » sont l’objet, 28 ans après la chute du Mur de Berlin. Il se dit que la gauche latino-américaine a un grand travail à faire après la faillite du pétisme et du chavisme. Sans remettre des repères de classe au cœur de l’analyse du réel, elle ne le fera pas.

Le point de départ de la crise actuelle au Venezuela est l’usure totale du chavisme puisque celui-ci, à aucun moment, n’a menacé le capitalisme (son conflit avec l’impérialisme nord-américain est réel, mais il n’a jamais été question de mettre en cause les relations sociales capitalistes). Chavez mort, Maduro élu d’une courte marge a subi une défaite majeure aux législatives de fin 2015, où l’opposition de droite et du centre groupée dans la MUD (plate-forme d’unité démocratique, qui comporte les restes des deux partis capitalistes historiques d’avant le chavisme qu’étaient la « social-démocratie » et la démocratie-chrétienne, plus le parti Primero Justicia, principale force de droite aujourd’hui et divers petits partis) a fait près de 60% des voix (pour une participation de 74%).

Bref, pour aboutir à un tel résultat il fallait bien que l’électorat de la MUD ne se soit pas limité aux couches bourgeoises « blanches », mais que la majeure partie de la population, y compris des pauvres, paysans et salariés qui avaient appuyé Chavez, soit allée voter contre Maduro et les politiques corrompus et spoliateurs du PSUV (le parti « chaviste »). Pour autant, cela ne signifie pas du tout que la population souhaite mettre la MUD au pouvoir et voir liquider les quelques conquêtes sociales fragiles des années 2000 (essentiellement les distributions alimentaires, bien qu’elles soient insuffisantes, et la cantine gratuite à l’école pour les enfants).

Ainsi désavoué et délégitimé, Maduro, avec la bande de militaires et d’affairistes de la « bourgeoisie bolivarienne » derrière lui, n’a jamais envisagé d’en appeler au peuple et à son auto-organisation démocratique pour faire face aux enjeux, a également écarté les solutions d’ « union nationale » que lui proposent les chefs de la MUD et certains courants « chavistes », et a opté pour la fuite en avant bonapartiste. Il a donc pris l’offensive autoritaire. Cette offensive est dirigé contre le peuple vénézuélien : elle aboutit à confisquer toute élection libre, et bientôt à les interdire.

En même temps qu’il a engagé cette offensive, Maduro (reprenant les âneries des milieux complotistes poutiniens et « anti-impérialistes » qui lui fournissent son pauvre aliment idéologique) a soutenu Trump aux présidentielles nord-américaines (à la différence du PC cubain qui a émis des «signaux » pro-Clinton), il n’a jamais menacé en quoi que ce soit le paiement de la « dette extérieure », principalement aux banques impérialistes US, et n’a pas remis en cause la participation, à un niveau d’environ 40%, des firmes pétrolières US Chevron, Halliburton et Schlumberger dans les pétroles étatiques vénézuéliens (quel anti-impérialisme !).

La victoire de Maduro à travers sa fausse constituante et par la grâce de l’armée ne constituerait donc en rien la préservation, non pas des « acquis du socialisme », mais des quelques conquêtes sociales de la période chaviste. Au contraire, la logique la plus élémentaire permet de se douter que la victoire des pleins pouvoirs à Maduro permettrait leur démantèlement complet.

La victoire de la MUD aurait aussi toutes les chances de se retourner contre la majorité pauvre et laborieuse de la population. Les manifestations à répétition depuis des mois sont suivies par un secteur conséquent de celle-ci, mais pas par les plus larges masses. Lorsque celles-ci interviennent, c’est pour des « pillages », c’est-à-dire des émeutes de la faim. Mais la méthode des « grèves générales » appelées par la MUD, avec l’appui d’une grande partie du patronat privé, consiste à installer des barrages routiers de bandes de jeunes Guarimbas, qui ont brutalisé, assassiné voire brûlé vives plusieurs personnes ayant des « gueules de chavistes », c’est-à-dire des métis un peu trop foncé. D’autre part, le régime a lancé depuis l’été 2015 une « Opération de Libération Populaire » (OLP) constituée de groupes armés arborant un masque à tête de mort, qui vont tuer les délinquants ou supposés tels, à la façon de ce qui se passe aux Philippines et en Indonésie. La répression la plus sanglante est celle-ci et elle ne fait pas les Une de la presse internationale. De part et d’autre, dans les bandes de petits-bourgeois « blancs » dressés contre les « faciès de chavistes », et dans les bandes de flics et de lumpens « chavistes », on a donc des aspects qui tendent à la formation de bandes fascistes, qui d’ailleurs ne s’affrontent pas, mais que la masse de la population subit, craint et méprise les unes comme les autres.

Sur les sentiments populaires majoritaires nous avons une indication certaine dans un article de Zoila Mara publié sur http://www.socialismo-o-barbarie.org/?p=10021, article qui prétend que le courant du Parti du Socialisme et de la Liberté, d’Orlando Chirino (l’un des rares à s’être battu de manière ininterrompue depuis trois décennies contre la répression et pour l’indépendance du mouvement syndical et ouvrier, [ pour voir son positionnement : Venezuela: Coup d’État ou révolte populaire? ]) aurait « perdu la boussole de classe » parce qu’il dit « dehors Maduro », ce qui d’après le courant qui s’exprime ici (Nuevo MAS argentin) revient à vouloir mettre la MUD au pouvoir. Or, dans le même article, il est écrit un peu plus haut de la population : « ils n’en veulent plus de ce gouvernement ». Si un article venant du Venezuela, qui, pour des raisons politiques, condamne un courant qui préconise le renversement du gouvernement, nous indique pourtant, en même temps, que la masse populaire qui fut chaviste n’en veut plus, de ce gouvernement, c’est que ça doit être vrai …

Mais naturellement c’est aux prolétaires et à la nation vénézuélienne de se débarrasser de celui qui, au moment présent, représente la pointe avancée des intérêts capitalistes semant famine, meurtres et corruption : Nicolas Maduro. Et la question politique à débattre devrait être : comment faire pour l’y aider ?

La quasi certitude d’une abstention majoritaire à la « constituante » donne une indication. Remédier à la catastrophe demande l’organisation indépendante des travailleurs. Et ils ont le droit de dire à Maduro, de leur point de vue, pour leurs droits et leurs intérêts, et sans que cela n’entraîne le moindre soutien à la MUD, ce mot simple : dégage !

30-07-2017.

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Opposition parlementaire et assemblée-croupion

La session parlementaire de juillet, première session du gouvernement Macron/Philippe, aura été la « pire » session parlementaire de la V° République, ce qui n’est pas peu dire !

Répétons-le : sous Macron, le parlement-croupion n’est plus qu’un croupion.

Les tartufferies, billevesées, coquecigrues et autres corneguidouilleries qui font l’essentiel des débats en séance comme en commission n’ont rien à voir avec le « rodage » de « débutants » que certains « anciens » « bizuteraient », comme l’a narré le préposé à cette java, le sémillant De Rugy. Il s’agit bien de l’expression pure de la tentative de restauration d’une V° République renforcée par Macron, qui passe, comme il l’a annoncé à Versailles, par l’accélération des débats, le vote, bientôt, des lois en commissions et pas par l’assemblée elle-même, et la réduction du nombre de députés.

 Mais ceci engendre une pagaille qui a commencé à se voir, et qui, comme tout le reste, se retourne contre Jupiter depuis le 14 juillet. Au point que cela devient gênant.

Alors, si J.L. Mélenchon et A. Quatennens avaient prophétisé le basculement vers « l’insoumission » de jeunes députés macroniens, ce que l’on a vu lors du débat sur la « loi pour la confiance dans la vie publique » (sic), c’est en effet un début d’explosion du groupe LREM (en réalité affecté depuis la crise qui a opposé Macron à l’état-major, lequel avait le soutien de la commission Défense de l’assemblée présidée par l’élu LREM J.J. Bridey), mais nullement vers une quelconque « insoumission », ou vers une opposition à la politique antisociale de Macron- ce tas de larbins et d’arrivistes a applaudi debout la baisse de 5 euros des APL ! Non, les uns voulaient garder leur réserve parlementaire, d’autres voulaient tel ou tel passe-droit, et ce fut donc le bazar général.

 Dans cette situation, une opposition parlementaire conséquente aurait dû affirmer hautement que ce croupion n’est pas un parlement et voter contre cette loi, afin d’affirmer sa défiance envers l’exécutif anti-social et anti-démocratique qui a mis le parlement dans cet état. La société civile, la vraie, aurait parfaitement compris que ce vote contre n’était pas « immoral » mais visait Macron, la véritable source de cette gabegie.

 Or, les 4 voix contre venaient de la droite LR. Sur 31 élus « Nouvelle gauche » (PS) 16 ont voté Pour et 15 s’étaient évanouis dans la nature ; sur 16 membres du groupe GDS (PCF et apparentés), 12 se sont abstenus, et 17 sur 17 membres de la FI se sont abstenus.

Par ailleurs les non inscrits (dont M. Le Pen et N. Dupon-Aignan) se sont abstenus.

 Il paraît qu’il y a une opposition parlementaire exemplaire, insoumise, qui en plein été tient haut levé l’étendard de l’insurrection ?

Où ça ?

30-07-2017.

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