Lutte des classes en France et candidature « JLM »

Un débat nécessaire.

Les deux dernières parties de nos notes politiques diffusées la semaine dernière, La question Mélenchon et La vraie bataille politique sur les présidentielles, ont suscité, et c’est bien normal, des réactions de camarades, en France et à l’étranger, s’étonnant d’une telle position alors qu’il semble que la seule possibilité de faire avancer les choses dans les prochaines élections présidentielles françaises soit le vote Mélenchon, généralement considéré, à l’instar de ce qu’il était effectivement en 2012, comme un vote qui, à la fois, porte une critique et un refus envers la gauche dite « de gouvernement », laquelle a fait pire que jamais sous Hollande, et porte la perspective d’un changement de régime et d’une ouverture des possibles en France, et par conséquent au delà même de la France.

Assurément, nous allons avoir des discussions sur ce sujet, ce qui est tout à fait légitime et souhaitable. Nous devons préciser, car ceci n’est pas toujours compris, que notre position n’exclut absolument pas le vote Mélenchon. Elle tient en deux points, l’un concernant la situation, l’autre concernant la nature de sa candidature aujourd’hui.

Lutte de classe et présidentielles.

Sur le premier point, la situation politique présente reste beaucoup plus ouverte qu’on ne le croit souvent, comme l’indiquent les événements majeurs qui ont bousculé la campagne présidentielle telle qu’elle était prévue par les commentateurs et les principales forces politiques, y compris J.L. Mélenchon lui-même. Ces événements sont maintenant au nombre de trois.

Il faut en effet y compter d’abord la poussée de grèves et de manifestations contre la loi El Khomri, même si celle-ci remonte à mars 2016, car la déclaration de candidature de J.L. Mélenchon lui est antérieure et ne la prévoyait pas, se présentant comme la seule issue restante alors que, pendant des semaines, de larges couches du prolétariat et de la jeunesse ont cherché une issue dans la lutte de classe directe. Ils n’ont certes pas imposé cette issue, pour des raisons politiques (au nombre desquelles le refus des directions syndicales d’aller jusqu’à renverser le gouvernement Hollande-Valls et le soutien de J.L. Mélenchon à ces directions), mais la défaite revendicative majeure se combine à une expérience politique riche dont toutes les suites sont loin encore de s’être développées.

Les deux autres événements sont récents. Il s’agit d’abord de la façon efficace dont la primaire de la droite a permis au principal parti du capital et du régime de la V° République qu’est LR de se recomposer autour d’un candidat qui n’était peu de temps auparavant que le troisième, voire le quatrième homme de cette primaire, François Fillon. C’est en quelque sorte une riposte des forces de classe du capital au mouvement qui a tenu la rue tout le printemps, permise par la « fermeté » du gouvernement Hollande-Valls. Cette concentration de forces s’est finalement, et tardivement, portée sur F. Fillon parce que la politique étrangère dont il est porteur, combinant maintien de l’UE et de ses diktats budgétaires, et affirmation d’une sainte alliance avec Poutine immédiatement dirigée contre les peuples syrien et ukrainien, correspond mieux aux intérêts du capital français dans la situation internationale de crise géopolitique globale ouverte depuis le Brexit et l’élection de Trump aux États-Unis. Enfin, l’Église catholique, en tout cas ses forces politiques principales, et avec elles les réseaux de la « Manif pour tous », ont verrouillé sa victoire.

Quelques jours plus tard, la démission – pardon, la renonciation ! – de François Hollande à se représenter, résulte des deux événements précédents : les luttes sociales massives ont fini de le délégitimer complètement, et le déroulement de la primaire de la droite, non conforme au scenario initial qui devait déboucher, de son point de vue, sur l’investiture de Sarkozy, ou à défaut de Juppé. Le biais précis par lequel sa candidature a été liquidée fut la primaire de la « Belle Alliance Populaire » qui, dans la pratique, n’est que la primaire du PS (malgré la volonté de liquidation de celui-ci exprimée dans cette appellation fumeuse), car le président candidat ne pouvait pas s’y plier, mais se dirigeait alors vers un score probablement inférieur à 5%, ce qui devenait en soi un facteur d’affaiblissement supplémentaire grave pour la fonction présidentielle dans le régime de la V° République.

Nous avons donc eu trois événements majeurs qui n’ont pas été conformes au schéma initial qui, pour les forces dominantes, J.L. Mélenchon inclus (rappelons qu’il appelait de ses vœux la candidature du président …), devait tout naturellement se dérouler. Le réalisme consiste en l’occurrence plutôt à penser que de telles surprises vont continuer, plutôt que de vouloir croire qu’elles vont s’arrêter de façon à laisser ouverte la voie supposée royale à un score élevé pour J.L. Mélenchon.

JLM2017 n’est pas Mélenchon 2012.

Si, second point, nous considérons maintenant la nature de sa candidature aujourd’hui, il faut à notre avis la distinguer des aspirations de la masse de ses partisans, et du capital politique dont il disposait, légitimement, au départ.

Ce capital vient de 2012, à savoir un score de 11% et un rôle clef dans la défaite de Sarkozy au second tour, score résultant, malgré diverses contradictions, d’une campagne remobilisant les couches sociales présentes dans les grandes vagues de grèves et de manifestations des années précédentes (1995, 2003, 2006, 2010) dans une dynamique unitaire, qui touchait d’ailleurs beaucoup d’électeurs de Hollande eux-mêmes présents aux meetings et rassemblements.

Ce capital politique se retrouve, à peu prés dans les mêmes proportions, lorsque J.L. Mélenchon entre en campagne en 2016, cela malgré l’évolution de ses propres positions sur bien des points dans l’intervalle, que nous avons résumée dans l’article de la semaine dernière, et malgré, également, la résistance de l’appareil du PCF pour ses raisons propres. S’il a été malgré tout préservé, c’est évidemment parce que la politique du gouvernement Hollande-Valls justifie son existence.

Cette existence n’est certes pas négligeable et pourrait constituer le point de départ d’une bataille recherchant réellement la victoire, soit la victoire aux présidentielles, sinon l’émergence d’une forte alternative politique aux législatives, et au final une aide politique essentielle à l’affrontement social qui se produira ensuite.

« Pourrait », car ce n’est en rien garanti, c’est en fait compromis, cela en raison des orientations politiques et, indissociablement, des méthodes, non seulement de J.L. Mélenchon, mais du type d’organisation politique qu’il tente de construire en faisant fond sur ce capital politique qu’il risque ainsi de tromper ou de détruire.

On a à présent suffisamment de recul et de constats pour qu’il soit nécessaire d’être très clair, tant envers les nombreux militants qui ont décidé d’y « croire » et ne veulent pas entendre ce qui est, alors que cela crève les yeux – certains du coup, d’ailleurs, prennent soudain leur distance après avoir voulu ou fait mine d’y « croire », car il est douloureux de voir s’imposer ce que l’on a dénié-, qu’envers les camarades hors de France qui pensent avoir affaire à quelque chose qui ressemblerait un peu à Syryza (est-ce pourtant bien rassurant?), un peu à Podemos, voir un peu à Sanders.

Deux caractères politiques fondamentaux, dont on peut certes trouver des prémisses dans la campagne de 2012 mais qui n’étaient alors pas au premier plan, déterminent politiquement la campagne présente de J.L. Mélenchon. Il est nécessaire de les présenter brutalement pour bien situer le niveau politique réel des problèmes, car beaucoup de gens disent qu’en effet, J.L. Mélenchon a plein de défauts, qu’il est même despotique et insupportable, etc., mais qu’il faut se résoudre à le soutenir politiquement maintenant. Ce n’est pas le problème. En fait, ces fameux défauts personnels pèsent peu, ou ne prennent de relief qu’en fonction des questions clefs d’orientation politique.

Alors, disons les choses : en politique étrangère, Mélenchon c’est Fillon, et en ce qui concerne le type de campagne et d’organisation politique qu’il promeut, nous avons affaire à quelque chose qui n’est ni Syriza, ni Podemos, ni Sanders, mais qui n’est rien d’autre qu’une machine de guerre contre toutes les traditions et les besoins démocratiques du mouvement ouvrier.

Ces deux questions jettent évidemment une ombre sur les éléments programmatiques susceptibles de fournir des points d’appui à la lutte du monde du travail et de la jeunesse, que l’on a bien entendu dans le programme du candidat, éléments par ailleurs tous hérités de sa campagne de 2012, qu’il s’agisse des positions sur des sujets sociaux, institutionnels ou environnementaux.

La politique étrangère est une question centrale.

En politique étrangère, Mélenchon, c’est Fillon. Il ne s’agit pas que de Poutine et de Bachar el Assad, au moment précis du massacre de la population d’Alep Est, et bientôt d’Iblid, traitée d’islamiste en accord avec leur propagande. Il s’agit aussi, dans une contradiction qui n’est qu’apparente, du maintien de l’Union Européenne et de la zone euro, de leur cadre politique et économique. Sans oublier une donnée déjà ancienne : l’appui à toute la présence impérialiste française en Afrique.

Au moment où la crise de l’impérialisme nord-américain s’étale ouvertement à la vue du monde entier, l’anti-américanisme et l’anti-atlantisme en soi n’ont strictement rien de subversif du point de vue de l’impérialisme français, envers lequel Mélenchon se présente comme un digne représentant putatif de ses intérêts bien compris, avec une incontestable crédibilité, qui fait de lui, au moment présent dans la situation géopolitique ouverte depuis le Brexit et Trump, à « gauche », non pas le candidat subversif d’une gauche de « transformation sociale » par opposition à une « gauche de gouvernement », mais le candidat de gauche dont les positions et les relations sont les plus conformes aux intérêts impérialistes du capitalisme français, symétriquement à la position prise, à droite, par François Fillon.

C’est là une donnée en partie nouvelle bien qu’elle résulte de racines anciennes et d’une évolution continue depuis 2012, scandée par les moments ukrainien, grec et syrien, mais qui, de même qu’a émergé maintenant la candidature Fillon, parvient à maturité maintenant. Il n’est pas question ici de « Melenchon bashing » et autres slogans visant à ne pas réfléchir quels que soient leurs fondements réels, mais de dures réalités politiques fondamentales. Dire qu’en politique étrangère, laquelle n’est pas un domaine accessoire mais constitue le socle de toute politique réelle, Mélenchon, c’est Fillon, n’est pas une formule rhétorique, mais une réalité décisive. Accessoirement, les louanges décernées au locataire du Vatican par J.L. Mélenchon peuvent assurer une convergence y compris sur ce sujet précis …

 « France insoumise » contre libre débat des tendances dans le mouvement ouvrier.

Politique étrangère et politique intérieure sont indissociables, par conséquent les contradictions entre les nombreux éléments réformistes de gauche ou conformes aux revendications des salariés, à commencer par l’abrogation de la loi El Khomri, ainsi qu’avec la contestation des institutions anti-démocratiques de la V° République, élément structurant du capital politique de Mélenchon de 2012, ces contradictions vont s’exprimer.

Elles s’expriment en fait déjà par le biais du type d’organisation lancée par et pour la campagne présidentielle, la « France insoumise » qui revendique 150.000 adhérents sur internet. La « France insoumise » n’est pas, en tant que telle, une organisation politique : l’adhésion et l’acte électronique de soutien à la candidature de « JLM2017 » sont une seule et même chose, la définition de la « FI » et de l’appartenance à la « FI » consiste dans le statut de supporter de Mélenchon, sans autre contenu politique réel, quels que soient les idées et propositions brassées ça et là.

Nous assistons du coup à la « radicalisation » de certains militants, qui sont fréquemment, le fait est frappant, anciens du PCF ou anciens de divers comités ayant existé à telle ou telle époque, qui nous expliquent maintenant que la dernière chance historique de sauver la France, le monde du travail et l’humanité, est là, parce que « JLM » peut l’emporter en 2017, ce qui a immédiatement pour effet, que ces militants soient personnellement gentils ou méchants, de les pousser à criminaliser toute critique, puisque la critique aura pour effet de faire rater le coche à l’événement messianique prévu pour le printemps 2017. On peut penser que bien des traits historiques du stalinisme, mais aussi de l’adulation mitterrandienne, revivent dans ces comportements et propos de plus en plus caricaturaux, que Jean-Luc Mélenchon, réfrénait en 2012, mais que JLM2017 cultive maintenant.

Mais au delà de ces traits psychologiques et de ces héritages historiques, la « FI » est consciemment conçue comme une machine à détruire tout parti, tout courant, toute expression indépendante, y compris toute force indépendante qui soutiendrait J.L. Mélenchon pour ses raisons et intérêts propres. Absolument révélateur et accablant, à cet égard, est ce document, qui n’est pas le Programme de la France insoumise, lequel entend rassembler le « peuple », toutes classes confondues, contre la seule « oligarchie », mais reprend, ainsi qu’on l’a dit, de nombreuses revendications partagées et souvent héritées de la campagne de 2012. Ce n’est pas le programme, c’est en fait plus important : c’est le mode d’emploi. Le voici :

https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/plp/pages/12349/attachments/original/1480266471/DocumentSupport.pdf?1480266471

Il s’agit du « document support » pour l’organisation des réunions de circonscription qui doivent, dès maintenant, pré-désigner des candidats aux élections législatives qui suivront les présidentielles. Introduites par une vidéo, ces réunions, où les participants sont répartis par tablées selon une méthode introduite en France en 2007 par Désir d’avenir de Ségolène Royal, sont invités à raconter leur vie, puis à entendre la lecture à haute voix du texte suivant :

http://www.jlm2017.fr/charte_legislatives

Ce texte est censé condenser le contenu politique de leur future campagne législative. Son point de départ consiste à affirmer que campagne législative et campagne présidentielle sont une seule et même chose. Pour un candidat qui affirme vouloir faire de la future assemblée une constituante et sortir du régime présidentiel, voilà qui en dit long sur l’idée qu’il s’en fait : une constituante est pour lui constituée par les supporters du président. Ce ne serait donc pas une constituante (on comprend mieux pourquoi toute critique des constituantes octroyées par les Bonaparte de gauche Chavez et Morales est si vite dénoncée comme coup monté de la CIA!). D’ailleurs, le mot « constituante » est totalement absent de la « charte des candidats » : il leur est demandé, non d’avoir une ligne politique, mais une « éthique » dont la clef de voûte consiste dans le soutien à « JLM2017 ».

Le seul passage de cette charte des candidats de la « France insoumise » qui semble critiquer les pratiques institutionnelles actuelles est le suivant : il « ne peut donc évidemment s’agir d’un groupe de député-e-s agissant selon leurs seuls choix personnels, ne rendant de compte à personne et ne respectant aucune discipline d’action collective. Nous refusons là aussi les tares de la 5ème République. » Refuser les « tares de la V° République » consiste donc pour un député, comme il est expliqué ensuite, à ne surtout pas être indiscipliné envers « le peuple » et son représentant suprême, « JLM » !

Après lecture de cette « charte », les participants aux « assemblées de circonscription » sont invités à la signer individuellement, après quoi les organisateurs invitent les non signataires à quitter la réunion, poliment, enfin on espère.

L’ « assemblée » restante désigne une série de paires de candidats (titulaire-suppléant, des deux sexes), caractérisés non par leur orientation, leur histoire ou leur appartenance politique, mais par des identités sociales telles que « animateur de luttes sociales », « responsable associatif », etc., et ces binômes, incités à être les plus nombreux possibles (un « vivier ») seront soumis à un « comité électoral national représentatif de ce qu’est la campagne de la France insoumise », dont les modalités de désignation sont inconnues, et qui fera le tri pour nommer les candidats effectifs.

On aurait difficilement pu imaginer pire caricature de « démocratie directe » totalement manipulatoire et contrôlée d’en haut, dans la logique parfaite du lien direct entre « le peuple » et son Sauveur et donc entre les « insoumis » et la « France insoumise », incarnée d’une part par ces atomes individuels rassemblés autour d’une icône, d’autre part par le chef suprême. On peut, ceci dit, concevoir que localement des groupes font ce qu’ils veulent et ne respectent pas ces procédures de secte charismatique, au risque d’ailleurs de se faire « recadrer », mais cela ne change rien au problème : ils peuvent en effet faire leur cuisine du moment que le cadre général, parfaitement bonapartiste, n’est pas mis en cause. Il faut bien mesurer la portée de ces méthodes : tout en recyclant les traditions du stalinisme elle s’apparentent aux procédures de mouvements bourgeois, tel En marche de Macron.

Il faut d’ailleurs mettre en regard ces méthodes et la place effective de la constituante dans le programme de la « France insoumise ». Une constituante, c’est une assemblée souveraine. Pour qu’elle le soit véritablement, elle ne peut qu’être assise sur la mobilisation populaire et un début de destruction de l’armature militaro-bureaucratique de l’État. Aucune constituante octroyée par un président n’a jamais ni accouché de la démocratie, ni même remplacé celui-ci. Mais la constituante envisagée par la « France insoumise » ne serait pas l’assemblée élue. Elle n’aurait aucun pouvoir législatif. Selon certains interventions de responsables de la « France insoumise », elle serait … tirée au sort en tout ou en partie. Bref, cette constituante ne doit pas en être une. C’est logique : une orientation bonapartiste ne peut l’être que de bout en bout.

Cet espèce de « RPF plus internet » est conçu comme une machine de guerre contre le libre débat des courants et des tendances, en utilisant le repoussoir que sont devenus les vieux partis qui, justement, n’avaient plus forcément de véritables courants et de véritables tendances.

Finir de liquider les partis issus du mouvement ouvrier.

Alors qu’en 2012 la campagne J.L. Mélenchon reposait explicitement sur plusieurs partis politiques et forces organisées, ainsi que sur des comités locaux pluralistes, et avait même fait surgir à la surface l’existence évidente de plusieurs tendances dans le PCF, en 2016 elle fait écho à une tendance à la liquidation du mouvement ouvrier politique, de l’héritage politique organisé du mouvement ouvrier, non seulement dans les aspects bureaucratiques qui l’ont rongé, mais en jetant l’enfant avec l’eau du bain.

PCF.

La résistance de l’appareil du PCF à la dynamique de la campagne Mélenchon de 2012 et les nombreux problèmes survenus, liés en fait au refus d’affronter l’exécutif Hollande-Ayrault puis Hollande-Valls, ne doivent pas être confondus avec la forte résistance de la base du PCF au soutien à la candidature Mélenchon, qui a très largement exprimé un refus démocratique, au delà des confusions dans son expression, de se voir « aligné » par la machine de guerre anti-partis et anti-courants qui tente de se mettre en place.

S’imaginer qu’on a eu un mouvement de la « base » pro-Mélenchon renversant la volonté de « l’appareil » est en l’occurrence un conte de fée. Les sommets de l’appareil, par la voix de Paul Laurent, en sont arrivés à chercher à combiner le rôle de flanc-garde de l’actuel gouvernement avec le soutien à la candidature Mélenchon.

Dans ces conditions, aussi bien des votes pour le soutien à cette candidature que contre elle, dans la plus grande ambiguïté, ont été des votes traduisant la « volonté de la base ». Le PCF s’est placé dans une situation où aussi bien son soutien que son non-soutien ne peuvent pas avoir un grand impact.

Ironiquement, les quelques pour cents qui dans le PCF ont fait la différence existent en grande partie par le choix pro-JLM de courants dits « archéos », nostalgiques de Marchais, voire de Thorez, voire de Staline, qui avaient justement été anti-Mélenchon en 2012, notamment le PRCF, expliquant que la phrase de JLM « l’UE on la change ou on la quitte » traduit un grand bond en avant …

Ce qui est donc réellement frappant dans cette situation est un vote partagé traduisant le désir des militants d’avancer vers une issue politique tout en doutant à fond du choix proposé. C’est là l’état d’esprit dominant bien au delà du PCF : en dehors de quelques « insoumis » en proie à une exaltation qu’on leur souhaite temporaire (on les aidera quand ils seront en phase de descente …), on n’observe absolument pas l’espoir et l’enthousiasme sincères que l’on avait connu à partir de l’automne 2011, mais une sorte de résignation inquiète et un soutien faute de mieux.

Le PS et ses primaires.

Le PS aussi … Assurément, il y a beaucoup à reprocher au PS, mais désigner toujours « le PS » aboutit à nier toute contradiction en son sein, et surtout dans sa base sociale et électorale, envers la politique de l’exécutif et du gouvernement. Le PS est présentement confronté à une offensive finale de destruction venue du gouvernement, et son existence malgré tout a été la contradiction finale qui a interdit la candidature destructrice du président. Elle s’est manifestée par des primaires conçues comme devant noyer le PS, mais qui ont contradictoirement été la dernière expression de son existence, ou plutôt de l’existence d’une base sociale et électorale qui a elle aussi manifesté contre la loi El Khomri, et qui n’a pas plus de responsabilité dans la politique antisociale de Hollande et de Valls que celle définie comme « à gauche du PS ». Il est objectivement impossible de prétendre que l’une serait « plus » ou « moins » «  à gauche » que l’autre : on est là dans l’idéologie pure.

La question centrale sous Hollande et Valls n’était pas de détruire ou de punir « le PS » mais de battre et de défaire l’exécutif. Bien entendu, un tel combat ne laisserait pas « le PS » tel qu’il est, mais unirait l’essentiel de sa base, ou de son ancienne base, sociale.

Maintenant que Hollande s’est retiré, J.C. Cambadélis fait tout pour que le moins de monde possible s’y rende. C’est en effet la condition pour assurer une éventuelle investiture de Manuel Valls tout en réduisant la primaire à un champ clos Valls-Montebourg. Une autre mesure corollaire serait l’interdiction de la candidature de Gérard Filoche aux primaires, puni pour avoir été « le » socialiste connu en tête de toutes les manifestations contre la loi El Khomri. Exclure Filoche et minimiser le nombre de participants en annonçant que les membres des partis situés à la gauche du PS pourraient ne pas être les bienvenus, tout cela vise à assurer l’éventuelle investiture de Valls.

Sur chacun de ces points, la « France insoumise » et la direction du PS sont d’accord : les primaires du PS doivent réunir le moins de monde possible, elles n’ont pas d’autre vocation que d’investir le substitut de Hollande (on nous disait encore il y a trois jours qu’elles n’ont d’autre vocation que d’investir Hollande alors qu’elles l’en ont empêché ! ), et G. Filoche doit être soit désigné comme l’homme à abattre, soit traité comme celui dont on doit autant que possible taire l’existence -alors que si l’on n’est pas membre du PS mais de tel ou tel groupuscule pro-gouvernemental, on n’a pas besoin de quotas d’élus signataires pour s’y présenter !

En dehors de surprises directes de la lutte des classes ou de la situation internationale, il doit être dit clairement que la quatrième surprise possible, perturbant le cours choisi par tous les grands éléphants pour les présidentielles, après le mouvement contre la loi El Khomri, le dénouement non programmé au départ des primaires de la droite, et la renonciation de F.Hollande, serait maintenant une primaire du PS massive avec une défaite de l’éventuel candidat Valls et un score surprise de G. Filoche.

Tel brave militant « insoumis » va ici pousser un hurlement et dire « voilà le pot aux roses, tout ce Mélenchon-bashing visait à rabattre en faveur des socialos ». Tu es brave, camarade, nous comprenons que, cherchant à te convaincre de ce que la seule chance de salut pour le cosmos se joue sur « JLM2017 », l’ennemi principal devient pour toi ce qui est censé ne pas exister dans ta vision du monde, alors que, sans eux, les manifestations contre la loi El Khomri n’auraient pas été aussi massives : les « socialos » ou ex-socialos orphelins anti-gouvernementaux, ceux sans lesquels même « JLM2017 » ne peut justement pas être en tête de la gauche au premier tour, comme tu le souhaites, s’ils sont repoussés et amalgamés à Valls …

Aussi bien une envolée du vote Mélenchon qu’une contraction du vote JLM peuvent encore se produire, son orientation ne permettant en rien la consolidation des gains effectués.

On ne saurait exclure à ce stade de voter Jean-Luc Mélenchon, mais pas non plus s’y engager. S’y engager maintenant revient à se lier les mains envers son orientation et ses méthodes. Au final, s’il faut lui assurer le score le plus élevé possible, ceux qui y contribueront avec le plus d’efficacité ne sont pas les disciples aveugles et les thuriféraires hallucinés, mais les militants usant de leur raison et de leur esprit critique. S’il le faut, sans états d’âme, nous le ferons, et d’autant mieux que nous aurons préservé l’indépendance politique et la liberté de pensée et d’organisation sans lesquelles il n’est pas de mouvement ouvrier, pas de combat révolutionnaire pour la liberté.

Dans l’immédiat, si la primaire du PS débouche sur une candidature non gouvernementale, même si elle est le fait d’anciens du gouvernement impliqués dans le bilan-catastrophe du quinquennat, la question se posera de fait de l’unité pour éviter un second tour Fillon-Le Pen – précisons qu’il s’agit là de la question de lutte pour le front unique, dans l’indépendance envers le gouvernement (c’est pourquoi celà est impossible avec Valls), et non de « réalisation de l’unité de la gauche », pour parler pour le coup comme G. Filoche. Rien n’est donc écrit d’avance.

Le 04-12-2016

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Après la renonciation de Hollande : The game is open.

C’était un article non écrit de la constitution de la V° République : De Gaulle, Mitterrand et Chirac avaient été réélus pour leur second mandat, Giscard et Sarkozy ont été battus, un seul ne l’avait pas tenté puisqu’il était mort avant, Pompidou. François Hollande, par ce qui fut probablement son meilleur discours du quinquennat, vient de déchirer cet article. Il l’a fait tout en présentant les objectifs de M. Fillon et de Mme Le Pen comme visant à détruire notre « modèle social », alors que c’est sa politique consciemment et sciemment menée qui leur a mis le pied à l’étrier.

Cette renonciation est une victoire démocratique, car le président Hollande a perdu toute légitimité non pour des raisons personnelles (les traits de personnalité, à ce niveau, reflètent les logiques institutionnelles et politiques, et non l’inverse), mais parce que, élu en 2012 contre Sarkozy, certes pas pour en finir avec le capitalisme mais avec l’espoir qu’il arrêterait ou ralentirait les attaques contre les droits sociaux, les droits démocratiques et la culture, il les a intensifiés. Il a déclaré avoir commis une erreur, celle concernant la double nationalité, sans présenter celle-ci comme une « erreur » de fond, comme l’atteinte aux principes démocratiques fondamentaux qu’elle était, mais comme une erreur d’appréciation tactique. Mais c’est bien dans l’année qui a suivi les crimes islamistes de masse du 13 novembre 2015, l’année de l’état d’urgence et de la loi El Khomri, que le cœur, le socle, la base, la masse du monde du travail et de la jeunesse se sont frontalement opposés à lui, à son gouvernement, à son régime.

Sa non candidature vient de cet affrontement. Les développements de la crise du régime dans les tous derniers jours ont déterminé cette impossibilité. Le président de l’Assemblée, M. Bartolone, a appelé à ce que le premier ministre se présente à la primaire dite socialiste au besoin contre le président, et le ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, appelait de fait le président à se présenter en dehors de la primaire. Hollande et Valls avaient théoriquement signé un traité de paix lundi dernier, Valls répétant quatre fois – quatre fois ! – à l’Assemblée qu’ « il n’y a pas de crise institutionnelle », confirmant donc qu’il y en a une. J.C. Cambadélis en arrivait à se trouver malgré lui en posture d’arbitre de l’exécutif plus bicéphale que jamais en affirmant que primaires il y aurait avec une seule des deux têtes candidates. La mise en œuvre de la logique du régime par F. Hollande aurait voulu qu’il viole la primaire, inaugurant sa campagne par la mise à mort finale du Parti socialiste : ceci aurait fini par un score à un chiffre achevant non seulement de le liquider politiquement, mais d’essorer cette « fonction présidentielle » que tous les « grands candidats » veulent rétablir dans sa plénitude.

Les rapports sociaux résultant des affrontements de l’année 2016 ont ainsi annulé la candidature du président de la V° République. L’existence même de la primaire dite de la « Belle Alliance Populaire », de fait primaire du PS, a été l’embûche témoignant de la crise du régime et mettant en œuvre, avant même d’avoir eu lieu, cet empêchement.

Or, ce n’est pas à proprement parler un vide politique que laisse béant la non candidature du président. Il y a résorption, destruction de la ligne politique qu’il a représentée, en raison de la politique capitaliste et antisociale qu’il a menée. Un tel affaissement de légitimité de la tête de l’exécutif affecte la tête n° 2 et candidat putatif de substitution qu’est Manuel Valls. Dans ces conditions, défaire cet éventuel candidat, et imposer le droit à candidature de Gérard Filoche à cette primaire pour laquelle, si on est membre du Parti socialiste, le parrainage d’un nombre d’élus est exigé, constituent un enjeu social et démocratique.

Non, décidément, la campagne ne se déroule pas comme prévu. Il était prévu depuis début 2016 qu’elle se déroule sans encombre. La poussée de grèves et de manifestations contre la loi El Khomri a bousculé la situation, attestant de ce que larges couches n’attendent pas le changement des institutions existantes. Forte de la résistance de l’exécutif Hollande-Valls à ce mouvement de fond, la droite a amorcé, sous l’égide de Donald Trump et de Vladimir Poutine, sa recomposition autour de F. Fillon, seconde surprise par rapport au scenario « prévu ». Dans l’ordre institutionnel de la façon dont les choses « doivent se passer », ainsi que l’avait exigé J.L. Mélenchon, le président aurait dû se présenter. Il ne le peut. Troisième « accident ». Et ce ne sera pas le dernier. Le scenario n’est pas écrit : les humains feront leur propre histoire, même en 2017.

Le 01-12-2016 à 22h.

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Arguments pour la lutte sociale n°62 du 27 novembre 2016

Le numéro 62 au format PDF

Sommaire :

  • Fidel Castro Ruiz
  • Remarques sur la situation politique en France :
    Fillon ; Affrontement social il y aura ; La question d’un parti ; La question Mélenchon ; La vraie bataille politique sur les présidentielles.
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Remarques sur la situation politique en France

Fillon.

Le second tour de la « primaire de la droite » a amplement confirmé et amplifié le premier, et il ne pouvait en être autrement car, dés dimanche dernier, il était clair que la bourgeoisie, si l’on peut encore appeler ainsi les milieux capitalistes français qui, à vrai dire, ne méritent même plus ce nom, avait trouvé son homme et entrepris, grâce au « travail » de Hollande et Valls, sa recomposition politique pour passer à l’attaque contre l’ensemble de la société. Lire la suite

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Fidel Castro Ruiz

La mort de Fidel Castro, à 90 ans, réveille bien des souvenirs car il était le dernier grand personnage du XX° siècle encore en vie. Écartons d’emblée les commentaires officiels, médiatiques et diplomatiques, qu’il s’agisse d’éloges, de blâmes ou des deux à la fois : tous sont hypocrites. Dans les masses populaires de toute l’Amérique que l’on appelle latine et que l’on pourrait appeler indo-négro-latine, et dans de larges couches militantes du monde entier, deux types de sentiments sont présents, et il arrive que leurs tenants s’invectivent : on parle de la mort d’un grand révolutionnaire ou de celle d’un petit tyran. Ces deux types de réactions se comprennent et résument les tragédies du XX° siècle.

Fidel Castro fut d’abord, jeune avocat issu de la classe dominante cubaine, un démocrate et un nationaliste radical, qui, à partir du coup d’État et de l’annulation des élections de 1952 par le dictateur Batista, passe à la lutte armée et combine héroïsme et fiascos militaires. Son groupe initial de combattants provient des jeunesses étudiantes du Parti orthodoxe, large parti nationaliste et inter-classiste cubain. On connaît les péripéties qui, de la caserne de la Moncada en passant par le procès, l’amnistie et le débarquement du Granma, conduisent un groupe de fuyards traqués dans la Sierra Maestra, où ils ont le soutien d’une paysannerie opprimée mais retranchée. Lire la suite

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Arguments pour la lutte sociale n°61 du 19-22 novembre 2016

Le numéro 62 au format PDF

Sommaire :

  • Vive la jeunesse nord-américaine !
  • Amérique et France (19-11-2016)
  • Front unique contre Fillon, contre la politique du gouvernement, contre la V° République.
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Front unique contre Fillon, contre la politique du gouvernement, contre la V° République.

La participation et le résultat des primaires de la droite ne sont pas une bonne nouvelle pour la classe ouvrière.

Pourtant, l’élimination de l’ancien président est en soi un signe de plus de la crise du régime de la V° République et a été accueillie avec satisfaction par un assez large public, ce qui se comprend. Son complément souhaitable et démocratique serait l’élimination du président en place pour lequel on nous dit qu’il ne faudrait pas faire de bashing, comme si lui n’avait pas été le premier responsable d’un « bashing » forcené et bien concret contre les droits sociaux et contre la démocratie tout au long de son mandat. Dire que certains états majors nous avaient concocté une réédition des élections présidentielles de 2012 ! Lire la suite

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