Arguments pour la lutte sociale n°53 du 18 septembre 2016

Le numéro 53 au format PDF

Sommaire :

  • Luttes sociales et élections présidentielles
  • Abordons les présidentielles par la lutte sociale
  • Une synthèse …
  • Pour Sarkozy, « l’homme » est arrogant
  • Un trotskyste des années 70 est caché dans ce dessin, trouvez-le !
  • Une petite Sainte Alliance
  • Le malaise d’Hillary
  • Un itinéraire militant, de Jean-François Chalot : le parcours d’un instituteur du peuple
Publié dans Bulletin, France, Laïcité, USA | Laisser un commentaire

Éléments de réflexion pour relancer un mouvement antiraciste de masse en France

Nota : cet article a été le fruit de discussion au sein du comité de rédaction d’APLS à partir de la perception commune des événements de l’été (attentats islamistes puis vague d’incidents racistes – arrêtés anti-burkini, émeute de Sisco …). Publié originellement sur un blog personnel sur Mediapart, ce texte et ses propositions constituent la position commune de la rédaction.

Cette contribution a été écrite dans la foulée du très intéressant article de Jacques Fortin, https://blogs.mediapart.fr/jacques-fortin/blog/200816/pour-un-antiracisme-de-lemancipation

La France, sa population, son monde du travail, sa jeunesse, ses habitants de toutes origines, ont besoin d’un mouvement antiraciste de masse. Il n’en existe pas à l’heure actuelle.

D’une part, une force politique, le Front National, historiquement construite sur la base du racisme anti-arabe même si sa direction tente actuellement, et partiellement, de voiler ce fait largement connu de tout le monde, pense qu’elle va bientôt arriver au pouvoir. Ils estiment à juste titre que les gouvernements successifs de droite et de gauche, et surtout le dernier en date, le gouvernement Hollande-Valls, ont tout fait pour y contribuer. Les positions du FN, y compris son fond raciste, influencent largement celles des milieux politiques dominants, gauche incluse.

D’autre part, les mobilisations antiracistes sont faibles, notamment parce qu’une partie de celles qui se présentent encore, quoi que de moins en moins, sous cette étiquette, ne sont pas antiracistes, nous allons y revenir.

Dans cette situation, les crimes de masse commis par l’extrême-droite islamiste font le jeu du FN et de ses idées. Toutefois, la large résistance de la population à tout réflexe raciste de masse, malgré l’accumulation des provocations et des crimes qui cherchent à y pousser, est remarquable depuis deux ans, et montrent qu’un réel mouvement antiraciste de masse est parfaitement possible dans ce pays.

L’objet de ce texte est de donner quelques éléments de réflexion pour qu’il puisse exister et se développer.

1.

Il importe d’abord de comprendre que la question du racisme anti-arabe en France est organiquement reliée à l’héritage colonial par le biais des origines du régime de la V° République et, de manière non exclusive mais particulièrement concentrée, par le biais de la question algérienne.

L’Algérie était « la France » et le verrou de l’empire, comme l’Irlande était « la Grande-Bretagne » ou comme l’Ukraine était « la Russie ». L’impérialisme français a militairement gagné la guerre d’Algérie, qui ne pouvait cependant qu’être perdue car jamais l’Algérie n’a été et ne pouvait être « la France ». Les manifestations de masse pour l’indépendance, en 1960, en même temps que l’impopularité et la montée de mobilisations contre la guerre en France, ont donc causé la défaite de l’impérialisme français. En 1962 l’exode des pieds-noirs et des Juifs d’Algérie, conséquence non de l’indépendance, mais de la guerre causée par son refus par la France, traumatisait des populations entières. L’État français a maintenu un lien structurel quoi que conflictuel avec l’État algérien issu de l’armée des frontières et truffé de « déserteurs de l’armée française », et maintenu et amplifié jusque vers 1975 la venue d’une importante immigration de prolétaires maghrébins.

L’extrême-droite qui voulait garder l’Algérie puis qui aurait voulu en faire sa Rhodésie, directement à l’origine du coup d’État ayant entraîné la mise en place de la V° République, s’est maintenue comme le repoussoir utile à ce régime tendanciellement autoritaire et dictatorial. Après une longue éclipse due aux luttes sociales de 1968 et des années qui suivirent, elle a repris cette place structurelle et s’y est installée, sous la première présidence Mitterrand, sous la forme du FN (rappelons que J-M. Le Pen était celui qui conduisait la petite manifestation de soutien au putsch d’Alger, l’acte fondateur du régime, sur les Champs Élysée le 13 mai 1958).

Le FN fut au départ, et pendant longtemps, l’organisation qui poursuivait « la guerre d’Algérie » en France, contre la jeunesse et le prolétariat arabes et basanés en général, tout en étant le faire valoir des partis en place, auxquels, de plus en plus, plus personne ne croit, la gauche au pouvoir ayant défendu les intérêts du capital, mais pour lesquels il fallait toujours finir par voter afin d’éviter le danger qu’il représente.

Cela a duré longtemps, jusqu’à ce que l’érosion de la gauche atteigne un degré tel, la quantité se changeant en qualité, que la venue au pouvoir du FN, qui s’est pour cela plus ou moins ripoliné, apparaît possible, des couches populaires déstructurées par la crise sociale et économique permanente votant pour lui, sans que le racisme ne soit leur première motivation, même s’il est présent. Ce changement de la quantité en qualité a pour auteurs finaux, derniers acteurs d’une pièce très mauvaise et très longue, MM. Hollande et Valls.

De plus, dans les dernières années, une forme de racisme également ancien, celui visant les Roms, ou Tziganes, autrefois Gitans, a été réactivée par les politiques publiques menées au niveau européen à l’encontre des réfugiés, souvent Roms, du Kosovo, et des migrants Roms de Roumanie et de Bulgarie, surtout depuis leur entrée dans l’UE.

Il est bien évident que la lutte contre le FN ne saurait être menée comme un combat en soi, isolé des questions sociales, et que c’est au contraire par la mobilisation sociale qu’on le battra, en battant les forces qui l’ont nourri, à commencer par le régime dont il est au fond une institution historique et structurelle, le régime de la V° République. Mais dans cette lutte qui s’annonce, l’antiracisme a naturellement sa place nécessaire et ses responsabilités à prendre.

2.

L’obstacle immédiat à la formation d’un mouvement antiraciste de masse en France aujourd’hui, alors même que la majorité de la population est antiraciste, et alors que depuis le printemps 2016 de grandes luttes sociales ont repris, est constitué par la confiscation de l’antiracisme officiel aux mains de courants qui mettent en avant non la question du racisme, mais celle de l’islamophobie.

« Islamophobie » est un terme ambigu dont l’emploi systématique est un abus aux conséquences lourdes, impuissantant l’antiracisme, et faisant le jeu des extrême-droites, française comme islamiste. L’hostilité discriminante et persécutrice envers la religion musulmane est évidemment une réalité. Au niveau mondial, c’est un phénomène de masse dans plusieurs pays de l’Asie du Sud et du Sud-Est. En France, ceci a toujours été une des dimensions du racisme anti-arabe, véhiculée notamment par le biais chrétien, mais pas toujours la principale, car les autorités coloniales, qui ont d’ailleurs inventé ce terme bien avant qu’il ne soit ressuscité, ont la plupart du temps souhaité des « indigènes » bien religieux et donc bien sages à leurs yeux. Les extrême-droites européenne et française sont très satisfaites de l’existence de régimes comme la monarchie saoudienne et la « République islamique » d’Iran (qui les subventionne parfois), régimes qui sont à ses yeux ce qui convient aux « arabes » et aux peuples variés qu’elle leur assimile. Les discours anti-islam de groupes comme « Riposte laïque », outre qu’ils permettent à des fascistes athées de cohabiter avec des intégristes chrétiens, ne sont très clairement que la feuille de vigne d’un racisme obsessionnel nourri de fantasmes sexuels. Il faut donc condamner l’islamophobie active (la phobie privée, quant à elle, ne concerne que ceux qui l’éprouvent), mais il faut la situer comme ce qu’elle est, et qu’elle était déjà bien avant la généralisation délibérée du terme : une des dimensions du fait raciste.

La montée de la thématique de l’ « islamophobie » se produit à partir de la fin des années 1980 et du début des années 1990 avec la concomitance de plusieurs évolutions importantes : fortes mobilisations antiracistes au début des années 1980, ayant largement nourri le mouvement d’ensemble de la jeunesse de l’automne 1986, mais se terminant dans les déceptions des « années Mitterrand » et la corruption-intégration de certains secteurs du mouvement ; guerre contre l’Irak et aggravation considérable de la polarisation des conflits planétaires sur le Proche et le Moyen Orient, qui n’a pas cessée depuis et a mis cette région du monde à feu et à sang ; contre-révolution islamique en Iran ; mouvement islamique de masse sauvagement réprimé puis guerre civile, largement entretenue par l’appareil d’État, en Algérie.

C’est dans ce contexte que des courants politico-religieux ont décidé d’assimiler, dans le but de remplacer l’une par l’autre, la protestation antiraciste par une protestation « anti-islamophobie », considérant que tout basané victime du racisme est forcément « un musulman », et dénonçant toute critique de la religion et de certaines pratiques religieuses, notamment le voilage des femmes, comme « islamophobe ».

Imposer le port du voile aux jeunes filles de familles musulmanes en l’imposant à l’école, tel fut le premier but de cette offensive, qui, sur ce plan, a dans les années 1990 échoué devant la résistance des personnels de l’enseignement public, et la volonté sourde de milliers de ces jeunes filles de pouvoir s’appuyer sur le statut scolaire pour ne pas mettre de voile. La loi sur les « signes religieux ostensibles » est arrivée après cette bataille, et tant son contenu réel que les aléas de son application montrent que le régime de la V° République n’a ni la volonté ni la capacité de mener une action laïque à la fois efficace et souple, comme celle qui était parvenue à faire disparaître les signes religieux chrétiens des écoles il y a un siècle et plus.

Entre les combats anticolonialistes, notamment au moment de la guerre d’Algérie, et ces courants, il n’y a aucune filiation, pas plus qu’avec les combats antiracistes des grèves des années 1970 aux marches de jeunes des années 1980. Il s’agit d’organisations ultra-réactionnaires et celles qui le sont le plus sont celles qui utilisent un verbiage « de gauche ».

Une grande partie de la « deuxième gauche » décentralisatrice, hostile à la loi égale pour tous « jacobine », et largement influente au sein du PS, et une partie de l’extrême-gauche alors en crise (années 1990), ont considéré de manière acritique qu’en effet, le racisme c’était aujourd’hui l’ « islamophobie ». Le sentiment de culpabilité hérité du colonialisme et une attitude de compassion et de commisération envers les immigrés, cachant son paternalisme viscéral sous le discours affirmant qu’il faut laisser les opprimés parler par eux-mêmes et les applaudir, moyennant quoi ces gogos prennent n’importe quel gourou réactionnaire pour « la voix des opprimés », sur fond d’avachissement de la formation politique et de la réflexion théorique, furent les ressorts psychologiques de cet alignement, dans lequel s’exprime clairement un fond chrétien plus ou moins impensé : la « femme musulmane » devient la figure de l’aliénation dont on attend, en tant qu’aliénée, qu’elle chante son aliénation, afin de croire qu’elle chante ainsi son émancipation. Ce qui a été appelé « islamo-gauchisme » est, quant au fond, plutôt un « catho-gauchisme » compassionnel, contemporain du « conservatisme compassionnel » dans la droite conservatrice chrétienne et de la vogue des théories sur le « care » dans la gauche social-chrétienne.

Quoi qu’il en soit de ces ressorts culturels, les ravages ont été considérables. Il est devenu apparemment impossible d’être « antiraciste » en critiquant la religion, en soulevant la question de l’oppression des femmes, et celle de l’homophobie. Pire encore, une doxa idéologique bien-pensante s’est constituée, fortement structurée autour de schémas qui sont ceux que le PIR (Parti des Indigènes de la République, qui n’est pas un parti mais un think tank universitaire distillant une idéologie à bien plus grande échelle), que l’on peut résumer ainsi : la République est congénitalement raciste, l’islamophobie a pris la place de l’antisémitisme, qui n’existe plus, les « sionistes » étant les pires champions de l’islamophobie et du nouveau colonialisme, il a aussi pris la place du racisme car c’est la religion qui est la cible, car la religion est l’expression de la révolte des opprimés.

Rectifions : la République, laïque, démocratique et sociale et donc antiraciste est la forme politique d’un projet d’émancipation sociale global pleinement actuel, la V° République en ce sens n’est pas la République, le racisme et l’antisémitisme sont toujours là, la PIR-idéologie les sert, cherche à bloquer tout combat réel contre eux, et sert le FN, la religion est une forme sociale aliénante, bien entendu contradictoire, et qui doit être libre et concerner chacune et chacun sur le plan de leur libre conscience.

Un mouvement antiraciste de masse en France doit être totalement indépendant du pouvoir d’une part, et de cette idéologie qu’il doit caractériser et affronter, d’autre part.

3.

L’antiracisme pour exister doit donc aller de pair avec le combat pour l’émancipation des femmes, de toutes les femmes. L’oppression des femmes musulmanes en tant que femmes est exercée en France avant tout par les hommes musulmans avec l’arme de la religion, et se combine pour elles à l’exploitation capitaliste, aux inégalités et discriminations de fait résultant du racisme, à l’intensification de ce racisme en réaction aux crimes commis par l’extrême-droite islamiste, et aux actes de l’État. L’affaire dite du « burkini » est exemplaire de cette combinaison. Au départ, moins d’un mois après le massacre de masse commis à Nice et à proximité, une opération politique islamiste utilisant des femmes, a suscité une réaction confusionniste du maire de Cannes, suivie d’une vague d’interdictions municipales et d’appels à l’interdiction générale.

Le bruit et la fureur orchestrés d’une part par les forces politiques racistes et discriminationnistes, d’autre part par les soi-disant défenseurs des libertés individuelles, ont pour effet d’interdire une campagne argumentée, une bataille d’idée, contre le port de telles tenues qui sont les drapeaux de l’oppression, cela sans aucun recours à des interdictions de s’habiller comme on veut dans l’espace public.

L’antiracisme féministe, internationaliste, se doit d’être directement solidaire du combat montant de millions de femmes dans les pays où l’islam est religion d’État, pour arracher le voile et ne pas être « haram », pour la séparation de la religion et de l’État, l’égalité des hommes et des femmes, et la libération sexuelle. L’antiracisme féministe, universaliste, se doit de défendre le droit à la sexualité de son choix pour toutes et pour tous et d’être solidaires des homosexuels discriminés, persécutés, sans crainte d’être accusé de faire le jeu des « blancs » ou des impérialismes occidentaux. Ces revendications, en milieu musulman ou non, sont immédiates. Ces positions antiracistes n’entraînent aucune réserve ni aucune hostilité à l’égard des personnes, notamment des femmes voilées, mais au contraire permettent avec elles action commune et libre débat, à condition de virer les services d’ordre islamistes et gaucho-bien pensants qui veulent « veiller » sur elles. Quant au soi-disant féminisme qui prêche l’acceptation du voile et des pratiques patriarcales et religieuses, il doit être dénoncé pour ce qu’il est : un soutien actif à l’oppression et une attitude en fait paternaliste et coloniale.

4.

La persistance du racisme dans ses formes traditionnelles – hostilité viscérale envers des personnes d’apparence légèrement « différente » assorti d’intolérances, de croyances et de fantasmes sur leur sexualité et leurs us et coutumes, les « bruits et les odeurs », et de théories sur leur infériorité – n’est pas le seul fait massif dont la théorie de l' »islamophobie » sert à nier l’existence, assurant ainsi son aggravation. Celle-ci nie aussi la persistance de l’antisémitisme, contribuant là aussi, de manière décisive, à sa reproduction et à son aggravation.

Cette négation repose sur l’ignorance feinte ou réelle des spécificités de l’antisémitisme par rapport au racisme en général, à savoir le fait qu’il ne se fixe plus, comme l’antijudaïsme qui l’a précédé et alimenté, sur des représentations physiques et des préjugés religieux, mais sur la théorie du complot et la croyance dans la richesse des Juifs, qui, via « le sionisme », gouverneraient le monde, à tout le moins « l’Occident », théorie ou plutôt fantasme qui, « socialisme des imbéciles », fait porter sur eux les malheurs passés et présents causés par le capital. Sous forme de théorie, l’antisémitisme ne postule pas l’infériorité mais bien plutôt la terrible supériorité de ses cibles.

C’est là, une fois enlevés les oripeaux du jargon universitaire dans le cas du PIR, et ceux du prétendu « humour » dans le cas de M. Dieudonné, le contenu des idées qu’ils propagent, en suggérant directement des conclusions meurtrières. Cet antisémitisme est l’un des principaux éléments par lesquels les deux extrême-droites, chrétienne et « nationale » et islamiste, ainsi que l’ « extrême-gauche » adepte de la PIR-idéologie sur fond d’antilibéralisme fétichisant l’État d’Israël, se rencontrent et se rejoignent. Ce à quoi les manifestants ouvertement fascistes du « jour de colère » en janvier 2014 appelaient, a été mis en œuvre par les tueurs islamistes en janvier 2015.

La théorie selon laquelle « l’islamophobie » congénitale de la « République » a remplacé un antisémitisme qui n’existe donc plus, fut-elle distillée par de naïfs compassionnels, fonctionne comme un dangereux cheval de Troie au profit de l’extrême-droite racialiste, dont les idées atteignent maintenant des couches sociales (une partie de la jeunesse pauvre des banlieues urbaines) et idéologiques (les héritiers du gauchisme et de la gauche compassionnelle) qu’elle ne touchaient pas à cette échelle dans les années 1970, lors des débuts du FN. Malgré la multiplication des passerelles, via notamment l’antisémitisme ouvert ou masqué, ces dernières couches se considèrent comme congénitalement « antifascistes », ce qui facilite l’illusion et la dérive.

Le combat antiraciste doit être à nouveau relié au combat contre l’antisémitisme dont les activistes de l’ « anti-islamophobie » ont entrepris de le dissocier pour mettre fin à l’un comme à l’autre. Ceci n’empêche en rien la défense des droits nationaux et démocratiques des Palestiniens, mais au contraire permet de la mener efficacement.

5.

Dans la polémique largement délirante de part et d’autre qui s’est développée à propos du « burkini » – et à l’ombre du massacre de Nice – on voit les uns se réclamer de la laïcité, assimilée dans l’arrêté du maire de Cannes aux « bonnes mœurs », pour interdire des vêtements dans l’espace public, et les autres dénoncer les « laïcistes », « laïcards » et maintenant, nouvelle expression mise en circulation de façon délibérée, les « salafistes de la laïcité ».

Sachant que les Le Pen père et fille, Donald Trump, le président flingueur philippin Dutartre, et bien d’autres, se réclament de la démocratie, les mêmes devraient en toute logique les qualifier de « démocratistes », « démocratards », et donc de « salafistes de la démocratie ». Ils ne le font pas : ce traitement est réservé à la laïcité. Quels que soient les commentaires sur le fait que celle-ci serait ou non dévoyée par ceux qui s’en réclament pour interdire des expressions publiques, porter atteinte à la liberté de conscience, ou mettre un pseudonyme sur leurs « valeurs chrétiennes », le choix délibéré de les désigner comme des « laïques » vaut complicité avec eux sur ce qu’ils entendent par là, une complicité qui vise à détruire la laïcité pour donner libre court à tous les racismes.

La laïcité n’est pas une particularité française ou une maladie congénitale des Français, ainsi que l’expliquent, de manière ouvertement ou tendanciellement raciste, aussi bien les islamistes que divers sociologues de gauche, et la République française est loin d’être laïque. Les arguments des partisans de l’interdiction de tel ou tel costume dans l’espace public, comme ceux de ses adversaires qui défendent l’occupation illimitée de cet espace public par les religieux, concourent dans leur opposition officielle à un même résultat : l’inégalité des droits, la territorialité du droit, et bientôt sa personnalité, selon les « communautés » auxquelles on est censé « appartenir ». Dans le cas du burkini, la multiplication d’arrêtés municipaux d’interdiction aboutit à un droit différent d’une commune à une autre, et les espaces « à burkini » vont forcément apparaître eux aussi, sur le mode : à chacun « son » territoire, à chacun « son » droit, à chacun « ses » femmes. Ainsi, ceux qui apparaissent sur la scène médiatique officielle comme des adversaires se prêtent la main pour liquider la laïcité et l’égalité des droits.

L’Église catholique a d’ailleurs, de longue date, compris le parti qu’elle peut tirer du rôle de ballons d’essai et de poissons pilotes joué par des militants et des militantes islamistes dans le domaine de l’occupation religieuse de l’espace public et de la revendication de reconnaissance publique, avec subvention, des activités culturelles liées aux cultes, et au final des cultes eux-mêmes. Cette attitude ambiguë coïncide avec l’existence d’une hostilité religieuse traditionnelle, nourrie de racisme, dans de larges secteurs catholiques, mais l’Église sait depuis longtemps jouer sur plusieurs tableaux.

La laïcité, définie a minima comme le respect de la liberté de conscience, entraînant et la neutralité de l’État qui ne doit reconnaître, salarier et subventionner aucun culte, ni s’immiscer dans leur fonctionnement, et son intervention pour protéger la liberté de conscience, particulièrement celle des enfants, des malades et des mourants, dans toutes les sphères, n’est pas représentée par le pouvoir autoritaire de la V° République qui, la main dans la main avec l’Église catholique, cherche à imposer un concordat de seconde zone aux musulmans impliquant un financement public indirect des cultes, et n’est pas représentée par l’extrême-droite, par le maire de Cannes qui amalgame laïcité et « bonnes mœurs », et autres fascistes genre « Riposte laïque ».

La première chose à faire pour un mouvement antiraciste digne de ce nom est de mettre fin à tout amalgame entre la laïcité et ces positions oppressives, mettre fin à l’accord qui va du FN à une partie de la « gauche de la gauche » en passant par le CCIF pour définir ainsi la laïcité.

Cette condition étant remplie, place au débat qui peut et doit reprendre sur le contenu de la laïcité, sur les libertés individuelles, sur le rôle de l’État. Différents points de vue et différentes positions sur la casuistique des situations concrètes, qui surviennent dans la vie sociale et ses confrontations, peuvent et doivent cohabiter et débattre, sur la base d’une lutte commune contre le racisme, pour l’émancipation des femmes, contre toute discrimination, et pour la laïcité.

(Voici un exemple de ces discussions possibles et nécessaires : les sorties scolaires. Sur le plan des principes, une maman accompagnatrice n’est pas seulement une « maman », mais la coresponsable d’un groupe d’enfants, et à ce titre, imposer aux enfants d’être placés de fait sous une autorité religieuse constitue une atteinte à leur liberté de sujets de droit en formation. Mais l’application d’un tel principe ne peut être partout automatique et instantanée et ne doit pas être volontairement vexatoire, ce qui laisse place à une certain latitude – impossible dans le cadre politique de la V° République qui ne peut et ne sait qu’alterner et combiner attitude purement répressive et concession de privilèges.)

6.

Il nous faut donc en France reposer les bases d’un mouvement antiraciste de masse dénonçant et remettant au premier plan la question du racisme anti-arabes, ciblant le FN ou des édiles comme le maire de Béziers, et remettant la question de l’islamophobie à sa vraie place, celle d’une des dimensions, nullement nouvelle, de ce racisme.

Un tel mouvement antiraciste doit combattre toutes les oppressions et toutes les discriminations, sans faire, justement, aucune discrimination ni aucune priorité : soutien aux femmes des pays à islam religion d’État, refus de la charia, refus de l’homophobie, combat sans concession contre l’antisémitisme ouvert ou masqué, droit à la critique de la religion sans aucune limite et respect total des personnes religieuses ou non.

L’acte politique de la refondation antiraciste ne peut donc que consister dans la rupture et la séparation claire d’avec toute la nébuleuse, allant de l’extrême-droite antisémite à une partie de la « gauche de la gauche », qui a participé à la tentative de liquider la lutte contre le racisme et l’antisémitisme en France, contribuant ainsi puissamment à aider le FN. Une des conditions de cet acte politique est de refuser de considérer que le FN, ou bien les positions gouvernementales autoritaires et concordataires, sont des formes, fussent-elles dévoyées, de la laïcité : il ne saurait y avoir de « salafistes de la laïcité ».

Ce socle laisse largement ouvert de nombreux points en débat. La pluralité et le débat permanent sont des conditions de la force d’un mouvement démocratique et antiraciste de masse.

De manière immédiate, son efficacité passe par un double affrontement : contre Daesh, fascisme islamiste et force d’oppression, et contre l’état d’urgence mis en place au nom de Daesh mais qui ne le combat pas, mais combat les libertés démocratiques. Il est désormais impossible d’affronter l’un sans affronter l’autre. L’état d’urgence n’est pas la légitime et nécessaire protection à laquelle les populations ont droit, et ne doit donc pas être confondu avec toute mesure de protection : l’essentiel de sa mise en œuvre a visé, depuis le début, les manifestations sociales.

C’est la radicalité démocratique qui peut, sur ce plan comme sur d’autres, refonder l’antiracisme. La suppression de toute discrimination raciste, sexuelle ou autre est une revendication immédiate partout, pour toutes et pour tous.

VP, 22 août 2016.

Publié une première fois sur le Club de Mediapart :

https://blogs.mediapart.fr/vincent-presumey/blog/220816/elements-de-reflexion-pour-relancer-un-mouvement-antiraciste-de-masse-en-france

 

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Un échange avec le camarade Daniel Petri

Commentaire de Daniel Petri, militant du groupe La Commune posté sur notre site le 12 septembre :

Je découvre seulement maintenant cet article écrit pendant que Vincent Présumey polémiquait contre moi à coups d’injures, d’anathèmes de toutes sortes. S’il peut citer notre communiqué, c’est bien parce que je lui ai donné le lien au cours de cette polémique. En revanche, lui s’est bien gardé de faire part de cette « critique » de notre communiqué sur votre site, alors que la « confrontation » se poursuivait. Il y a répondu dans notre nos. Belle méthode de faux-jeton que voilà. « Tout sous la table » en quelque sorte. Cette polémique était en train de tourner court car je venais d’apprendre que Vincent Présumey était signataire du manifeste pour un printemps versaillais. Alors peu me chaud qu’il juge odieux ceci ou cela dans notre communiqué qui n’avait pas pour but d’analyser les faits. Tout en sachant que nous ne savons toujours pas si le tueur était lié à Daesh. Dans son logiciel vérolé, poser la question : « à qui profite les crimes ? » revient à souscrire à une vision complotistes.

Or, ce militant sait bien tout ce que nous avons écrit dans notre journal sur la place et le rôle de Daesh. Puisqu’il a lui-même écrit dans La Commune et que notre site a publié plusieurs articles de Présumey. Il veut nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas avec la même application qu’il met à se faire passer pour ce qu’il n’est pas ou plus.

N’étant pas musulman ou issu d’une famille musulmane, il ne sait pas ce que cela peut faire d’être stigmatisé en boucle par les médias et de petits inquisiteurs lettrés en boucle pendant 25 ans, chaque jour, depuis le jour de l’affaire du lycée de Creil. Oui, il y a des racistes de tous bords. Nous le savons depuis le jour où Mauroy stigmatisa les « grévistes islamistes » de chez Talbot, il y a 30 ans.

L’islamophobie est une forme de racisme respectable et d’autant plus détestable. Il ne faudrait pas le dire ? Et, ce qui se dit sur le site « ami » de Présumey « la sociale » sur ceux qui dénoncent l’islamophobie, ne sont pas des bouffées de haine ? Et, pour « écraser Daesh », que propose-t-il ? Car ce n’est pas avec des mots que l’on combattra Daesh, pas avec des « analyses » ! Relisez vos communiqués à la suite de la tuerie de Nice : pas un mot contre les interventions de notre propre impérialisme en Syrie qui, on le sait « nourrissent » Daesh, cette créature monstrueuse de l’impérialisme ( et non d’une « religion »).

Que le professeur Présumey aille donner des leçons de marxisme apprivoisé et frelaté à ses co-signataires Badinter, Sinclair, Cuvillier, Bouvet et autres du Printemps Versaillais.

Réponse de la rédaction

Cher camarade,

commençons par te répondre sur les questions accessoires qui occupent la plus grande place de ton message.

Vincent Présumey aurait écrit cet article en te le cachant. Cet article, qui n’est pas du seul Vincent Présumey mais qui engage notre bulletin, est en ligne depuis le 18 juillet, il est donc public et n’a pas été diffusé « dans le dos » de qui que ce soit et encore moins « sous la table ».

Si toute discussion avec « Présumey » est exclue parce qu’il serait « versaillais » avec un « logiciel vérolé », il ne faut pas tenter de discuter ici à propos d’un article que tu lui attribues. Vincent Présumey a signé le Manifeste pour un Printemps républicain, en expliquant pourquoi, et sans adhérer au Printemps républicain lui-même. On peut être d’accord ou pas avec cette signature et en discuter, mais en faire l’insulte suprême n’est ni sérieux, ni correct. Ce manifeste n’engage pas le site Arguments pour la lutte sociale. La campagne qui est menée, non contre le racisme, non contre l’état d’urgence, mais contre le « républicanisme », contre la laïcité et contre la liberté de conscience par certains secteurs politiques nous conduira certainement à revenir sur cette question.

Il est faux que nous n’ayions rien dit sur la politique extérieure et les opérations aériennes de l’impérialisme français, que ce soit en général ou dans les articles qui ont été mis en ligne sur notre site à la suite du massacre de Nice puis de l’attentat de Saint-Étienne du Rouvray.

Enfin, nous savons très bien ce que c’est que d’être victime du racisme, ne serait-ce que pour avoir été toujours engagés, aujourd’hui comme hier, dans le combat pour les libertés démocratiques et l’accueil de tous les migrants et demandeurs d’asile. Il n’est en effet pas nécessaire de professer une religion pour comprendre ces choses là, cher camarade.

Notre article porte sur l’article que La Commune a publié suite au massacre de Nice et le critique précisément, et ne vise pas à vous faire passer pour quoi que ce soit, mais à forcer la discussion en recourant, en effet, à des analyses -c’est ainsi que font les militants ouvriers, c’est ainsi que font les marxistes : analyser n’est pas une pratique de « professeur » (puisque tu sembles ici prôner la détestation des professeurs …), mais de militants. Et au cœur de cette analyse il y a la question du racisme et de la lutte contre le racisme.

Pour nous, cette question ne date pas de l’apparition de voiles et de la réaction d’un proviseur à Creil à la fin des années 1980, ni des déclarations de Pierre Mauroy sur la grève de Talbot en 1983. Notre tradition est celle des combattants qui soutenaient la guerre pour l’indépendance algérienne et des luttes antiracistes, des grèves de travailleurs immigrés, et des premiers affrontements avec le FN succédant à ceux avec Occident et Ordre Nouveau. C’est la tradition du combat antiraciste du mouvement ouvrier, pas celle du combat contre la seule islamophobie remplaçant le racisme et faisant passer tout travailleur ou jeune arabe, noir ou simplement bronzé, pour un musulman. Nous défendrons, aujourd’hui et demain, cette tradition du mouvement ouvrier contre la tentative de l’éliminer au profit de l’union sacrée avec les religieux.

Au demeurant, nous ne sommes en rien « islamophobes », même si nous protestons contre l’emploi systématique de ce terme presque toujours confusionniste. Le croyant ou la croyante de base n’a jamais été et ne sera jamais notre ennemi et il est même arrivé au « versaillais », comme tu oses l’écrire, V. Présumey de siéger à une tribune aux cotés d’une femme voilée. Les clergés et les organisations politiques telles que les Frères musulmans ou les États basés sur la charia ou pratiquant la contrainte sociale au nom de l’umma, sont nos ennemis de classe, car ils sont au service du capital. L’unité de la classe ouvrière exige la lutte antiraciste et la laïcité.

Sur cette base le droit à la critique de la religion, cette « condition de toute critique » comme disait Karl Marx, est inaliénable. Il conditionne le combat pour la liberté de conscience et donc contre toute discrimination ou persécution anti-musulmane. En France aujourd’hui, l’État bonapartiste, tout en couvrant bien des pratiques racistes, cherche à imposer une sorte de concordat aux musulmans sunnites, en alliance avec le clergé, qui menace la laïcité dans son ensemble et comporterait des aspects discriminatoires mêlés à des privilèges religieux.

La thématique religieuse recouvre souvent le racisme pur et simple, comme le montre bien par exemple le cas du groupe fasciste « Riposte laïque » qui, sous une thématique faussement « laïque », et tout en s’ouvrant largement aux chrétiens intégristes, développe un racisme nourri de fantasmes sexuels dans la triste tradition du nazisme. Au fait, ce groupe a renouvelé, le 23 juillet dernier, ses menaces de mort contre notre camarade Vincent Présumey, ce soi-disant « versaillais ».

Hors de France, les principaux foyers de persécution anti-musulmane fondée sur la religion, souvent mêlés de haine envers des minorités nationales, se situent en Inde, Thaïlande et Birmanie : on attend vainement les campagnes de masse qui seraient pourtant justifiées pour leur défense, de la part des pourfendeurs de l’islamophobie prétendument consubstantielle à la « république » …

Voila, cher camarade, quelques arguments en réponse au peu d’arguments que contient ton message, qui a cependant le mérite d’exister et donc de traduire un désir de discussion avec nous : nous saisissons donc cette perche. Nous aurions pu estimer que ton message contenait trop d’insultes et d’agressivité pour engager une discussion à partir de lui. Mais ce ne sont pas nos méthodes. Si tu t’imagines réellement que nous sommes des « islamophobes » et des racistes, nous, des camarades que tu as côtoyés dans maintes luttes et moults débats, alors tu dois réellement être en proie aux pires inquiétudes, car si pour toi nous nous en sommes là, alors le monde entier doit être, disons, le 29 janvier 1933 (*). Une telle vision désespérée du réel peut faire faire de grosses bêtises et conduire à prendre des vessies pour des lanternes. C’est par la discussion patiente, et, quoi que tu en dises ici, par la production et la mise en débat d’analyses politiques, qu’elle peut être surmontée et qu’une compréhension commune des événements et donc des tâches peut être retrouvée, non seulement avec toi, mais avec toute une série de militants partis en campagne contre des fétiches pendant que la lutte des classes, elle, continue.

Fraternellement,

Arguments pour la lutte sociale.

* Rappel : 30 janvier 1933, accession d’Adolf Hitler au pouvoir.

 

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Arguments pour la lutte sociale n° 52 du 12 septembre 2016

Le numéro 52 au format PDF

Au sommaire :

  • Grève générale en Inde

  • A Washington, Moscou et Beijing, scénarios pour un conflit majeur ?

  • Sur la situation politique française

  • Rentrée 2016 : quelques mots sur les présidentielles

  • Julien Guérin, Un socialiste espagnol à l’épreuve de l’histoire : LARGO CABALLERO. (éditions de Matignon)

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Rentrée 2016 : quelques mots sur la présidentielle

En cette rentrée scolaire et « sociale » 2016, beaucoup espèrent que la mobilisation contre la loi dite « travail », votée cet été par un parlement minoritaire qui ne représente pas le pays, va reprendre. Seulement, comme c’était d’ailleurs déjà le cas lorsque la mobilisation avait commencé, mais en pire à présent, la situation est surplombée par deux facteurs autoritaires et contraignants : les attentats islamistes et les élections présidentielles. S’il est parfaitement normal et légitime que des millions de salariés, actifs, chômeurs, retraités ou en formation, se mobilisent en toute indépendance sans être tenus d’avoir une position arrêtée sur ces deux graves questions, cette indépendance elle-même réclame de plus en plus leur discussion et leur prise en compte. Lire la suite

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Déclaration après le crime de Saint-Étienne du Rouvray

Le crime revendiqué par Daesh à Saint-Étienne du Rouvray a tous les attributs d’une infamie de petits lumpen fascistes méprisables : caractère sanguinaire, lâcheté viscérale et objectif politique réactionnaire sur toute la ligne.

Réactionnaire sur toute la ligne

Il s’agit bien d’un crime religieux s’appuyant sur les écrits meurtriers de textes sacrés monothéistes, se vivant comme un acte de guerre religieuse.

Réactionnaire sur toute la ligne

Dans la seconde vidéo diffusée par Daesh après le massacre de Nice , le peuple français est attaqué pour ses manifestations en faveur le contrat de travail. Daesh en veut à la lutte de classe des exploités et ses attentats visent à y mettre fin en France comme partout.

Quand un Nicolas Sarkozy déclare que Daesh n’a aucune morale et qu’il faut donc se montrer impitoyable, autrement dit, faire pareil, au delà de sa propre irresponsabilité, il participe de ce caractère réactionnaire sur toute la ligne et fait pression en ce sens avec toute la droite et l’extrême droite sur François Hollande lequel, tout en faisant mine de résister en invoquant l’état de droit, obtempère.

Il obtempère en proclamant que la réaction de l’appareil d’État consistera à poursuivre la guerre à l’extérieur et à l’intérieur.

A l’extérieur, cela veut dire poursuivre des raids aériens meurtriers pour les civils qui n’ont pas pour fonction de détruire l’État Islamique mais de maintenir une présence impérialiste française derrière les États-Unis et la Russie.

A l’intérieur, cela veut dire État d’urgence et atteintes aux libertés démocratiques et à l’État de droit qui ont largement fait la preuve de leur inefficacité totale envers Daesh. Et pour cause : elles ne visent pas à combattre Daesh mais à mettre au pas la lutte sociale.

Le rassemblement œcuménique des représentants des cultes monothéistes sous l’égide de la 5eme République, ce n’est pas la laïcité, c’est la reconnaissance officielle des cultes.

Une république démocratique, laïque et sociale aiderait les insurrections populaires et les forces démocratiques et syndicales au Proche Orient, elle garantirait la liberté d’action des exploités et la laïcité dans le pays. Forte de sa liberté, elle pourrait mobiliser pour interdire les crimes fascistes de Daesh et de quiconque.

Il faut écraser Daesh et combattre l’islamisme politique qui ne saurait en être dissocié. Les forces impérialistes qui ont nourri Daesh ne peuvent le faire ou ne le feront qu’en reproduisant en pire les mêmes phénomènes. Il appartient au mouvement ouvrier, à la lutte des classes de régler son compte à Daesh.

Ceci exige de ne pas marcher dans l’unité nationale mais de reprendre les manifestations de masse pour l’abrogation de la loi El Khomry.

Ceci exige de lier l’exigence de levée de l’État d’urgence et de défense des libertés au combat pour écraser Daesh.

Le 27-07-2016.

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A propos du coup d’État en Turquie

Moins d’une semaine après l’échec du coup d’État militaire en Turquie, une chose est hélas claire et massive: c’est Erdogan qui mène un coup d’État contre toute démocratie en Turquie.

La purge de toutes les administrations, culminant dans la mise à pied immédiate de dizaines de milliers d’enseignant, sème la terreur, et les vannes de la violence physique et des sévices contre quiconque fait mine de s’opposer ont été ouvertes par les pogroms contre les jeunes soldats, totalement manipulés et boucs émissaires, commencés dés le samedi 17 juillet. Lire la suite

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