Arguments pour la lutte sociale – Numéro 73 du 21 mai 2017

Le numéro 73 au format PDF

Au sommaire :

  • Le gouvernement Macron et les élections législatives
  • Fausse constituante au Venezuela : des leçons pour la France !
  • Washington, Brasilia : la gouvernance agonise !
  • Justice pour Baba Jan – Appel international : premiers signataires
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Pour la libération de Baba Jan: Appel aux gouvernements pakistanais et du Gilgit-Baltistan

Justice pour Baba Jan Appel international : les premiers signataires


Veuillez s
igner si vous ne l’avez pas encore fait.


L’appel international pour Baba Jan a été signé par Noam Chomsky, professeur (à la retraite), MIT, Cambridge MA, États-Unis, et plusieurs députés et personnalités et organisations éminentes de 21 pays, dont le Royaume-Uni, l’Australie, la Belgique, la Suisse, la France, Espagne, États-Unis, Inde, Indonésie, Pays-Bas, Philippines, Sri Lanka,
Équateur, Portugal, Allemagne, Italie, Grèce, Japon, Mexique, Danemark et Malaisie.


C’est un appel très urgent pour les signatures de solidarité. Baba Jan, militant dévoué de Gilgit-Balistan, au nord du Pakistan, fait appel
d’une condamnation à perpétuité. Sa requête finale d’examen sera entendue par la Cour suprême le 25 mai 2017. Pour avoir un effet, cet appel international doit être envoyé le lundi 22 mai 2017 dans la soirée,

 

Premières signatures – liste à compléter

  • Gilbert Achcar, Professor, School of Oriental and African Studies, London University, UK
  • Mick Armstrong, Socialist Alternative, Australia
  • Özlem Barin, Socialisme 21, Belgium
  • Jean Batou, Member Geneva Parliament and Professor, Lausanne University, Switzerland
  • Olivier Besancenot, spokesperson, Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), France
  • Sandra Bloodworth, Editor Marxist Left Review, Australia
  • Joseph Bourges, France
  • Peter Boyle, Socialist Alliance, Australia
  • Patrick Braouezec, Honorary Member of the Parliament, France
  • Robert Brenner, Professor Emeritus, University of California Los Angeles, United States
  • Raúl Camargo, MP Podemos Madrid, militant of Anticapitalistas, Spain
  • J.-M. Cerino, France
  • Kunal Chattopadhyay, Professor of Comparative Literature, Jadavpur University, India
  • Kamal Mitra Chenoy, Professor, Centre for Comparative Politics & Political Theory, School of International Studies, India
  • Anuradha Chenoy, Professor, Centre for Russian and Central Asian Studies, School of International Studies, India
  • Noam Chomsky, Professor (retired), MIT, Cambridge MA, United States
  • Ashok Choudhary, General Secretary, All India Union of Forest Working People (AIUFWP), India
  • Léon Crémieux, trade-union activist Sud Aérien/Solidaires
  • Committee for Asian Women, Asia
  • Confederation of Indonesia People Movement (KPRI), Indonesia
  • Annick Coupé, general secretary, ATTAC, France
  • Philippe Cyroulnik, Art Critic, France
  • Sushovan Dhar, Radical Socialist, India
  • Bernard Dréano, co-foundor, Helsinki Citizens’ Assembly International Network
  • Alex de Jong, Editor, Grenzelos, The Netherlands
  • Enrique de los Reyes, Political Consultant on Peace Process between the RWP-M and the GRP, Philippines
  • Penelope Duggan, Editor, International Viewpoint
  • Patrick Farbiaz, Sortir du Colonialisme, France
  • Dianne Feeley, editor, Against the Current magazine, United States
  • David Finkel, editor, Against the Current magazine, United States
  • Nancy Fraser, Loeb Professor of Philosophy and Politics, New School for Social Research
  • Odile Hélier, France
  • Franck Gaudichaud, Reasercher, Grenoble-Alpes University, France
  • Dominique Gérardin, ,France
  • Paolo Gilardi, Trade-unionist (teacher), Geneva, Switzerland
  • Linuse Jayathilake, Convenear, Left Voice, Sri Lanka
  • Samy Johsua, Honorary Professor, Aix Marseille University, France
  • François Houtart, Professor, Instituto de Altos Estudios Nacionales (I.A.E.N.), Ecuador
  • Safder Karim Hunzai, accountant, Australia
  • Pierre Khalfa, economist, former member du CESE, France
  • Olivier Landau, France
  • Dharmasiri Lankapeli, General Secretary, Federation of Media Employees Trade Unions, Sri Lanka
  • Francisco Louça, économiste, université de Lisbonne
  • Angela Klein, Editor Sozialistische Zeitung (Soz), Germany
  • Alain Krivine, former European MP, France
  • Gilles Manceron, Ligue des Droits de l’Homme (LDH), France
  • Piero Maestri, Communia Network, former provincial counselor Milano, Italia
  • Christian Mahieux, Trade-Unionist SUD-Rail [Solidaires], magazine Les Utopiques, France
  • Noël Mamère, mayor of Bègles, MP, France
  • Soma Marik, women’s movement activist and Associate Professor of History, RKSM Vivekananda Vidyabhavan, India
  • Agnès Martel, France
  • Gustave Massiah, membre du Conseil international du Forum social mondial (FSM)
  • Katerina Matsa, psychiatre, Grèce
  • Savas Michael-Matsas, écrivain, dirigeant de l’EEK, Grèce
  • Gippo Mukendi Ngandu, teacher, trade-unionist, Italy
  • Muto, Ichiyo, People’s Plan Study Group, Tokyo, Japan
  • Antonio Negri, philosophe, Italy
  • Ozlem Onaran, Professor of Economics, UK
  • Lisa Pelletti Clark, Co-President, International Peace Bureau
  • Armelle Perthus, spokesperson, NPA, France
  • Giovanni Peta, Italy
  • Christine Poupin, spokesperson, NPA, France
  • Philippe Poutou, NPA candidate, presidential election 2017, France
  • Anne Querrien, sociologue, magazine Multitudes, France
  • Mahnaz Rahman, member Women’s Action Forum, Pakistan
  • Samina Rahman educationalist, Pakistan
  • Nalini Ratnarajah, Human Rights Defender, Sri Lanka
  • Alain Raymond, UTOPIA, France
  • Zia Ur Rehman – National Coordinator Pakistan Development
  • Réseau Sortir du colonialisme (SDC), France
  • Pierre Rousset, Europe solidaire sans frontières (ESSF), France
  • Yohichi Sakai, Japan Revolutionary Communist League (JRCL), Japan
  • Pierre Salama, Professor emeritus, Paris XIII University, France
  • Catherine Samary, economist, France
  • Edgard Sanchez, Partido Revolucionarios de los Trabajadores (PRT), Mexico
  • J. B. Sauvage, France
  • akob Schäfer, trade Union activist, member of ISO, Germany
  • Glauber Sezerino, sociologue, association Autres Brésils, France
  • Jonathan Simmel, parliamentary candidate, Red-Green Alliance, Denmark
  • Socialist Party of Malaysia (PSM), Malaysia
  • Søren Søndergaard /Soren Sondergaard, Red-Green Alliance in Denmark, Member of the Danish Parliament, Spokesperson on European Affairs, Spokesperson on Human Rights
  • Alda Sousa, Porto University, Portugal
  • Daniel Tanuro, ecosocialist activist. Member of the LCR, Belgium
  • Josette Trat, sociologue and feminist, France
  • Juan Tortosa, CADTM-Suisse and SolidaritéS , Suisse
  • Eric Toussaint, spokesperson, CADTM-International
  • Yannis Tsiomis, Directeur d’études, Professor, Associate Member, EHESS Paris, France
  • Marlene Tuininga, Journalist, France
  • Christian Tutin, Professeur d’économie, Université de Créteil, France
  • Lot van Baaren, FNV Dutch Trade Union Federation, member of the Board, The Netherlands
  • Arend van de Poel, Librarian, IIRE, Amsterdam, The Netherlands
  • Roseline Vachetta, former European MP, France
  • Achin Vanaik, Retired Professor of International Relations, University of Delhi, India
  • Christian Varin, New Anticapitalist Party (NPA), France
  • Pedro Vianna, poet, writer, civil society activist, France
  • Patrick Viveret, philosophe, France
  • Dr Peter Waterman, Senior Lecturer in Politics Programme, Institute of Social Studies (retired), The Hague, The Netherlands
  • Thomas Weyts, SAP-LCR Belgium
  • Neel Wijethilak, General Secretary, United General Workers Union, Sri Lanka
  • Working People Party (PRP), Indonesia

 

Appel international lancé par Farooq Tariq, porte-parole de l’Awami Workers Party

Pour la libération de Baba Jan: Appel aux gouvernements pakistanais et du Gilgit-Baltistan

Baba Jan est un activiste politique au Gilgit-Baltistan (Province au nord du Pakistan) qui fait face à une condamnation à perpétuité avec 12 autres personnes dans la prison de Gahkooch. Il est membre du comité fédéral de l’Awami Workers Party et président du Progressive Youth Front. Il a été condamné sur la base d’accusations d’avoir organisé ses émeutes et des rassemblements illégaux en 2010. Son véritable « crime » est d’avoir aidé les victimes de la catastrophe du lac Atta Abad à recevoir une indemnisation équitable. Le lac a été créé après un glissement de la terre qui a bloqué le cours de la rivière.

En 2010, lorsque les habitants d’Ali Abad, la principale ville de la vallée de Hunza, ont protesté pour une juste compensation pour toutes les victimes réelles du lac Atta Abad, la police a ouvert le feu, tuant deux manifestants, un père et son fils. Des protestations très fortes se sont déroulées immédiatement et les gens se sont rebellés. Baba Jan n’était pas présent à ce moment là. Il a ensuite rejoint la protestation et a essayé de refroidir la température de l’humeur des gens en organisant des rassemblements et des manifestations. Il avait été promis que l’affaire du comportement de la police serait instruit par la justice et le policier responsable serait licencié pour avoir fait tirer sur des manifestants pacifiques.

Au lieu de cela, diverses plaintes de police ont été enregistrées contre Baba Jan et plus de 100 militants de divers partis politiques en vertu de lois antiterroristes. Les lois antiterroristes sont très souvent utilisées contre des militants politiques au Pakistan et au Gilgit-Baltistan pour des raisons politiques.

Baba Jan et ses 12 camarades ont été condamnés à mort en 2014 par le tribunal antiterroriste, sans jamais avoir été entendus auparavant par la justice comme d’autres manifestants seront condamnés à vie pour avoir protesté. La Cour suprême de Gilgit-Baltistan a acquitté Baba Jan plus tard lors de son recours contre le verdict.

Baba Jan a participé aux élections générales en 2015 et est venu en deuxième position dans sa circonscription. Cependant, lors d’une élection partielle dans la même circonscription, après que le gagnant a été nommé gouverneur de Gilgit-Baltistan, il est apparu que personne ne pouvait égaler la popularité de Baba Jan, le gouvernement est alors allé à la Cour suprême et a demandé que l’appel pour obtenir l’acquittement de Baba Jan devait être entendu avant l’élection et l’élection a été reportée.

Plus tard, la Cour suprême a rétabli la condamnation à perpétuité de Baba Jan, beaucoup pensent que la décision a été prise sur une base politique pour empêcher Baba Jan de participer au scrutin.

La Cour suprême entendra un ultime recours de Baba Jan le 25 mai 2017.

Ceci est une demander au gouvernement de Gilgit-Baltistan pour qu’il retire son recours devant la Cour suprême et pour plaider devant la Cour suprême pour la libération de Baba Jan et tous les autres et de les libérer tous.

Il s’agit de demander la publication du rapport de la commission judiciaire sur l’incident et la mise en œuvre de ses recommandations. La commission judiciaire a été créée par le gouvernement GB pour enquêter sur l’ensemble de l’incident. Ce rapport n’a jamais été publié.

Appel lancé par Farooq Tariq, porte-parole de l’Awami Workers Party (Parti des Travailleurs de l’Awami – Pakistan)

Envoyer vos signatures avec les mentions de vos noms, prénoms, qualités, organisation, pays directement au camarade Farooq à l’adresse suivante : farooqtariq [at] hotmail.com

 

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Le gouvernement Macron et les élections législatives.

Plusieurs médias et ses propres supporters présentent la présidence Macron en France comme un tournant de l’histoire : la malédiction du Brexit et de Trump aurait été conjurée, le reflux des « populismes » viendrait de la lumineuse et royale France de la V° République, avec son jeune président solaire, ou jupitérien (sic), à la formation philosophique (n’a-t-il point annoté Paul Ricoeur dans sa première jeunesse ? ) que ne signalent pourtant pas ses discours creux.

Le président Macron veut manifestement repositionner favorablement l’impérialisme français dans le cadre d’un partenariat avec l’impérialisme allemand. Son programme annonce la formation d’un budget de la zone euro auquel contribuerait donc principalement l’Allemagne, en contrepartie de réformes dites de structures, visant à la baisse des salaires réels (faussement compensée par la « baisse des charges » détruisant la Sécurité sociale au profit de la CSG, et par la baisse de la taxe d’habitation sapant les finances locales) et une flexibilité accrue du marché du travail.

Autrement dit, il veut taper un grand coup sur les salariés par une sorte de dévaluation interne analogue à celle qu’ont connu les pays méditerranéens, et à laquelle les mesures anti-sociales de Hollande, à commencer par la loi El Khomri dont l’aggravation constitue la trame de toute la politique de Macron, ont pavé la voie.

Et il semble s’imaginer qu’ainsi, l’Allemagne impressionnée paiera … un peu ! C’est là en somme une version inversée, mais analogue, du programme de la « France insoumise » qui prétendait que la puissante France ferait plier l’Allemagne en menaçant de se retirer des traités européens. Toute l’histoire des dernières décennies laisse au contraire penser qu’en essayant de faire plier les travailleurs en France, le capitalisme français ne parviendra pas à se ré-instituer en puissance industrielle exportatrice, sauf dans le domaine, para-étatique et qui lui est désormais indispensable, des armements, mais sapera son propre marché national et s’enfoncera un peu plus.

En résumé : du point de vue la place de la France dans les rapports de force internationaux, la nouvelle présidence « solaire » et « jupitérienne », sans autres atouts réels que ses bombes et sa présence en Afrique, n’est absolument pas en mesure de donner la ligne à qui que ce soit.

Emmanuel Macron a nommé premier ministre un relatif inconnu, mais Édouard Philippe représente parfaitement le deep state de la V° République : il a été Directeur des ressources humaines … de l’UMP, à sa fondation, affectant les permanents en relation avec Alain Juppé, jusqu’à ce que Sarkozy l’écarte, et il a été ensuite lobbyiste d’Areva, la firme liée à l’État qui exploite l’uranium du Niger, fondement de l’industrie nucléaire française – pas seulement le nucléaire civil, seul à obséder écologistes et « insoumis », mais le nucléaire militaire, et nœud central de la présence française en Afrique. Le maire du Havre avec son look de hipster sans scrupule, c’est donc cela.

Le reste est à l’avenant. La ministre du travail Mme Pénicaud était DRH chez Danone et a nommé directeur de cabinet Antoine Foucher, ancien directeur au « social » dans le MEDEF. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, un faiseur clef du produit « Macron », baron régional et potentat local, a nommé à ce poste Stéphane Fratacci, qui l’avait occupé dans le ministère de «l’Identité nationale » de Sarkozy avant d’être un préfet du Doubs expulseur de Roms sous Hollande. La ministre de la Culture Mme Nyssen présente très bien en raison de la bonne réputation intellectuelle de sa maison d’édition Actes Sud, mais c’est aussi un magnat de l’édition en pleines manœuvres de concentration, et l’alliée de la petite église anthroposophique qui déteste l’école publique française.

A ce propos justement, comme on a pu l’entendre récemment en conclusion d’un congrès local de Délégués Départementaux de l’Éducation Nationale, le ministre de celle-ci, M. Blanquer, n’a pas un vocabulaire comportant les mots « école publique » : cet idéologue du droit et de la décentralisation a d’ailleurs déjà été le ministre réel, celui des cabinets, sous plusieurs gouvernements précédents, de droite ou de gauche. Avec lui, c’est là aussi le deep state des cabinets ministériels qui s’affiche ouvertement (il y a à cela un précédent à l’Éducation nationale : il s’appelle Claude Allègre!).

Ce gouvernement de la « société civile », étant entendu que « société civile » veut dire : énarque ayant pantouflé entre conseils d’administration et haute fonction publique, n’est pas du tout un gouvernement du renouveau.

C’est une synthèse : synthèse de la droite UMP recyclée à laquelle sont confiés les postes clefs de l’Economie (Le Maire) et des restrictions budgétaires (le sarkozyste Darmanin, ministre « de l’Action et des Comptes publics », le ministère de la Fonction publique étant supprimé!), avec la « gauche » des potentats régionaux menée par M. Collomb, le liant du tout étant cette soi-disant « société civile » qui n’est en réalité rien d’autre que le deep state de la V° République obligé de se montrer au grand jour pour prendre directement les affaires en main.

Gouvernement de la dernière chance de la V° République, chargé de la ressusciter ?

Dans le pays, en dehors des candidats macronistes aux législatives et des secteurs du PS qui lui font les yeux doux, ce gouvernement ne fait pas illusion.

Le sentiment du cœur du prolétariat à son égard est parfaitement illustré par l’attitude des ouvriers de GM&S à La Souterraine : s’ils menacent de tout faire sauter c’est qu’ils n’attendent rien de lui.

C’est pourquoi le discours de J.L. Mélenchon, dont les milliers de manifestants le mardi 16 mai ont apprécié la présence ainsi que celle de Philippe Poutou, donnant comme unique perspective une injonction faite à Macron de nationaliser de facto leur usine en affirmant que cela, Macron pourrait le faire, ne correspond pas à leur mouvement réel et, sous l’apparence d’un discours radical, vise à faire reconnaître Emmanuel Macron, nouveau président de la V° République, dont J.L. Mélenchon dit vouloir être … le premier ministre !

L’objectif est donc clair : il faut battre ce président et ce gouvernement, bloquer les ordonnances annoncées contre le droit du travail.

Cet objectif pourrait être atteint aux législatives si les candidatures unitaires et démocratiques opposées au régime de la V° République et à la logique de la loi El Khomri étaient prépondérantes.

Il y en a quelques unes : citons François Ruffin à Amiens, soutenu aussi par une grande partie des socialistes, Sylvain Boudier à Montluçon et Commentry, qui représente un regroupement similaire, ou Caroline De Haas dans le XVIII° arrondissement de Paris, qui représente le mouvement pour l’abrogation de la loi El Khomri contre Mme El Khomri elle-même soutenue par Macron, ou encore Isabelle Attard, élue députée EELV du Calvados en 2012 avec le soutien du PS, qui s’est opposée de bout en bout à la loi El Khomri et à l’état d’urgence et a reçu un soutien unitaire majoritaire à gauche.

Ces quelques exemples montrent que la question n’est pas celle d’une imaginaire pureté idéologique ou programmatique, mais de l’attitude réelle des candidats. Mais ils sont minoritaires.

En effet, deux forces politiques font tout ce qu’elles peuvent pour interdire l’unité dans la clarté, l’unité contre Macron, la loi El Khomri et les ordonnances. D’un côté, opèrent les partisans de Macron jusque dans les sommets du PS, paralysant celui-ci ou ralliant ses candidats à la « majorité présidentielle », parfois affublée de l’adjectif « exigeante », de l’autre la « France insoumise » a décidé, sans y arriver toujours, d’imposer des candidats partout dans une frénésie agressive croissante envers tout pluralisme, tout parti, tour courant politique organisé – allant jusqu’à présenter une candidature dans le XVIII° arrondissement parisien, faisant ainsi le jeu de Mme El Khomri dont la candidature avait pourtant été martelée pour dénoncer Benoit Hamon aux présidentielles …

Tels sont les obstacles qu’il faut aujourd’hui combattre : celui de la confusion avec Macron et celui de la division, mais une division dont la nature est nouvelle et nous aurons à y revenir : elle se fait au nom d’une force qui entend détruire les partis, qui se veut étrangère au mouvement ouvrier et à la lutte des classes, et qui dit ouvertement vouloir cohabiter, et donc en fait gouverner, avec Macron.

Soyons clairs : si une majorité contre Macron, LR et le FN, et contre les ordonnances, était victorieuse en juin, ce n’est pas la cohabitation dans l’ordre qui serait à l’ordre du jour mais l’affrontement avec une présidence minoritaire et illégitime, et donc la mise en cause de la légitimité de la V° République, maintenant.

Le combat pour cette unité, ou ne serait-ce que le combat pour imposer le débat entre tous les candidats se situant « à gauche contre Macron », pourrait, si une ou plusieurs forces politiques l’organisaient à l’échelle nationale, être victorieux. Quoi qu’il en soit, il prépare directement la suite : l’unité dans l’action de classe contre les ordonnances Macron.

21-05-2017.

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Fausse constituante au Venezuela : des leçons pour la France !

C’est un fait : la majorité du peuple vénézuélien manifeste, fait grève, affronte physiquement, au prix de dizaines et de dizaines de morts et de blessés, l’État, l’armée, la police, le parti et les nervis du régime de Maduro.

C’est un fait : héritier du chavisme, bonapartisme national-populiste de gauche qui a eu un grand soutien populaire autrefois et que l’impérialisme nord-américain avait vainement tenté de renverser, ce régime est totalement anti-social, anti-démocratique et anti-populaire.

C’est un fait : les mobilisations contre ce régime, au delà de leur spontanéité et de leur généralisation avérée, sont le plus souvent dirigées par des partis réactionnaires liés à l’ancienne oligarchie et aux propriétaires fonciers, qui veulent reprendre les parts de profits accaparées par la bourgeoisie « bolivarienne » et ses clients. La faute à qui ?

Maduro annonce l’élection d’une « constituante » pour canaliser le mécontentement et brider le mouvement insurrectionnel qui se dirige vers la destruction, ou du moins l’ébranlement complet, de l’appareil d’État, ce dont la bourgeoisie « libérale » et « de droite » qui dit s’opposer à lui, a aussi peur que lui.

Une constituante souveraine suppose qu’elle ne soit pas octroyée par un président-Bonaparte et qu’elle n’ait pas d’appareil d’État au dessus d’elle. La constituante souveraine, comme les soviets et les conseils, est synonyme de démocratie et synonyme de révolution. Ceux qui s’imaginent que l’élection au suffrage universel d’une assemblée souveraine à l’échelle d’une nation est quelque chose de « bourgeois » devraient se demander pourquoi la bourgeoisie en a aussi peur qu’elle a peur des conseils populaires, des soviets, des assemblées d’habitants.

La « constituante » de Maduro n’a rien d’une constituante. Sous le contrôle de l’appareil d’État, des clientèles armées, et du PSUV (la tentative de parti unique chaviste), elle doit être soi-disant plus ou moins « soviétique » en ce qu’elle comporterait non pas des représentants élus par le peuple tout entier, mais des représentants de branches professionnelles, de « communautés », de factions et de syndicats sous contrôle, etc. Ceci n’a rien de soviétique : les soviets sont la réunion directe du prolétariat mobilisé sous la forme d’assemblée et de conseils de délégués élus et révocables. Comme la constituante souveraine, les soviets sont l’expression de la vraie démocratie, celle qui prend le pouvoir. Le point de départ des soviets, ce sont les délégués élus par les assemblées de grévistes. Si des soviets voient le jour au Venezuela, ce ne peut être que contre Maduro, dans les grèves et les manifestations.

Ni assemblée soviétique, ni assemblée constituante, la « constituante » annoncée par Maduro est une manipulation qui prétend représenter tous les groupes sociaux dans l’unité simulée du « peuple » contre « l’oligarchie » dénoncée comme étrangère – impérialiste, yankee et « sioniste » – de sorte que le capital national, à commencer par celui des barons du chavisme, est occulté et protégé. Dans sa conception elle s’apparente donc, fatalement, à la Chambre des faisceaux et des corporations de Mussolini, dans l’Italie fasciste des années 1920.

L’opposition « démocratique » crie à la manipulation mais ne veut pas de constituante véritable pour autant. L’opposition « interne » au régime (voir par exemple l’interview de Stalin Perez Borge sur le site A l’Encontre) en est réduite à vouloir faire de la fausse constituante de Maduro un « espace de débat (…) entre tous les secteurs sociaux » (sic). La démocratie et l’intérêt des travailleurs exigent pourtant une orientation très simple :

Dehors Maduro !

Une vraie constituante, pleinement souveraine, élue au suffrage universel proportionnel partout, avec liberté démocratique et vote libre partout, tout de suite !

De plus, cette exigence démocratique entrerait en résonance avec ce qui se passe au Brésil, où la crise au sommet et la marche à la destitution de Temer posent la question d’élections générales, législatives et présidentielles, immédiates.

Mais au fait, cette histoire au Venezuela n’a-t-elle pas un intérêt politique direct en France aujourd’hui ? Une constituante en France ne saurait en effet, pas plus qu’au Venezuela, être un gadget, une constituante octroyée sans pouvoir réel ou une Chambre de faisceaux et des corporations. Nous assistons en ce moment au spectacle des « groupes d’appui » de la « France insoumise » allant répétant que les élections législatives doivent être un calque des élections présidentielles, ce qui pour eux signifie que les 19,5% de Mélenchon le 23 avril devraient leur appartenir. Mais la démocratie veut, elle, que les législatives ne calquent pas les présidentielles. Elles ont d’ailleurs été mises juste après elle, lors de l’adoption du quinquennat présidentiel par Chirac et Jospin, dans cette intention ! Le programme de la « France insoumise » prévoit une constituante octroyée par le président, qui ne serait pas en même temps législative, qui serait pour moitié tirée au sort et dont les membres seraient interdits d’avoir eu un mandat électif auparavant. Tout le contraire de la souveraineté populaire et de la liberté de choix dans des élections libres, tout le contraire d’une constituante !

Le sort qui risque d’être fait à la pseudo-constituante de Maduro risque de montrer ce qu’il en est, et ce qu’il doit en être, de tels gadgets bonapartistes qui n’ont rien, rien du tout, de démocratique.

Autre caractéristique de ce que doit être une vraie constituante, comme d’ailleurs de vrais soviets : le pluralisme des partis et leur libre confrontation. Ni tirage au sort, ni choix policier : démocratie !

Telle est déjà la leçon du Venezuela, elle est universelle.

21-05-2017.

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Washington, Brasilia : la gouvernance agonise !

Crise au sommet à Washington : après le Trump en mode « Trump » conseillé par Steve Bannon l’allumé toxique, mais qui n’arrivait pas à expulser les musulmans et liquider le peu d’assurance maladie, on est passé au Trump en mode « Trump » conseillé par les généraux Mattis et McMaster, celui du petit bombardement sur Bachar, de la grosse bombe sur les montagnes afghanes, et des gros mots sur la Corée. Nous voilà maintenant au Trump en mode « Trump » conseillé par … on ne sait trop qui (le gendre Jarred Kushner ?), le Trump « troisième période », lequel a inauguré celle-ci, comme on sait, en virant par surprise et en direct le patron du FBI James Comey, qui avait pourtant donné la chiquenaude décisive à Clinton quelques jours avant le scrutin présidentiel.

La séquence ainsi engagée est spectaculaire et va crescendo.

Quelques jours après avoir viré Comey, on apprend que Trump a fanfaronné devant Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de Poutine en visite impromptue (ce qui est déjà curieux en soi : Poutine aurait appelé Trump en lui disant que Lavrov était dans le coin, à savoir en Alaska …), en lui révélant des données sur Daesh fournies, semble-t-il, par l’espionnage israélien.

Puis, c’est le Washington Post qui publie le procès-verbal d’un entretien entre grands chefs du parti républicain quelques semaines avant l’investiture de Trump où, après avoir évoqué les procédés de corruption de chefs politiques en Ukraine par les services de Poutine, Kevin McCarthy, leader républicain à la Chambre des représentants, affirme que Trump, ainsi que l’élu républicain de Californie Dana Rohrabacher, sont tout simplement « payés » par Poutine, puis se promettent de garder cela pour eux.

Ensuite, pendant que Trump conseille publiquement à Comey de fermer sa grande gueule et que celui-ci l’ouvre de plus en plus, faisant savoir qu’il a pris des notes sur tous ses entretiens avec le président, lequel lui a demandé d’arrêter toute enquête sur la Russie et suggéré d’emprisonner les journalistes gênants, ni plus ni moins, il est contraint d’accepter la nomination d’un procureur spécial pour enquêter sur le fameux sujet « russe », nomination qui est opérée par le ministre adjoint de la justice et non par le ministre en titre car celui-ci est mouillé dans l’affaire !

Et c’est Robert Mueller qui est nommé, c’est-à-dire pas n’importe qui : l’homme qui a pris la tête du FBI une semaine avant les crimes de masse du 11 septembre 2001, qui est réputé avoir résisté à Bush en 2004 dans la fuite en avant sécuritaire et liberticide, auquel Comey avait succédé en 2013. En somme le deep state en personne, la continuité des services spéciaux de l’appareil d’État dans leur autonomie revendiquée envers l’exécutif.

Autant dire que ça chauffe pour Trump, et d’ailleurs tout le courant démocrate-populiste et socialisant représenté par Bernie Sanders est déchaîné contre lui. Ces derniers ont, dans ce contexte, remporté une belle victoire : l’élection comme District Attorney de Philadelphie, au suffrage universel, d’un soutien de Black Lives Matter, adversaire de la peine de mort ayant comme programme le dépeuplement massif des prisons surpeuplées, Larry Krasner. Dans l’autre sens, les rumeurs sur l’organisation d’une marche armée – une marche armée – sur Washington de la part des libertariens, suprématistes blancs et autres en cas d’impeachment de Trump circulent largement sur les réseaux.

L’impeachment – ou le constat d’incapacité – de Trump est donc ouvertement évoqué un peu partout, pour le souhaiter, en menacer, ou le dénoncer par avance. Cela ne veut pas dire qu’on soit à la veille d’un tel événement. Le fait patent, décisif, est le suivant : l’exécutif US est carbonisé. L’autorité du président est tout à fait sapée, au point que la rumeur concernant la tenue des prochaines sommets de l’OTAN en Italie le 25 mai prochain, et du G20 à Berlin début juillet, est que la crainte de Trump et de ses foucades est dépassée, et qu’on doit faire attention de ne pas lui parler trop vite, de ne pas faire de phrase trop longues en sa présence, et de ne pas s’imaginer qu’il connaît sa géographie et son histoire.

Dans l’immédiat, les corps constitués de l’appareil d’État US observent une trêve le temps qu’il fasse son premier périple international, en commençant – tout un programme ! – par l’Arabie saoudite, pour continuer par Israël, les territoires palestiniens, le Vatican, l’UE à Bruxelles et le sommet de l’OTAN. Erdogan, furieux du soutien maintenu et renforcé des forces US au PYD kurde en voie de prendre Rakka – et de s’y confronter à de graves problèmes par refus de prendre en compte les aspirations démocratiques des Arabes et leurs propres organisations opposées à Daesh – s’est vengé en faisant intervenir ses nervis … à Washington, contre une manifestation d’opposants et de Kurdes – autre épisode « sécuritaire » soulignant la crise de l’appareil d’État nord-américain …

Parallèlement à ce qui n’est pas l’impeachment mais bien la paralysie du président des États-Unis d’Amérique du Nord, celui des États-Unis d’Amérique du Sud qu’est le Brésil, se trouve dans une situation similaire ou pire encore.

Michel Temer, installé au pouvoir par un coup d’État judiciaire et mafieux à la place de la présidente PT Dilma Roussef, que sa politique capitaliste avait affaiblie de longue date, a été piégé par un homme d’affaires qui ne voulait pas chanter et a enregistré un entretien avec lui, attestant de corruption, chantage et entrave à l’enquête sur la corruption autour de Petrobras.

Temer tente d’interdire la procédure maintenant engagée contre lui. Il n’a pas été renversé – comme il aurait dû l’être – par la grève générale des ouvriers et fonctionnaires et les manifestations des paysans, mais il est en voie de l’être par ses propres turpitudes.

La crise au sommet à Washington et la crise au sommet à Brasilia ont l’une et l’autre fait plier, pour la première fois depuis l’investiture de Trump, les bourses mondiales, signe de l’importance du problème. Nous assistons à une faillite de ce que le capital appelle sa gouvernance.

Dans cette crise, seule l’intervention des prolétaires, c’est-à-dire de l’immense majorité de l’humanité, peuples nord-américain et brésilien compris, peut imposer un débouché démocratique. Elle peut et doit être un appel d’air pour l’organisation indépendante de tous les secteurs qui, aux États-Unis, ont soutenu Sanders et au delà, et qui, au Brésil, cherchent à se redonner les moyens du combat social indépendant après la paralysie par les sommets des organisations dont ils s’étaient dotés depuis les années 1980 (PT, CUT, Conlutas, Mouvement des Sans Terre).

L’avenir est à eux, car tout autre avenir est bouché.

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Arguments pour la lutte sociale – Numéro 72 du 14 mai 2017

Le numéro 72 au format PDF

Au sommaire :

  • Le quinquennat a commencé à la Souterraine…
  • Le temps des faux ingénus
  • De James Comey à Moon Jae-in, ou les cauchemars de Donald Trump
  • Ce que nous disent les conseils de quartier boliviens : avec le peuple vénézuélien, contre Maduro !
  • Rubrique « Le monde comme il va… » : Grande-Bretagne, Ukraine…
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Ce que nous disent les conseils de quartier boliviens : avec le peuple vénézuelien, contre Maduro !

La FEJUVE, Fédération des conseils de quartiers de El Alto, la grande banlieue populaire et ouvrière de La Paz, capitale de la Bolivie, est une organisation sociale de masse constituée au début des années 2000 lors des « guerre du gaz » et « guerre de l’eau », l’organisation populaire qui a renveré le président Losada en 2003 lors d’une crise révolutionnaire, et fut ainsi à l’origine de l’arrivée au pouvoir du président Morales, une organisation symbole des luttes des années 2000 qu’étaient censés représenter les présidents Morales, Chavez puis Maduro, Correa … en Amérique latine. Lire la suite

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