Billet du 24 septembre 2017 : le « déferlement du peuple » …

Admettons que ce qui devait être le « déferlement du peuple » a réuni 150.000 personnes comme le disent les organisateurs. C’est là une force considérable, motivée, qui en ce jour n’aura servi à rien, pas par sa faute mais bien entendu par celle de ses dirigeants.

Qu’il y ait eu 150.000 participants prouve qu’un appel unitaire à manifester à l’Élysée lancé à l’avance pour le moment de l’adoption des ordonnances aurait réuni le million. Ce million auquel J.L. Mélenchon vient, ironie de son propre discours mais qui lui échappe, d’appeler en disant qu’il faudrait être « avec les syndicats » « un million aux Champs Élysée« . Hé oui, c’est avec les syndicats, c’est avec la réalisation de l’unité contre Macron, de toutes les forces issues de la gauche et du mouvement ouvrier, que le million, que la victoire sont possibles.

La « construction d’un peuple » n’a pas de base sociale, la seule base de masse sur laquelle J.L. Mélenchon peut s’appuyer, bien qu’il ait fait les plus grands efforts pour s’en dégager, c’est le salariat, le « peuple de gauche », la jeunesse. Qui a malgré lui réalisé une manifestation de 150.000 pour rien, en l’absence d’alternative. Manifestation certes importante, mais qui ne constitue en rien l’avant-garde ni le fer de lance, ni le centre, du mouvement social général qui se cherche.

Bon, c’est bien, il y a eu 150.000 (admettons ce chiffre, d’autres diront 50.000, peu importe …) pour réaliser ce qui fut de facto non un « déferlement des gens » mais une recherche de l’unité dans l’action de classe pour gagner, malgré les organisateurs.

Donc, on passe à l’ordre du jour, et vite s’il vous plaît car on a assez perdu de temps ; il devient urgent d’organiser le soutien à l’événement politique de la lutte des classes que les médias ont passé sous silence en mettant en avant le supposé « déferlement du peuple » de ce jour : la grève unie FO/CGT des Transports routiers contre les ordonnances Macron.

* * *

 Sinon le Grand Phi s’est prononcé contre l’auto-détermination catalane, lui qui veut par ailleurs dépecer l’Ukraine : https://www.youtube.com/watch?v=MLH7gZJcBsw&feature=share

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Catalogne : non au coup de force de la monarchie espagnole !

Ce mercredi matin, la confrontation entre l’État monarchique post-franquiste et la nation catalane a monté d’un cran. Le pouvoir central a lancé la police militaire et la guardia civil dans une série de perquisitions sur les bureaux des instances régionales de Catalogne. Il a même procédé à une arrestation, celle du secrétaire général de la vice-présidence de Catalogne, et a saisi dans une entreprise de distribution 45,000 convocations d’assesseurs pour la tenue du scrutin d’auto-détermination du 1er octobre prochain.

  • Le droit démocratique à l’auto-détermination ne saurait être ainsi bafoué !
  • Halte aux perquisitions, aux arrestations et aux entraves du scrutin !
  • Police et armée espagnoles hors de Catalogne !

Cette agression du pouvoir monarchique est aussi une agression contre les droits démocratiques de tous les peuples de la péninsule ibérique.

 

Communiqué unitaire d’organisations politiques ouvrières, de gauche et catalanes des Pyrénées orientales  CUP, ERC, PCF, EELV, NPA, MJC, MJS :
Ce mercredi 20 septembre de nombreuses forces de la police militaire espagnole et de la Guardia Civil ont investi 4 ministères et 4 organismes importants de la Generalitat de Catalunya à Barcelone (finances, affaires sociales, télécommunication, affaires extérieures…), chassé des ministres de leurs bureaux, détenu ou retenu de nombreux hauts fonctionnaires de ces ministères, saisi des ordinateurs et des documents, filtré toute circulation dans les avenues où se trouvent ces bureaux. Le domaine « .cat » et une entreprise privée allemande ont aussi été investies par les militaires espagnols. Cela s’ajoute aux journalistes, maires, députés et autres membres du gouvernement catalan cités à comparaître, sur écoute ou fliqués, aux imprimeries et autres entreprises postales fouillées et saisies. Tout ça pour empêcher un référendum démocratiquement décidé par le parlement catalan et par 70% au moins des habitantes et habitants qui vivent sur le principat de Catalunya et ce indépendamment de leur position sur l’Indépendance. Pour la CUP, l’ERC, le PCF, EELV, le NPA, le MJC, la MJS des Pyrénées Orientales, historiquement liés aux démocrates et républicains espagnols et catalans, ces dérives antidémocratiques qui rappellent les pires heures du franquisme sont inacceptables.

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Arguments pour la lutte sociale – Numéro 80 du 17 septembre 2017

Le numéro 80 au format PDF

Sommaire :

  • Éditorial du 17 septembre 2017 – Poussons et unissons !
  • Documents : L’appel de la Fédération FO Transports et Logistique ; Lettre ouverte du Front social
  • Une République catalane ne saurait nous effrayer !
  • Mais bien sûr qu’il faut défendre les Rohingya !
  • Où va « la Sociale » ?
  • Nos publications depuis le numéro 79…
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Éditorial du 17 septembre 2017 – Poussons et unissons

Une poussée : ainsi pourrait-on nommer ce qui est en train de se produire. Une poussée de lutte sociale, visant à assimiler et rattraper les défaites de la dernière période. Faite de différentes composantes qui cherchent et chercheront forcément à se rejoindre : grèves et conflits d’un niveau réel toujours élevé dans les entreprises et le secteur tertiaire, action des militants syndicaux pour s’unir et affronter Macron, indignation devant la liquidation des personnes affectées aux contrats aidés, maturation et réflexion des fonctionnaires constatant qu’ils sont et seront la cible de ce gouvernement.

La poussée a accompli une première victoire contre les obstacles mis sur son chemin, et c’est pour cela que, malgré le contre-feu médiatique qui, sur le 12 septembre, a atteint le niveau du mensonge, elle est plus visible à présent. Cette première victoire fut donc ce 12 septembre où FO ne devait pas être, et où FO fut présente, sans Mailly, mais à une échelle qui permet de dire que la confédération FO était là.

A partir de là des vannes commencent à s’ouvrir, certes trop lentement, car, répétons-le, si les directions confédérales nationales avaient quitté la pseudo concertation et appelé à la grève et à la centralisation nationale de la lutte au moment du conseil des ministres qui doit adopter les ordonnances Macron, alors la poussée qui s’effectue à présent ne serait pas une poussée, ce serait une marée. Mais les vannes commencent à s’ouvrir.

La confédération CGT a appelé au jeudi 21, veille de ce conseil des ministres que l’exécutif a d’ailleurs déplacé de la date habituelle du mercredi au vendredi 22. Dans toute la France, les manifestations vont converger vers les préfectures et sous-préfectures, contre l’exécutif, pour lui signifier la vraie revendication qu’on aimerait bien entendre Mailly, mais aussi Martinez, formuler explicitement : retrait des ordonnances Macron et abrogation de la loi El Khomri.

Les Fédérations FO et CGT des Transports ont ensemble appelé à la grève reconductible avec blocages de dépôts de carburant à compter du lundi 25, c’est-à-dire la semaine qui suit l’adoption des ordonnances en conseil des ministres.

FO Transports et Logistique appelle à rejoindre la manifestation parisienne du 21 septembre sur les mots d’ordre : Abrogation de la loi El Khomri, retrait des ordonnances Macron, ni 49-3 ni ordonnances, droits collectifs !

Le secteur Routes de la Fédération CFDT Transports et Environnement dénonce le « typhon social dans les transports » des ordonnances Macron qui conduisent à la « mort du contrat de travail » et appelle à une journée d’action, avec la CFTC, le lundi 18, ce qui augure de la réalisation de l’unité de toutes les fédérations dans les transports contre les ordonnances.

En outre, l’ensemble des Fédérations de fonctionnaires, réunies par la FSU, appellent à la grève le 10 octobre, et une action unitaire de toutes les organisations de retraités (sauf CFDT et UNSA) est annoncée de longue date pour le jeudi 28 septembre.

Assurément, tout cela peut conduire à la dispersion et la question posée est de plus en plus celle d’un véritable tous ensemble, de tous les secteurs, c’est-à-dire l’affrontement global du salariat avec le pouvoir exécutif patronal.

Le regroupement « Front social » a adressé, le 12 septembre, une lettre ouverte aux « syndicats, associations, fronts de lutte et formations politiques » qui pose la question de l’unité, de la grève tous ensemble.

Dans les nombreuses dates annoncées, il y a celle du « rassemblement populaire » de la FI le samedi 23 septembre. Ses organisateurs entendent bien donner à ce rassemblement un caractère différent de toutes les actions de classe et combats syndicaux. Son mot d’ordre n’est pas le retrait des ordonnances mais la dénonciation du « coup d’État social » afin de présenter la FI et son Chef comme seules alternatives. Ce pourquoi il s’est inscrit de fait contre le 12 septembre et la poussée vers l’unité dans l’action de classe. Cependant, cette poussée est là et malgré sa volonté affichée de « construire un peuple » à sa convenance, unissant patronat productif et salariat contre la seule «oligarchie », et même si la base « insoumise » est assez largement acquise à cette idéologie avec tous les risques qu’elle comporte, J.L. Mélenchon n’a aucune base sociale large en dehors de celle qui est issue de la gauche et du mouvement ouvrier. Nul doute que des milliers des travailleurs et de militants vont donc aussi s’emparer du 23 septembre, comme ils s’emparent déjà de la Fête de l’Huma, pour signifier leur volonté de généralisation et d’union du combat contre Macron et les patrons.

D’ores et déjà en effet, cette opération politique est surplombée par l’appel des Fédérations FO et CGT des Transports.

Les routiers vont s’engager dans une grève que les fédérations n’appellent pas « reconductible », mais « illimitée », pour le retrait des ordonnances.

Voila le vrai événement politique. Il appartient maintenant aux militants ouvriers de pousser, et d’ordonner autour de la solidarité avec les Transports, et de mettre en discussion, rapidement et partout, la réalisation du Tous ensemble.

Et comme le Tous ensemble pose forcément la question du renversement du pouvoir en place, et que la FI n’est pas « le » débouché politique mais l’obstacle à la construction démocratique d’un tel débouché, alors cette tache politique de fédérer pour dégager une alternative à Macron s’impose d’autant plus.

Documents :

L’appel de la Fédération FO Transports et Logistique.

La Fédération Nationale des Transports et de la Logistique FO/uncp appelle à la Grève Illimitée les salariés des entreprises de Transports Routier.

Pour l’Abrogation de la loi El Khomri, Contre les Ordonnances Macron qui Flexibilisent et Précarisent aux maximum les salariés.

Précarisation de contrat de Travail !

Barémisation aux Prud’hommes !

Droit à l’erreur pour les patrons, pas pour les salariés !

Rupture conventionnelle collective.

Inversion de la hiérarchie des normes, avec des accords d’entreprise qui impacteront la feuille de paie sur le travail de nuit, la prime d’ancienneté…

Facilitation des Licenciements Economiques.

Dans 80% des entreprises du TRM (TPE/PME) la Flexibilité sans aucune Sécurité qui engendrera de la sous-traitance en cascade et du dumping-social Franco-Français, avec un impact certain pour les salariés des grands groupes aussi.

Atteintes aux Institutions Représentatives du Personnel.

Contrat de Chantier.

Mais aussi, la FNTL FO/uncp demande :

La Création d’un véritable Permis Professionnel.

Que le TRM (Transport Routier et Maritime) ne soit pas exclu de la Directive des Travailleurs Détachés.

Que le Cabotage soit mieux contrôlé, car à ce jour la France fait moins de 1% alors qu’elle devrait être à 3%.

Pour le respect de l’accord sur les Congès de Fin d’Activité, car le procès URSSAF CFA est toujours en cours

Notre combat continue pour obtenir :

L’Abrogation de la loi El Khomri.

Le Retrait des Ordonnances Macron.

Une Véritable Reconnaissance Professionnelle.

Le Respect des salariés Français du TRM.

Lettre ouverte du Front social :

Amis et camarades,

Comme vous, nous constatons que le programme de Macron n’épargne personne, des étudiants aux retraités, des jeunes bénéficiant de contrats aidés aux assurés sociaux, des chômeurs aux locataires, des salariés à toute la population. Ce ne sont pas des « réformes » mais une contre-révolution libérale..

  • De toute urgence, nous voulons avec vous lever les obstacles à la mobilisation :
    d’un côté les mesures dévoilées chaque jour globalisent une offensive contre toutes et tous, de l’autre les dates de l’agenda de ripostes organisent leur dispersion.

  • d’un côté un besoin de résister et une aspiration unitaire s’expriment en de nombreux endroits, de l’autre des prévisions de cortèges et d’actions semblent s’ignorer, voire se concurrencer.

Nous ne nous pouvons pas nous permettre le luxe d’une défaite. L’offensive de Macron est bien trop dangereuse et touche à l’essentiel.

La manifestation du 12 septembre, formidable encouragement, appelle une suite à la hauteur.

Mais la suite, pour l’heure ?

  • le 21, journée interprofessionnelle avancée par la CGT ;
  • le 22, adoption des ordonnances Macron ;
  • le 23, manifestations de la France Insoumise et/ou de la CGT pour la paix ;
  • le 25, début de la grève à l’appel des Fédérations de Transport CGT et FO ;
  • le 26, journée nationale pour la défense des hôpitaux psychiatriques
  • le 28, les retraités puis le 10 octobre, la fonction publique, le 13 octobre, la métallurgie…

Les voilà bien, les raisons de notre appel !

Toutes et tous, nous devons nous mettre autour d’une table pour définir ensemble une feuille de route, un plan de luttes, de grèves, de manifestations et des revendications communes, qui, en plus du retrait des ordonnances, permettent d’associer toutes les catégories professionnelles, la jeunesse, les précaires, les chômeurs, les retraités.

Embauches massives, hausse importante des salaires, développement des services publics et de la Sécurité sociale, c’est sur cette base commune que toute la population peut être entraînée dans la lutte pour envoyer aux oubliettes les projets de Macron.

S’unir pour ne plus subir, tout bloquer pour gagner, ce message du Front Social, nous allons le porter lors des échéances déjà décidées : nous appelons à réussir la journée du 21 septembre, veille de l’adoption des ordonnances. Par les manifestations, les grèves, le 21 doit peser de toutes nos forces.

Le 23 septembre, le Front Social portera aux manifestants de la France Insoumise la proposition unitaire de la convergence des luttes pour gagner. Le 25 septembre, la grève des fédérations de Transports CGT et FO fait surgir le besoin de mouvements qui bloquent l’économie, autour desquels la solidarité de tous doit s’exprimer.

Ne nous dispersons pas ! Si le but est bien de construire un mouvement pour gagner, alors l’unité d’action doit l’emporter sur la dispersion qui conduit à la défaite. Tout est encore possible, et la bouffée d’oxygène du 12 septembre nous fonde à espérer l’élan unitaire de toutes et tous.
Soyons à la hauteur des enjeux, rencontrons-nous sans délai ni préalable. La résistance victorieuse au désastre social organisé par Macron est à ce prix, à la portée de toutes et tous.

S’unir pour ne plus subir – Front Social, le 12 septembre 2017

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Où va « la Sociale » ?

La « Sociale » est le site de Denis Collin, professeur de philosophie, et de Jacques Cotta, documentariste. Il nous est arrivé d’y collaborer. Depuis ce printemps, après avoir beaucoup critiqué J.L. Mélenchon, les animateurs de ce site en sont devenus des thuriféraires de plus en plus exaltés et ont rompu avec la recherche de la discussion démocratique avec quiconque n’est pas d’accord avec eux.

La pire expression de cette dérive, de la part de Denis Collin, a été la tentative de retirer du net la vidéo d’une conférence de notre camarade Vincent Présumey sur la révolution allemande tenue à l’Université populaire d’Evreux alors qu’elle dépassait les 2000 vues. Qui ne fait pas sa prière pour Jean-Luc doit être puni, et Rosa Luxemburg et Paul Lévi avec lui !

Depuis, Denis Collin pond.

Il pond, pour en nourrir la France insoumise, la notion de « stratégie théologico-politique de l’islam » (article du 21 août), maintenant envisagé par lui comme une essence globale, menaçant « les sociétés libérales pluralistes qui sont les nôtres », sans plus le différencier de l’islamisme.

Il pond un argumentaire pseudo-philosophique pour étayer le culte du Chef, et là, qu’il soit permis de rire :

« Nous aimerions pouvoir nous passer de chef. Mais dans la situation présente, alors que l’éducation politique est à refaire, alors que les bonnes habitudes de la discipline militante se sont évaporées et qu’on doit reconstruire tout, dans l’urgence, sur un champ de ruines, on est contraint de soutenir un prince au sens de Machiavel, un prince « virtuoso », apte à fédérer les énergies et à donner un coup d’arrêt à l’invasion des barbares. »

J.L Mélenchon serait le prince de Machiavel qui va nous délivrer des « barbares » ! Ce qui s’appelle prostituer Machiavel, authentique républicain lui, dont la pensée achevée sur ce sujet n’est pas dans le Prince, mais dans les Discorsi.

Notons bien le « raisonnement » : l’éducation politique est à refaire, donc il nous faut un Chef, un vrai. Voila qui s’appelle une démission, un renoncement, une désertion : au lieu de combattre pour l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes, par la conscience, la culture, la lutte et l’organisation, on choisit, par mépris pour ces travailleurs et pour les générations présentes, de les vouer à un « chef ». Remarquons ce que cela implique pour les « insoumis » : D. Collin les tient pour des imbéciles, mais il faut pour lui faire avec. Place au Chef, donc – pardon, au Prince virtuoso !

Mais au fait, qui sont ces barbares dont le Chef doit nous délivrer, qu’il convient donc d’expulser ?

A la lecture de la prose immédiatement antérieure de D. Collin, on peut penser que ce sont les musulmans …

Ou alors les Allemands ? Les Américains ? Les musulmans emmenés chez nous par les Allemands et par les Américains ?

On attend avec une curiosité attristée la suite des élucubrations de D. Collin sur la pente, il faut bien le dire, de la barbarie.

En attendant, il désigne déjà des cibles à la haine « insoumise », malgré son mépris perceptible pour ces « insoumis » à qui il faut bien se résoudre, tant « l’éducation politique est à refaire », de donner un Chef, et de leur désigner des boucs émissaires, ceux qu’il faut censurer et réprimer :

« Il y a des groupuscules et des petits groupes qui depuis des mois passent le plus clair de leur temps à dénoncer les initiatives de la France Insoumise. Le POID renoue avec le sectarisme obtus et son principal dirigeant, Gluckstein, ne manque jamais de glisser une tirade anti-FI dans ses éditos. Parmi les pires, un certain Présumey, qu’on avait connu mieux inspiré, se déchaîne contre Mélenchon avec une hargne digne des staliniens d’antan. On pourrait parler des éclopés du PCF et du NPA qui ne supportent pas de s’être complètement trompés et d’avoir été marginalisés par la dernière séquence politique et dénoncent la « volonté d’hégémonie » de Mélenchon. Tous ces pieds écrasés finissent par nous fatiguer. »

Hé oui, vous avez bien lu : de tous les ennemis du Prince, entre le POID, le PCF et le NPA, V. Présumey est « le pire » !

Cette escalade s’explique : la lutte des classes réelle ne se conforme absolument pas aux affirmations fantasmées de notre penseur de service. Les militants lutte de classe, qui avaient autre chose à faire que de préparer le 23 septembre, ont battu Mailly le 12 septembre (les partisans du 23 septembre l’ont, eux, protégé…), et ils ont amorcé la grève illimitée des Transports.

D. Collin doit donc renier toute pratique de débat argumenté et renouer avec les méthodes staliniennes de dénonciation et de censure, rompant avec l’humanisme philosophique dont il se targue. Bien obligé pour s’auto-convaincre que tous ces bruits gênants viennent de « pieds écrasés », alors qu’ils viennent du mouvement réel des classes en lutte …

Il est, dans ce contexte, doublement comique de le voir soudain s’offusquer de ce que « L’annonce du ralliement de Benoit Hamon à la manifestation du 23 a provoqué sur les posteurs Facebook de la FI quelques réactions d’un incroyable sectarisme, certains proposant, ni plus ni moins, d’empêcher Hamon de manifester. »

S’efforçant de défendre les intérêts tactiques de son petit Principe virtuoso (il est si nécessaire de se faire bien voir pour revenir en cour ?), D. Collin feint de découvrir la violence des « insoumis de Facebook » ces gens sans éducation à ses yeux, à qui il faut un Chef ! Mieux vaut en rire …

Sur ses traces, commence à arriver aussi Jacques Cotta. Celui-ci a publié une sorte de dénonciation : « le PCF, le POID et le NPA » sont mus par l’hostilité à la FI et à J.L. Mélenchon. Leur méchant « sectarisme » vise à empêcher rien de moins que la révolution, qui par le biais du 23 septembre menace la V° République. Qu’on se le dise : même la grève des fonctionnaires le 10 octobre pourrait avoir parti lié avec la campagne de la « presse aux ordres de l’oligarchie » contre la France insoumise !

Encore un petit effort, Jacques Cotta : apprends de ton camarade Denis Collin qu’en guise de révolution, il s’agit non d’en finir avec la V° République, mais de mettre au pouvoir un Chef, un vrai, virtuoso, un authentique César Borgia du tonnerre de Dieu, et qu’alors ce pouvoir personnel nous débarrassera des « barbares » : musulmans, oligarchie cosmopolite, PCF, POID, NPA, « Présumey » … Ah, quel bonheur d’avoir enfin un Chef, un vrai !

Voila ce que, en un semestre, l’adhésion tardive mais d’autant plus fanatique à la « France insoumise », a fait d’un groupe d’intellectuels d’un certain âge et d’un certain passé. Comme aurait dit Georges Sorel (après Renan), ces gens là pourraient bien avoir raté leur réforme intellectuelle et morale …

17-09-2017.

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Une République catalane ne saurait nous effrayer !

« Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une république ? »

Telle est la question posée au référendum organisé en Catalogne le 1° octobre prochain – en trois langues : catalan, espagnol et occitan-, à l’initiative du gouvernement régional entraîné et appuyé par la coalition politique de courants nationalistes bourgeois flanqués de courants issus du mouvement ouvrier et de la « gauche radicale ». Tous les habitants du pays, Catalans ou non, plus les Catalans vivant ailleurs en Espagne ou dans le monde, sont appelés à voter.

Cette simple question, en cas de réponse positive, fait voler en éclat l’édifice de l’État espagnol monarchique mis en place lors de l’effondrement de la dictature franquiste.

Le droit de la population de Catalogne à l’auto-détermination, pour tout partisan de la démocratie, ne souffre aucune discussion. Et l’exercice de l’auto-détermination en lui-même pose la question de la souveraineté effective, comme on est en train de le voir.

On est en train de le voir, puisque l’État espagnol par le biais de sa Cour constitutionnelle a déclaré illégal ce vote, qu’il menace de poursuivre en justice les maires qui l’organiseraient, de les destituer et de les arrêter, qu’il menace d’employer la force et enjoint les Mossos d’Esquadra, police civile régionale créée en 1982, de lui obéir. Bref : il y a des bruits de bottes. Des bruits de bottes en Europe occidentale. Le roi, Felippe VI, a déclaré que « la constitution primera »

Le rapport de force est précaire et il comporte deux phases. Premièrement la tenue même du référendum, deuxièmement ce qui se passe si le Oui l’emporte.

Concernant la tenue du référendum, les menaces de Madrid ont produit le rassemblement de plus de 700 maires de Catalogne sur 940, défiant le pouvoir exécutif central et la monarchie post-franquiste. Mais le facteur central réside dans la position du plus important maire du pays : Ada Colau à Barcelone.

Animatrice de mouvements pour le logement et la défense des victimes de prêts immobiliers, Ada Colau a gagné la mairie de Barcelone en 2015 avec le soutien des forces de gauche autres que le PSOE et, nationalement, de Podemos, mouvement auquel elle s’apparente. Selon le théoricien du « populisme » de Podemos, Inigo Errejon, il convient, pour « construire un peuple », de ne plus parler d’ « État espagnol » comme on le faisait dans sa propre tradition familiale de gauche, mais bien d’ « Espagne », et de laisser de côté la question de la monarchie. Et voilà que la bourgeoisie barcelonaise, non sans se déchirer – le conseiller régional aux Entreprises a démissionné contre le référendum-, mais appuyée par une lame de fond dans la société, envisage l’indépendance, parce que l’État espagnol en crise chronique est redevenu pour elle une pompe à finance et non un point d’appui. Et voilà que, du même coup, la question de la République et celle de l’auto-détermination de tous les peuples d’Espagne reviennent à la surface, ces questions que le « populisme de gauche » avait voulu enfouir et oublier, alors même que ceci explique le piétinement depuis maintenant deux ans de Podemos, qui se voyait un peu rapidement accéder au pouvoir.

Ada Colau, nullement préparée à cette épreuve pourtant facile à anticiper, a d’abord refusé d’organiser le référendum à Barcelone. Ce fut là un soutien décisif à l’État central, sa police et sa monarchie, ce qui lui a permis de se montrer très menaçant. Mais devant l’effondrement politique que ceci peut signifier pour elle, de la part de sa base électorale aussi bien indépendantiste que celle attachée simplement aux libertés démocratiques, elle vient de déclarer que le référendum aurait bien lieu à Barcelone, mais que ses fonctionnaires n’y seraient pas impliqués. Cette position à la Ponce Pilate, dont le président de la Généralité de Catalogne s’est satisfait, prenait acte du fait que, sauf à agir de concert avec la police voire l’armée centrales, la mairie de la capitale ne pouvait en aucun cas empêcher le scrutin. Reste qu’un engagement démocratique ferme aurait interdit les menaces de l’État central, et que la mouvance Podemos s’est située à côté ou contre les aspirations démocratiques du plus grand nombre.

La Commission européenne, par la voix de M. Juncker, s’est montrée très prudente : pour elle, le référendum aura lieu, et si le Oui l’emporte, on ne pourra pas s’y opposer, mais le nouvel État devra candidater pour appartenir à l’UE (en sachant qu’il faut pour cela l’unanimité des pays déjà membres et que Madrid a priori refuserait). Manifestement M. Juncker ne souhaite pas ces ennuis supplémentaires, mais ne voit pas bien comment les empêcher.

Les partisans de l’émancipation du prolétariat et de la démocratie, qui combattent le capitalisme catalan aussi bien que tout autre, n’ont rien à craindre d’une indépendance qui se ferait contre l’État espagnol monarchique et post-franquiste. Au contraire, l’indépendance permet de tout remettre dans la balance et de combattre pour une union réelle des peuples, laquelle n’est pas et ne sera pas l’UE, et qui n’est possible que sur la base de leur souveraineté.

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Mais bien sûr qu’il faut défendre les Rohingya !

Soudain, le massacre des Rohingya et l’exode de centaines de milliers d’habitants de l’État côtier birman de l’Arakan vers le Bangladesh voisin, où ils sont maltraités et rançonnés, a fait parler de ce groupe persécuté.

Soudain, les pourfendeurs de l’ « islamophobie » à la place du racisme anti-arabe en Europe, ont eu leur attention attirée par une persécution religieuse effective et terrible contre des musulmans.

Les Rohingya sont un groupe dont la langue est apparentée au Bengali, installés sur les côtes birmanes depuis les XIII°-XIV° siècles, occupant des métiers non agricoles, et que le colon britannique avait instrumentalisés. Lors de l’indépendance birmane, les militaires et les bonzes bouddhistes ont ensemble proclamé la pureté ethno-religieuse du pays et interdit la nationalité birmane aux Royingas, désignés comme boucs émissaires.

Aung San Su Kyi, prix Nobel de la paix, que l’on a fait passer pour une sainte, est issue de ce sérail – son père dirigeait l’armée lors de la création de l’État birman – et a toujours inscrit son « combat pour la démocratie » dans le cadre d’un pays ethno-religieux « pur ». On le découvre ou fait mine aujourd’hui de le découvrir …

Mais bien sûr qu’il faut défendre les Rohingya !

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