« Exclusion » de Gérard Filoche du PS : un signal d’alerte pour le mouvement ouvrier.

Selon plusieurs sites journalistiques dont le Figaro, le BN du PS vient d’exclure Gérard Filoche du PS pour « antisémitisme », ce soir. Des tweets du dénommé Temal (dont on découvre l’existence en tant que grand dirigeant du PS) et de D. Assouline confirment « l’exclusion ». En fait, le BN du PS a pris une « mesure conservatoire » à l’unanimité des présents (tous n’étaient pas présents) qui prive G. Filoche de tout droit d’adhérent du PS en attendant une réunion de la commission dite des conflits. Médiatiquement et pour le grand public, il y a purement et simplement exclusion pour antisémitisme !

Ceci risque de signer l’acte final de la liquidation de ce parti en en chassant, pour un motif dont l’ignominie retombera infailliblement sur ses promoteurs, celui qui était pratiquement devenu l’incarnation physique de qu’il lui restait de caractère ouvrier et social.

Ceci indique aussi la fragilité de la posture de mensonge prise par tous ceux qui collaborent à la destruction du code du travail, du droit aux études, de la sécurité sociale et des services publics. Les provocateurs ont dû agir au plus vite, en dehors bien entendu de tout statut et de toute norme de droit.

Rappelons les faits. Vendredi 17 dans la soirée, G. Filoche tweete stupidement un photomontage antisémite provenant de la firme Soral. Il n’a vu que le premier plan – ceci dit bien des militants avertis auraient été soupçonneux rien qu’en voyant le premier plan, qui représente un Macron en posture dominatrice avec un brassard imitant le sigle nazi, mais orné d’un dollar, sur les mots « En marche vers le chaos mondial ». Lui, tweetant trop vite et ayant plus d’adresse pour saisir le rôle de la place des virgules dans un article du code du travail que pour ce genre de choses, laisse passer et ne voit pas l’arrière-plan, drapeaux américain et israélien et figure démoniaque de Drahi, Attali et Rotschild. Une saloperie antisémite. Averti et même réveillé, il retire le tweet 40 minutes plus tard. Dans l’intervalle le site proche du FN « fdesouche » l’a rediffusé et le buzz, organisé puis spontané, a démarré sur les réseaux sociaux.

Parfois avec maladresse, G. Filoche ne cesse de clamer au monde entier qu’il a fait une grosse connerie et s’énerve contre l’utilisation de celle-ci. Dans la journée de lundi, moins de trois jours après, l’Express annonce qu’une « source proche du dossier » a informé l’AFP de l’ouverture d’une enquête à son encontre par le parquet de Paris.

Une comparaison intéressante s’impose ici.

Alain Soral, la petite frappette idéologique du nazisme à la française, a réalisé ce photomontage le 12 février 2017. Depuis, il a été diffusé des milliers et des milliers de fois sur les réseaux sociaux. C’est le 16 novembre que Soral fait savoir sur son site qu’il a reçu une convocation du tribunal de grande instance de Paris à ce sujet, qu’il reproduit : elle est datée du 14 septembre.

Parmi ceux qui l’ont tweeté et diffusé, un seul, Gérard Filoche, fait l’objet d’une enquête deux jours après avoir retiré son tweet et alors qu’il s’en excuse, enquête dont l’existence est immédiatement communiquée à la presse.

A qui fera-t-on croire que c’est l’antisémitisme qui préoccupe ici l’État ?

Il convient d’ailleurs de s’interroger sur la proximité des dates – Soral rend public les poursuites concernant ce photomontage le 16, et il est envoyé à Filoche dans la soirée du 17. Une provocation, dans laquelle notre camarade aurait commis l’erreur de tomber, est très possible, d’autant que le compte tweeter était suivi de près, fdesouche ayant, répétons-le, commencé à diffuser « la grave information » dans les minutes qui ont suivi.

Tels sont donc les faits.

Ils signifient à toutes celles et tous ceux qui veulent être représentés politiquement, démocratiquement, et affronter la destruction des droits sociaux entreprise par Macron, qu’il est temps pour eux et plus que temps de se regrouper en dehors de toute frontière organisationnelle héritée du passé proche ou lointain et d’engager la discussion sur les urgences du moment présent !

Parmi ces urgences, doit être inscrite en première ligne la lutte contre l’antisémitisme. Car nous assistons à une manipulation cynique et dangereuse de l’antisémitisme et des accusations d’antisémitisme. J.C. Cambadélis, interviewé par J.M. Aphatie sur « l’affaire » ce mardi, a entrepris, dans son style inimitable, d’enfoncer G. Filoche. Peu importe, mais le journaliste Aphatie a alors lancé que le discours du Bourget de F. Hollande, en 2012, pourrait être taxé d’antisémitisme, J.C. Cambadélis paraissant ne savoir trop que dire (difficile de dire s’il était complice ou non de ces propos).

Ceci indique quels sont les ressorts de l’opération en cours : liquider ce qui reste de non-macronien au PS et surtout lancer la chasse aux sorcières contre toute critique d’un président déjà impopulaire, et toute critique de la finance. Il est d’autre part nécessaire de diffuser et de discuter la place structurelle de l’antisémitisme au cœur du fétichisme nécessaire au capitalisme : c’est très important, nous y reviendrons, mais il faut aussi dire clairement que n’est pas a priori antisémite qui dénonce Macron, la finance et leurs liens évidents et d’ailleurs assumés !

Mais surtout, quelle gravité, quel crime sont en train de commettre ces boute-feu irresponsables, qui par ces amalgames font littéralement la courte-échelle aux véritables antisémites et aux véritables fascistes !

Haut les cœurs : que les militants ouvriers, les syndicalistes, les militants de gauche, les jeunes, se rencontrent à tous les niveaux. Répondons à cette décomposition par la démocratie et l’organisation, la fédération des énergies pour discuter de l’urgence sociale et humaine et de l’alternative à Macron et à Le Pen, maintenant.

La rédaction,
21-11-2017 à 21h30

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A propos de deux appels nationaux… Nous avons un besoin de clarification politique pour lutter, par Robert Duguet

Nous avons un besoin de clarification politique, car nous voulons savoir où nous allons. En ce moment commencent à circuler deux appels nationaux, qui, les deux posent la question de la recomposition. Par souci de donner tous les éléments à ceux et celles qui me lisent, je joins les deux appels avec la liste de leurs signataires respectifs.

1-Front Commun se prononce pour « construire une force politique en commun » et fait référence à un appel qui avait réuni 10 000 signatures pour la campagne présidentielle de Jean Luc Mélenchon, tout en déplorant que ce qui s’était concentré sur la candidature à la présidentielle ne se retrouve pas à la législative. On peut lire cette phrase d’une extrême ambiguïté : « Mais nous avons échoué à obtenir le même résultat pour les législatives et éviter ainsi des candidatures fratricides de cette gauche-là. » J’ai retourné cette phrase dans tous les sens. Cela veut-il dire que les candidatures « fratricides » qui faisaient référence à la gauche et au rassemblement de la gauche, en respectant les identités de chacun et en appelant à voter pour le candidat de gauche le mieux placé contre Macron, sont responsables de l’échec à la Législative ? Cela veut-il dire – pour prendre un exemple actuel qui fait polémique – que la gauche Corse qui se rassemble sur un programme social clairement à gauche contre les nationalistes, est une candidature « fratricide » ? Poser ces question c’est commencer à y répondre.

L’appel Front Commun a une fonction dans la situation actuelle : nous savons qu’il y a dans l’organisation de France Insoumise (qui n’est pas si « gazeux » que cela), un espace dédié aux organisations politiques qui soutiennent FI et la stratégie présidentielle de Mélenchon.  On y trouve des cadres politiques venus du PCF (courant Francis Parny et pour nous locaux l’ex-responsable du PCF sur le Val d’Yerres Françoise Quainquart), une partie d’Ensemble et … le POI lambertiste qui s’est singularisé dans la dernière période par son soutien aux négociations de Maillys avec Macron sur les ordonnances liquidatrices du droit du travail.

Si l’on regarde la liste des signataires, on y retrouve en particulier le nom de Roger Martelli, principal animateur de la revue Regard, et qui a mené la bataille avec Clémentine Autain, pour qu’ Ensemble rejoigne l’espace politique de FI.

L’appel Front Commun ne fait aucune référence à la gauche et à sa pluralité actuelle, au besoin de rassemblement décidé par des citoyens librement auto-organisés sur des objectifs concrets précis. La conclusion du texte est on ne peut plus claire : « nous allons ouvrir un espace de dialogue sur les enjeux du rassemblement politique nécessaire, ainsi que sur la forme et les finalités de la « force commune » à créer. » Qui ouvre l’espace en question ? Qui le contrôle ? En fait on nous engage à entrer dans l’espace politique de FI.

2-En revanche L’appel passerelles correspond mieux à ce que nous voulons mettre en œuvre dans le Val d’Yerres. Je ne cite que deux courts extraits :

« Rassemblons-nous partout dans des collectifs unitaires de la gauche sociale, écologiste, intellectuelle ou culturelle. Toutes les forces peuvent y contribuer ! »

Ou encore :

« Sans attendre, nous constituons un comité de liaison ouvert, pluraliste. Nous publierons un bulletin de liaison reprenant initiatives locales, nationales, débats contradictoires … Il sera enrichi au fur et à mesure. »
S’il s’agit de s’inspirer de ce que font les collectifs locaux, qui d’ores et déjà existent dans un certain nombre de localités, nous ne pouvons qu’y souscrire. S’il s’agit de coordonner cette action en permettant l’échange à l’échelon supérieur, c’est encore mieux. Que revive la démocratie et l’auto-organisation des citoyens librement associés. C’est une leçon que nous donnent aujourd’hui la jeunesse et les ouvriers catalans dans leurs comités de défense de la République (CDR) ! En France on ne reconstruira rien sans cet espace pluraliste et démocratique pour sortir du temps de la décomposition de la gauche traditionnelle. Le combat pour une constituante souveraine et pour une nouvelle République ne se fera pas sans une intervention politique des salariés et de la jeunesse « en ce lieu où se règle ses propres destinées » (Léon Trotsky à propos des révolutions russes).

3-En fait, pour ma part c’est la conclusion que je tire, ces deux appels traduisent deux orientations politiques différentes. Cela ne sert à rien de vouloir gommer les différences. L’une, celle de FI a conduit à la défaite des législatives : quand on a recueilli 7 millions de voix à la présidentielle, ce n’est pas une victoire que la gauche sorte de l’épreuve avec 2 petits groupes parlementaires, représentation bien inférieures à ce que représentent les 7 millions. L’autre reste à mettre en œuvre : ce n’est pas le ralliement à un chef suprême, mais un travail d’auto-organisation patient à mener. Et cela ne sera pas simple.

Notre article 2 des statuts de notre association, l’Espace citoyen du Val d’Yerres, stipule :

« Elle regroupe ceux et celles qui veulent réfléchir et participer à l’élaboration des principales mesures qui permettraient de sortir de la crise économique, écologique et sociale dans laquelle le capitalisme a plongé la société. »

Là est notre boussole. Tout ce qui permet de faire converger les forces sociales et politiques vers ce but est bon à prendre. Tout se clarifiera par la démocratie.

Comme aimait le dire Rosa Luxembourg : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement »

 


L’appel dit « Passerelles »
Les propositions  d’alternatives sont présentes dans la société.

Le rejet massif de la loi El Khomri en 2016 reste prégnant. Il conduit au rejet des ordonnances anti sociales qui vont aggraver la casse du droit du travail. Le social reste au cœur des préoccupations d’une majorité de jeunes, de salariés, de retraités.

La mise en cause des APL, des emplois aidés, l’augmentation de la CSG ont été rejetées dès cet été. La baisse de popularité d’un Président élu par défaut s’explique d’abord par cette réalité.

Quant aux attentes en termes de transition écologiste, de démocratie, de solidarité avec les migrants … elles risquent, sans aucun doute, d’être tout autant balayées.

Rassemblons-nous partout dans des collectifs unitaires de la gauche sociale, écologiste, intellectuelle ou culturelle. Toutes les forces peuvent y contribuer ! Que l’on ait ou non des attaches partisanes, que l’on soit salarié, jeune, retraité, sans emploi, intellectuel, artiste … socialiste, communiste, écologiste, insoumis … syndicaliste, associatif, féministe, membre d’organisations de jeunesse … Le ciment de notre force c’est la volonté de vivre mieux, de transformer ensemble notre société.

Sans attendre, nous constituons un comité de liaison ouvert, pluraliste. Nous publierons un bulletin de liaison reprenant initiatives locales, nationales, débats contradictoires … Il sera enrichi au fur et à mesure.

Sans attendre, nous appelons à la mobilisation sociale avec les organisations syndicales, de jeunesse, de retraités, de précaires ou de privés d’emploi. Nous appelons à rejoindre toutes les initiatives unitaires.

Ensemble, nous pouvons et nous devons construire une nouvelle gauche écologiste et sociale de demain.

Celle-ci se doit d’avoir comme objectif d’améliorer le niveau de vie et des conditions de travail de nos concitoyens, de privilégier l’intérêt des salariés à celui de la finance, de défendre et de développer les services publics, d’imposer un développement écologique et pérenne respectueux de l’Homme et de notre planète, de lutter pour l’égalité et l’accès aux droits de toutes et tous, de développer les solidarités locales, nationales et internationales …

La politique de ce gouvernement est clairement de droite.
Face à cette imposture, nous appelons à une convergence d’actions permanentes des forces de gauche, associatives, écologistes … et du mouvement social. Une telle convergence redonnerait confiance.
Ce qui manque pour défaire ce gouvernement c’est la perspective d’une alternative majoritaire. À partir de forces dispersées, cette perspective existe ! Nous voulons œuvrer à son rassemblement.

Nous appelons chacune et chacun à prendre l’initiative, à agir et débattre.

Nous sommes une force mais nous avons besoin de passerelles de débats entre mouvements tant sur le plan politique, syndical qu’associatif ou citoyen  !

Premiers signataires :

Marie-Christine Aragon, Cons. Dép. Bayonne 3, Michel Angot, syndicaliste retraité,,Olivier Aslangul, BN de Nouvelle Donne, Marinette Bache, conseillère de Paris, R et S Guillaume Balas, député européen, Francine Bavay, Écologie sociale, Michel Bock, militant EELV, Jacques Boutault, maire du 2ème ardt Paris, EELV, Jean Claude Branchereau, Gauche Démocratique et Sociale, Patrick Brody, syndicaliste, Jean Claude Chailley, SG Résistance sociale,  Alain Coulombel, Bureau exécutif EELV,  Armand Creus, Ensemble ! Lyon, Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, Jean Pierre Dubois, militant des droits de l’Homme, Olivier Dupuis, syndicaliste,  Patrick Farbiaz, Écologie sociale,  Gérard Filoche, BN du Parti socialiste, Nadine Garcia, syndicaliste, Jean-Luc Gibelin, Vice-Président conseil régional Occitanie, PCF Anne Hessel-Lecarpentier, BN Nouvelle Donne,  Lucien Jallamion, République et Socialisme, Michel Jallamion, militant services publics, Conseiller régional IDF R&S-FdG, Marianne Journiac, République et Socialisme, Jean-Yves Lalanne, maire PS de Billère 64, Annie Lahmer, cons rég EELV Ile de France, Nicole Lozano, BN Nouvelle Donne, Jean Claude Mamet, Ensemble ! Philippe Marlière, politiste, Gus Massiah, altermondialiste,  Roland Mérieux, Ensemble !Jean François Pélissier, porte-parole d’Ensemble ! Loîc Pen, médecin urgentiste, Creil, Simone Sebban, BN Nouvelle Donne, Eric Thouzeau, Cons. Rég. PS Pays de Loire,  Hocine Tmimi, Adjt au maire de Vitry-sur-Seine et Cons. dép. 94 Stéphanie Treillet, Ensemble !  Guy Tresallet, syndicaliste, Maryse Tripier, sociologue,Marie Christine Vergiat, députée européenne,  Marie Pierre Vieu, députée européenne, PCF- GUE.


Le texte d’appel de Front Commun

Bonsoir,

Nous sommes désormais plus de 2500 insoumis, communistes, socialistes, écologistes, libertaires, syndicalistes, féministes, altermondialistes, etc., membres ou non d’un parti. Nous voulons construire une force politique en commun pour transformer la société. Tel est notre objectif.

Ce sont près d’une centaine à avoir pris l’initiative de lancer un appel à la convergence et à la création d’un large cadre de rassemblement politique, une force commune. C’est cet appel désormais soutenus par plus de mille signataires que nous vous invitons à lire, à signer et à partager : http://www.frontcommun.fr.

Cet appel fait suite à celui lancé voici un an pour des candidatures communes de la gauche de transformation sociale – celle qui ne s’est pas convertie au libéralisme – aux élections du printemps dernier. Cet appel avait réuni plus de 10 000 signataires et a contribué à un certain rassemblement autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Mais nous avons échoué à obtenir le même résultat pour les législatives et éviter ainsi des candidatures fratricides de cette gauche-là. Une très belle occasion de construire un front commun face au pouvoir actuel a été perdue. Aujourd’hui, le problème reste entier c’est pourquoi nous voulons à nouveau prendre l’initiative.

Parallèlement, et sur ce même site http://www.frontcommun.fr, nous allons ouvrir un espace de dialogue sur les enjeux du rassemblement politique nécessaire, ainsi que sur la forme et les finalités de la « force commune » à créer. Nous souhaitons que le plus grand nombre possible de signataires de l’appel y contribuent en nous adressant les contributions qui leur paraîtraient utiles.

A très bientôt.

Cordialement,

Les premiers signataires :

Adam Hélène (syndicaliste), Aguiton Christophe (militant altermondialiste), Ainardi Sylviane (députée européenne 1989-2004), Arvois Emmanuel (syndicaliste 13), Bagayoko Bally (maire adjoint Saint-Denis), Bascoulergue Alain (PCF 93), Bavay Francine (Ecologie sociale), Becker Emmanuelle (Conseillère de Paris), Bidet Jacques (philosophe), Billon Gérard (syndicaliste), Bontoux Françoise (PCF, militante féministe), Bontoux Jean-Pierre (ancien maire de Mitry-Mory), Borras Frédéric (Ensemble ! Haute Garonne), Borvo Cohen-Séat Nicole (sénatrice honoraire), Boursier Marie-Pierre (PCF), Brody Patrick (syndicaliste), Calaret François (Ensemble !), Caussarieu François (Ensemble ! Bearn), Chamoiseau Patrick (écrivain), Charansonnet Alexis (historien), Chartier Michèle (Ensemble ! Pays basque), Cluzel Agnès (PCF, militante antiraciste et altermondialiste), Cluzel Jean-Claude (PCF), Cohen-Séat Patrice (président d’honneur d’Espaces-Marx), Comolli Jean-Louis (cinéaste), Cossard Jacques (économiste), Cours-Salies Pierre (Ensemble !), Coustal François (animateur de Marxisme Analyse Débat), Drevon Jean-Michel (Ensemble !Rouen), Duffour Michel (ancien ministre), Duparc Jean-Paul (enseignant, PCF 06), Dupuis Chantal (Ensemble ! Pays basque), Dutoit Frédéric (ancien député), Duquesne Laura (étudiante), Farbiaz Patrick (Ecologie sociale), Fath Jacques, Mazauric Claude (historien), Fourré Jean-Pierre (ancien vice-président de l’Assemblée nationale), Frize Nicolas (compositeur), Galin Bernard (Ensemble ! 94), Garo Isabelle (philosophe), Gauthier Sylviane (Ensemble ! 94), Gaillanne Fanny (Conseillère de Paris), Géminel Grégory (PCF), Génevée Frédéric (PCF), Gonthier-Maurin Brigitte (ancienne sénatrice), Grond Pierre-François (Ensemble !), Harribey Jean-Marie (économiste), Haudebourg Brigitte (Ensemble ! 72), Hayes Ingrid (animatrice nationale d’Ensemble !), Jacquaint Muguette (députée honoraire), Job Alain (Ensemble !), Jollet Anne (historienne), Joshua Manue (syndicaliste), Johsua Samy (conseiller municipal, Ensemble !13), Khalfa Pierre (économiste), Lagache Richard (éditeur), Lajaumont Stéphane (Ensemble !Haute Vienne), Landais Jean-Pierre (PCF 44), Lainé Raphael (Ensemble ! 69), Le Bronze Marcel (PCF 44), Leclerc Anne (syndicaliste et militante féministe), Leclerc Patrice (maire de Gennevilliers), Le Corre Hervé (romancier), Le Lann Yann (président d’Espaces-Marx), Lemaire Jean-Pierre (signataire France insoumise), Longérinas François (animateur de l’ESS), Luquet Jean-François (Ensemble ! Landes), Lyonnais Laurence (Ensemble ! Doubs, militante écologiste), Mamet Jean-Claude (Ensemble!), Mangenot Marc (économiste et militant associatif), Martelli Roger (historien), Martin Myriam (Conseillère régionale, porte parole d’Ensemble !), Marty Christiane (chercheuse, féministe), Massiah Gus (économiste), Masson Sonia (PCF), Meyroune Anna (PCF), Meyroune François (ancien maire de Migennes), Michaloux Charles (animateur de Marxisme Analyse Débat), Michel Claude (syndicaliste, membre honoraire du CESE), Migneau Monique (Ensemble ! 92), Mollaz Olivier (Ensemble !), Mordillat Gérard (écrivain, réalisateur), Morice Eric (maire adjoint La Courneuve), Mouly Frank (PCF 77), Moustard René (auteur), Petit Jean-Claude (compositeur, chef d’orchestre), Peytard Jean-Michel (signataire France insoumise), Pigeard de Gurbert Guillaume (philosophe), Poullaouec Tristan (sociologue), Poux Gilles (maire la Courneuve), Quilgars Jean-Pierre (syndicaliste), Ramonet Ignacio (journaliste), Roussey Christine (directrice d’association), Saint-Gal Nora (PCF), Salvaing François (romancier), Sargeni-Chetaud Isabelle (Ensemble ! Béarn), Tanguy Lucie (directrice de recherche honoraire CNRS), Testart Jacques (biologiste), Thiébaut Olivier ((Ensemble 89), Tricot Catherine (architecte), Vanderlick Nicolas (Ensemble ! Haute Vienne), Viguie Francis (Ensemble ! Montpellier), Voyant Josiane (militante associative), Weber Louis (éditeur), Zappi Laurent (syndicaliste).

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La vraie indépendance syndicale et la question politique.

A la veille de la journée d’action du 16 novembre appelée par la CGT, la CGT-FO, la FSU, Solidaires et l’UNEF, le sentiment général parmi les militants syndicaux est qu’elle est nécessaire, importante puisque la ratification parlementaire des ordonnances Macron contre le code du travail arrive, mais qu’elle ne sera pas massive, même si des exemples locaux (participation des salariés d’une PME en lutte pour leur salaire ici, mobilisation des jeunes AED – surveillants – d’un lycée là), sont parfois encourageants.

Le même sentiment prévaut parmi les secteurs syndicaux et politiques qui, à l’appel initial du regroupement « Front social », avec notamment Solidaires, entendent relier cette journée à une « marche sur l’Elysée » samedi 18 novembre. La motivation et la mobilisation de ces secteurs est hautement significative, mais, à nouveau, le sentiment est que si elle est juste elle ne fera pas masse pour autant.

L’importance de la journée du 16, bien qu’elle soit appelée sur un texte national où ne figure pas le retrait total des ordonnances et l’abrogation de la loi El Khomri – avis aux camarades de FO : votre mandat contre Mailly n’était pas celui-là !-, comme l’importance de la manifestation de samedi, est qu’elles indiquent une direction à prendre, une nécessité, sans la réaliser pour autant : celle de la généralisation et de la centralisation des conflits, luttes, résistances, contre le pouvoir exécutif.

C’est parce que les journées d’action successives ne répondent pas à cette nécessité qu’elles ont à nouveau fini par ne plus être suivies. Le moment de la ratification parlementaire des ordonnances appelait une action de grève unie se centralisant contre l’exécutif sur des mots d’ordre clairs : retrait des ordonnances, abrogation de la loi El Khomri, hausse des salaires, annulation de la hausse de la CSG et maintien de la sécurité sociale reposant sur les salaires. Si, « en bas », était ressentie une volonté claire d’unir et de résister, il y aurait du répondant. Si cette volonté n’est pas perçue de la part des directions syndicales nationales c’est qu’il y a un problème politique de leur part, toujours le même : le refus de porter la résistance sociale jusqu’au niveau de l’affrontement central, en lui-même politique, avec le pouvoir exécutif d’Etat, et par conséquent la peur de gagner.

Notons d’ailleurs que les accords signés, en dépit du gouvernement, dans les branches des Transports routiers, des Ports et docks, contredisent bel et bien les ordonnances en préservant la place des conventions collectives de branche dans des domaines essentiels. C’est aussi l’enjeu en cours dans la branche du Pétrole. Mais de tels garde-fous ne tiendront pas si l’ensemble du code du travail est brisé.

La caractérisation politique des directions syndicales faite ici est, précisons-le, exactement l’inverse des critiques largement répercutées et commentées ces dernières semaines, faites par J.L. Mélenchon. Selon lui il faut en finir avec la charte d’Amiens ou avec l’esprit de celle-ci, qui ferait que les syndicats ne veulent pas agir avec les mouvements politiques (ce qui signifie en l’occurrence qu’ils ne veulent pas s’aligner sur le sien), et ceci peut être interprété comme une critique du refus d’affronter politiquement le président et son gouvernement. Mais regardons-y de plus près : la charte d’Amiens (qu’il date au passage de 1905 alors qu’elle est de 1906) poserait problème en raison de l’illusion dangereuse de la « grève générale révolutionnaire ». Cette formule, citée plusieurs fois par J.L. Mélenchon depuis juillet, ne figure pas dans la charte d’Amiens. S’y trouve l’idée de la grève générale abolissant salariat et patronat. Mais la « grève générale révolutionnaire » n’est pas qu’une idée. Lors du mouvement contre la loi El Khomri, sans employer les grands mots, se posait la question de la grève totale de deux-trois jours avec manifestation centrale pour le retrait : ceci aurait abattu le pouvoir en place et ouvert la crise de régime. C’est à cela que s’oppose J.L. Mélenchon. La « manifestation centrale » qu’il invoque est une manif de week-end, pas la centralisation de la lutte réelle contre patronat et gouvernement.

La question centrale est bien politique et appelle une réponse inverse : le respect de l’indépendance syndicale c’est que les syndicats n’aient aucune restriction politique pour gagner, donc que le mouvement social puisse se généraliser et se centraliser jusqu’à l’affrontement nommé avec effroi « grève générale révolutionnaire » par les politiciens de tous bords. Mais pour que la base puisse les contraindre à jouer leur rôle et à être ainsi réellement indépendants il lui faut une perspective politique, car battre l’exécutif Macron pose la question de l’après, de l’alternative. D’où la nécessité et l’importance de la fédération, dans le débat démocratique, de tous les courants qui entendent contribuer à cette alternative.

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Catalunya – Réunion publique de Paris jeudi 9 novembre.

APLS invite ses lecteurs à assister à cette réunion d’information et de solidarité.

Pour info :

Note des organisateurs.

Bonjour, la préparation de la réunion publique est dans la dernière ligne droite. Interviendront une représentante de l’ANC, un de la CUP, deux jeunes du CDR ( comité de Défense d la République, créé à Paris dimanche dernier par des jeunes Catalans de Paris, un syndicaliste de TV 3, la TV publique de Catalogne menacée de reprise en main, deux représentants des Kurdes. 2 syndicalistes de la CGT espagnole et de la CGT de Catalogne en direct de Barcelone. L’ouverture des portes se fera à 18 H et se conclura à 22H .

Nous avons besoin de votre aide pour informer sur cette réunion. La censure est lourde . Même Démosphère refuse de faire circuler l’info en raison du supposé « nationalisme « catalan. Vous devez faire circuler massivement l’info auprès de vos réseaux notamment dans les réseaux sociaux , ainsi qu’auprès des journalistes . Nos camarades catalans ont pris l’initiative d’envoyer l’information sur la réunion publique auprès de tous les députés. Face à la répression, il faut maintenant élargir le mouvement de solidarité.
Patrick Farbiaz

 

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Soutien au site A l’encontre contre l’attaque informatique dont il a fait l’objet

Alors que se développe la crise catalane, nous recevons ce jour du site A l’encontre, site d’analyse et d’information marxiste qui fournit de nombreux documents pas forcément accessibles dans la presse traditionnelle,  le message suivant : « Sous forme de réponse «collective» aux très nombreux mails reçus, nous vous informons que le site alencontre.org a subi une attaque d’une ampleur jamais connue. Le contenu du site a été partiellement restauré jusqu’en date du 18 octobre. Il sera rétabli dans les meilleurs délais, avec les inconnues propres à ce type de situation. »

Le site APLS a fait l’objet de mauvais procédés de la part du gestionnaire d’A l’encontre (voir nos billets des 17 et 20 juillet). Notre solidarité totale devant cette attaque est pour nous impérative et évidente et nous tenons d’autant plus à le dire.

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APLS Numéro 82 du 2 novembre 2017 – Spécial Alternative à gauche

Numéro 82 du 2 novembre 2017

Spécial Alternative à gauche : Appels, réunions, rencontres

Le numéro 82 uniquement au format PDF

Présentation

Nous reproduisons ci-dessous :

  • le compte-rendu de la rencontre que notre blog a animé le 22 octobre, qui débouche sur le projet d’une assemblée-débat en février,

  • le procès-verbal d’une rencontre de militants de gauche de toutes tendances dans l’Allier,

  • le compte-rendu de la constitution de l’espace citoyen du Val d’Yerres,

  • l’appel « Travaillons ensemble »,

  • un appel de militants et sympathisants socialistes : si ce dernier appel semble se situer dans le cadre du PS tout en attestant de l’effondrement en cours de ce cadre, il pose une question qui ne peut sans doute trouver sa solution qu’en dehors de lui, ou au delà de lui, aujourd’hui : celle d’un vrai congrès refondateur.

Ne sommes-nous pas tous concernés ?

De cette effervescence où l’ancien – les militants formés dans la lutte dans et/ou contre les « vieux partis »- rejoint le nouveau – la jeunesse et ceux qui reviennent du ballan gazeux « populiste – doit sortir l’alternative politique, démocratique et par là révolutionnaire !

Tel est le sens de notre propre blog.

Continuons !

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Questions-réponses aux maximes, proverbes, aphorismes et propos de comptoirs distillés contre l’indépendance catalane.

I. Les arguments à cent balles (les plus répandus).

« Ce sont des riches. »

Voila bien la proposition clef, censée clore tout débat. Elle est commune à l’anar et au facho, au téléspectateur de TF1 et à l’adepte des « médias alternatifs ». Une touchante unanimité bien-pensante a ainsi été construite : « Les Catalans, comme les Italiens du Nord, ne veulent pas être solidaires des régions pauvres d’Espagne, c’est une question fis-cale mon bon monsieur ! ».

Si cette affirmation est généralement assenée avec la certitude d’être sans réplique, il est pourtant très facile d’y répliquer : vous les avez vues, vous, les manifestations de pauvres ouvriers agricoles africains surexploités en Andalousie, d’ouvriers au chômage des Asturies, de locataires madrilènes traqués par leurs créanciers, exigeant que le roi et M. Rajoy puissent continuer à prendre dans les profits des riches capitalistes catalans pour les leur redistribuer ?

L’Etat espagnol, pas plus et plutôt moins que la plupart des Etats capitalistes, ne pratique la « redistribution » des riches vers les pauvres, sauf dans la mesure où des conquêtes sociales l’y contraignent, ce qui n’est guère le cas ici. Par contre, historiquement, l’appareil d’Etat et les couches bureaucratiques, militaires, ecclésiastiques et financières qui lui sont liées a toujours ponctionné les régions périphériques où se font les plus gros profits. En effet, le capitalisme industriel dans le cadre de la monarchie espagnole s’est développé de façon périphérique, et la Catalogne produit 20% du PIB du pays. L’octroi de « privilèges » fiscaux est une méthode de concessions clientélaires de la part du pouvoir madrilène, et à cet égard le Pays Basque et la Navarre sont beaucoup plus « privilégiés » que la Catalogne.

L’existence de secteurs capitalistes catalans souhaitant contrôler fiscalité et finances de la province est certaine, mais l’aspiration populaire, largement majoritaire et allant même au delà des milieux indépendantistes, au contrôle des finances locales, est de nature différente. Mais quoi qu’il en soit, les faits auxquels on assiste aujourd’hui devraient mettre un point final à la question : ce sont bien les banques et les grandes entreprises de Catalogne qui expriment leur terreur de l’indépendance et surtout du mouvement populaire qui la réclame, et qui, avec la complicité active de Madrid et de Bruxelles, et la passivité de Puigdemont et de son parti, quittent le pays.

Cette fuite des capitaux assignerait à la Catalogne la fonction de zone touristique secondaire, alors qu’elle est le coeur des flux économiques d’Espagne et de Méditerranée occidentale. Le mouvement populaire actuel, englobant des secteurs capitalistes, est aussi une résistance contre cette évolution destructrice qui se dessine comme l’avenir promis à la Catalogne dans le cadre espagnol. La prise de conscience de cette réalité est antérieure à l’affrontement présent : elle va avec la paupérisation de toute la jeunesse et le soulèvement démocratique des « Indignés » depuis 2011.

Par ailleurs, si les régions riches se mettaient à demander leur indépendance par manque de soi-disant « solidarité », alors on verrait un sécessionnisme parisien envers la France ou francfortois envers l’Allemagne ! Les vraies raisons du sentiment national catalan sont bien entendu autres et bien plus anciennes. Nous nous trouvons ici dans le cas de figure de nationalités opprimées plus développées économiquement et socialement que le centre qui les domine : cette configuration historique fut celle de la monarchie espagnole et de l’empire tsariste, où Polonais, Finlandais et Baltes étaient traités, et maltraités, comme des « riches » par Moscou.

« Ce sont des régionalistes réactionnaires. »

En France métropolitaine où, en dehors de la Corse, l’adéquation Etat/nation est à peu près totale, l’on a souvent du mal à comprendre que la revendication catalane est, justement, de nature nationale, et on la confond souvent avec un « régionalisme ». Lorsque le « régionalisme » va au delà d’une légitime fierté locale, de protestations concernant la répartition des investissements, et devient une revendication « identitaire », il est ultra-minoritaire (bien que parfois manipulé par les potentats régionaux créés par les lois dites de décentralisation). Que les Français se rassurent, la Catalogne n’est en rien une Bretagne qui réclamerait son indépendance, ni une Padanie, région italienne où des courants réactionnaires réclament en effet de ne plus « payer pour le Sud » et de ne pas accueillir les réfugiés.

La Catalogne est d’ailleurs l’une des régions européennes les plus disposées à accueillir ces derniers … et une Catalogne souveraine et démocratique serait tout autant, voire plus, susceptible de redistribuer vers ceux qui en ont besoin !

Cette confusion a pu, de plus, être alimentée par les atermoiements du nationalisme catalan officiel de la CDC (Convergence Démocratique de Catalogne), longtemps au pouvoir dans le cadre des institutions espagnoles et de leurs « communautés régionales ». L’Espagne post-franquiste a été le laboratoire de la régionalisation, précisément mise en place ici, pour que les questions nationales catalane, basque et galicienne soient amalgamées aux questions régionales – elles-mêmes particulièrement prononcée dans une nation espagnole dont l’unification et la construction achevées n’ont pas été faites, la monarchie et le franquisme ayant bloqué toute construction démocratique. La CDC, forme spécifique du nationalisme catalan adaptée à l’Espagne post-franquiste et à l’Union Européenne, a été au pouvoir la majeure partie du temps, au niveau régional, depuis 1978, avec Jordi Pujol puis Arturo Mas, a tendu la main aux courants régionalistes et capitalistes les plus droitiers, comme la NVA flamande, mais les compromis sur lesquels s’était formé son pouvoir – et sur lesquels s’était développé, comme à Madrid, la corruption de ses chefs – se sont effondrés, peu à peu depuis 2006 et brutalement avec la crise économique depuis 2011.

On peut donc dire que la résurgence d’un mouvement national et démocratique catalan depuis 2010 acte justement la faillite du « régionalisme ».

« Ce sont des nationalistes identitaires. »

Plus ou moins mélangée avec l’affirmation sur le « régionalisme réactionnaire », voici l’accusation suprême : le nationalisme catalan serait xénophobe, voire fascisant.

Accusation risible et tragique en même temps, car elle tait la résurgence massive des franquistes, fascistes et phalangistes, bras levés et insignes nazis dans le cadre des manifestations dites « unionistes » !

Pour certains, tout nationalisme est forcément odieux. Sans développer ici ce point, disons qu’ils manquent totalement … d’inter-nationalisme !

Les nationalismes sont soit des réactions à une domination et une oppression, soit l’expression de la domination et de l’oppression. Dans ce dernier cas, il s’agit en Catalogne du nationalisme espagnol !

Ceci dit il peut arriver que des nationalismes luttant pour une libération comportent des courants réactionnaires. Les mouvement nationaux comportant plusieurs classes sociales c’est même inévitable. Mais cela n’efface pas la légitimité des aspirations à l’auto-détermination. Pour combattre ces courants réactionnaires, il faut défendre l’auto-détermination, sinon on fait leur jeu.

Le cas catalan, comparé à d’autres cas européens (Irlande, Pays Basque, Ukraine …) est en fait celui d’un nationalisme historiquement peu « identitaire », souvent laïque voire anticlérical, disposé à accorder la nationalité catalane à tout résident sur la base d’une application large du droit du sol, et se définissant, dans une monarchie, comme « républicain ».

Le nationalisme historique catalan est représenté par l’ERC (dite Gauche républicaine), qui avait exercé le pouvoir en Catalogne en 1931-1934 dans le cadre de la République, tenté l’indépendance en 1934, et gouverné, en relation avec le gouvernement républicain de Madrid, avec les comités ouvriers et paysans dominés par les anarchistes en 1936-1937 dans une indépendance de fait, puis avec le PC espagnol et sa branche catalane le PSUC après 1937 qui l’avait replacé sous le contrôle de Madrid, affaiblissant du même coup la résistance antifasciste. La défaite républicaine de 1939 et l’exil sous les bombes fascistes et dans les camps français en 1939 (la Retirada) furent pour la nation catalane sa défaite historique en même temps qu’elle était celle du mouvement ouvrier, de l’anarchisme, et de la République espagnole.

A ce nationalisme historique s’est d’abord substitué, après 1978 dans le cadre de la monarchie post-franquiste, octroyant libertés démocratiques et autonomies régionales, le CDC, dit de « centre-droit ».

Mais les dernières élections régionales ont vu à la fois un piétinement de ce courant, renommé PDeCAT (Parti Démocrate Européen Catalan) et un déplacement de son axe central avec l’arrivée au pouvoir de Puigdemont, qui se voulait un indépendantiste plus authentique que ses prédécesseurs Pujol et Mas, vieux collaborateurs avec le pouvoir central. De plus un petit parti allié du CDC, démocrate-chrétien, s’est effondré. Par contre l’ERC est remontée et, sur la gauche, a percé la CUP (Candidature d’Unité Populaire) courant indépendantiste d’extrême-gauche.

Il y a donc trois courants : le « centre droit » social-libéral présentement déstabilisé, Puigdemont avec ses hésitations et rétropédalages étant l’expression de cette déstabilisation, l’ERC, courant historique qui, extérieur au mouvement ouvrier, en a toujours subi la pression et cultive une identité laïque et républicaine, et la CUP, courant lié au mouvement ouvrier et à la gauche, dont les 8% indispensables à la majorité indépendantiste – et le rôle actif dans le mouvement présent – font le fer de lance de l’affrontement actuel.

« Oui mais ils veulent forcer les gens à parler catalan »

Il y a trois langues officielles en Catalogne, le castillan et le catalan, ainsi que l’occitan. Si l’on parlait celui-ci dans la rue sous Franco, on se faisait arrêter et tabasser. Les nationalistes catalans ont largement commencé à en faire la langue de l’administration et celle de l’école publique – en même temps qu’a progressé la laïcisation de celle-ci.

Alors certes les souvenirs du franquisme, surtout quand, comme en 2012, un ministre espagnol les réveille en proclamant qu’il va falloir « castillaniser » l’enseignement en Catalogne, peuvent produire des attitudes fermes voire intimidantes. Ce n’est toutefois pas le cas de la population catalane dans sa masse qui passe d’une langue à l’autre, sans oublier l’occitan dans lequel les bulletins du référendum du 1° octobre étaient également libellés, avec le catalan et le castillan …

« C’est l’Europe des régions. »

J.L. Mélenchon dans une vidéo diffusée peu avant le 1° octobre, puis retirée (mais diffusée par l’UPR, le groupe d’extrême-droite d’Asselineau ! ) répétait cette antienne : l’oligarchie financière, les Etats-Unis, l’Allemagne et la Commission européenne veulent casser les Etats-nations, ce que serait soi-disant la monarchie espagnole, et ce sont eux qui sont derrière les Catalans !

Chacun peut constater qui est soutenu, aujourd’hui, par « Bruxelles » …

Et c’est bien « l’Europe des régions » qui soutient le roi et M. Rajoy. L’indépendance catalane porterait en effet un coup décisif à la monarchie régionaliste post-franquiste, laboratoire de cette Europe. Que la Commission européenne veuille « casser les Etats » est une légende : elle est leur émanation et elle traduit les rapport de force entre eux, dont la prééminence de l’impérialisme allemand aujourd’hui. Ce qu’elle veut casser ce sont les droits sociaux.

L’Europe des régions, c’est la France de la loi « NoTRE » où les citoyens ne sont plus égaux devant la loi, devant l’impôt, devant le service public et ou le financement public des églises, religions et sectes menace d’être réintroduit.

A l’opposé l’indépendance catalane peut permettre de défendre une Europe de nations souveraines démocratiques et laïques qui, elles, seront véritablement unies avec des frontières ouvertes !

« C’est Poutine ! « 

On entend aussi, à la place, voire en cumulé, avec la thèse du complot oligarchico-américano-européïste, dire que ce serait Poutine qui profiterait de tout cela !

En fait Poutine a déclaré à plusieurs reprises que « l’Espagne est un Etat souverain », point barre. Il sait très bien qu’une indépendance catalane le menace aussi en fin de compte, lui qui opprime ou veut opprimer Tchétchènes, Géorgiens, Ukrainiens …

Mais il lui arrive de raconter que « l’Occident » pratique le « deux poids deux mesures », avançant l’exemple du Kosovo – veut-il le « rendre » à la Serbie ? – et prétendant, bien entendu, que le référendum en Crimée tenu sous le menace des fusils n’aurait pas dû être condamné comme l’ a été l’indépendance catalane.

C’est de bonne guerre : il utilise – un peu – les contradictions de ses adversaires-partenaires impérialistes. Un peu … mais pas trop quand même !

« C’est la boite de Pandore ».

Là nous répondrons différemment : hé bien oui, c’est la boite de Pandore qui s’ouvre en Europe!

Mais n’a-t-elle pas commencé à s’ouvrir en 2005 quand le peuple français a dit Non au projet de constitution soi-disant européenne, appliqué pourtant depuis ?

N’a-t-elle pas commencé à s’ouvrir depuis 2008 avec la crise qui a privé les Grecs de pain pour sauver les banques européennes, notamment allemandes, et qui n’est pas résolue, la bulle financière étant toujours là ?

N’a-t-elle pas commencé avec le Maidan ukrainien, une nation affirmant sa volonté d’être associée à toute l’Europe de manière démocratique et souveraine ?

N’a-t-elle pas commencé avec les révolutions arabes, toute la rive Sud et Est de la Méditerranée se soulevant ou tentant de se soulever ?

N’a-t-elle pas commencé avec l’exode de millions de réfugiés, syriens notamment, confrontés aux camps, aux barbelés et aux contingentements ?

N’a-t-elle pas commencé avec l’arrivée au pouvoir en Hongrie puis en Pologne de disciples anticipés et combinés de M.M. Poutine et Trump tout à la fois ?

N’a-t-elle pas commencé avec l’ « accident politique » du Brexit anglais qui ouvre la crise du Royaume-Uni et de la Grande-Bretagne en tant que tels ?

Et donc, avec l’impasse révélée par les récentes élections allemandes et la revendication démocratique catalane, n’est-elle pas en train de s’accélérer ?

Peut-on imaginer que c’est Emmanuel Macron qui va « sauver l’Europe » ?

… Poser cette question, c’est y répondre !

La boite de Pandore est ouverte. Il est temps d’aller regarder dedans, d’appuyer tout ce qui est démocratique, à commencer aujourd’hui par la revendication catalane, pour dessiner une perspective démocratique à l’échelle européenne, que n’est pas l’UE – toutes les crises énumérées ci-dessus ont été, non pas résolues, mais enterrées faussement sous la moquette ou enfermées faussement dans le placard par l’UE, qui de ce fait, en tant que construction politique, est objectivement à l’agonie.

Les luttes sociales dans chaque Etat et le mouvement commun pour s’associer doivent à nouveau se conjuguer. C’est le blocus que l’UE de Merkel, Macron, Juncker et Rajoy promet à la Catalogne ! Une véritable union européenne, union libre de nations démocratiques, accueillerait immédiatement la Catalogne dans ses rangs.

II. Les arguments politico-historiques.

« Ils ne sont pas opprimés. »

Bien que la force brutale ait été employée contre l’expression démocratique du peuple catalan le 1° octobre, que ses élus soient sous la menace applicable à tout moment de plus de 15 ans de prison, il se trouve des …, comment les appeler ? Disons des comiques, pour prétendre qu’il n’y a pas d’oppression nationale en Catalogne. Il faudrait, pour eux, que des colonnes de réfugiés fuient le pays pour que l’on puisse parle de revendication nationale légitime : il n’y aurait de bons mouvements d’émancipation nationale que ceux qui saignent au maximum !

Il s’agit là, premièrement, d’un déni élémentaire de démocratie, car qui peut juger de l’existence ou non d’un fait national, si ce n’est la population concernée ?

Or, celle-ci estime avoir tenté loyalement de vivre dans le cadre des autonomies régionales de la monarchie post-franquiste. Mais depuis 2006, sous la pression du PP, le parti de la bourgeoisie espagnole, et du Tribunal constitutionnel, la reconnaissance verbale de l’existence d’une « nation » catalane, les pouvoirs fiscaux, la laïcité, de la « Région » n’ont fait que reculer. Les Catalans constatent le refus de l’Etat espagnol de tolérer leur existence au delà de limites très étroites, le simple fait de parler de « nation » catalane étant exclu.

Jusqu’en 1978 il était physiquement dangereux aux Catalans d’être catalans. Mais ceci nous conduit justement, en remontant le temps, au deuxième topos des défenseurs de la monarchie :

« Cela n’a rien à voir avec Franco. »

Assurément les libertés démocratiques et syndicales ont été imposées de haute lutte dans tout l’Etat espagnol durant la seconde moitié des années 1970, en même temps qu’une importante crise révolutionnaire se produisait au Portugal.

Il y a donc, c’est une évidence, différence radicale avec l’époque franquiste. Mais pas au niveau de l’appareil d’Etat : celui-ci est en continuité avec Franco, et l’expression de cette continuité est le roi, la monarchie ayant été rétablie par la dictature. En 1978, par le pacte de la Moncloa, les deux partis clef de l’opposition franquisme qu’étaient le PSOE et le PCE ont sauvé cet Etat et sa monarchie en acceptant que le passé ne soit pas soldé. Le pouvoir exécutif important du roi, chef effectif des armées, et les « autonomies régionales » dans la constitution de 1978, que l’on fait passer à tort pour un régime parlementaire classique, furent la forme spécifique de la « transition ».

En répétant que cette transition s’est faite vers la « démocratie », donc que « la démocratie » est là, on a voulu interdire pendant bientôt quatre décennies toute démocratie véritable qui se serait heurtée au capital, à la monarchie, et à l’UE sanctifiant le tout.

Le mouvement des Indignés à partir de 2011 a commencé à briser le consensus de 1978. Podemos, qui a été imposé comme son expression politique, a tenté de fermer le couvercle : pour ses chefs Iglesias et Errejon, « construire un peuple » signifie le peuple espagnol et il faut considérer l’Etat espagnol comme un « Etat-nation ». Le mouvement catalan, qui ressemble beaucoup, en plus large, plus massif et plus profond, aux occupations de places publiques de 2012, a relancé la bataille. La République catalane apparaît donc comme l’avant-garde pour toutes les populations de l’Etat espagnol.

A l’heure où sont écrites ces lignes l’article 155 de la constitution amorce la crise dans tout l’Etat espagnol : il s’avère que les conquêtes démocratiques de la chute du franquisme ne sont pas liées à la constitution de 1978, mais que les deux sont contradictoires.

Cela a donc pleinement à avoir avec Franco, non seulement parce que le passé est bien présent, mais parce que c’est l’Etat de Franco qui affronte la démocratie en Catalogne et dans tout le pays. Et toutes les forces politiques qui appellent à « l’unité de l’Espagne », et qui, même en déplorant hypocritement l’application de l’article 155, s’opposent à l’indépendance républicaine de la Catalogne, sont au service de l’Etat de Franco.

« Cela n’a rien à voir avec la guerre civile. »

La guerre civile aurait opposé « seulement » la République (espagnole) et Franco.

Grossière erreur. Ce n’est pas « la République » qui a défait Franco en juillet 1936, ce sont les ouvriers et les paysans à travers notamment leurs deux grands syndicats, l’UGT et la CNT.

Et, on l’a dit plus haut, la Catalogne en tant qu’Etat a été de facto indépendante en 1936-1937. Elle ne l’a plus été à partir d’avril-mai 1937 en raison de la reprise en main militaire par l’appareil stalinien, soutenu par le patronat, contre la base de la CNT et le POUM. Cette reprise en main, avec la mort sous la torture d’Andreu Nin, a conduit à la victoire de Franco. En 1936 ils furent des dizaines de milliers à Barcelone à marcher sur les casernes, exposés aux tirs. En 1937 la répression stalinienne fit plusieurs milliers de morts. En 1939 Franco rentra dans une ville morte, que ses forces vives avaient fui, passant les cols des Pyrénées orientales sous le feu de l’aviation italienne, attendues par la police française, hostile, et par la population du Roussillon, solidaire.

La CNT anarcho-syndicaliste, mouvement de masse (des millions de femmes et d’hommes), et le POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste, groupant les courants non inféodés à Moscou du communisme espagnol) furent essentiellement, de facto, des organisations catalanes (dans le cas de la CNT son autre foyer était l’Andalousie mais celle-ci est tombée majoritairement aux mains de Franco dés 1936). Ce n’était pas des organisations indépendantistes, parce que pour elles la fédération des communes libertaires, ou la formation d’une république ouvrière, aurait supprimé toute oppression nationale – le programme du POUM appelait à une Union ibérique des républiques socialistes et non à une « république espagnole ». L’ERC était perçue par elles, à juste titre, comme dirigée par des bourgeois, de même que les républicains de Madrid. Mais il est indéniable que CNT et POUM sont entrés dans l’histoire en relation avec la Catalogne, et ont marqué celle-ci de façon indélébile – le conseil des milices ouvrières qui a détenu le pouvoir de fait en 1936-1937 a écrit la page la plus glorieuse de son histoire, qui fut celle d’une indépendance qu’il n’était plus nécessaire de proclamer : elle était là, réalisée par la classe ouvrière.

Le pivot de toute cette histoire s’est déroulé à Barcelone les 3-7 mai 1937. La police stalinienne ayant attaqué le Central téléphonique tenu par la CNT, toute la ville s’est insurgée. L’autonomie catalane faisait clairement partie des enjeux, qui certes étaient plus nombreux. Les ministres anarchistes Garcia Olivier et Federica Montseny sont venus faire pression sur les milices de la CNT-FAI, que l’on commençait à appeler dans les rues la CNT-POUM, pour un « compromis » provisoire qui ouvrit la voie au renversement du gouvernement Largo Caballero, à la mise de la Catalogne sous tutelle, à l’assassinat d’Andreu Nin sous la torture, et finalement … à la victoire de Franco.

Si l’on veut se mettre le doigt dans l’oeil, il suffit donc d’admettre que l’on peut laisser les morts enterrer leurs morts et que le « contexte » contemporain n’aurait rien à voir. La réalité présente est organiquement liée à l’histoire de 1931-1939. Les hommes de Rajoy le savent, les Catalans aussi, et tous ceux qui racontent que tout cela n’a rien à voir sont les petits hologrammes de Sa Majesté, ni plus, ni moins.

« La Catalogne a toujours été espagnole. »

Faut-il remonter plus haut le cours de l’histoire ? On peut le faire : les uns vous expliqueront que la monarchie espagnole faite de plusieurs population est très ancienne, d’autres vous signaleront le soulèvement des segadores catalans en 1648, et la non moins grande ancienneté du comté de Barcelone. Laissons cela : ce qui fait l’existence ou non d’un fait national, c’est ce que ressentent les populations dans leur combat contre les oppresseurs. Dans ce ressenti entrent des représentations historiques plus ou moins exactes, mais il n’en provient pas. Les mouvements nationaux ne sont pas nourris par des mythes (même s’ils en nourrissent), mais par des luttes vivantes. N’est-ce pas ce à quoi nous assistons ?

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