Lettre ouverte à Patrick Le Hyaric, Younous Omarjee, Marie-Christine Vergiat et Marie-Pierre Vieu

ainsi qu’aux 29 autres membres du groupe GUE/NGL du Parlement européen qui, le 14 juin, ont voté

  • CONTRE la libération d’Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien en grève de la faim,
  • CONTRE la libération de Oyoub Titiev, responsable de Mémorial en Tchétchénie,
  • CONTRE la libération d’Alexandre Koltchenko, anarchiste de Crimée,
  • CONTRE la libération de l’ensemble des prisonniers politiques en Russie,
  • CONTRE le respect de l’éthique médicale envers les emprisonnés politiques,
  • CONTRE le non recours à l’alimentation forcée envers les grévistes de la faim, et
  • CONTRE le non recours à la torture.

 

Nous ne vous demandons aucune explication. Rien ne saurait justifier la honte de votre vote et le scandale montant qui désormais va vous escorter si vous ne revenez pas dessus.

Nous souhaitons donc que vous évitiez les justifications quelles qu’elles soient, depuis le fait de ne soit-disant pas attaquer la Russie – la motion contre laquelle vous avez votée défend les droits démocratiques du peuple russe -, au fait que vous ne seriez pas au courant de votre vote, en passant par le fait de ne pas mêler vos voix à celles des socio-libéraux et de la droite – vous les avez en l’occurrence mêlées à celles de toute l’extrême-droite européenne : lepéniste, UKIP, Jobbick, Aube dorée, Lega …

Votre responsabilité est grave et décisive, car votre vote contre les prisonniers de Poutine très exactement le 30° jour de la grève de la faim d’Oleg Sentsov et le 1° jour de la coupe du monde de football signe le refus de secteurs clefs des responsables des organisations de gauche et du mouvement ouvrier européen de défendre les libertés où que ce soit. Votre poids dans la balance va donc très au delà de vos 34 votes joints à ceux des fascistes et fascisants. Vous porteriez la responsabilité de la mort de Sentsov et de beaucoup d’autres.

Nous exigeons donc de vous que vous reveniez sur ce vote. Foin des règlements du Parlement européen, c’est tout de suite, c’est maintenant, que toutes affaires cessantes, il faut inverser le poids de toutes vos voix – et rejoindre vos camarades de groupe de Finlande, des Pays-Bas et de Suède qui ont voté pour.

Par cet acte seulement vous échapperez au déshonneur. Et vous pèserez dans la balance, de manière très importante, en faveur de la libération de Sentsov et de ses camarades.

Montrez que vous êtes de gauche. Montrez que vous êtes des élus responsables. Montrez que vous êtes des êtres humains. N’attendez pas !

Note de la rédaction :

APLS compte tenu de l’urgence – nous en sommes au 33° jour de grève de la faim d’Oleg Sentsov, diffuse cet appel qui ne nous appartient pas : chacune et chacun est invité à le reprendre au plus vite.

Le 17/08/2018.

Annexes :

Deux documents permettant de juger de la teneur de la résolution soumise au PE et la liste nominale des votes effectués :

Publicités
Publié dans Europe, Mouvement ouvrier, Répression, Russie, Ukraine | 3 commentaires

Au revoir Docteur Laffont, médecin des pauvres

Alain Laffont est décédé mercredi 13 juin à l’âge de 70 ans. Seule la mort a mis un terme à son engagement. Mais les combats qu’il a menés lui survivront longtemps, comme la mémoire de 50 ans de lutte. 

Médecin des pauvres, le Docteur Laffont a exercé jusqu’à la fin au cœur du quartier des Vergnes à Clermont-Ferrand. Il connaissait la réalité sociale, il y était confronté chaque jour dans son travail, durant toutes ces années, il a fait de son métier un sacerdoce, ne comptant jamais ses heures, toujours fidèle au poste pour soigner et aider les plus faibles. 

Alain était un militant, comptant souvent sur ses intuitions, un homme sincère et passionné. En mai 68, il rejoint l’UNEF parce qu’il n’aime pas que les fachos foncent dans le tas. Le 11 septembre 1973, le coup d’État de Pinochet contre le peuple chilien donne malheureusement raison aux analyses des trotskystes plutôt qu’à celles des socialistes et des communistes, il dira « c’était les seuls qui avaient prédit ça… », il adhère à la Ligue Communiste Révolutionnaire, et y militera, dirigeant la section clermontoise jusqu’à la dissolution de l’organisation. Internationaliste, il part en Pologne en 1982, officiellement pour y apporter des médicaments, en réalité pour soutenir le mouvement populaire contre la dictature « soviétique ». Conseiller municipal d’opposition de gauche à Clermont-Ferrand de 1995 à sa mort, il y a défendu jusqu’à la fin les exploités et les classes populaires. Il aura également été aux avant-postes des luttes écologiques et sociales, au cœur des masses. Alain était entier, nous nous souviendrons des colères et des engueulades qui témoignaient de ses convictions inébranlables. 

Nous avions naturellement de belles divergences, surtout dans la dernière période où A. Laffont était une figure de la FI. Mais on ne saurait oublier ce qu’exprime le fait que notre camarade regretté Bernard Grangeon, par exemple, qui avait pu avoir avec Alain Laffont d’homériques engueulades, l’a toujours consulté … comme médecin, en sachant très bien qu’un tel toubib n’en restait pas à la surface des gens.

La rédaction d’Arguments Pour la Lutte Sociale tient à saluer la mémoire d’Alain Laffont, et présente toutes ses condoléances à sa famille, ses amis, ses patients, et à la cohorte de ses compagnons de route, de ses camarades, à tous les militants qu’il a formé durant toutes ces années. 

Vincent Présumey et Alexis Mayet,
Pour APLS. 

Publié dans France, Mouvement ouvrier, Nécrologie | Laisser un commentaire

L’Espace Citoyen du Val d’Yerres tient une réunion sur les services publics, par Robert Duguet

[Note de présentation APLS : cette initiative dont nous donnons écho ici, est l’exemple type de ce qu’il faudrait déployer partout, à savoir la combinaison de la lutte pour empêcher Macron de détruire la civilisation des services publics, de la Sécurité sociale et du Code du travail, et la discussion la plus large sur l’alternative politique qui nourrira cette même lutte, dont le débouché ne peut résider, selon nous, que dans la réalisation de l’unité pour chasser Macron]

Le samedi 8 juin à Yerres l’Espace Citoyen du Val d’Yerres tenait une réunion sur le thème des services publics en présence de 45 citoyens et militants. Dans notre vie militante, notamment celle de la génération d’après la grève générale de 1968, nous ne comptons plus le nombre de fois que nous sommes descendus dans la rue pour défendre les services publics. Les attaques étaient en général ciblées sur tel ou tel secteur…

Le problème pour l’ Espace Citoyen du Val d’Yerres, association qui intègre dans l’article 1 de ses statuts le point suivant –   « libérer la société de l’impasse dans laquelle l’a plongée le capitalisme… »- c’est bien de partir de cette volonté d’alimenter la discussion pour une alternative politique. Dans les semaines que nous vivons, marquées par une offensive tout azimuth du gouvernement Macron-Philippe-Collomb contre toutes nos conquêtes, il nous a semblé important d’alimenter la réflexion sur les services publics.

Tout d’abord la question d’où viennent-ils ?

Les services publics dits « à la française » se construisent à partir d’une offensive des forces du travail en 1945 contre une bourgeoisie qui, à 90%, avait pactisé avec le régime collaborationniste de Pétain. « Plutôt Hitler que le Front populaire ! » Le magnifique film de Raoul Peck « le Jeune Marx », que nous avons visionné dans une réunion politique commune précédemment, met bien en lumière que le Capital n’est pas autre chose qu’un rapport social : toute l’histoire de la société bourgeoise depuis la naissance du capitalisme est déterminé par ce rapport antagonique du capital et du travail.

L’extension des services publics, bien entendu certains existaient antérieurement, notamment dans l’application du programme républicain sous la IIIème république, est liée à une situation où les forces du travail étaient à l’offensive après la victoire contre le fascisme. Le programme du CNR (Conseil National de la Résistance) en a déterminé les points fondamentaux tout en limitant l’extension des Communs : si l’appropriation sociale des grands moyens de production a été suggérée dans le programme, la composition du CNR et la politique du gouvernement d’union nationale de Charles De Gaulle après l’effondrement du fascisme, va limiter les aspirations révolutionnaires à la nationalisations des grandes entreprises qui ont directement collaborer avec la machine de guerre nazie. Pas question de toucher à la nature de la propriété capitaliste.

La question de l’origine historique induit celle de leur avenir.

Pour l’union européenne et le MEDEF aujourd’hui, pour le néo-libéralisme qui organise une véritable prison des peuples, les services publics dits « à la française » sont une verrue qu’il faut extirper. Tout doit être soumis à la dite « concurrence libre et non faussée » définie depuis le traité de Maastricht. C’est ainsi que la libre concurrence au niveau du rail – dont on a vu les effets produits en Grande Bretagne – a pris pour cible le statut des cheminots. Rappelons que la SNCF a été créée en 1937 parce que les sociétés privées étaient incapables de répondre aux besoins de la population qui les utilisaient.

Les intervenants de notre réunion se sont donc inscrits dans cette discussion en apportant leurs propres interrogations dans le secteur qui est le leur. Dans la santé où la logique de la privatisation asphyxie l’hôpital public et empêche ce dernier de remplir ses missions. Dans l’école publique où les suppressions de postes, la baisse de qualification dans la formation des maîtres, la menace sur leurs statuts s’amplifient : dans cette destruction du service public d’éducation, le capital met en place des initiatives pour investir ce secteur comme un marché. Dans la justice où tout en ne donnant plus les moyens de fonctionner, on se dirige vers une judiciarisation de la vie publique à l’américaine. Dans le domaine du logement social où la politique en direction des offices HLM menace leur propre existence au profit du privé… Pour ne citer que ces quelques résumés d’intervention.

L’ensemble de cette politique déconstruit un modèle de civilisation : la question n’est pas comment demander à ce gouvernement de renoncer à ce qu’il applique – comme si Macron pouvait écouter nos revendications et y répondre – mais quelle société pourra préserver nos Communs.

Si après la manifestation du 26 mai bien des incertitudes planent quant à l’alternative opposer à Macron et au monde qu’il nous construit tout en détruisant la civilisation, la question posée reste bien celle-là. Nul doute que c’est à cela qu’il nous faut continuer à travailler.

Source avec les photos : http://socialisme-2010.fr/blog2016/juin2018.php#juin11

Publié dans Discussion, France, Mouvement ouvrier | Laisser un commentaire

Premier rassemblement parisien pour la libération de Sentsov et Koltchenko

Le rassemblement pour la libération de Sentsov et Koltchenko a réuni 41 militants le 13juin 2018. La police, soucieuse d’éviter tout désagrément  aux autorités russes qui détiennent plus de 70 prisonniers politiques ukrainiens  a assigné  aux manifestants un coin du Boulevard  Lannes, suffisamment éloigné de l’entrée de l’ambassade russe.

Cela n’a pas empêché les manifestants de déployer des banderoles réclamant la libération immédiate de Sentsov, de Koltchenko et de  leurs camarades, et des panneaux présentant les prisonniers, la date de leur arrestation et des informations sur leur état de santé. Plusieurs prisonniers sont en effet dans un état de santé critique dont Sentsov et Koltchenko. Un autre prisonnier politique, Stanislav Klykh est à son tour engagé dans une grève de la faim.

Plusieurs prises de parole d’Ania Garmish, Bogdan Mytrowytch et Eric Simon ont souligné la détermination de Sentsov et de Koltchenko à lutter pour obtenir la libération de tous les emprisonnés politiques ukrainiens en Russie et en Crimée et la nécessité impérieuse de leur venir en aide le plus rapidement. 

Dans la semaine des manifestations similaires se sont déroulées dans les principales villes européennes, d’autres sont à prévoir avant le début de la coupe du monde de football dont le collectif Koltchenko préconise le boycott.  Pendant plus d’une heure les manifestants ont scandé des slogans pour leur libération immédiate de Sentsov, de Koltchenko et de leurs camarades .

Plusieurs suites ont été envisagées pour développer la solidarité, et informer les médias. Une réunion du collectif Koltchenko devrait se réunir dans les prochains jours, des prises de positions d’instances syndicales sont attendues.

13-08-2018, L & H.

Publié dans Répression, Russie, Ukraine | Laisser un commentaire

Ce ne sont pas les Trump et les Kim qui font l’histoire

La rencontre Trump/Kim Jong Un a donc eu lieu. Les uns réagissent en daubant sur le ridicule et le caractère inquiétant des deux personnages. Les autres en s’enthousiasmant qu’adviennent ainsi, fut-ce par des chemins impénétrables, les voies de la paix universelle dans un monde commun. D’autres encore cumulent ces deux sortes de réactions.

Pour notre part, hé bien, nous ne sommes pas surpris. L’an dernier à la même époque, l’impérialisme nord-américain se lançait, à l’initiative hasardeuse de Donald Trump, dans une surenchère verbale et militaire à l’encontre de l’État nord-coréen qui semblait n’avoir comme seul axe de préservation et de continuité qu’une puissance nucléaire certes hors de toute comparaison avec celle des « grandes puissances », mais désormais susceptible d’envoyer des missiles assez loin, jusqu’à la Californie disent les rumeurs non vérifiables, jusqu’à l’île de Guam disent les spécialistes autorisés, jusqu’au Japon assurément, pensent à juste titre les Japonais. Mais depuis, deux développements ont stoppé cette escalade, quand bien même toute « mauvaise surprise » n’est-elle jamais à exclure sur ce sujet.

Aux États-Unis, un évènement peu commenté que nous avions souligné : le chef du commandement stratégique de l’armée avait fait savoir de manière implicite mais certaine que les généraux n’obéiraient pas forcément à Trump si celui-ci voulait dégainer la bombe. Les cercles dirigeants US n’étaient pas prêts à suivre Trump dans une aventure coréenne qui, de plus, aurait de facto visé la Chine.

En Corée du Sud, c’est un véritable mouvement populaire, dénonçant la corruption et en partie lié aux syndicats indépendants, qui a chassé la présidente directement liée aux chaebols (trusts) Park Geun-hye (mars 2017). Son successeur, l’avocat réformiste Moon Jae-in, affirme vouloir la paix officielle entre les deux Corées, ce qui est, dans la société, perçu comme devant être une étape vers l’unité nationale de la Corée à laquelle la masse de la population n’a jamais renoncée. Fin 2017, Kim Jong Un a, non sans habileté, « tendu la main » à la Corée du Sud qui s’est empressée d’en faire autant et un sommet des deux chefs d’État a précédé le sommet Trump-Kim, fait qui, sans qu’il faille certes nourrir quelque illusion que ce soit, a été ressenti comme une fierté nationale en Corée.

L’engagement de dénucléarisation annoncé à l’issue de la rencontre Trump/Kim est plus proche des positions nord-coréennes qu’américaines, car la seule annonce concrète immédiate est l’arrêt des manœuvres belliqueuses de l’US Navy et de l’armée sud-coréenne, qui avaient lieu régulièrement, alors que si les promesses de Kim semblent aller loin, elles concernent toute la Corée et ne sont assorties d’aucun calendrier. Le paradoxe pour Trump est donc de sortir apparemment renforcé d’un revirement diplomatique dans lequel il s’est totalement contredit, tout en contredisant aussi au passage son discours « ferme » envers l’Iran.

Quelles que soient les palinodies et les « trumperies », il n’avait pas le choix : l’impérialisme nord-américain ne pouvait que freiner la fuite en avant qu’avait lancée son président, laquelle, répétons-le, conduisait à la guerre non seulement en Corée, mais dans la région et avec, directement ou indirectement, la Chine. Cependant, le fait d’avoir toujours l’initiative ou l’apparence de l’initiative, au cours des séquences diplomatiques récentes : dénonciation de l’accord sur le nucléaire iranien, guerre commerciale, sabordage du G8, reprise de la main tendue à Poutine, et donc sommet de Singapour, ce fait semble conforter Trump.

Ceci souligne, aux États-Unis, que même impopulaire, discrédité et poursuivi par le procureur Mueller, Trump peut parfaitement « rebondir » si sa politique convient à Wall Street, ce qui est en l’occurrence le cas. Une alternative ne viendra pas du parti démocrate même si quantité de candidats démocrates au discours plus ou moins « gauche », dont quelques socialistes revendiqués, vont bénéficier de la situation. Et le fait que Trump soit, au moins pour un temps, finalement un représentant pas si décalé que cela de ce qu’est aujourd’hui la première puissance mondiale en crise, ne signifie pas non plus que sa base ultra-réactionnaire va s’assagir.

Kim Jong Un étant dans l’immédiat, proportionnellement à sa situation, celui qui vient d’engranger le plus de bénéfices diplomatiques, est-il pour autant renforcé sur la durée ?

Rien n’est moins sûr car il faut ici énoncer une vérité importante : tout dictateur sanguinaire et corrompu d’un « paradis socialiste », suscitant les espoirs des nostalgiques des camps géostratégiques et autres prétendus « anti-impérialistes », est en mesure, pourvu que ses comptes en banque à l’étranger en profitent, de tout vendre dans son domaine réservé, et de l’ « ouvrir à la mondialisation » et aux capitaux en promettant des bas salaires et une main-d’œuvre docile.

Du point de vue socio-économique et idéologique, il n’y a aucun obstacle à une conversion, ultra-rapide s’il le faut, de la Corée du Nord en dernier paradis capitaliste, aux salaires plus bas que le Bangladesh. La première condition, un appareil d’État assurant l’exploitation, est en effet assurée.

Mais, du point de vue de la population, du prolétariat, de la jeunesse coréenne, une « ouverture à la chinoise » de la Corée du Nord signifie que les passerelles se multiplient et que le peuple engage le combat, avec ses pieds et ses petits moyens de transports, pour une Corée unie et indépendante. Ce qui ouvre la voie au soulèvement, ou aux nombreux soulèvements partiels (impossible de préciser à cette étape), de la population de Corée du Nord pour liquider la caste de parasites qui l’opprime et liquider la condition de l’exploitation capitaliste, l’État nord-coréen, cela en même temps que le mouvement contre les chaebols capitalistes ne pourra que se poursuivre et s’approfondir au Sud.

Or, le régime nord-coréen n’a guère d’autre issue qu’une telle « ouverture » et ce probablement en mode accéléré. A l’origine, dans les années de sa formation, il avait plus de légitimité nationale que le Sud (le Sud était occupé par les États-Unis et le Nord par l’URSS mais le Nord avait connu une réelle réforme agraire et l’élimination des collaborateurs des Japonais, ce qui n’était pas le cas au Sud, et c’était alors autant la dictature d’un côté que de l’autre). Kim Il Sung avait cru pouvoir réunifier le pays en 1950 par les seules méthodes militaires : premier échec historique (d’autant qu’il n’était que le jouet de Staline qui l’avait laissé faire pour ligoter la Chine). Par la suite, progressivement, le Nord a perdu toute légitimité nationale alors qu’à partir des années 1980 des conquêtes démocratiques et ouvrières étaient chèrement arrachées au Sud. Le Nord est un État prison, une RDA en pire. La grande famine des années 1990 a fini de lui enlever toute possibilité réelle de passer pour le représentant de toute la nation coréenne. Le substitut, à la fois assurance réelle et puissance symbolique, de la légitimité perdue, c’était la bombe. Kim Jong Un est celui qui est allé le plus loin sur la « ligne de la Bombe ». Mais il savait ne pas pouvoir aller trop loin. Il a habilement transformé l’essai par ses deux rencontres avec Moon Jae-in et Trump. Mais ayant grillé la cartouche « bombe », à moins de replonger soudain dans la « ligne de la Bombe », ce que des secteurs de sa caste souhaitent peut-être mais qui serait très risqué, il ne peut que se lancer en avant dans l’ « ouverture à la chinoise » capitaliste.

Laquelle peut déraper en unité nationale par en bas, effondrement du régime et crise révolutionnaire au centre de l’Asie industrielle – car nous devons bien comprendre cela en Europe : la Corée coupée en deux n’a rien de marginal, elle est au cœur des leçons politiques planétaires, et au centre de la première zone continentale productive de plus-value du monde.

Ainsi, derrière la morgue d’un dictateur et d’un affairiste mafieux se donnant l’air de tenir les destinées du monde et d’agiter la foudre nucléaire en fonction de leur bon vouloir et de leurs caprices, se tient une toute autre puissance, la vieille taupe qui fait l’histoire et qui, ici, s’appelle nation coréenne, déjà opprimée doublement par les parasites du Nord et les chaebols du Sud, trait d’union si elle s’unit par en bas, entre les prolétariats chinois et japonais. L’avenir possible, l’avenir réel, est là.

12-02-2018, VP.

Publié dans Corée, USA | Laisser un commentaire

Sur la grève victorieuse de l’hôpital du Rouvray

 7 juin 2018 : les grèvistes du Rouvray bloquent le pont Mathilde à Rouen.

Le vendredi 8 juin, à l’hôpital du Rouvray, près de Rouen, un des trois plus grands hôpitaux psychiatriques de France, après un vote unanime de la plus forte assemblée du personnel depuis le début de la gréve, la signature de la Directrice de l’Agence Régionale de Santé (ARS) a été obtenue sur un protocole de fin de conflit.

L’ARS s’engage à :

  • Créer et financer 30 postes pour les activités et structures de soin actuelles dont 21 en 2018 et 9 au premier semestre 2019
  • Arrêter des fermetures de structures extra-hospitalières, type CMP.
  • Ne pas retirer le service d’Addictologie au Rouvray.
  • Attribuer une structure d’hospitalisation pour les adolescents au Rouvray. Ceci devant mettre fin aux hospitalisations de mineurs dans les structures d’adultes.
  • Attribuer une Unité Hospitalière Spécialement Aménagée (concernant les détenus) au Rouvray.
  • Accès à la Fonction publique pour un grand nombre de précaires (CDD) travaillant actuellement au Rouvray.

La plupart des médias ont titré sur la grève de la faim. Engagée par huit des grévistes, pendant 17 jours, dans le but d’attirer l’attention sur la mobilisation du personnel, la grève de la faim a largement entraîné les effets médiatiques escomptés. Certains médias se sont plus à souligner que « d’ordinaire, les professionnels de santé rechignent à ce type d’actions qui entrent en opposition avec leur éthique », d’autres agitant le taux de glycémie et l’état critique des grévistes de la faim. Quoiqu’on pense de cette forme d’action, on peut être sûr que la détermination des huit grévistes de la faim est née du mépris manifeste, de l ‘ARS et du ministère Buzyn, persistant à ignorer la grève et les mobilisation du personnel du Rouvray après les quatre premières semaines de conflit. De notre point de vue, si le sensationnel doit l’emporter c’est, qu’outre la grève de la faim, les formes prises par la mobilisation du personnel de l’hôpital, intègrent de manière exceptionnelle tous les ingrédients d’une mobilisation réussie. Et ce jusqu’à la victoire de leurs revendications.

L’unité syndicale sur la revendication de 52 emplois n’allait pas de soi, c’est un résultat majeur qui a été obtenu au fil des mobilisations du personnel. Dans la grève, cette mobilisation a largement dépassé l’influence habituelle des organisations syndicales et s’est dotée de son comité de grève associant, avec elles, l’ensemble des grévistes à l’organisation de la grève. Comité de grève signant avec les quatre organisations syndicales de l’hôpital les appels et les compte rendus des assemblées générales. Deux assemblées générales par jour rassemblaient plusieurs centaines de salariés : le matin celle du personnel décidait de la conduite de la grève et des négociations, l’après midi une AG ouverte aux comité de soutien, et aux médias, faisait le point sur l’actualité de la lutte et organisait les solidarités et la communication.

La solidarité des syndicats et des salariés de tous les secteurs, en particulier des cheminots, a été très importante. Après une importante manifestation le lundi 4 juin dans Rouen, le jeudi 7 juin, les grévistes et les cheminots manifestent sur le boulevard industriel et le pont Mathilde, tôt le matin, bloquant la circulation routière en ville, les grévistes font ensuite le siège de l’Agence Régionale de Santé.

Le même jour en fin d’après-midi, les négociations commencent sérieusement. Les salariés réunis en assemblée générale tiennent au mode de fonctionnement démocratique qu’ils ont établi: «  les décisions seront prises par l’assemblée générale au fur et à mesure de la négociation ». L’assemblée générale a déjà repoussé les propositions de la directrice de l’ARS, mardi. Elle avait annoncé 40 postes dont 10 pour les adolescents, 10 postes pour les détenus, qui n’étaient que des transferts d’emplois. Le lendemain, les salariés avaient été exaspérés par sa déclaration : « On ne peut pas négocier avec des gens qui n’en ont pas envie », avait déclaré la directrice. Les salariés ont, jusqu’à la victoire, contrôlé leur mouvement et les négociations. Cet exemple de démocratie et d’organisation, garanties d’une unité syndicale solide, peut se développer avec succès dans les hôpitaux publics, dans les EHPAD, partout où la politique d’austérité prétend supprimer des emplois, supprimer des lits, détruire la santé publique de proximité.

Le ministère de la santé, l’Agence régionale de la santé ont cédé sur les emplois : au Rouvray une brèche s’est ouverte. Et cela n’est pas dû à une hésitation du ministère de la santé sur le bien fondé de sa politique en psychiatrie publique. C’est le domaine où depuis dix ans les gouvernements successifs ont supprimé le plus d’effectif. Cette victoire montre comment se construit un rapport de forces, comment se construit la solidarité interprofessionnelle sur une région, quelle est son efficacité quand elle est organisée ensemble par les grévistes, leur comité de grève, leur intersyndicale, leurs comités de soutien.

Les cheminots ont aidé les grévistes de l’hôpital, mais quelle meilleure aide apporter aux cheminots que des luttes victorieuses comme celle des salariés du Rouvray ?

12-06-2018, Luigi.

Publié dans France, Mouvement ouvrier | Laisser un commentaire

Tous à l’ambassade de Russie ! 13 juin 18H Pour la libération de Sentsov et Koltchenko !

Appel du Collectif Koltchenko à l’adresse des dirigeants russes et des leaders des pays du monde entier

Alors que la Coupe du monde de football va débuter en Russie, près de soixante-dix prisonniers politiques ukrainiens restent incarcérés dans ce pays ainsi que dans la Crimée occupée.

Pour attirer l’attention de la communauté internationale sur les persécutions politiques perpétrées par le régime du Kremlin, le réalisateur Oleg Sentsov, lui-même emprisonné dans la colonie pénitentiaire au-dessus du cercle polaire, a entamé une grève de la faim  illimitée le 14 mai dernier. Selon ses calculs sa mort devrait survenir pendant la Coupe du monde.

En signe de solidarité, trois autres prisonniers politiques ukrainiens détenus en Russie et en Crimée l’ont suivi. Parmi eux, le militant anarchiste Alexandre Koltchenko, souffrant d’un déficit de poids (54kg pour ses 190cm de taille !), a dû interrompre sa grève de la faim après 8 jours, ses jours restent en danger.

Ils exigent la liberté non pas pour eux-mêmes, mais pour tous et toutes les prisonnier-e-s politiques ukrainien-ne-s détenu-e-s en Russie et en Crimée.

Nous appelons les dirigeants russes et les leaders du monde entier à :

* engager les procédures nécessaires à la libération rapide de tous et toutes les prisonnier-e-s  ukrainien-e-s poursuivi-e-s pour des raisons politiques en Russie et en Crimée ;

* prendre des mesures urgentes pour assurer l’échange de prisonnier-e-s entre la Fédération de Russie et l’Ukraine ;

* libérer immédiatement et sans condition Oleg Sentsov et Alexandre Koltchenko.

Nous appelons les leaders des pays du monde entier à boycotter la Coupe du  monde si les prisonniers politiques ukrainiens ne sont pas libérés.

Venez nombreux nous rejoindre le 13 juin 2018
face à l’ambassade russe, de 18h à 19h,
au 40-50 bd Lannes, 75016 Paris !

Collectif Koltchenko : Ligue des droits de l’Homme, Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme, Groupe de résistance aux répressions en Russie, Ukraine Action, Russie-Libertés, CEDETIM – Initiatives pour un autre monde – Assemblée européenne des citoyens, Action antifasciste Paris-Banlieue, Collectif Antifasciste Paris-Banlieue, Mémorial 98, Union syndicale Solidaires, CNT-F, CNT-SO, Emancipation, FSU, FSU 03, CGT Correcteurs, SUD éducation, SUD-PTT, Alternative Libertaire, Ensemble ! (membre du Front de gauche), L’Insurgé, NPA, Fédération anarchiste, Critique sociale.

Publié dans Répression, Russie, Ukraine | Laisser un commentaire