Commentaire de la lettre ouverte de J-L. Mélenchon à B. Hamon.

Ce vendredi 17 février, J.L. Mélenchon a pris l’initiative d’une lettre publique à B. Hamon (reproduite ci-dessous). Ce dernier, qui le soir de sa victoire sur M. Valls avait appelé de ses vœux une union avec Mélenchon et Jadot (et pas Macron), venait de déclarer qu’il avait en fait des échanges avec J.L. Mélenchon, lequel affirmait qu’on ne lui avait pas téléphoné. Le premier paragraphe de la lettre de ce dernier vise à le présenter comme prenant l’initiative, enfin, d’une discussion publique. Alors, lequel des deux gagne le concours du plus rapide à discuter ?

Question sans intérêt : cette discussion est imposée par plus d’un million d’insoumis, ceux qui ont battu Valls à la primaire du PS, et maintenant par les millions et les millions qui veulent battre Le Pen, Fillon et Macron.

Sans aller jusqu’à formuler ce fait politique massif en toutes lettres, J.L. Mélenchon souligne que « Ton investiture a exprimé un net désaveu de la politique du quinquennat. ». A la bonne heure. Mais cette reconnaissance est immédiatement assortie de l’affirmation que l’on ne peut, « pas un instant », croire que « nos forces » peuvent se réunir sans « de très sérieuses garanties ».

Sans doute, s’il s’agit de forces appartenant à des chefs – comme l’indique le possessif de « nos forces ».

Mais nullement, s’il s’agit du mouvement réel des exploités et opprimés, qui ont combattu la loi El Khomri et dégommé Valls le 29 janvier dernier : ceux-là, qui n’appartiennent à aucun chef, pas plus à J.L Mélenchon qu’à B. Hamon, peuvent s’unir et c’est en réalité leur pression qui pousse les candidats à discuter.

J.L. Mélenchon affirme ne pas vouloir d’« accord d’appareil » et, sans transition, il affirme que législatives et présidentielles sont « étroitement liées », puis, dans les mêmes lignes, il se réjouit que B. Hamon ait dit ne pas faire de sa propre candidature un préalable, tout en déplorant qu’il ait aussi dit qu’il était bien candidat, et en se demandant s’il propose ou non une candidature unique : manière contournée de reconnaître que le problème est bel et bien posé !

J.L. Mélenchon va d’ailleurs jusqu’à envisager de gouverner ensemble : « En toute hypothèse il s’agit d’être prêt à convaincre à entraîner et à gouverner. »

La barre est donc mise haut. Une action commune des deux candidats pour l’abrogation de la loi El Khomri, exigeant de l’Assemblée nationale qu’elle l’abroge, maintenant – et J.L. Mélenchon ne serait-il pas en mesure de proposer publiquement une telle action commune ? – ne demande pas, elle, un accord programmatique préalable de gouvernement.

Pourquoi ne pas commencer par là ?

Est-ce parce que situer la discussion sur le terrain des programmes et du gouvernement permet à J.L. Mélenchon d’écrire « Le PS dont tu es le candidat », afin de demander « des garanties », des garanties forcément nécessaires dés lors qu’on a affaire au « PS », mais des garanties tout de même pour gouverner ensemble, garanties qui seront donc placées assez haut pour faire apparaître B. Hamon comme « pas assez à gauche » ?

Alors que d’une part, celui-ci n’est pas seulement, de fait, le candidat du « PS », un PS en crise radicale, mais du plus d’un million qui l’ont investi, et alors que, d’autre part, si l’on peut lister, énumérer, et rajouter, « des garanties » pour « gouverner », on ne saurait en faire autant s’il s’agissait de réaliser l’unité d’action ici et maintenant contre la loi El Khomri ?

Quelles sont ces garanties ?

La première est déjà donnée : c’est que Hamon ne se tourne pas vers Macron. Cette exigence là n’a donc guère de sens – JL Mélenchon pourrait par contre s’appuyer sur le fait que B. Hamon ne se tourne pas vers Macron pour appeler à des actes communs contre la loi El Khomri ainsi que contre la loi Macron, le CICE, etc.

La seconde garantie consiste à exiger, non pas une initiative commune immédiate et publique pour imposer à l’Assemblée nationale qu’elle en finisse avec la loi El Khomri, le CICE et l’état d’urgence (les trois points qu’énumère J.L. Mélenchon), mais que le PS mette à l’écart les candidatures des ministres auteurs de ces mesures aux législatives.

C’est là en effet une exigence adressée au PS, dont J.L. Mélenchon sait, quelle que soit la bonne ou mauvaise volonté de B. Hamon, qu’il n’a pas les moyens institutionnels de la mettre en œuvre. On peut en effet juger cela bureaucratique, démocratique, ou tout ce que l’on veut, mais le fait est que B. Hamon n’a pas les moyens de « désinvestir » un candidat du PS aux législatives (mais peut-être n’en va-t-il pas ainsi dans la « France insoumise » ? …). S’il y tient tant J.L. Mélenchon serait donc plus avisé d’écrire à ce sujet à J.C. Cambadélis, ou même de proposer à B. Hamon de lui écrire ensemble en ce sens, s’il désire tant à ce que Mme El Khomri ne soit pas candidate du PS. Peut-être B. Hamon devrait-il expliquer à J.L. Mélenchon qu’il n’est plus dans un congrès du PS ?

Mais une action commune pour que l’Assemblée abroge, avant la présidentielle, la loi El Khomri, voilà qui aurait de la gueule et qui au passage accélérerait les ruptures avec les macronistes du PS tout en conduisant à la raclée électorale pour les candidats de la loi El Khomri.

J.L. Mélenchon semble ici accorder plus d’importance au fait de démontrer à ses supporters qu’il est plus « radical » que le « PS » Hamon, que de gagner contre la loi El Khomri et, du même coup, d’être lui-même gagnant dans la présidentielle.

J.L. Mélenchon annonce ensuite que son programme comporte « 357 mesures » et fait donc craindre au lecteur l’énumération de 357 « garanties » à prendre ou à laisser pour choisir entre gouverner ensemble ou ne rien faire. Mais, en vrai monarque disposant de « nos forces », il se montre bon prince et plein de mansuétude : il n’en demande qu’une dizaine (une douzaine avec les deux précédentes). On aurait presque envie de le remercier !

Il faut que Hamon s’engage comme lui à convoquer une assemblée constituante. Une remarque s’impose sur ce point. Si Hamon et Mélenchon s’unissaient contre la loi El Khomri et battaient Le Pen, Fillon et Macron, la dynamique serait telle que l’assemblée constituante devrait être celle élue en juin. Dans la foulée de la victoire et des premières mesures d’urgence sociale il faudrait appeler à élire des candidats pour changer de régime, tout de suite. D’ailleurs une véritable assemblée constituante est une assemblée souveraine, et non pas une assemblée missionnée par le président et dépourvue de pouvoir législatif, au demeurant, ainsi que l’expliquent les « insoumis », tirée au sort à 50%, et composée d’inconnus afin d’en finir avec les partis politiques, ce qui pourrait tout aussi bien conduire à placer des agents dociles du pouvoir central. B. Hamon n’est sans doute pas le mieux placé pour formuler cette critique démocratique de la pseudo-constituante des « insoumis », mais elle s’impose.

Les autres « garanties » sont, en vrac : une échelle des salaires de un à vingt, la « sécurité sociale intégrale », le retour aux vraies 35 heures, la retraite à 60 ans avec 40 annuités (pourquoi pas 37,5, pendant qu’on y est ? ), la sortie du nucléaire, le 100% renouvelable, la dénonciation du traité de libre échange avec le Canada (CETA), la suspension de certaines directives européennes, et la sortie de l’OTAN. Les esprits facétieux souligneront l’altruisme de J.L. Mélenchon, qui n’a pas fait de l’achat obligatoire de quinoa en magasin bio une « garantie » à imposer au « PS » pour que « gouverner » ensemble ne soit pas un « accord d’appareil » !

En conclusion, J.L. Mélenchon explique que « la France insoumise » se suffit à elle-même, mais que si « la gauche traditionnelle » rejoint sa « trame essentielle », il voudra bien consulter individuellement les « 250.000 personnes » qui, toutes individuellement et en dehors des « partis », se sont engagées « à mes côtés ».

Il serait facile d’ironiser, surtout envers les « insoumis » qui diffusent cette lettre pour se rassurer sur un double plan : ouf, Mélenchon se montre unitaire, et re-ouf, l’unité ne se fera pas, et on pourra dire que cela aura été la faute à Hamon. Mais ce serait ne pas comprendre la portée réelle de cette lettre, qui se ramène à une seule chose : elle existe. La pression d’en bas, la pression de la lutte des classes a imposé son existence, c’est un premier pas.

Imposons la suite, car il faut l’abrogation de la loi El Khomri, et il faut battre Le Pen, Fillon et Macron.

18-02-2017.

Document :

Bonjour Benoit,

Lors de mon meeting à Strasbourg j’ai pris l’initiative de te proposer publiquement une rencontre. J’ai proposé la fin de la semaine prochaine compte tenu des rudes obligations de mon calendrier. Tu avais dit que tu me contacterais des ton investiture. Mais tu n’en as pas eu le temps. Il en résultait un harcèlement de questions exclusivement sur ce thème de la part des médias et il devenait difficile de s’épargner le ridicule d’une situation qui semblait bloquée. Or, elle ne l’est pas de mon fait. J’ai rencontré avec grand plaisir Yannick Jadot à Strasbourg et je te verrai de même. Demain nous allons échanger une première fois, de vive voix.

Pour faciliter notre échange, je voudrai résumer ici ce que j’ai dit sur le sujet à Strasbourg et au cours de divers entretiens.

Ton investiture a exprimé un net désaveu de la politique du quinquennat. Non seulement du point de vue de ton programme mais aussi du fait de la rude sanction qu’a subi le premier ministre emblématique de cette période qu’est Manuel Valls. À présent tu proposes une convergence de nos forces dans les élections présidentielles et législatives. Je ne crois pas un instant qu’elles puissent s’ajouter sans que de très sérieuses garanties ait été données. Au contraire des accords d’appareils pourraient bien hélas démoraliser et désorganiser ce qui a été rassemblé de part et d’autres.

Voyons ce que nous pouvons faire d’utile. Nous sommes bien d’accord que la présidentielle et les législatives sont étroitement liées. Dans ces conditions parlons-nous avec sérieux, sincérité et loyauté à l’égard de notre peuple pour éclairer la décision et le choix qu’il va faire.

Tu as dit que tu ne faisais aucun préalable même de ta propre candidature. C’est une attitude positive. Mais tu as aussi déclaré qu’en toute hypothèse il y aura un bulletin de vote à ton nom le 23 avril prochain. Que devons-nous retenir ? Nous proposes-tu une candidature unique à l’élection présidentielle ?

En toute hypothèse il s’agit d’être prêt à convaincre à entraîner et à gouverner. Cela nécessite confiance et cohérence. Sans que cela soit attaché à ta personne ni à ton talent il est évident que dans les sondages ta candidature reste à un niveau extrêmement bas par rapport aux scores traditionnels du PS. C’est cela le bilan de ce quinquennat. Le PS dont tu es le candidat n’est plus en mesure de fédérer les français. Tout est à reconstruire dans notre pays. Veux-tu t’atteler à cette tache ? Un accord à l’ancienne ne le pourra jamais. D’autant que le quinquennat de François Hollande a montré quel usage un candidat du PS pouvait faire de ses engagements les plus solennels. Je te fais de bon cœur crédit de ta bonne foi. Mais nous ne pouvons avoir la naïveté de te croire sur parole alors même que tu es et reste le candidat d’un parti et d’élus majoritairement hostiles à l’orientation que tu défends. Il est donc légitime et honnête que nous te demandions des garanties politiques précises sur ton engagement à rompre avec le quinquennat et son bilan. Comment sans cela parler de quoi que ce soit avec confiance ?

La première garantie concerne le périmètre de la convergence. Nous ne voulons aucun accord ni à la présidentielle ni aux législatives avec Emmanuel Macron et son mouvement. Pour nous ce que l’on connait du programme d’Emmanuel Macron est purement et simplement la poursuite ou le durcissement de la politique mise en œuvre par François Hollande

La seconde garantie concerne ta propre volonté d’assumer la rupture avec la politique du quinquennat et donc l’engagement clair à en abolir les mesures emblématique c’est-à-dire essentiellement la loi el khomri, le CICE et l’Etat d’urgence permanent. Cela se traduira par la mise à l’écart des prochaines élections notamment des ministres du gouvernement qui a imposé cette « loi-travail » a coup de 49/3.

Mais nous croyons qu’à la rupture doit s’ajouter une volonté positive d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de notre pays. Notre programme comporte 357 mesures. Nous le mettons à la disposition de la discussion. Mais nous croyons que l’essentiel de l’esprit qu’il incarne, en lien avec les enseignements de l’altermondialisme est à la base du contrat à nouer avec notre peuple. Compte tenu de ce que nous t’avons entendu dire nous croyons qu’il t’est possible de t’avancer largement vers ces positions quitte à ce que ceux qui te combattront de toute façon dans ton parti prennent leur distance !

Garantie de tourner la page de la monarchie présidentielle avec la convocation d’une assemblée constituante dans les trois premiers mois de la nouvelle mandature.

Garantie d’ouvrir le chapitre d’un cycle vertueux du partage de la richesse. Je suppose que nous sommes d’accord sur l’augmentation du SMIC et des minima sociaux. Mais il faut ouvrir de nouveaux horizons de progrès social avec l’échelle des salaires et limitée de un à vingt et l’instauration de la sécurité sociale intégrale, et au minimum le retour aux 35 heures réelle comme à la retraite à 60 ans avec 40 annuités.

Garantie du changement de la matrice productive du pays avec la sortie du nucléaire et le passage au cent pour cent d’énergies renouvelables.

Garantie de récupération de l’autonomie économique de notre pays avec l’annonce du retrait de la signature de la France de l’accord CETA et organisation de la consultation du peuple sur cet accord. Arrêt immédiat de l’application des directives européennes mettant en cause les services publics de notre pays et passage au plan B en cas d’échec des discussions avec nos partenaires européens pour mettre fin à la politique des traités budgétaires et des semestres européens.
Garantie de l’indépendance de notre pays vis-à-vis de l’OTAN avec la sortie de cette alliance militaire et le retour à une politique pour la paix et de désarmement dans le monde.

En t’adressant ces lignes j’ai le sentiment de répondre à une exigence de sérieux et de sincérité dans les relations politiques. Comme la majorité de notre peuple je n’ai plus aucune confiance dans les accords d’appareils entre partis politiques. Le mouvement « la France insoumise » s’est constitué sur un programme et une candidature qui le porte. Rien d’autre. Cela nous suffit amplement pour vouloir en convaincre le grand nombre. Mais s’il existe une possibilité que la trame essentielle de ce qui nous a regroupé puisse aussi fédérer des partis politiques de la gauche traditionnelle, je suis prêt à consulter les 250 000 personnes qui se sont personnellement engagées à mes côtés sur la proposition qui leur serait faite.

Mais je veux dire directement et franchement que je ne saurai composer avec les engagements que j’ai pris, ni faire confiance à la parole du candidat du PS sans garantie ferme et solide de sa part.

Avec l’espoir de t’en convaincre,

Bien amicalement

Jean Luc Mélenchon. « 

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Brèves du 18 février 2017

Sur la nature de ce qui se passe …

 La question de l’unité contre Le Pen, Fillon et Macron est posée à une échelle de masse. L’attise notamment la réalité suivante : ni Macron ni encore moins Fillon ne sont en mesure de l’emporter contre Mme Le Pen au second tour, parce que l’électorat populaire issu de la gauche ou de la droite ne se portera pas sur eux. « Mélenchamon » est le seul candidat sûr de battre Mme Le Pen par une dynamique sociale, l’union dite républicaine contre le FN, déjà pratiquée maintes fois, ne pouvant plus fonctionner.

Il importe, pour comprendre les enjeux du moment, de sortir des vieilles représentations.

L’élection de D. Trump ouvre la possibilité de celle de Mme Le Pen en ce sens qu’un candidat réactionnaire non souhaité par le grand capital peut être élu et accepté par celui-ci, tout en portant à incandescence la crise de l’État et la crise sociale. C’est ce qui se produirait en cas d’élection de Mme Le Pen. Ce ne serait pas la marche triomphante du « fascisme », mais bien la stratégie du choc.

La poussée qui monte dans tout le pays pour l’unité peut s’exprimer par un vocabulaire classique de « gauche » – union de la gauche, gauche plurielle, etc. Tel n’en est toutefois pas le contenu réel. Celui-ci est social : il prolonge les mobilisations contre la loi El Khomri et il cherche à créer les meilleures conditions pour le prochain affrontement social.

Ceux qui ne sont pas « dupes » du vocabulaire de la vieille gauche ne doivent donc pas se tromper eux-mêmes en jouant les blasés envers cette poussée (pour ne rien cacher nous pensons ici à nos amis et camarades de « La Sociale », par exemple). Nous ne sommes pas en train d’assister à un grand retour des illusions. Mais à des tentatives de regroupement politique pour régler les comptes.

 Au PCF aussi.

 La situation mouvante dans laquelle le monde du travail et la jeunesse cherchent comment peser, a ouvert une nouvelle étape dans la crise du PCF avec la publication de la lettre « PCF : sortir de l’immobilisme », signée par des représentants de tous les courants du PCF. Elle pose la question, à sa façon, d’une candidature unique aux présidentielles Mélenchon-Hamon :

http://www.regards.fr/IMG/pdf/sortons_de_l_immobilisme_avec_430_1ers_signataires.pdf

 Mitterrand-Marchais et Hamon-Mélenchon ?

 « Mitterrand et Marchais ont réussi en leur temps à s’unir dans l’intérêt de la gauche. Hamon et Mélenchon devraient pouvoir le faire aussi ».

Ces propos sont de Pascal Cherki, député PS, opposant de la politique des exécutifs de Hollande pratiquement depuis le début, anciennement militant dans les mêmes courants que J.L. Mélenchon, resté au PS et aujourd’hui l’un des responsables de la campagne de B. Hamon aux présidentielles.

Ils ne manquent pas d’intérêt et appellent quelques précisions.

Difficile en effet de dire si Hamon dérive de Mitterrand ou plutôt de Rocard … ce qui devrait faciliter le travail de Marchais-Mélenchon !

Quant à Mélenchon, qui se pense quelque part en héritier de Mitterrand, il se retrouve dans la position de Marchais, belle ironie de l’histoire. Toutefois, rappelons que G. Marchais, après avoir tout fait pour que Giscard l’emporte, n’a fait l’unité avec Mitterrand en 1981 qu’après avoir infligé un recul historique à son parti, et pour aider Mitterrand au gouvernement à mettre en œuvre cette politique « capitaliste » et « atlantiste » précédemment dénoncée par G. Marchais au nom des « garanties » demandées par exemple sur le nombre de nationalisations, etc. Toute ressemblance …

Sauf qu’il y a eu le mouvement contre la loi El Khomri et le gros million de votants du 29 janvier : c’est aussi cela qui fait la différence.

 Suggestion …

 Le salon de l’agriculture s’ouvre samedi prochain. F. Fillon va en principe y aller avec ses gardes du corps. Il ne faut pas laisser cette occasion au FN : il appartient aux organisations ouvrières, aux syndicats agricoles indépendants du patronat, de l’accueillir comme il se doit !

Les aventures d’Emmanuel Macron.

Poutine lui en veut, les services russes hackent ses micros. On peut le croire car c’est logique : le MEDEF penchait pour Fillon mais préfère Macron depuis le « Penelope-Gate » dont le FSB n’est pas content.

Cela dit, on voit aussi là les limites des « organes », car en réalité ils font ainsi la pub de Macron !

Lequel a par ailleurs raison de dire que le colonialisme français fut un crime contre l’humanité. Cela ne mange pas de pain, fait gauche et permet au FN de le cibler et donc de faire sa pub. Cela dit, les responsables du crime, en leur temps, étaient les mêmes forces sociales capitalistes qui aujourd’hui sont derrière Macron.

On ne sait toujours pas quel est son « programme ». Un pari : quand on le saura on ne sera pas plus avancé. Son programme est celui du MEDEF. C’est pour cela qu’il risque de faire élire Mme Le Pen.

Sauf si auparavant la poussée unitaire dans le monde du travail et la jeunesse a pris le dessus sur la volonté des appareils …

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Ardèche : Appel citoyen « Un mais pas trois ! »

Nous informons nos lecteurs d’une initiative lancée par des militants de gauche (écologistes, PS, PCF, PG, EELV, Ensemble, syndicalistes..) de l’Ardèche sous le titre « Un candidat de gauche mais pas trois ! » visant à rassembler Hamon, Mélenchon et Jadot au profit d’une candidature unique de gauche.

Ils appellent à une réunion publique le vendredi 24 février à Lussas (salle polyvalente) à 18h30.

Ce genre d’initiative mérite de recevoir toute publicité et d’être dupliquée partout.

Lire le communiqué

Lire le tract d’appel

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Mélenchon n’aime pas le cirque !

JLM vient encore de faire une déclaration fracassante cet après-midi. « Tout le monde est un peu partagé entre le respect de la présomption d’innocence et le fait qu’on est quand même excédé par cette situation», a dénoncé Jean-Luc Mélenchon sur BFTMV. «Dès qu’on aborde le nom du candidat de la droite, non seulement des gens manifestent leur hostilité, mais en plus leur ironie. Les gens éclatent de rire, les gens n’écoutent plus rien, on ne peut plus parler, et ça ce n’est pas bon pour la démocratie», a déclaré le candidat.

Mais de quoi se plaint Mélenchon ? Que le candidat de la tornade libérale anti-salariés, celui qui veut dégommer 500.000 fonctionnaires, porter la retraite à 65 ans minimum, faire travailler 37-39 heures payées 35, supprimer l’ISF, privatiser la Sécu et contrôler les syndicats, soit mis à nu, lui et ses privilèges de classe, cela trouble Mélenchon.

Pénalement condamnable ou pas, Fillon est politiquement cramé et tous les travailleurs de ce pays ne peuvent que s’en réjouir ! Et si la masse des gens en rient, c’est bien parce qu’ils font le lien entre privilèges et politique anti-sociale de choc.

Mais voila, Mélenchon fait partie de ceux qui sont « excédés par cette situation » ! Pourquoi ?

Parce que le prestige du monarque constitutionnel de la 5eme République est entamé ? Prestige qui exigerait un respect solennel étendu à ceux qui candidatent à la fonction ?

Qu’est-ce qui empêche Mélenchon, lui qui ne manque pas une occasion vis à vis de Hamon ou Jadot, d’en profiter pour charger la barque de Fillon en soulignant la continuité des pratiques népotiques et des objectifs anti-sociaux du croisé libéral-catholique de la Sarthe ?

Serait-ce que la désacralisation de la Cinquième République, sa crise, « excède » Mélenchon ? Mais alors, la perspective de la 6ème République, c’est de l’enfumage ?

Ou serait-ce que Mélenchon craint que la dégringolade du candidat LR ne souligne davantage la possibilité de la présence au 2eme tour d’un candidat de gauche face à Le Pen ? Possibilité qui exige d’abord l’unité contre Le Pen, Fillon et Macron !

16-02-2017

OD

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Présidentielles – Billet du 16 février 2017

Jusque là on pouvait déjà dire que la campagne des présidentielles en France ne s’était pas déroulée comme prévu, le poids des luttes sociales (loi El Khomri) et de la crise politique du régime et de l’État se faisant de plus en plus lourd. Mais depuis les primaires de la « BAP » (en fait primaires du PS), les choses s’emballent. Même si la victoire de B. Hamon, en somme fils spirituel de Martine Aubry – mais qui s’est prononcé pour l’abrogation de la loi El Khomri – n’a pas la portée qu’aurait eu une victoire d’A. Montebourg (pour ne rien dire de G. Filoche, interdit de candidater), elle constitue une défaite majeure pour l’exécutif et précipite la crise du PS.

Mais simultanément, démarrait l’affaire Fillon, descente aux abîmes rythmée depuis, chaque mardi soir, par la diffusion de la une du Canard à paraître le lendemain. Et maintenant, éclate un cycle de provocations-répression dans plusieurs villes de la banlieue parisienne, déclenché par un acte de torture à caractère sexuel – hogra !- commis par un policier sur un jeune noir.

Pendant que F. Hollande tente de jouer les patriarches consolateurs, le ministère de l’Intérieur ne contrôle visiblement plus des « troupes » très largement pénétrées par le Front National. Il s’avère que le commissariat d’Aulnay est gangrené par des cow-boys. Jusqu’où s’étend la gangrène ? La seule position républicaine authentique, qui ne soit pas une posture bonapartiste, est d’exiger le châtiment des responsables et une réorganisation démocratique complète des forces dites de sécurité. Mais ce n’est pas cet exécutif, ni, encore moins, celui de Mme Le Pen, de M. Fillon ou de M. Macron, qui ira dans ce sens.

La double crise ouverte au sommet par la tentative de putsch permanent de F. Fillon, qui est en train de cramer LR, le vieux parti de la V° République, et à la base par les provocations visant à incendier les banlieues, aboutirait mécaniquement à ce résultat final de l’action des gouvernements présidés par F. Hollande et de la crise du régime : l’élection de Mme Le Pen.

Devant Fillon elle serait élue, l’électorat de droite passant chez elle, devant Macron aussi, l’électorat populaire issu de la gauche ou de la droite n’allant pas voter Macron. Comme Trump, mais avec une majorité en voix, elle serait élue en étant minoritaire dans le pays. Comme Wall Street se comporte avec Trump, le MEDEF compterait alors sur la stratégie du choc pour appliquer tout son programme avec des attaques contre les libertés démocratiques en prime.

Seul un candidat groupant le potentiel électoral de J-L. Mélenchon et de B. Hamon pourrait l’emporter assurément, car l’électorat populaire issu de la gauche, regroupant plus largement dans la dynamique engagé, se porterait sur lui. Alors Hamon ou Mélenchon ? Si ni l’un ni l’autre ne se retire, celui des deux qui aura l’attitude la plus unitaire et la plus ferme contre la loi El Khomri et contre Le Pen, Fillon et Macron peut siphonner l’électorat de l’autre et du coup aussi celui de Macron. Hamon ayant été investi par plus d’un million de votants à la primaire et ayant, par ailleurs, le plus de chances de capter l’électorat tenté par Macron, il est du coup le mieux placé.

J-L. Mélenchon vient d’annoncer qu’il convoque, en quelque sorte, Hamon et Jadot pour qu’ils se retirent en sa faveur. Il avait initialement tous les atouts politiques pour s’imposer comme candidat unitaire, mais son orientation, qui n’est pas, comme le croient encore la plupart de ses partisans, celle de la «vraie gauche », mais qui consiste dans le regroupement de toutes les classes sociales contre la seule « oligarchie » pour « l’indépendance de la France », l’a systématiquement conduit à ne pas prendre les options qui pouvaient le faire gagner, notamment en souhaitant quasi ouvertement la victoire de Valls à la primaire du PS, et en voulant ignorer la réalité politique du plus d’un million d’insoumis qui sont allés battre Valls.

D’où ces manières de matamore qui ne sont pas une question de personnalité, mais une question politique : s’il voulait gagner, ce n’est pas un retrait immédiat et inconditionnel, insultant au passage le gros million d’électeurs de Hamon à la primaire, qu’il mettrait en avant, mais la proposition d’exiger ensemble, tout de suite, de l’Assemblée nationale, l’abrogation de la loi El Khomri. S’il faisait cela jusqu’au bout, sincèrement et avec la volonté de gagner, il deviendrait le candidat unitaire qu’il n’est pas.

Les présentes considérations ne reposent pas sur les programmes des candidats. Il faut d’ailleurs être naïf pour croire que c’est le programme qui est déterminant, aussi bien dans le cas de Mélenchon que de Hamon. Ce qui sera déterminant, c’est la capacité des travailleurs et de la jeunesse à bloquer l’offensive finale de la réaction permise par le quinquennat Hollande, ouvrant ainsi une nouvelle situation, en se portant en masse sur l’un des deux.

16-02-2017.

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Justice pour Théo ! Rassemblement à Paris, samedi 18 février 2017, à 15h, place de la République.

Présentation :

Nous reproduisons ci-après le communiqué d’appel à manifester samedi prochain initié par la LDH, le MRAP, SOS Racisme et les syndicats CGT, FSU et UNEF ainsi que le CRAN.

Cet appel, au niveau CGT, est largement repris par l’URIF (Union Régionale Ile de France) et la confédération. Bien que présentant un certain nombre de faiblesses, sur lesquelles nous reviendrons demain, cet appel a le mérite de constituer une première riposte basée sur les principales organisations de masse syndicales ou démocratiques. L’absence de FO, de la CFDT, de l’UNSA, et de Solidaires est cependant notable.

Le coté édulcoré du communiqué dans la dénonciation des faits de violence raciste et sexuelle est à mettre en regard du ton plus incisif du communiqué du 15 février de la FERC-CGT, fédération qui regroupent des enseignants sensibles au contact des élèves et des jeunes qu’ils côtoient dans leur activité professionnelle.

La rédaction d’APLS appellent ses lecteurs à participer à ces rassemblements partout en France en y entrainant tous les associations, partis et syndicats du mouvement ouvrier.

Document :

Rassemblement à Paris, samedi 18 février 2017, à 15h, place de la République.

Avec Théo et les autres victimes !

A l’initiative des organisations suivantes : CGT, Cran, FSU, Ligue des droits de l’Homme, Mrap, SOS Racisme et UNEF.

Les faits qui se sont produits à Aulnay-sous-Bois sont graves. Le déni par les autorités policières, les déclarations racistes qui en ont suivi sont inacceptables.

Inacceptables pour les premiers visés, qui supportent quotidiennement des contrôles dont chacun sait qu’ils n’ont qu’un très lointain rapport avec la réalité de la délinquance.

Inacceptables pour toutes celles et ceux qui souhaitent bénéficier d’une police respectueuse des personnes et de leurs droits, garante des libertés et de la sécurité publique.

Inacceptables, enfin, pour la police elle-même, dont l’honneur est entaché par ces comportements. Lorsque des agents ayant autorité outrepassent leurs droits et violent ceux des autres, ils menacent le pacte républicain qu’ils sont chargés de défendre.

Les faits qui se sont déroulés à Aulnay sont d’une exceptionnelle gravité. Mais ils sont loin d’être isolés. Il est temps d’y porter un coup d’arrêt, temps de réaliser qu’au-delà des faits incriminés, c’est l’ordre public lui-même qui est mis en cause, et, avec lui, la sécurité de toutes et tous.

Nous rappelons avec force que la loi puise sa force dans le fait qu’elle vaut pour tous et que la République n’a d’avenir que dans le respect de sa devise.

C’est pourquoi nous appelons toutes celles et ceux qui ont à cœur les valeurs d’humanité, toutes celles et ceux qui veulent opposer l’égalité et la fraternité au racisme et au mépris social, toutes celles et ceux qui jugent urgent de rétablir la confiance entre les citoyens et les forces de l’ordre, à organiser des rassemblements largement unitaires de solidarité et de protestation le samedi 18 février 2017, en soutien à Théo, contre des dérives policières auxquelles il faut porter un coup d’arrêt.

Nous appelons le gouvernement à prendre la mesure de la gravité des événements et à prendre en compte les propositions portées par la société civile en matière de lutte contre le racisme et de sécurité publique.

14-02-2017.

 

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La lutte des classes se fraie son chemin.

Entre les deux tours de la primaire du PS et alors qu’éclatait le « Penelope-Gate » touchant F. Fillon, nous avons préparé, avec notre camarade Julien Guérin de République et Socialisme, l’appel à l’unité Mélenchon-Hamon contre la loi El Khomri et pour un programme d’urgence, diffusé le soir même du 29 janvier :

https://aplutsoc.wordpress.com/2017/01/29/appel-a-lunite-nous-pouvons-gagner/

Plusieurs appels à l’unité Mélenchon-Hamon-Jadot ont été lancés depuis, rassemblant au total certainement plus de 100.000 signatures. L’aspiration qui motive la plupart d’entre eux est la même que celle de l’appel que nous avions lancé, à quelques nuances – qui sont des nuances – près : nous avions évité de trop insister sur un « programme commun » car ce sujet peut servir de prétexte à bien des embûches et parce que l’urgence, c’est la lutte des classes – aussi, nous concernant à APLS, pour ne pas cultiver trop d’illusions : les candidats dans la V° République font ce qu’ils veulent des programmes, ce qui compte c’est la pression d’en bas. Autre nuance, notre appel initial ne parlait pas de Jadot, concentrant le tir sur les deux principaux candidats, toujours pour les mêmes raisons : l’efficacité du point de vue de la lutte sociale.

Un camarade ardéchois nous fait savoir que le comité d’Aubenas pour une candidature unique Mélenchon-Hamon-Jadot bien de se constituer, impulsé entre autres camarades par l’ancien responsable départemental du PG, qui affirme agir dans la continuité de la campagne de 2012 en soulignant le fait que J.L. Mélenchon assurerait, selon lui, la victoire contre Le Pen, Fillon et Macron en se retirant tout en imposant à Hamon l’engagement à en faire son premier ministre. Ce sont, en effet, de telles discussions qui se développent à la base, à bâtons rompus, ou entre militants soucieux des intérêts de leur classe, à mille lieux des histoires de « téléphone » dont parlent, pour l’instant, les principaux intéressés.

Nul doute que dans toute la France de telles initiatives et de telles discussions sont en train d’émerger partout.

Dans cette situation, il n’est pas indifférent qu’une force organisée nationalement, le POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique, issu de la scission-exclusion du POI qui s’est produite en 2015), ait « tourné ». En effet, après des semaines de relative indifférence envers les élections présidentielles dans son journal, la Tribune des Travailleurs, indifférence que l’on retrouvait dans Informations Ouvrières, organe de l’autre organisation issue de cette scission, le POI, qui semble vouloir faire de la grève dans la santé du 7 mars un mouvement général, la Tribune des Travailleurs diffuse un éditorial de Daniel Gluckstein qui affirme après avoir expliqué que le retrait de Hollande et la défaite de Valls découlent de la loi El Khomri :

« D’un côté, trois candidats, Macron, Fillon, Le Pen, veulent appliquer la loi El Khomri et aller plus loin contre les droits des travailleurs ; de l’autre côté, Hamon et Mélenchon se prononcent pour l’abrogation de la loi El Khomri.

Soyons clairs : ni Mélenchon ni Hamon n’avancent un programme de rupture avec la classe capitaliste. (…)

Alors, si les mots ont un sens, si ces deux candidats veulent véritablement l’abrogation de la loi El Khomri, rien ne devrait s’opposer à ce qu’ils se mettent d’accord pour un seul candidat, soutenu par les partis qui appuient Hamon et Mélenchon, se présente comme candidat pour l’unité pour l’abrogation de la loi Travail. »

Le même journal publie des extraits de la discussion au Bureau national du POID du 5 mai, du plus grand intérêt, dans un compte-rendu rédigé par Christel Keiser, élue municipale à Montreuil. Citons :

« Il faut éviter d’avoir des oeillères et tout comportement de secte. »

« … une question se pose : faut-il se féliciter de la disparition du parti socialiste ? Quand à Mélenchon, son positionnement contre les partis pose un problème. »

« On ne peut pas oublier que c’est Hamon qui a introduit la réforme des rythmes scolaires, je ne me vois pas voter pour lui. » [c’est en fait Peillon, mais Hamon a promulgué les décrets d’application, NDR]

« Un deuxième tour Macron/Le Pen serait dangereux pour la démocratie. »

Il est également souligné que, s’opposant à la loi El Khomri, les deux candidats amorcent une critique de l’Union Européenne sans aller jusqu’à la rupture. Un intervenant regrette que le POID n’ait pas présenté de candidat (notons que par ailleurs, Schivardi, qui avait été candidat du POI d’avant sa scission en 2007, a signé publiquement en tant que maire pour la candidature de Jean Lassalle).

Soulignons deux interventions qui rejoignent bien notre propre état-d’esprit sans aucun doute largement partagé, et que pour notre part nous partageons pleinement :

« Le problème n’est pas de savoir si on vote pour lui [en l’occurrence Hamon, mais la même phrase pourrait s’appliquer à Mélenchon] ou pas, mais s’il y a quelque chose à saisir qui puisse être un point d’appui pour la mobilisation de la classe ouvrière. »

Et c’est « L’expression claire d’un accord sur l’abrogation de la loi El Khomri [qui] peut déboucher sur une candidature commune et non l’inverse. »

Notons que des militants de la « France insoumise », cette formation qui veut la fin des partis, diffusent une interpellation à Hamon : s’il veut vraiment l’abrogation de la loi El Khomri, pourquoi le PS ne la met-il pas en œuvre ? A quoi il convient de répondre que si Mélenchon aussi la veut vraiment, pourquoi ne propose-t-il pas publiquement tout de suite d’aller avec Hamon exiger cet alignement du groupe parlementaire PS sur la volonté populaire majoritaire ? Rien ne doit, en effet, être prétexte à division : c’est toujours, c’est plus que jamais, dans le cadre du premier tour maintenant imminent, la lutte des classes qui doit primer, et c’est donc l’unité contre la loi El Khomri qui peut ouvrir la voie, premièrement à la défaite de Le Pen, Fillon et Macron, deuxièmement à la reprise de l’affrontement social inéluctable, dans les meilleures conditions possibles.

Il est également significatif qu’un groupe comme Solidarité ouvrière, inspiré par les positions du « communisme ouvrier » iranien et irakien, a priori fort loin de toute préoccupations électorale et en tout cas de toute préoccupation présidentielle, se prononce également de la façon suivante :

« Une candidature unique est possible autour d’un programme resserré centré sur l’abrogation de la Loi Travail, l’égalité réelle femmes/hommes, sur l’urgence climatique et environnementale, sur les droits des réfugié-e-s et un tournant démocratique et social de l’Union Européenne. Sans illusions particulières sur ce que la gauche « classique » ferait au pouvoir, c’est la raison pour laquelle, nous considérons qu’une candidature unique de la gauche, quelque soit le candidat, est notre espoir le moins brun dans les conditions actuelles. »

Ces camarades présentent cette prise de position comme un moindre mal. On peut en effet l’entendre ainsi. Mais il faut prendre la pleine mesure de ce qui se joue : faire en sorte que l’élu de la présidentielle ne soit ni Le Pen, ni Fillon, ni Macron, et soit donc Hamon ou Mélenchon, ce serait tout autre chose que la victoire du « programme » de l’un ou de l’autre. Ce serait l’aboutissement des luttes sociales acharnées qui ont menacé le régime de la V° République en 2016. Ce serait l’échec de ce à quoi conduisant la politique de Hollande et Valls. Ajoutons qu’on ne battra pas Mme Le Pen isolément. Elle est forte de la politique des autres et elle sera battue avec les autres : avec Fillon et Macron candidats directs du MEDEF (qui est en train de passer du premier au second malgré Poutine!), avec Hollande et Valls dont la politique conduit depuis le début, on le sait, à un second tour entre le FN et un candidat « libéral » de droite ou du centre. Élire Hamon ne sera pas redorer le blason d’un PS en crise, sa propre candidature, indépendamment d’ailleurs de telles ou telles de ses positions, étant le fruit d’une première intervention directe des masses dans cette crise : l’élire se fera au fond contre son orientation. Élire Mélenchon malgré son orientation soi-disant « insoumise » mettant son intérêt électoral propre (aux législatives comme aux présidentielles) au dessus de l’abrogation de la loi El Khomri qu’il réclame pourtant, ou lui imposer l’unité, se fera contre son orientation.

Disons-le : une surprise « de gauche » aux présidentielles françaises ne serait en rien la résurrection de la « vieille gauche » dans toutes ses composantes, mais le fruit de l’intervention directe du prolétariat ouvrant par là même, avec une portée dépassant la France, une nouvelle étape de son combat.

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